‹ Le moine bénédictinChapitre 48 sur 88 · Reg., Lxxiii · texte numérisé non relu

Reg., Lxxiii

2. Cartier, Conférences de Cassien, t. I, Avant-propos, p. i.

i48 CHAPITRE VI

Voici maintenant saint Jean Glimaque, moine du mont Sinaï, qui a étudié avec un remarquable esprit d'observation les vertus qui font le vrai moine. Il les représente comme les degrés d'une échelle mystique, qui va du monastère au paradis. Le religieux, en les pratiquant, s'élève au-dessus du monde et de luimême et finit par atteindre l'union à Dieu, qui lui ouvrira les portes du ciel. Saint Dorothée, son contemporain, traite un sujet analogue. Chaque vertu est étudiée dans un discours ou doctrine où il expose, en les éclairant par son expérience personnelle, les enseignements de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze et des Pères du désert.

On a beaucoup écrit, depuis des siècles, sur la pratique des vertus chrétiennes. Mais Gassien, saint Jean Glimaque et saint Dorothée n'en conservent pas moins toute leur autorité. Us resteront toujours les maîtres incontestés de la vie spirituelle.

La série des ascètes bénédictins commence par saint Grégoire le Grand. Les gracieux récits contenus dans les quatre livres de ses Dialogues ^îont le pendant des Vitœ Patruni. Son Pastoral offre une étude complète sur les devoirs des pasteurs ; on y trouve aussi d'excellents conseils pour arriver à la connaissance de soi-même et pour apprendre à combattre ses défauts et à pratiquer les vertus qui leur sont opposées. Ses Homélies sur les Evangiles et sur Ezéchiel sont pleines d'enseignements utiles. Mais l'ouvrage qui permet de le considérer comme le Docteur de la vie intérieure est son commentaire sur Job, plus connu sous le nom de Livres des Morales. Il sait, à l'occasion du texte sacré, traiter une multitude de questions relatives à la théologie ascétique et mystique ; il le fait toujours avec un bon sens tout romain et une simplicité parfois naïve, qui n'exclut

ni la beauté ni la profondeur. Tout cela vient sans ordre apparent et déconcerte un peu le lecteur. Mais celui qui passe sur cette première impression s'éprend bientôt d'un pieux enthousiasme pour ce saint Pape, dont il fait son auteur de prédilection.

Un autre Docteur de l'Eglise, saint Anselme, présente aux frères le recueil de ses Oraisons et de ses Méditations, dont les copies circulèrent dans toutes les abbayes de Normandie, de France et d'Angleterre aux onzième et douzième siècles. « Chacun peut voir avec quelle application, avec quelle crainte, avec quelle espérance, avec quel amour il parle à Dieu et à ses saints, et apprend aux autres à leur parler. Que quelqu'un veuille seulement s'appliquer à les lire avec dévotion, et j'espère qu'il y puisçra de précieux enseignements et qu'il y trouvera un aliment pour son avancement spirituel 1 . »

« Mais de tous les livres que les moines doivent ou peuvent lire, il n'y en a point, après les Livres sacrés, qui leur puissent être plus utiles ou qui leur doivent être plus familiers que les œuvres de saint Bernard. » Tel est le sentiment que Mabillon exprime dans son Traité des études monastiques^. « Il doit être, c'est encore lui qui parle, la nourriture la plus ordinaire de leur âme durant toute leur vie ; ils ne doivent jamais interrompre la lecture de ce grand maître des solitaires que pour la reprendre ensuite avec plus de goût et d'avidité. Ils trouveront dans cette lecture tout ce qu'ils peuvent chercher ailleurs : la solidité, l'agrément, la diversité, la justesse, la brièveté, le feu, les mouvements; et je ne sais si on peut trouver une personne que Dieu ait destinée plus particulière-

1. Eadmer, Vie de saint Anselme, cité par le P. Ragey, Hist. de saint Anselme, t. I, i44«

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