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de la liturgie, s'isola de ce grand courant ecclésiastique. L*enseignement donné du haut de la chaire, au tribunal de pénitence et dans les livres pieux, imprima aux âmes une direction différente, qui peu à peu transforma les idées et les pratiques. Il n'entre pas dans ma pensée de comparer les méthodes préconisées par les maîtres qui ont surgi depuis lors avec Tancienne méthode liturgique des Pères et des saints du moyen âge. Je me borne à constater un fait.
Il en résulte que la plupart des jeunes gens qui embrassent la vie bénédictine soupçonnent à peine le caractère, Timportance, les beautés et la richesse de Toffice divin. C'est un art et une science dont il faut leur enseigner les premiers éléments. Voilà pourquoi, aussitôt après leur vêture, on les applique à Tétude des psaumes. En outre, ils ont tous les jours une conférence où on leur explique l'office du lendemain, l'histoire et la composition du bréviaire et du missel, la raison des cérémonies qu'ils doivent accomplir. Ils ne tardent pas à comprendre la vérité de ces paroles que Durand de Mende a écrites au commencement de son Rational des divins offices : c< Tout ce qui fait partie des offices ecclésiastiques est plein de symboles et de mystères célestes, et déborbe d'une divine suavité, si le chrétien qui les récite les examine avec soin et fait sortir le miel de la pierre et l'huile du rocher i. »
Son travail, fécondé par la grâce de Dieu, lui donne la clef de la liturgie catholique, et c'est un monde nouveau qui s'ouvre devant ses yeux et le remplit d'admiration. Le sacrifice eucharistique lui apparaît comme l'action par excellence, la force, la joie de
I. Durand, Rationale seu enchiridion dwinorum offîciorum proœrnium.
rÉglise et du chrétien. Il suit avec une tendre piété et une intelligence éclairée les cérémonies dont le divin Agneau enveloppe son immolation, sous chacune d'elles il trouve un lumière et une grâce que son cœur savoure délicieusement.
Ses regards se fixent sur le prêtre, qui se dispose par l'humble aveu de ses misères à gravir les marches de Tautel. Il s'élève avec lui sur cette montagne plus sainte que le Sinaï ; avec lui encore, il vénère la table du sacrifice, qui est le siège de la majesté divine, et il ofïre au Seigneur l'hommage de l'encens. Son àme, pendant ces rites préparatoires, se délecte dans le chant de cette belle antienne de l'introït, qui lui rappelle les hymnes par lesquelles les esprits bienheureux ont acclamé la naissance de Jésus à Bethléem. Après avoir jeté vers le ciel la plaintive supplication du Kyrie, il s'unit aux Anges pour dire : « Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté » ; il loue le Seigneur, il l'adore, il le bénit, il le remercie en son nom et au nom de toute créature. Lorsque le chant de cette doxologie a allumé dans son cœur le désir de rendre à la Trinité le plus de gloire possible, le prêtre le salue, en lui disant : Dominus vobiscum. C'est le souhait qu'il convient de lui adresser en ce moment, car le Seigneur est seul capable de le mettre en état d'assister pieusement au saint sacrifice ; seul aussi, il peut aider le prêtre à le célébrer dignement ; voilà pourquoi le religieux répond à son salut en répétant le même souhait : Et cum spiritu tuo.
Et alors, abîmé dans le silence et l'humilité d'une adoration profonde, il ouvre son cœur, afin de recevoir, sans en laisser perdre une seule, les grâces que l'oraison du célébrant, présentée à Dieu le Père par
Notre-Seigneur Jésus-Christ, fait descendre sur lui. Il s'assied ensuite, et saint Paul ou un autre écrivain inspiré fait retentir à ses oreilles la parole divine par la bouche du sous-diacre. Le chant doit suivre la lecture. L'épitre a semé le verbe du Père dans l'intelligence du moine; le chant du graduel, de l'alléluia ou du trait le fait pénétrer au plus intime de son âme, qui, en même temps, s'élève vers Dieu, source de toute lumière, sur les ailes de la reconnaissance et de l'amour. Quand les derniers neumes sont terminés, le religieux se tient debout et dirige ses regards et son cœur à l'Orient, pour écouter avec crainte et tremblement la voix du diacre, qui proclame la bonne nouvelle. Les cierges allumés lui disent la foi ardente et le bonheur spirituel que lui apporte l'évangile. La fumée de l'encens l'invite à se délecter dans le parfum mystérieux qu'il exhale et qui l'attire sur les pas de Jésus. Il s'unit au prêtre pour donner en esprit au texte sacré un baiser d'adhésion et de vénération. Puis il fait avec les fidèles du monde entier un acte de foi public et solennel, non seulement aux vérités qu'il vient d'entendre, mais encore à toutes celles dont le Sauveur a confié le dépôt à son Église, une, catholique, apostolique, romaine.
