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Thomassin, Traité de V Office divin, c. i

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messe ne se chantait que les dimanches et jours de fête. Mais Taugmentation du nombre des prêtres et le développement que les moines donnèrent au culte divin ne tardèrent pas a introduire la coutume de la chanter tous les jours. Dès lors, le service liturgique, avec la messe conventuelle encadrée par les huit heures canoniales, fut complet. C'est sous cette forme qu'il est parvenu jusqu'à nous.

Quel qu'ait été le rôle de saint Benoît et des moines dans cette organisation de la liturgie, elle n'en reste pas moins une institution tout ecclésiastique. Lorsque les Bénédictins usent de leur influence pour exciter parmi les clercs et les fidèles l'amour de la louange divine, ils agissent non pas tant en moines qu'en hommes d'Eglise dévoués à toutes ses traditions. Il ne leur est jamais venu à l'esprit de considérer le zèle pour la liturgie comme leur apanage exclusif. Ils s'y attachent de toutes les forces de leur âme, parce qu'à leurs yeux elle est la manifestation catholique par excellence de. cette vie chrétienne dont ils ont promis de chercher la perfection. En s' efforçant de la faire connaître et goûter, ils se font les propagateurs d'une dévotion vraiment ecclésiastique. On ne saurait donc confondre cet apostolat, car c'en est véritablement un, avec le zèle déployé par certaines familles religieuses pour répandre d'autres pratiques fort recommandables, à cause soit des encouragements du Saint-Siège, soit de l'exemple des saints qui les ont établies ou suivies, soit du bien qu'elles produisent dans les âmes.

Saint Benoît et la tradition de l'Eglise demandaient que chaque office fût célébré à l'heure dont il porte le nom. Les anciens y tenaient beaucoup, au point qu'ils interrompaient leur marche et leur travail pour le réciter le long des routes ou au milieu des champs.

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Alors, comme de nos temps, la journée entière se composait de vingt-quatre heures, distribuées en deux groupes égaux. Mais le jour commençait avec le lever du soleil et finissait à son coucher; sa durée variait donc suivant les saisons. Le nombre des heures diurnes et nocturnes néanmoins restait toujours le même. Il en résultait de continuelles variations dans leur durée. Par exemple, le 24 juin, l'heure diurne dépassait de beaucoup l'heure nocturne; tandis qu'à Noël elle devenait la plus courte. Mais l'invention des horloges a complètement bouleversé cette antique manière de mesurer le temps. Leur mécanisme exigeait une division toujours égale. On lit commencer les sections du jour, l'une à minuit, l'autre à midi; il n'y eut de la sorte aucun changement possible dans la durée des heures. On devine la révolution que cela produisit dans la journée et dans les habitudes domestiques.

L'Église se vit dès lors contrainte de modifier son horaire liturgique ; de plus, les mitigations adoptées par les moines noirs entraînèrent d'autres déplacements. Ils se rapprochent néanmoins le plus possible de l'heure primitive. Gomme aucune modification ne s'est introduite dans le corps même des offices, chacun d'eux conserve sa physionomie propre, de sorte qu'il est toujours facile au religieux de se transporter en esprit au moment pour lequel il a été composé.

A quatre heures du matin, le Bénédictin occupe sa stalle et commence la psalmodie de Matines. C'est l'ancien office de nuit ; il se compose, les dimanches et les jours de fête, de trois parties ou nocturnes, correspondant à trois des veilles (vigiliœ) qui partageaient la nuit romaine ; de là son nom de nocturni ou çigiliœ. 11 n'a que deux divisions, les jours sur

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semaine, qui ne sont marqués par aucune fête. Il convient alors de donner un peu moins de temps à la prière.

