I. Faber, op. cit
a. Antonio, Bibliotheca hispana nova^ t. I, 5ii2.
i52 CHAPITRE VI
défaut au sein de la famille de saint Benoit ; il suffît de nommer Laurent Besnard, Joachim le Gomtat, Claude Martin, Glavenau, Emilien Naisl, Rupert Prezinger, Veremund Eisvogel, Jean Rottner, Dom Bernard Pez, qui a réuni dans sa Bibliotheca ascetica un certain nombre d'opuscules inédits, Dom Anselme Fischer, dont les traités sur les vœux, sur la vie intérieure, sur la grotte de saint Benoît et sur la vie extérieure sont si estimés. La corruption du tombeau voulut respecter les trois doigts de sa main qui avait si bien écrit des choses divines i.
Mais comment se reconnaître au milieu de tant d'ouvrages ? Gomment discerner ceux qui conviennent le mieux à chacun? Les supérieurs de la Congrégation de Saint-Maur, qui avaient senti cette difficulté, chargèrent le pieux Luc d'Achery de rédiger une bibliographie ascétique ^ : guide précieux, qui ne se contente pas d'une sèche énumération ; il fait suivre chaque livre de l'indication des personnes qui le peuvent lire avec fruit, et des nécessités spirituelles qui y trouveront un remède.
Il est un opuscule qui semble manquer à la bibliothèque du noviciat ; ce sont les Notions sur la vie monastique de Dom Guéranger. Cette absence s'explique facilement : tous les novices en possèdent un exemplaire, et ils se l'entendent expliquer une fois la semaine. L'abbé de Solesmes a, en efPet, condensé les résultats de ses études et de son expérience personnelle dans ces pages, qui sont un résumé clair et succinct des trésors de doctrine renfermés dans les meilleurs ascètes formés à l'école de saint Benoit.
Ces lectures remplissent les jeunes frères d'une
1. Ziegelbauer, Historia rei litterariœ O. S. B., t. IV, 148.
2. Asceticorum, vulgo spiritualium opusculorum... Indiculus, in-4% Paris, 1648-1671 ; Madrid, 1776.
LE NOVICIAT i53
vive reconnaissance envers le Seigneur, qui a daigné les appeler à faire partie d'un Ordre dont la tradition ascétique est si dignement représentée. Il leur arrive souvent de regretter, avec le P. Faber, que tant et de si bons ouvrages ne soient pas plus connus, et ils se promettent bien de travailler un jour à la réalisation d'un souhait formulé par l'auteur du Tout pour Jésus : « Ce serait un grand bien pour nous que de posséder un plus grand nombre d'exemplaires ou de traductions de ces œuvres i. »
Si le novice se laisse saisir tout entier par ce courant d'idées que l'enseignement de son Père Maître et la fréquentation de ces pieux auteurs tendent à faire pénétrer en lui, il ne tarde pas à sentir une généreuse ardeur s'emparer de toutes ses facultés et entraîner son âme au service de Dieu.
Mais cette exubérance a ses dangers. Le noviciat est le printemps de la vie religieuse. Or, en cette saison, tout se couvre de fleurs, tout sourit. Malheureusement, ces beaux jours passent bien vite ; et, après eux, arrive la sécheresse de l'été. Il importe donc de préparer ces cœurs juvéniles aux pénibles réalités du lendemain.
Le chemin du ciel est, au monastère comme partout, un sentier rocailleux et difficile : aspera et dura per quœ itur ad Deum^. Dans ce but, le Père Maître présente discrètement à chacun la coupe de l'humiliation et des obédiences répugnantes ; il ménage l'épreuve au moment où elle est le moins attendue. Dieu se met lui-même de la partie. Il n'est pas de novice qui n'ait senti, un jour ou l'autre, sa main s'appesantir lourdement sur ses épaules. Heures dou-