Les lectures et les chants qui se terminent forment un office préparatoire à la messe proprement dite, qui commence avec l'offrande. Le Bénédictin renouvelle ici sa profession religieuse, en l'unissant au pain et au vin que le prêtre dispose sur l'autel. Il fait éclater la joie et la gratitude que lui inspire cette participation intime au sacrifice par le chant de l'offertoire. Puis l'encens, ce parfum des rites sacrés, qui a embaumé l'autel et les oblations, vient l'embaumer lui-même et tous ses frères, et lui dire que son assistance à la messe l'unit à Jésus pour être
avec Lui une seule hostie, un seul holocauste, dont la fumée monte jusqu'au ciel glorifier l'adorable Trinité et provoquer l'effusion de ses infinies miséricordes sur le genre humain. Alors le célébrant élève la voix ; c'est un nouveau salut qu'il adresse, et les cœurs quittent la terre et s'en vont sur ces sommets où Dieu réside; ils se livrent à une juste et digne action de grâces, formulée dans un langage dont l'ampleur et la simplicité font songer à la poésie céleste. Quand la préface est achevée, le moine se fait l'écho du cantique Sanctus, Sanctus, Sanctus, que chantent les Séraphins autour de l'autel éternel ; et, plongé dans un religieux silence, il adore la Victime céleste qui vient remplacer la substance créée du pain et du vin. Après avoir chanté le Benedictus et proclamé sa foi à la présence réelle, il se tait de nouveau. Car ce n'est plus le temps ni de chanter ni de parler. Jésus s'immole; son sacrifice tient à Dieu et à l'âme un langage plein de lumière et de grâce. Les assistants n'ont qu'à l'écouter et à se l'approprier.
Enfin, la voix du prêtre s'élève de nouveau et chante : Per onmia sœciila sœculorum. Un Amen convaincu associe les cœurs à tout ce qui s'accomplit dans le mystère des rites sacrés. Puis le religieux reçoit comme les gouttes d'une rosée divine chacune des paroles de l'oraison dominicale ; elles expriment la prière qu'en ce moment Jésus fait à son Père au nom de tout le peuple chrétien, et résument admirablement tous les fruits de son sacrifice. Il se rappelle, au Pax Domini, qu'il y a ici, outre le souvenir de la mort du Sauveur, celui de sa glorieuse résurrection, figurée par le mélange du pain et du vin consacrés. Bientôt, il se prépare à la communion en implorant la miséricorde du divin Agneau, et en pardonnant par le baiser de paix à tous ceux qui
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l'ont offensé. Refait par la participation spirituelle aux grâces eucharistiques, il dit au Seigneur sa reconnaissance par l'antienne de la communion, et il s'incline sous les bénédictions de l'oraison suivante, qui viennent confirmer son union avec Jésus-Christ.
Cette àme, tout embaumée par la pensée de Jésus et par les fruits inappréciables de son immolation, se plaît à le retrouver dans chacune des heuree canoniales. Elle contemple, durant les Matines, le mystère de son Incarnation et de sa naissance à Bethléem, et elle se dispose à le recevoir au milieu de la nuit, quand il viendra juger les vivants et les morts. Laudes lui permettent d'honorer sa Résurrection et d'acclamer le vainqueur de Satan et du péché. Prime l'invite à se transporter dans la maison de Nazareth et à considérer dans quelles dispositions Jésus, Marie, Joseph, commençaient le travail de la journée. Tierce met sous ses yeux le cénacle et la scène grandiose dont il fut le théâtre, au jour de la Pentecôte; il voit TEsprit-Saint se reposer, sous la forme d'une langue de feu, sur Notre-Dame et les apôtres ; il le bénit et lui demande de continuer au sein de l'Eglise son action sanctificatrice. Sexte est consacrée au souvenir du crucifiement et de T Ascension, tandis que None représente la mort du Sauveur sur l'arbre de la croix et ses conséquences pour l'honneur de Tadorable Trinité, le salut des hommes et la honte de Satan. Pendant Vêpres, le Bénédictin contemple le spectacle qu'offre le calvaire, après la descente de croix. Marie, qui jusque-là s'était tenue debout comme un prêtre devant la victime, s'est assise; elle tient sur ses genoux son divin Fils; sa douleur est grande, en le voyant ainsi étendu, sans vie, et couvert de blessures. Mais, femme forte entre toutes, elle ne cesse
de remplir le rôle que lui a réservé la ProYidence dans l'économie de la Rédemption ; elle offre à Dieu cette hostie sans tache et les tourments qui ont précédé sa mort, en mêlant au vin généreux de cette oblation incomparable la goutte d'eau de ses propres douleurs. Ce fut le sacrifice du soir qui apaisa la colère divine. Il est juste d'en renouveler chaque jour le précieux souvenir. C'est encore Jésus que Tâme retrouve au terme de la journée, quand elle vient chanter Compiles. Il se montre à elle, étendu sur la pierre du sépulcre, dans le sommeil mystérieux du tombeau, oubliant les fatigues de sa vie et de sa passion, et se préparant à ressusciter à une vie nouvelle et glorieuse. Quelle utile leçon donnée au moine quelques minutes avant d'aller prendre son repos !
