‹ Le moine bénédictinChapitre 53 sur 88 · Gai. VI · texte numérisé non relu

Gai. VI

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austérités de la charité fraternelle et les luttes qu'il faut soutenir pour la conserver intacte. Il n'y a pas moins de quinze instruments des bonnes œuvres qui s'y rapportent. Le quatrième degré d'humilité va jusqu'à parler des falsos Jratres qu'il faut savoir supporter. Sachant bien qu'il est impossible qu'une journée se passe sans violer cette délicate vertu, saint Benoît veut que, matin et soir, à la fin des Laudes et des Vêpres, l'abbé chante à haute voix le Pater noster. Les frères pourront plus facilement rejeter de leur cœur tout sentiment d'amertume, lorsqu'ils entendront retentir ces touchantes paroles : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à tous ceux qui nous ont offensés. »

Ainsi préparés, les novices entrent résolument dans ïacies fraterna. Leur charité dominera toutes les répugnances de la nature, tout ce que les hommes et les démons, par une permission spéciale de Dieu, pourraient entreprendre contre elle. Us sauront toujours se sacrifier, corps et àme, à leurs frères et à leur abbaye, et se serviront de tout pour resserrer les liens de l'armée et accroître leur dévouement. Quoi qu'il advienne, ils veulent appartenir au monastère, à l'Ordre, les servir et servir l'Eglise dans la mesure de leurs forces.

Telles sont les dispositions qui animent le novice lorsqu'il se présente pour contracter les solennels engagements de la profession religieuse.

En ce jour, les offices ont la solennité des grandes fêtes. L'abbé, revêtu des ornements pontificaux, se rend, après Tierce, au chapitre, accompagné de ses assistants et du chœur des moines. Le frère, conduit par le Père Maître, se prosterne, une fois encore, devant lui, et demande à Dieu miséricorde, et aux

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religieux la faveur d'être admis dans leur société fraternelle. Il se relève, sur un ordre du prélat. A sa gauche, une table supporte les habits dont il était revêtu en venant au monastère ; une autre, à sa droite, les vêtements monastiques. C'est sur ces derniers que sa main va résolument se poser lorsqu'on lui demande ceux qu'il choisit.

Aussitôt la procession regagne l'église, au chant du psaume In convertendo , qui fait entrevoir, par delà les larmes et les sueurs de l'exil, les allégresses de la patrie.

Puis l'abbé monte à l'autel et commence le saint sacrifice de la messe. Quand il a offert le pain et le vin, et que le chœur a fini de chanter l'antienne de l'offertoire, il se tourne vers les assistants, s'assied et reçoit la mitre. Le novice se tient debout au milieu du sanctuaire. Après lui avoir dit, en quelques mots, ce qu'est la vie religieuse, le prélat lui demande s'il est prêt à en remplir les obligations. C'est par quatre « volo, je le veux », qu'il déclare sa volonté.

L'abbé appelle ensuite sur l'acte qui va s'accomplir les bénédictions de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. En ce moment, le ciel est comme entr'ouvert audessus de l'autel ; l'adorable Trinité considère avec amour cette humble créature désireuse de se vouer à son service ; les anges et les saints l'encouragent par leurs prières. L'abbé et tout le convent écoutent avec respect la lecture de l'acte authentique par lequel le frère promet à Dieu la conversion de ses mœurs, la stabilité et l'obéissance. Celui-ci monte à l'autel et signe, sur la pierre même du sacrifice, cette charte de ses engagements qu'il y dépose bientôt, après avoir fait vérifier sa signature par toutes les personnes présentes. Puis il revient au milieu du presbyterium ; et là, debout, les yeux et les mains levés au ciel, il

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conjure le Seigneur son Maître de le recevoir à son service, en chantant ce verset du psaume ii8 : Suscipe me, Domine y secundum eloquium tuum, et \>wam. Il s'arrête après ces premiers mots, et, parce qu'il se croit indigne d'une pareille faveur, il s'agenouille, s'incline profondément, croise ses mains sur la poitrine et continue d'un ton suppliant : Et non conjundas me ab exspectatione mea. Il reste silencieux dans cette humble posture, pendant que les moines redisent ce même verset. Ce chant et les rites qui l'accompagnent se renouvellent trois fois en l'honneur de l'adorable Trinité.

Dieu a agréé l'offrande de son serviteur. 11 ne reste plus qu'à lui donner les vertus et la livrée de son nouvel état. L'abbé conjure le Seigneur, par une série d'invocations solennelles et par le chant d'une préface, de lui infuser l'esprit qui fait le moine sage, humble, obéissant, patient, pieux, pacifique, charitable, fort contre les séductions du monde, les attraits de la concupiscence et les attaques du démon. Puis il bénit la coule monacale et le scapulaire, dont il le revêt, pendant que le chœur invoque l'assistance du Saint-Esprit en chantant le Veni Creator.

