‹ Le moine bénédictinChapitre 61 sur 88 · Id., XX · texte numérisé non relu

Id., XX

ménager à ses moines des loisirs pour faire des études aussi fortes et aussi étendues que dans n'importe quel autre milieu.

L'établissement des monastères dans les villes, le rôle que la Providence réservait à l'Ordre bénédictin au sein de l'Église et de la société, les encouragements des papes, des conciles, des évèques et des princes, le zèle des abbés, furent les éléments qui contribuèrent le plus à développer parmi les moines l'amour de l'étude et, dans certains cas, à la faire prédominer sur le travail manuel. Néanmoins il y eut encore un certain nombre de religieux qui se contentaient d'une culture élémentaire, ou même qui ne savaient ni lire ni écrire. Ils vivaient jusque-là à côté de leurs frères lettrés, suivant la même Règle, portant le même habit, et jouissant des mêmes droits. On sentit un jour le besoin d'établir entre eux une distinction. L'élévation de la plupart des moines instruits aux ordres sacrés finit par la rendre nécessaire. Il y eut dès lors les Pères de chœur et les Frères convers. Gela commença vers le onzième siècle. Ces derniers conservèrent l'intégrité de la vie religieuse, les vœux et le lien de stabilité avec le monastère. Ils remplacèrent l'office canonial par un office plus facile et plus court, composé de Pater et d'Ave Maria\ ils eurent ainsi beaucoup plus de temps pour s'adonner à l'exécution des gros travaux de la maison et de ses dépendances.

Quelques Congrégations leur laissent l'habit noir, sans scapulaire; ailleurs, ils portent une tunique et un scapulaire marron; une grande chape ou manteau à capuchon de même couleur leur tient lieu de coule. Ils ne peuvent ni être admis au rang des moines de chœur, ni recevoir les ordres sacrés. Ils ne prennent

LE TRAVAIL tgi

jamais part aux élections ni aux délibérations conventuelles. Leurs vœux sont simples, de sorte que les supérieurs ont le pouvoir de les en dispenser, pour une raison grave, sans recourir au Saint-Siège.

En règle générale, ces Frères se recrutent parmi les jeunes gens de la campagne ou les ouvriers d'une instruction ordinaire. Dieu, qui jadis attirait au monastère tant d'âmes simples pour les sanctitier et les utiliser à son service, continue d'ollrir la grâce de la vocation à un grand nombre d'hommes qui ne pourraient être reçus dans les ordres religieux voués à Tapostolat ou à l'instruction. Ils ont leur place marquée dans la famille de saint Benoit ; et c'est une place fort importante. On leur contie les travaux de jardinage, la culture des terres, le soin des animaux ; on leur fait exercer les métiers qu'ils connaissent déjà ou qu'ils sont susceptibles d'apprendre. Ils sont à 1 abbaye ce que les bras et les jambes sont au corps. Grâce à eux, elle se procure les ressources nécessaires, et les moines de chœur peuvent en toute liberté vaquer à la louange divine et au service de l'Église. Ils témoignent aux convers, par les délicatesses de la charité fraternelle, la reconnaissance que mérite leur dévouement. Ce sont pour eux de véritables frères.

^ A l'époque où cette distinction s'introduisit dans l'Ordre de Saint-Benoit, l'olïice divin était d'une longueur qui parut bientôt excessive. De fait, il Unissait par être une charge matérielle qui écrasait les âmes au lieu de les élever à Dieu. 11 causait l'ennui, l'inattention et le dégoût des choses saintes, au point que plusieurs ont vu avec raison, dans cette multiplicité des prières publiques, une cause de relâchement ^

I. Cf. D. Calmet, Cotnmenlaire sur la Règle de saint Benoit, pvét'.f 70-71.

Aussi les réformateurs du quinzième siècle réduisirent-ils la louange divine à des proportions plus raisonnables. Les études n'en bénéficièrent pas moins que la ferveur.

C'est ainsi que les moines noirs ou Bénédictins ont peu à peu développé le travail intellectuel au détriment du travail des mains.

Citeaux avait réagi, au douzième siècle, contre cette tendance, en ramenant les Pères de chœur à l'observation textuelle de la sainte Règle. L'abbé de Rancé lit revivre à la Trappe, au temps de Louis XIV, cet usage, qui mérite assurément le respect universel. Malheureusement, dans ses attaques contre les monastères qui appliquaient d'une manière différente le précepte du travail, il s'est donné le tort de dépasser parfois les bornes de la charité.

Cette prédominance des études ne peut être considérée comme un adoucissement de la Règle bénédictine. Les moines, eji effet, ne cherchent pas à éluder par ce moyen l'obligation de se livrer à une œuvre pénible ; ils se bornent uniquement à remplacer un labeur par un autre, afin de mieux répondre aux désirs de la sainte Eglise et de lui rendre des services importants, dont ils seraient incapables sans cette modification.

Cela ne saurait entraîner toutefois la suppression complète du travail des mains pour les religieux de chœur. Ils s'y appliquent à peu près tous, sous une forme ou sous une autre, dans des proportions qui varient suivant les usages de chaque Congrégation, les besoins particuliers des monastères et les aptitudes des individus. Beaucoup ne pourraient s'appliquer avec fruit, durant les longues heures d'une journée, aux graves études qui conviennent à leur

saint état. Ils seraient exposés « à se livrer à des lectures purement amusantes, à des historiettes, à des voyages, à des nouvelles de littérature, à de vaines curiosités 1 », ce qui est contraire à la notion du labeur monastique, et entraînerait les plus fâcheuses conséquences. Le travail des mains est pour eux d'une nécessité telle, que Dom Galmet va

l'église du prieuré de farnrorough (Angleterre)

jusqu'à signaler son abolition dans quelques abbayes de son temps comme « une des plus grandes sources du relâchement de la discipline 2 ».

Le fonctionnement du monastère procure à ses religieux des occupations nombreuses et variées. Il faut avouer cependant que les Bénédictins français sont, à ce point de vue, dans une situation inférieure à celle qu'ils avaient jadis. La propriété foncière

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