Du haut de l'autel, où il s'immole, Jésus est donc ■le soleil qui illumine la journée monastique d'une riumière toute céleste. Ses rayons la transforment et la manifestent sous un jour que le monde ne soupft çonne pas. Ainsi dominée par le souvenir et la louange des mystères divins, elle s'écoule paisible et heureuse, même au sein des privations et des souffrances. Et, en se renouvelant sans cesse, elle fait du monastère bénédictin un coin du ciel tombé sur cette terre d'exil.
Le divin Soleil répand encore ses clartés sur l'année toul, entière ; il place ainsi au-dessus des saisons naturelles le cycle liturgique, dont les évolutions s'accomplissent autour des principaux mystères de la foi. Noël est le centre qui groupe les semaines de l'Avent et le mois de janvier. Le Carême conduit à la solennité pascale, qui a pour action de grâces les quarante jours qui la suivent et qui se consomment
avec les gloires de l'Ascension. La Pentecôte et
les mois suivants forment la dernière saison de l'année chrétienne. L'Incarnation, la Rédemption, la Justification, sont donc les trois phases de cet astre éternel dont les lumières permettent à l'Église et à l'àme de renouveler constamment leur jeunesse et leur viek
L'Avent, avec ses attentes, les beaux offices de ses dimanches, ses grandes antiennes, avec Tlmmaculée- Gonception et l'Expeclation de Notre-Dame, avec les souvenirs de saint Jean le Précurseur, avec les exemples et l'intercession de saint André, de saint Thomas, de saint Ambroise, de saint Pierre Ghrysologue, de saint Nicolas, de sainte Lucie, de sainte Barbe et des autres bienheureux dont la fête orne cette partie du calendrier, et surtout avec les enseignements du prophète Isaïe, qui élève la voix toutes les nuits à l'office de Matines, l'Avent, dis-je, purifie le cœur de ses souillures et lui montre les chemins qui le peuvent ramener à Jésus.
A Noël, tout est grâce, lumière et amour; et cela se prolonge jusqu'à l'Epiphanie et au delà. Les saints qui veillent auprès du berceau de l'Emmanuel, saint Etienne, saint Jean l'Evangéliste, les saints Innocents, saint Polycarpe, saint Ignace, saint Jean Ghrysostome, sainte Agnès, etc., invitent les moines à venir se mêler à leur cortège. Les Epitres de saint Paul, qui se lisent à l'office de nuit, leur présentent les leçons du mystère de Dieu fait homme. Marie et Joseph leur enseignent à recueillir et à méditer la divine parole, pour augmenter en eux la connaissance et l'amour de Jésus.
Arrivent ensuite le Garème et ses graves souvenirs.
I. Cr. Dom Guéranger, Année liturgique, préface générale, xv-xvii.
GJest une retraite de quarante jours que l'Eglise ménage à ses enfants. Les récits de la Genèse leur ont proposé, durant la Septuagésime, les méditations fondamentales qui ont pour conclusion l'émouvante cérémonie des Cendres. Puis l'àme s'enfonce dans la solitude en la compagnie de Notre-Seigneur, où elle se nourrit par la méditation de l'épitre et de l'évangile que lui olfre la messe de chaque jour. Sur la lin, après avoir écouté les prophéties de Jérémie, elle passe du désert à Jérusalem, pour suivre Jésus, jour par jour, heure par heure ; elle recueille ses paroles, admire ses actions et contemple ses souffrances. A côté de Madeleine, au pied de la croix, elle pleure les péchés qui ont causé la mort d'un Maître si bon, et elle s'attache plus que jamais à Celui qui a daigné mourir en sa place.
