‹ Le moine bénédictinChapitre 46 sur 88 · I. Reg., Lviii · texte numérisé non relu

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blés et vertueux, et qu'ils ouvrent volontiers la porte aux petits et aux pauvres.

La vocation, quand une fois elle est reconnue vraie, rencontre souvent des obstacles difficiles à surmonter. Les uns méritent d'être pris en considération ; aux autres, il faut opposer Ténergique volonté de répondre à Tappel de Dieu, coûte que coûte. C'est ici que les conseils d'un directeur sont surtout nécessaires. Il dit si la situation matérielle ou morale dans laquelle se trouvent un père ou une mère n'impose pas un retard, si telle autre circonstance ne demande pas des ménagements. Celui qui s'en rapporte filiMement à son avis n'aura aucun reproche à se faire, et Dieu saura disposer les événements de manière à le conduire au terme de ses aspirations.

Les prêtres séculiers appelés à la vie religieuse se heurtent parfois à l'opposition de leur évêque. Elle ne saurait être traitée à la légère. Mais plusieurs n'en exagèrent-ils pas l'importance? Un trait emprunté à la vie de Benoît XIV jette sur ce point une vive lumière. Le cardinal Quirini, archevêque de Brescia, à qui sa science faisait une réputation universelle, avait eu le regret de voir son archidiacre l'abandonner sans l'avertir, pour entrer dans un noviciat de la Compagnie de Jésus. Il porta plainte au Pape et lui demanda d'interdire aux religieux de recevoir à l'avenir les prêtres séculiers sans l'autorisation épiscopale. Benoît XIV lui répondit que les évêques devaient plutôt encourager leurs clercs désireux d'embrasser une vie plus parfaite, conformément à ce que saint Grégoire le Grand écrivait à Desiderius, évêque de Vienne. Il ne pouvait pas interdire aux supérieurs des Ordres religieux d'user d'un privilège qui leur est reconnu par le droit de l'Eglise et qui a

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été nettement formulé par le canon 5o du quatrième concile de Tolède (633) ; il est, du reste, pleinement d'accord avec la lettre de saint Grégoire. Saint Thomas confirme de toute son autorité (2-2 ques. 189, art. 7) cette décision conciliaire. Si le prêtre est préposé au gouvernement d'une paroisse, les convenances exigent qu'il sollicite la permission de l'évêque ; mais il peut suivre sa vocation, au cas où elle lui serait refusée. Sin vero denegetur (permissio) , hujusmodi dissensus, ex auctoritatibus siiperius citatisy presbyterum non adstringet, quominus ingredi religionem valeat^. L'évêque alors n'est pas autorisé à refuser les lettres testimoniales qui lui seront demandées avant la vêture de son clerc. Ces lettres, en effets remplacent les enquêtes que le droit ancien prescrivait sur le passé des candidats à la vie religieuse. Elles équivalent à un certificat de bonne conduite. Ce serait abuser singulièrement de son pouvoir que de ne pas accorder ce témoignage à u*n homme qui n'a pas démérité.

Heureusement, les premiers pasteurs n'en arrivent jamais là ; ils préfèrent seconder l'acti ,n de l'Esprit- Saint dans les cœurs, persuadés que, pour un prêtre qu'ils donnent à un Ordre religieux, ils verront augmenter le nombre de leurs ordinands.

L'examen de la vocation qui précède l'entrée au monastère n'aboutit pas toujours à une certitude absolue. Au reste, ce n'est pas nécessaire; car il ne s'agit point de contracter sur l'heure un engagement irrévocable.

L'Eglise entoure les vœux de religion de précautions nombreuses. Elle impose une année de novi-

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ciat, souvent précédé d'un postulai, dont la durée varie de six mois à un an. Le novice a donc le temps de réfléchir, et la communauté celui de l'examiner et de réprouver tout à son aise. Rome, dans sa prudence, n'a pas cru ces délais suffisants ; elle veut que le profès ne s'engage d'abord que par des vœux simples, dont il pourra être relevé par ses supérieurs, si l'expérience montre que la vie religieuse est audessus de ses forces morales. Cet état intermédiaire dure trois ans, après lesquels il est admis à faire sa profession solennelle et irrévocable. Est-il sur terre une institution qui fasse précéder d'aussi longues épreuves les engagements contractés par ses membres ?

Le séculier qui sollicite son admission au noviciat commence par faire un séjour à l'hôtellerie. S'il persévère, on accède à ses désirs, et on lui permet de suivre les exercices des jeunes frères, sans l'obliger néanmoins à remplir les charges qui leur incombent ordinairement. C'est une période d'observation pour lui et pour le monastère ; elle se prolonge au moins deux semaines. Pendant ce temps, l'abbé se renseigne sur les antécédents du candidat, s'il le croit utile, et il se procure les pièces requises pour la vêture.

