I. Luc, XVII
LA VIE RELIGIEUSE 4i
rapport au service du Seigneur, ils apparaissent comme de saintes et précieuses libertés à celui qui considère la triste condition de l'homme déchu.
Certes, ils imposent à sa pauvre nature une contrainte pénible. Mais quels avantages ne procurent-ils pas à son âme ! Il suffît, pour s'en rendre compte, de jeter un regard sur le monde et sur la vie de ceux qu'il retient.
Celui qui possède est absorbé par la pensée de conserver ses biens et de les accroître. Sans rien dire des fautes contre la justice et la charité qu'occasionne l'amour déréglé des richesses, ni des excès multiples que leur jouissance peut entraîner, de combien de préoccupations incessantes leur possession n'est-elle pas accompagnée! Elles attachent l'esprit à la terre, troublent l'âme dans ses exercices pieux et l'empêchent d'aller au Seigneur comme elle le désirerait. Il s'est trouvé et il se trouve encore des chrétiens qui vivent au milieu de la fortune temporelle sans rien perdre de leur liberté intérieure. Ils méritent certainement les récompenses promises aux pauvres d'esprit, car ils ont la force de pratiquer le détachement au sein de l'abondance. Mais, il faut le reconnaître, le renoncement absolu et matériel du vœu de pauvreté est plus facile que le saint usage des biens de la vie. Aussi le religieux est-il dans une situation de beaucoup préférable à celle du séculier.
En ne possédant rien, et en ne pouvant rien posséder, le moine jouit d'une liberté et d'un bonheur inappréciables. Sa pauvreté réduit ses besoins au strict nécessaire, et, par là, elle diminue le nombre de ses servitudes; car tout besoin que l'homme se crée devient pour lui un maître rigoureux.
Toutefois, la nature a des exigences telles que le
moine le plus fervent est contraint de les subir, jusqu'à la fin de ses jours. Il ne peut se passer ni de nourriture, ni d'habits, ni d'instruments de travail. S'il n'a rien, qui donc se chargera de les lui fournir? Il les attend de Dieu, son Maître souverain, qui confie à sa famille religieuse la mission de les lui donner, au fur et à mesure de ses besoins journaliers. Elle le fait généreusement; mais le religieux ne doit jamais perdre de vue sa condition de pauvre véritable, ni se laisser aller à des exigences déplacées. Si parfois il vient à manquer de l'utile, voire même du nécessaire, au lieu de murmurer contre les représentants du Seigneur ou contre sa Providence, il s'estime heureux; car c'est alors qu'il est vraiment moine, disciple et serviteur de Celui qui n'avait pas une pierre où reposer sa tête. Le logement qu'il occupe, l'habit dont il est couvert, les livres mis à son usage, sont, à ses yeux, des objets sacrés, une propriété divine. Il les traite avec un respect surnaturel. Saint Benoit va jusqu'à les comparer aux vases sacrés : Ac si altaris casa sacrata conspiciat^. Rien n'est petit à ce point de vue; la foi ennoblit jusqu'aux moindres choses dans le monastère.
Le moine, qui attend tout de ses supérieurs, s'interdit d'accepter quoi que ce soit des personnes du dehors, fût-ce même d'un membre de sa famille. Si on lui remet un objet quelconque, il s'empresse de le porter à son chef, qui en dispose pour le service de sa communauté. Saint Benoît, pour enlever tout prétexte au désir de se procurer par ce moyen ce dont le besoin pourrait se faire sentir, recommande instamment à l'abbé de fournir à chacun tout ce qu'exigent sa santé et son travail, sans oublier néanmoins, soit