I. Fleury, Les mœurs des premiers chrétiens, p
io6 CHAPITRE V
la maison, leur offraient un moyen facile de se livrer au travail manuel.
L'expansion du monachisme, rinfluence qu'exerça l'abbaye, les œuvres qui grandirent à ses côtés, le grand nombre des vocations religieuses, amenèrent au moyen âge un développement inattendu des édifices, sans néanmoins rompre les formes traditionnelles.
Toutes les fois que les Bénédictins ont eu à reconstruire leurs maisons, et cela leur arriva souvent dans le cours de leur histoire, ils se sont appliqués à les bâtir en vue des obligations que leur imposait la Règle. Ayant horreur du confortable, ils ne négligeaient rien pour s'assurer le commode, qui, en facilitant le travail et l'observance, fait gagner du temps et devient l'auxiliaire de la pauvreté et' de la discipline religieuse. Leur esprit, éminemment pratique, n'eût jamais pensé à le sacrifier aux exigences de certaines formes extérieures purement conventionnelles et propres à flatter les regards du passant. Et parce que la Règle de saint Benoit reste toujours la même et que ses disciples ont de tout temps suivi les mêmes exercices, l'ensemble du monastère est aujourd'hui ce qu'il était dans ces siècles reculés. Des salles nouvelles ont bien pu s'y ajouter et les lignes architecturales varier à l'infini, le plan par terre s'est à peine modifié.
L'église est placée au Nord. Ses grands murs abritent les moines contre le froid et reflètent sur le cloître la lumière et la chaleur du Midi. Elle est dirigée vers l'Orient ; c'est une règle observée dans toute la chrétienté. Le moine, comme le fidèle, peut ainsi, en chantant la louange de Dieu, regarder le point de l'horizon où le soleil se lève, se rappeler plus aisé-
ment Notre-Seigneur, que Zacharie nomme Oriens ex alto 1, et désirer avec plus d'ardeur les rayons du soleil de Justice, qui doit éclairer son âme, et se préparer au jour suprême où ce même Seigneur viendra de rOrient juger les vivants et les morts.
Les premiers moines n'édifiaient pas les vastes églises que nous voyons aujourd'hui. Le temple était à leurs yeux une châsse de pierre qui renfermait l'autel, et chaque autel avait la sienne. Ils les multipliaient en raison des besoins du culte ou de leur dévotion. C'est ainsi que saint Benoît construisit deux oratoires au Mont-Gassin, l'un dédié à saint Jean-Baptiste, l'autre à saint Martin 2. Saint Wandrille en bâtit quatre dans son monastère de Fonlenelle ^ ; leur nombre s'éleva plus tard jusqu'à sept; ils étaient consacrés à saint Pierre, à saint Paul, à saint Michel, à saint Pancrace, à Notre-Dame, à saint Laurent et à saint Saturnin. Le même nombre se trouve à Remiremont, de telle sorte que les moniales, distribuées en sept groupes, pouvaient y célébrer sans interruption la louange divine.
Les prêtres étaient tout d'abord peu nombreux dans chaque maison ; on ne sentait donc pas la nécessité d'avoir beaucoup d'autels. Mais du jour 011 ils vinrent à se multiplier, on dut leur fournir le moyen de célébrer la sainte messe sans troubler les exercices réguhers. Les architectes juxtaposèrent au chœur et à l'église principale un grand nombre de chapelles, qui formaient comme les rayons de l'autel majeur. On put ainsi facilement dire à la fois quinze, vingt messes, et même davantage. Le temple prit de plus vastes proportions. On entoura les stalles du