Dès que le supérieur a donné le signal, les frères s'inclinent profondément et se préparent à la psalmodie par la récitation du Pater, de VAve et du Credo. Puis ils implorent la grâce de Dieu en chantant le Deus in adjutoriuni et le Domine labia mea aperies. La récitation du psaume troisième secoue les derniers restes du sommeil. Le cliant de Tinvitatoire excite les frères à louer le Seigneur avec allégresse^ et l'hymne leur suggère des sentiments en harmonie avec la fête, la saison liturgique ou la férié. Ce prélude est suivi de six psaumes, après lesquels viennent quatre leçons de l'Ecriture sainte, entrecoupées par autant de répons. C'est ce qui forme le premier nocturne. Les jours fériés n'ont que trois leçons et trois répons; et encore durant l'été se borne-t-on à réciter une leçon plus courte et un répons plus bref; la brièveté des nuits demandait cela à une époque où chaque lecture se composait d'un ou de plusieurs chapitres de la Bible. Le deuxième nocturne comprend six autres psaumes, quatre leçons tirées des Pères de l'Eglise ou de la vie des saints, et quatre répons. Leçons et répons cèdent la place sur semaine à un capitule, suivi d'un verset, du Kyrie, du Pater et de l'oraison, comme il est d'usage à la fin des ollices diurnes. Trois cantiques, tirés de l'Ancien Testament, quatre leçons, empruntées à une homélie des saints Pères, et autant de répons, forment le troisième nocturne. Enfin, le Te Deum, l'évangile du jour, la doxologie T<? decet laus et la collecte terminent les vigiles.

Laudes commencent immédiatement après. On

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devait, du temps de saint Benoît, les chanter au lever de l'aurore, à'où leur venait de nom de Matines, office du matin. Elles sont appelées Laudes parce qu'on y récite toujours les trois derniers cantiques du psautier, connus autrefois sous le nom de Laudes. Comme toutes les heures canoniales, elles sont précédées du verset Deus in adfiitorium meiim intende et du Gloria Patri. Après avoir demandé à Dieu de répandre sur les âmes les rayons de sa lumière par le psaume Deus misereatur nostri, les frères chantent trois psaumes, un cantique, généralement celui que composèrent les jeunes Hébreux au milieu de la fournaise ardente, et les trois Laudes ; vient ensuite le capitule, suivi d'un répons bref, de l'hymne, du verset, du Benedictus, du Kyrie, du Pater et de l'oraison. L'antienne à la Vierge couronne dignement cette longue série de chants. Les Laudes sont avec les Vêpres l'office le plus solennel; elles rappellent les sacrifices que les Juifs offraient à Dieu le matin et le soir. L'Eglise y continue encore l'oblation de l'enccTis pendant que ses enfants célèbrent à l'envi le mystère de l'Incarnation en chantant le Benedictus ou le Magnificat.

Vers sept heure^s, le Bénédictin revient à l'oratoire pour réciter Prime, qui consacre à Dieu les prémices de la journée. Après le Pater, Y Ave Maria, le Credo, le Deus in adjutorium et l'hymne, il psalmodie, le dimanche, les quatre premières divisions du psaume ii8; les autres jours, il se borne à trois psaumes. C'est le chiffre qui se retrouve aux heures suivantes, de Tierce, ou de la troisième heure, de Sexte, ou de la sixième, de None, ou de la neuvième ; ce qui fait un psaume pour chacune des heures du jour. Ces mêmes offices, qui commencent par le Pater, Y Ave Maria, le Deus in adjutorium et l'hymne se termi-

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nent tous avec un capitule, un verset, Toraison et les conclusions ordinaires.

A neuf heures, il est encore à Téglise pour dire Tierce et chanter la messe conventuelle, qui est suivie de Sexte. Le soir, à quatre heures, il psalmodie et chante Vêpres. Ce dernier office se compose de quatre psaumes, du capitule et d'autres prières semblables à celles que nous avons trouvées à Laudes.

Lorsque la journée touche à sa fin, à huit heures, il revient à l'oratoire, entend une lecture pieuse et termine son service par la récitation de Compiles. Tout d'abord, il confesse à Dieu et à ses frères qu'il a commis des fautes en pensées, en paroles et en actions; il en demande humblement pardon. Après avoir dit trois psaumes, il fait monter vers le ciel l'hymne du soir 7"<? lucis ante terminum, pour écarter de lui les embûches de Satan ; il s'excite à la confiance par le capitule, adresse au Seigneur la supplication du Kyrie et du Pater, le conjure de visiter sa demeure par sa grâce, ses anges et sa paix, et il s'incline sous la bénédiction de son abbé. Puis il consacre à la Reine des anges et des moines le dernier chant de sa journée. Quelques prières le retiennent un instant au chœur, en attendant qu'il aille prendre un repos bien mérité.