Quand le jour fixé est venu, les moines se rendent au chapitre, à l'issue des vêpres. L'abbé est assis sur son siège, vêtu de la coule et de l'étole ; il a la mitre en tête, et le bâton pastoral dans les mains. Le maître des novices introduit le postulant, qui a revêtu, pour la circonstance, les insignes de sa dignité, s'il en avait une dans le siècle. Il se prosterne tout de son long, et à cette question : « Qiiid petis? Que demandez-vous ? » il répond : « A Dieu miséricorde, et à vous la faveur d'être admis dans votre société

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fraternelle ; Misericordiam Dei et vestram conjraternitatem, — Que le Seigneur vous accorde la société de ceux qu'il s'est choisis. Relevez-vous au nom du Seigneur. » Après ces paroles, l'abbé lui dit ce qu'est la vie monastique. Si elle a sa noblesse et ses grandeurs, elle est aussi une carrière pénible, qui exige de continuels efforts. Dieu seul est capable de fournir à riiomme le courage nécessaire pour y persévérer. Ce qui l'amène à demander au novice en qui il a placé son espoir. Celui-ci proteste alors de sa défiance de lui-même et de son entière confiance dans le Seigneur.

Rassurés par cette réponse, le prélat et ses religieux chantent le psaume Domini est terra, où David célèbre le souverain domaine de Dieu sur ses créatures et la félicité de celui qui renonce au monde, pour chercher le Seigneur, travailler à l'établissement de son règne et mériter ainsi la sociélé des Anges, ses frères. Puis l'abbé commence une antienne où est exposé le bonheur des persécutés : Beati eritis cum ços oderint homines. Quoi de plus à propos dans un temps où les religieux se voient en but à la haine du démon et de ses suppôts?

Cette perspective ne fait qu'encourager le postulant, qui vient s'agenouiller au pied du prélat. Celui-ci le dépouille de l'habit séculier, image du vieil homme, dont il se débarrassera par la pratique du renoncement à lui-même; il l'enveloppe ensuite de la tunique monacale, symbole de Notre-Seigneur, vêtement de l'âme par sa grâce ; il met autour de ses reins une ceinture de cuir, qu'il lui présente comme un emblème de ce lien sacré de l'obéissance, qui livre toute sa personne aux mains des représentants de Dieu ; il jette enfin sur ses épaules le scapulaire, qui est l'insigne du travailleur et l'image du joug de

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Jésus-Christ. Cependant, les moines célèbrent, par le cantique Benedictus, le mystère de Tlncarnation, principe de la vocation monastique, parce qu'il est la source de toute lumière et de toute grâce.

Cet habit n'a pas, il est vrai, les précieuses bénédictions qui enrichissent celui des profès. Mais il porte avec lui des secours qui facilitent la pratique des vertus religieuses et l'œuvre délicate de la formation noviciale.

Fier et heureux d'avoir reçu les saintes livrées de la religion, le postulant s'en va d'abord témoigner sa reconnaissance à Notre-Seigneur et aux saints ; puis son Père Maître l'introduit dans sa cellule, que des mains charitables ont parée de fleurs. Touchante délicatesse, qui révèle une réalité de la vie monastique ! Tout à l'heure l'abbé lui disait les difScultés du chemin qui mène à Dieu ; ces roses lui disent en ce moment que cette modeste cellule lui réserve, au sein de la prière et de l'étude, des joies qui lui feront vite oublier le monde et ses bagatelles ; elles sont le centuple promis dès ici-bas par Jésus-Christ à ceux qui marchent sur ses traces.

Au terme de son postulat, le frère vient, une fois encore, demander « à Dieu miséricorde, à l'abbé et aux moines la faveur d'être admis dans leur société ». Après avoir étudié la sainte Règle et expérimenté ses obligations, il désire faire un pas vers la profession. Le prélat vient alors lui rendre à genoux le plus humble des devoirs de l'hospitalité antique, en versant une eau parfumée sur ses pieds, qu'il couvre d'un baiser respectueux, après les avoir essuyés de ses propres mains. Tous les moines viennent les embrasser à leur tour. Ils chantent durant cette cérémonie les belles antiennes que l'Eglise emploie le jeudi saint

pour le lavement des pieds, et qui expriment avec tant de force et de grâce le caractère et les avantages de la charité chrétienne.

Les enseignements de ce rite entrent d'autant mieux dans le cœur qu'il les reçoit plus rarement. Jadis, le lavement des pieds faisait partie du cérémonial de la réception des hôtes. Il se renouvelait dans les monastères bénédictins tous les samedis soir ; les religieux recevaient des servants de table ce témoignage de charité fraternelle.

Le novice communie le lendemain à la grandmesse. L'abbé le revêt d'une coule sans manche pendant que le chœur chante le Veni Creator, et il l'admet officiellement à commencer son noviciat canonique.

Suivons le jeune frère dans sa demeure.

Le noviciat occupe une partie séparée du monastère. Les novices ont seuls la permission d'y habiter. L'entrée en est difficilement accordée aux religieux qui ne sont pas attachés par l'obéissance à l'œuvre de leur formation. Le Saint-Siège demande qu'ils aient un jardin spécial où ils prennent leur récréation et se livrent au travail manuel, et un oratoire où ils vaquent à l'oraison et se peuvent exercer aux cérémonies 1. Cette séparation, prescrite déjà par saint Benoit^, met le novice dans un isolement très profitable, qui détourne ses regards de tout ce qui pourrait affaiblir les résultats de sa formation monastique.

Il assiste cependant aux exercices conventuels. Les moines peuvent de la sorte constater son exactitude

1. Décret de Clément VIII. Cf. Ferraris, Prompta Bibliotheca canonica.

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