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et le zèle qu'il met à observer les moindres détails de la Règle. Pour lui, il s'édifie grandement à la vue de ces hommes vénérables, dont plusieurs joignent à la dignité des cheveux blancs l'honneur d'avoir servi longtemps leur Ordre et la sainte Eglise de Dieu. Il n'a qu'une ambition : faire passer dans sa vie quotidienne les exemples que lui donnent ces images vivantes de la Règle.
Le silence qui règne dans les cellules, les corridors et les salles communes, crée autour de lui une atmosphère de recueillement. Les noms des saints moines inscrits au-dessus de chaque porte donnent au dortoir un aspect céleste. Les gravures qui ornent les murailles lui représentent les personnages qui ont illustré l'Ordre par leur sainteté et leurs travaux, ou les monuments témoins de la piété et de la grandeur des vieux âges monastiques. Il peut s'arrêter à loisir devant les principales scènes de la vie de saint Benoît, et contempler les divers aspects de l'activité de ses enfants. Tout cela fait revivre sous ses yeux un passé où la sainteté s'épanouissait avec le génie, la science, l'art, le travail, sous les cloîtres bénédictins. Rien n'est plus capable de lui inspirer une absolue confiance dans la Règle et dans le genre de vie qui ont su produire de tels hommes et de pareilles œuvres.
La salle où les frères se réunissent le frappe par sa disposition. On la prendrait aussi bien pour un oratoire que pour un lieu de travail, tant elle porte à la piété. C'est que l'esprit de prière doit vivifier tout ce qui s'y passe. Que le novice écoute les enseignements de son Père Maître, qu'il se livre sous sa direction à une étude personnelle, il conserve toujours son cœur dans le recueillement et le silence ; à cette condition, Dieu agit au plus intime de son âme et la fait s'assi- ^
miler la doctrine qui lui est présentée. On peut dire que tout l'avenir du moine se prépare dans ce sanctuaire.
Ailleurs, par l'assiduité aux exercices communs et par l'application aux travaux qui lui sont commandés, le novice apprend à mener l'extérieur de sa vie. Ce point est d'une importance capitale, car la fidélité à toutes les pratiques religieuses et aux ordres des supérieurs est le premier devoir du moine et la preuve nécessaire de sa correspondance aux grâces de sa vocation. Dès les premiers jours, le frère s'applique, avec toute l'ardeur dont il est capable, à connaître et à suivre les nombreuses exigences de la discipline monastique. Il le fait d'autant plus volontiers que le régime du noviciat est, en somme, celui qu'il devra mener jusqu'au terme de ses jours. Les habitudes qu'il contracte ainsi écarteront de son chemin une foule de difficultés.
Mais ces exercices, tout saints qu'ils soient, ne peuvent sanctifier le moine, s'il ne les vivifie par l'esprit de son état. Car l'observance extérieure ne doit être que la manifestation des pensées et des sentiments qui remplissent son âme. Elle pourra bien exister et même se conserver sans cette force intime, mais elle serait incapable de produire dans le monastère et autour de lui les effets que l'on est en droit d'en attendre.
Or, cet esprit qui fait la fécondité de la vie religieuse s'acquiert par le travail d'une lente et sérieuse formation. Il ne consiste pas dans la connaissance de quelques vérités ou d'un certain nombre de faits historiques, dont l'âme s'enveloppe comme d'un manteau. Il a besoin de la pénétrer tout entière, d'éclairer son intelligence, de former son jugement et de faire circuler dans toutes ses facultés les pen-
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sées et les sentiments qui conviennent au Bénédictin. Pour l'acquérir, le novice accueille avec une humble confiance les idées qui ont cours dans sa famille religieuse. Cette disposition est indispensable; il ne saurait y avoir sans elle une vraie vocation. Un homme qui éprouverait une répugnance invincible pour l'esprit d'un Ordre ne peut donc songer à y persévérer, quelles que soient par ailleurs ses qualités. Les divers Ordres, en effet, se distinguent plus encore par la manière dont ils envisagent la vie chrétienne et la vie religieuse que par leurs pratiques extérieures. Chaque famille religieuse doit rester fidèle à la doctrine monastique que lui ont transmise ses fondateurs, tout en estimant celle des autres, et même en sachant la mettre à profit. Il ne lui est pas possible de modifier ou d'altérer ce dépôt sacré pour s'adapter aux aspirations de quelques vocations douteuses. Cet esprit est un legs que la génération actuelle a reçu et qu'elle doit transmettre dans son intégrité à celle qui la suivra.
Il se conserve grâce à l'application d'intelligences sérieuses à l'étude des choses bénédictines. Chacune des idées sur lesquelles il s'appuie se présente avec tout un cortège de témoignages remontant jusqu'au temps de saint Benoît. Ces mêmes témoignages font ressortir sa raison d'être, les meilleurs résultats qu'il a obtenus ; ils montrent comment il a su, sans cesser /^ d'être fidèle à lui-même, modifier ses applications suivant les évolutions que le temps fait subir à l'humanité. On ne cherche pas à l'imposer au novice par une foi aveugle. Sa docilité doit, au contraire, être intelligente, pour que l'esprit bénédictin pénètre en lui, clair, lumineux et convaincant, pour qu'il dissipe peu à peu les idées antérieures qui ne cadreraient pas avec lui. La confiance n'interdit pas
au frère de sentir les difficultés, d'en chercher la solution, de vouloir se rendre compte de tout. Le zèle qull déploie pour acquérir l'intelligence de ce qu'on peut appeler sa foi bénédictine est le meilleur garant de la sûreté de son esprit et de la fermeté de ses convictions. Car lorsqu'une vérité est parfaitement comprise, le cœur la saisit avec plus d'avidité, afin de se l'assimiler, de la vivre et de la répandre dans toutes ses volontés.