Tous ces offices convergent autour de la grandmesse et forment avec elle l'hostie de louange que le monastère offre quotidiennement à la Trinité, au nom de TEglise et de la création. Ils se célèbrent devant le même autel; ils sont destinés à honorer le même saint ou le même mystère. La collecte du missel se retrouve à la fin des heures canoniales, sauf à Prime et à Compiles ; son évangile est chanté à Matines, et il fournit généralement le texte des antiennes de Ma^

gniflcat, de Benedictiis et des cantiques. Ce sont autant de liens qui contribuent à rendre plus évidente cette admirable unité de la journée liturgique. Elle a pour centre et pour foyer Notre-Seig-neur Jésus-Christ et son auguste sacrifice, dont les rayons illuminent et consacrent toutes les parties de l'office divin et chacun des travaux qui remplissent la vie du moine.

Le Bénédictin ne peut, durant les premiers mois de son séjour au monastère, s'acquitter de cette tâche avec toute la perfection qu'il souhaiterait. Il lui faut d'abord se rompre au maniement du bréviaire, au cérémonial, au chant et à l'intelligence des paroles, toutes choses qui lui seront plus tard d'un grand secours ; mais en ce moment elles exigent une constante application matérielle. Force lui est donc de se borner à une simple récitation vocale. Dans la suite, son état de santé ou des circonstances inévitables le mettront parfois dans l'impossibilité de faire davantage.

Ce lui est une occasion de se rappeler que, pour participer aux avantages de la louange divine, il n'est pas nécessaire d'en comprendre le texte. Lors même qu'il ne serait qu'une prière vocale, l'office divin est fort agréable à Dieu et utile à celui qui le récite.

La liturgie est Voraison de l'Eglise catholique. Elle déborde des pensées et des sentiments dont l'Esprit- Saint remplit son cœur. Ses enfants, qui écoutent ou répètent ces formules, n'ont qu'à s'unir à ses intentions par une foi vive et par une ardente charité. S'il leur arrive de ne pas en saisir le sens, l'Eglise, elle, le fait dans la personne d'une foule de ses membres répandus sur la face du monde. Le Seigneur voit cette intelligence et les saintes affections qui en découlent à travers les paroles prononcées par tous ceux qui s'associent matériellement à la célébration des

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divins offices, et son infinie miséricorde leur en attribue les effets sanctificateurs, en vertu de la communion des Saints 1.

Gela explique Timportance sociale de la liturgie à ces âges heureux où les hommes savaient et voulaient prier. La masse du peuple n'est, en effet, capable que d'une prière vocale. Pouvait-on dès lors lui demander autre chose que d'unir sa voix et son cœur à un texte composé par ceux qui possèdent Tart de l'oraison, en venant à l'église chanter les psaumes, écouter et s'approprier les prières du prêtre?

Mais saint Benoît ne veut pas que ses disciples se contentent de cette participation rudimentaire à l'office divin. Les paroles et les rites doivent être l'expression fidèle des sentiments qui les animent. Mem^ nostra concordet voci nostrœ^, La perfection consiste à unir tellement l'âme à la voix, que tout l'ensemble de la liturgie paraisse jaillir du cœur comme de sa source ; il devient ainsi l'expression vraie de ce que le moine croit, de ce qu'il espère et de ce qu'il aime.

Qu'est, en effet, la liturgie, sinon la manifestation officielle de la foi, de l'espérance et de la charité de l'Eglise? Elle se compose, en majeure partie, de textes empruntés à la Bible, par conséquent inspirés par l'Esprit de Dieu. Les autres sont l'œuvre des saints et des pontifes, c'est-à-dire des hommes les plus pénétrés de ce divin Esprit ; tous ont reçu l'approbation de l'Eglise, qui sait y reconnaître la formule exacte de sa propre pensée. Or, ces pensées et ces sentiments de l'Eglise catholique prennent leur source en Dieu; ce sont les pensées et les sentiments de Jésus-Christ, que l'Esprit-Saint lui communique. Il

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