Entin, voici Pâques ; les larmes disparaissent, et le chant de l'alléluia remplit le cœur d'une allégresse qui durera quarante jours. La compagnie de Jésus ressuscité, le récit de ses apparitions, les solennités des offices, entretiennent ces sentiments de joie surnaturelle. Les Actes des Apôtres, les Epîtres canoniques, les vies des nombreux saints apôtres, martyrs, confesseurs, vierges, que l'Église honore en ce temps, viennent tour à tour célébrer les grandeurs et les miséricordes du divin Rédempteur.
Après l'avoir accompagné dans sa glorieuse Ascension avec les regards de l'espérance chrétienne, le moine entre au Cénacle, où il se prépare avec Marie et les saints Apôtres aux fêtes de la Pentecôte, qui renouvellent en lui les grâces de la descente de l'Esprit-Saint. 11 adore ensuite la Trinité, objet principal de toutes les solennités liturgiques et sommet de tous les mystères; il médite et il chante l'Eucharistie, qui en perpétue le souvenir ici-bas ; et il attend avec
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l'Eglise le retour du Sauveur à la fin des siècles, figuré par le dernier dimanche après la Pentecôte. Les livres des Rois, les écrits sapientiaux, les vies des saints personnages contenues dans la Bible, Thistoire des Macchabées, Ezéciiiel, Daniel et les douze petits Prophètes fournissent à son cœur, durant cette longue attente, une nourriture substantielle et variée. Il peut trouver un sujet d'oraison fort pratique, pour la semaine entière, dans l'épître, Tévangile et les prières de la messe dominicale.
La sainte Mère de Dieu, par sa \isitation, son Assomption, sa Nativité, les saints Apôtres, saint Jean-Baptiste, Pierre et Paul et une armée de saints de tous les pays et de tous les temps l'aident, par leur protection et le souvenir de leurs vertus, à mener une vie irréprochable.
En parcourant ainsi l'année chrétienne, le Bénédictin contemple un à un les mystères de la religion ; il se les assimile, et il sent sa vie se transformer peu à peu, et devenir une imitation de la vie de Notre-Seigneur. Son intelligence s'habitue à trouver dans la liturgie les cadres d'une admirable syntlièse où il peut grouper tout l'ensemble de ses connaissances. L'étude entretient alors dans son cœur l'amour qu'il doit à l'auteur de tout bien. Il fait de la théologie une hymne et de l'histoire une épopée qui chantent Jésus et les choses de Jésus. Son existence est une fête continuelle, une ascension ininterrompue vers Tabbaye céleste, où des milliers de moines, sous la présidence de Jésus, Tabbé des abbés, ne cessent de clianter la Trinité, le Verbe fait chair et les merveilles accomplies par lui dans son Eglise, célébrant ainsi un office éternel, laus perennis, qui a son écho fidèle dans les messes et les heures chantées ici-bas.
LA PRIERE i8i
Le Bénédictin se fait donc une haute idée de la liturgie. Elle est à ses yeux le vêtement que l'Église a tissé pour envelopper Notre-Seigneur, présent sur l'autel ; il le veut beau, splendide comme le Sauveur lui-même. La richesse poétique des psaumes et des hymnes ne lui suffît pas ; il ne lui suffît pas, non plus, de faire appel à tout ce qu'il y a de beau dans la création pour orner le temple chrétien et pour composer ainsi, autour de l'autel, toute une liturgie de pierre, d'argent, d'or, de couleurs, de broderies. Le religieux enthousiasme dont le remplissent les vérités de la foi et le souvenir des bienfaits divins font jaillir de son cœur une musique simple et vraie qui enveloppe les sentiments contenus dans le texte liturgique, avec une grâce et une majesté comparables à celles de ces magnifiques chasubles des douzième et treizième siècles qui se drapent si bien autour de la personne du pontife. La musique moderne, malgré ses beautés incontestables, ne peut aspirer à l'honneur de revêtir ainsi la prière chrétienne.
Ce chant traditionnel de l'Eglise, composé par des saints, chanté par eux, conserve sous chacun de ses neumes le parfum de leur piété. Il est lui-même la plus touchante, la plus pénétrante des oraisons.