Cette formation monastique est le but principal du noviciat. Elle s'accomplit sous les yeux du Maître des novices et avec l'aide de son auxiliaire, le Père Zélateur. Le premier a en main le précieux instrument de la direction spirituelle, qui lui permet de suivre chaque frère, de constater le travail qui se fait dans son âme, de le pousser ou de le retenir, et de le conduire vers l'idéal de l'esprit bénédictin. Il consacre son temps et son dévouement à cette tâche délicate, se faisant tout à tous, avec la plus complète abnégation de lui-même.
Son enseignement public met les novices en contact avec les sources où ils peuvent puiser cette doctrine dans toute sa pureté. Il leur commente les Evangiles et le Psautier. Ce n'est pas un cours d'exégèse qu'il leur fait. Il se propose uniquement de former les âmes à l'image de Notre-Seigneur. Pour cela, il s'inspire de la méthode des saints Pères, et montre dans les actions et les paroles du divin Maître le modèle de la perfection religieuse et un sujet inépuisable de contemplation. L'Evangile est encore le meilleur livre ascétique à mettre entre les mains du moine..
Le Psautier lui livre les secrets de la prière. C'est le manuel d'oraison que l'Eglise présente à ses enfants. Saint Benoît n'en connaît pas d'autre. A son
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exemple, les moines du moyen âge le gravaient dans leur mémoire, et ils possédaient admirablement l'art d'adapter ses cliants aux divers besoins de leurs âmes et à toutes les circonstances de la vie. Le novice Bénédictin y cherche avant tout le sens de la prière ; il s'applique à découvrir sous les paroles du Psalmiste l'expression dés sentiments qui le doivent animera
Le texte du bréviaire, les saints dont l'Eglise célèbre la fête, les rubriques, le cérémonial, sont, avec la sainte Règle et l'histoire monastique, l'objet des autres conférences du noviciat.
Le Père Maître ouvre devant les yeux des frères des horizons qu'ils doivent scruter par la méditation et le travail personnel. Ils ont à leur disposition une bibliothèque choisie. La sainte Bible et ses meilleurs commentaires occupent le premier rang. La liturgie est représentée par les auteurs qui peuvent contribuer à expliquer l'origine, le développement et la signilication des rites sacrés; on y trouve, avec le Cardinal Bona, Benoit XIV, Dom Martène et le bienheureux Thomasi, quelques-uns des écrivains du moyen âge dont les écrits restent, malgré leur prédilection pour un symbolisme exagéré, une source abondante de lumière et de piété; il suffît de nommer Amalaire, Rupert, Honorius d'Autun, l'auteur du micro Jogue, et Durand de Mende. Les Institutions de Dom Guéranger leur fournissent un bon résumé de l'histoire de la liturgie. Ils trouvent encore les ouvrages anciens et modernes qui traitent avec le plus d'autorité un sujet si intéressant. Mais ils ont une prédilection marquée pour V Année liturgique de Dom Guéranger, et pour le Traité de VoJJice divin du
I. s. Athanase, Epistola ad MarceiZmum, Pair, grec, xxvii, 11-46.
P. Thomassin. Il n*esl pas, en effet, de lecture plus capable de les initier au sens mystérieux de la prière ecclésiastique.
La sainte Règle a, cela va sans dire, une place d'honneur. On a soin d'y réunir le plus grand nombre d'éditions possible et, en particulier, les textes critiques publiés tout récemment. Elles sont accompagnées de la série des commentateurs : Martène, Mège, Galmet, Hœften, etc.
La collection des auteurs ascétiques a été l'objet d'un soin spécial ; c'est une partie essentielle de toute bibliothèque de noviciat. Elle contient surtout les écrivains chers à saint Benoît ou formés à son école. Car il importe, durant la période de la formation religieuse, que les novices puissent lire et méditer les ouvrages inspirés par le plus pur esprit bénédictin. Les autres né sont pas exclus, mais l'heure de les lire n'est pas encore arrivée.
Voici d'abord les Conférences de Gassien et ses Institutions, qui firent les délices spirituelles des moines du sixième et du septième siècle. Saint Benoit en recommande instamment la lecture 1. c( Il n'y a peut-être pas de livre qui ait été plus estimé et plus étudié par les saints... Beaucoup en faisaient leur nourriture habituelle, et tous les grands Ordres religieux y ont puisé, comme à une source abondante, les enseignements de la perfection'^. » On sait quel parti en a tiré Rodriguez. Viennent ensuite les Vitœ Patrum, précieux recueil où Rosweyde a réuni les plus gracieux récits de l'hagiographie monastique et les plus sages conseils des Pères d'Orient. Peu d'ouvrages sont d'une lecture aussi agréable et utile.