L'abbé et les moines ont maintenant- sous les yeux un nouveau frère ; Dieu l'a inscrit sur la liste des serviteurs qu'il s'est choisis ; il en a les qualités et il en porte le costume. Le moment est venu d'acquiescer au désir qu'il leur a manifesté par trois fois et de l'admettre enfin dans leur société fraternelle. Dans ce but, il monte au siège de l'abbé, s'agenouille devant lui et reçoit l'accolade fraternelle. Puis il va se mettre à genoux dans le chœur, où tous les religieux viennent Tun après l'autre l'embrasser comme un frère, au chant du psaume 47 • Magnus Dominas et laiida-

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bilis nimis, et du psaume i32 : Ecce quam bonum et quant jucundum!

Il n'y a plus qu'à consommer le sacrifice que le religieux fait de sa personne et de ses biens au souverain Seigneur^Il se rend une dernière fois au milieu du sanctuaire, où il s'étend, comme une victime, sous le drap mortuaire, image de sa mort à lui-même et au monde ; les frères invoquent pour lui les saints du paradis, et le prélat continue les cérémonies de la messe. Messe inoubliable ! prostration délicieuse ! leurs joies n'ont de supérieures que celles du prêtre qui gravit pour la première fois les marches de l'autel. On voudrait les voir se prolonger indéfiniment.

Quand l'abbé a communié au précieux sang, le diacre invite le nouveau profès à sortir de son mystérieux sépulcre : Surge, qui dormis, et exsurge a mortuis, pour venir communier aux lumières et aux forces divines du Christ Jésus : et illuminabit te Christus, et parfaire ainsi son sacrifice, en l'unissant à celui de son Maître.

Fortifié et éclairé par toutes les grâces que le Seigneur a répandues dans son âme, le jeune Bénédictin enti;p résolument dans cette vie de prière et de travail qui doit le conduire un jour à la possession du Maître à qui l'unissent des liens si étroits et si forts.

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La prière continuelle. — Heures canoniales. — Matines. — Laudes. — Petites Heures. — La prière vocale. — L'ofiice divin, prière vocale et mentale. — La liturgie, centre de la vie spirituelle. — La méditation. — Élude de la liturgie. — La sainte messe. — Symbolisme des heures canoniales. — L'année liturgique. — Le chant. — Dévotions.

SAINT Benoît, comme tous les docteurs de la vie religieuse, partage la vie de son moine entre la prière et le travail.

La prière est le plus noble et le meilleur emploi de son temps. Elle aura seule le privilège de franchir les limites de la vie présente, pour se prolonger à travers les gloires de l'éternité. Elle est dès ici-bas l'œuvre par excellence du Bénédictin. Telle est son importance et tels en sont les avantages que souvent il se demande pourquoi elle n'absorbe point ses jours et ses nuits. Le Sauveur a dit en effet aux apôtres :

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c< Oportet seniper orare et non deflcere^, il faut prier toujours et ne pas s'arrêter. » Et saint Paul adressait aux Thessaloniciens cette exhortation : c( Priez sans cesse, Sine intermissione orate^. » David, lui aussi, voulait bénir Dieu constamment : Benedicam Dominum in omni temporel. Le bonheur que l'âme trouve à chanter la louange divine 'lui ferait exprimer volontiers le désir de saint Pierre sur la montagne du Thabor : « Seigneur, il fait bon ici, Bonum est nos hic esse^; fixons-y notre séjour. »

Cette réflexion de Pierre inspire à Févangéliste saint Marc les paroles suivantes : « Il ne savait pas ce qu'il disait, Non enim sciebat quid dicebat^. » On pourrait en dire autant de celui qui refuserait de quitter la montagne de la contemplation afin d'en savourer toujours les ineffables jouissances. Dieu fait cette grâce à quelques âmes privilégiées; mais elles sont extrêmement rares. Il y aurait imprudence et présomption à trop étendre cette faveur exceptionnelle, et surtout à se l'adjuger à soi-même.

La prière ininterrompue n'est pas à la portée de la faiblesse humaine, et elle est incompatible avec les exigences de la vie présente. Mais il est un moyen facile de mettre en pratique les conseils des Livres sacrés : une entière soumission à l'adorable volonté de Dieu fait de toutes les actions de l'homme et de tout son être un holocauste dont la fumée s'élève jusqu'au trône du Tout-Puissant. De la sorte, sous l'influence du désir de rendre au Seigneur en toutes choses la plus grande gloire possible, ut in omnibus

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