Le moine s'applique à le conserver pur de toute influence étrangère. Chaque abbaye possède plusieurs religieux qui en font l'objet principal de leurs études, afin de pouvoir mieux apprécier ses mélodies et de les exécuter avec plus de perfection. Les voix capables de les interpréter convenablement se groupent autour d'eux et forment la Schola cantorum. Ce sont les frères qui savent édifier par leur chant dont parle saint Benoît 1. Ceux qui les entendent se sentent
I. Cantare aut légère non prœsumat, nisi quipotest ipsum officium implere, ut œdificentur audientes. (Reg., xlvii.)
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portés à aimer et à glorifier Dieu. Le Seigneur est encore moins indifférent que les âmes de ses créatures à cette bonne et parfaite exécution de la mélodie liturgique. Il trouve toujours une gloire particulière dans une cérémonie dont l'exécution est de tout point irréprochable. Ceux qui sont afïligés d'une voix ingrate trouvent un réel profit à écouter en silence et à savourer ces mélodies, dont la beauté et la simplicité, dignes de l'Evangile, sont à la portée de tous les cœurs. Le religieux condamné par le Créateur à ce rôle passif s'estime très heureux de pouvoir, plusieurs fois le jour, procurer à sa piété la noble satisfaction d'une prière admirablement chantée.
L'office divin, quelle que soit sa place dans la vie du moine, ne saurait étouffer les autres manifestations de la piété catholique. Il n'exclut ni la récitation du rosaire, ni le chemin de la croix, ni les pratiques autorisées et encouragées par le Saint-Siège et par les exemples des saints. Agir différemment serait aller contre l'esprit de l'Eglise et se priver de grâces nombreuses.
Mais entre toutes les dévotions il préfère celles qui ont reçu la sanction des siècles. Il honore plus volontiers, après Notre-Dame, saint Joseph et saint Benoît, les saints qui tenaient jadis une place si importante dans la piété des peuples, saint Michel, saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, insérés au Conûteor, saint Georges, saint Martin, les apôtres et les saints de sa province, les patrons du monastère. S'il vénère avec une tendre piété la Vierge Marie dans les nouveaux sanctuaires qu'elle choisit de nos temps pour faire éclater sa puissance, il aime encore, toutes les fois qu'il le peut, à s'agenouiller à Notre- Dame de Paris, à Notre-Dame de Chartres, qui exer-
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cèrent jadis un attrait irrésistible sur les cœurs dévoués à celle qui est la Reine des cieux et la Reine de la France.
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Obligation du travalL — Le travail et la prière. — Le travail intellectuel et le travail manuel. — Le travail intellectuel dans la Règle de saint Benoît. — Les frères convers. — Prédominance du travail intellectuel. — Le travail manuel. — L'industrie. — L'imprimerie. — Les œuvres d'art.
AU temps de saint Augustin, quelques moines considéraient le travail comme une imperfection. Ils prétendaient s'appliquer continuellement à la prière, au chant des psaumes et à la méditation de la parole de Dieu, ou encore faire des discours de piété et des lectures édifiantes aux personnes qui les visitaient. Leur ambition était de suivre à la lettre le conseil du Sauveur, leur proposant l'exemple des oiseaux du ciel et des lis des champs, qui vivent sans travail et reçoivent tout de la Providence. Le moine parfait n'a qu'à les imiter, pensaient-ils ; la générosité des fidèles lui fournira le nécessaire.
Cette prétention flattait trop l'orgueil et la paresse
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de l'homme, pour ne pas trouver de nombreux partisans. L'évêque d'Hippone comprit le danger et il opposa à cette erreur son traité sur Le travail des moines^, où il établit, par le témoignage des divines Ecritures et l'exemple des apôtres, l'obligation du travail qui incombe à tous les serviteurs de Dieu.
Le moine est tenu de travailler pour se conformer aux intentions du Créateur. Il ne lui impose pas une occupation quelconque, un passe-temps vulgaire, capable de dissiper les ennuis de l'oisiveté et d'alléger le fardeau de l'existence. La loi qui pèse sur lui est beaucoup plus austère. Homme voué à une vie pénitente, le religieux est tenu de gagner son pain à la sueur de son front, c'est-à-dire par un labeur de tous les jours. Il peut, de la sorte, expier ses péchés et pratiquer la mortification chrétienne. C'est par ce moyen surtout qu'il exerce l'obéissance religieuse et la plupart des vertus qui conviennent à son état. Dieu ne lui fournit pas d'autre arme contre la paresse, qui est le plus dangereux de ses ennemis. Aussi, supprimer le travail dans un monastère serait livrer sans défense les moines à toutes les tentatives du diable et à tous les désordres. L'histoire monastique est là pour attester que l'oisiveté a été le point de départ de tous les relâchements. Lorsque les réformateurs ont entrepris quelque part la restauration de la discipline, ils se sont toujours préoccupés d'inculquer la nécessité d'un labeur persévérant.
De fait, il est, avec la prière, une condition essentielle du service que le moine a promis au Seigneur. Il ne peut pas plus se passer de l'un que de l'autre. Ce sont les deux ailes qui lui permettent de s'élever