‹ Le moine bénédictinChapitre 62 sur 88 · Id · texte numérisé non relu

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était alors leur principale source de revenus. La simple surveillance des domaines, la gestion sage et régulière des intérêts, donnaient à plusieurs Pères une occupation matérielle suffisante pour remplir une partie de la journée, sans qu'ils eussent à prendre la bêche ou à manier la charrue. C'était, en outre, un moyen naturel d'entretenir dans l'intérieur du monastère une activité fort utile aux âmes et de conserver avec les hommes des champs des relations constantes, qui permettaient d'exercer sur eux une influence salutaire.

Tout est changé de nos jours. Non seulement la Révolution a, contre toute justice, dépouillé de leurs biens toutes les communautés religieuses, mais encore la législation qui leur est imposée met leurs immeubles dans des conditions si précaires, qu'elles en sont réduites à posséder le moins qu'elles peuvent. La prudence veut même qu'elles dérobent aux regards du fisc, par des moyens légaux, les maisons et les terres dont elles ne sauraient se passer. Force leur est donc de transformer leur fortune en papiermonnaie et d'entrer ainsi dans l'organisation fictive du crédit. Si cette nécessité a quelques avantages, à combien d'inconvénients ne les expose-t-elle pas ? Les soins et les travaux qu'entraînait l'ancien régime, et que rien n'est venu remplacer, étaient de beaucoup préférables aux commodités du système actuel.

Les supérieurs trouvent encore moyen de fournir à chacun l'activité matérielle qui lui est utile. Divers oflices, tels que la cellérerie, la sacristie, la lingerie, le vestiaire, etc., sont toujours confiés à des Pères de chœur. D'autres travaillent au jardin, taillent les arbres, cultivent les fleurs, veillent sur la basse-cour. Il en est qui s'adonnent à quelques métiers dans les ateliers de la maison. La pauvreté monastique les

rend ingénieux pour faire eux-mêmes une foule de travaux de menuiserie, de maçonnerie, de peinture, qui deviendraient fort dispendieux s'il fallait recourir aux ouvriers du dehors.

Quelques monastères ont pris à la lettre ces paroles de saint Benoit : a Ils seront vraiment moines s'ils vivent du travail de leurs mains, comme nos pères et les saints apôtres ^ ». Ils utilisent toutes les aptitudes des sujets que la Providence leur envoie; ils organisent des ateliers; ils créent des industries, choisissant de préférence celles qui sont le plus compatibles avec leur genre de vie et répondent le mieux aux traditions de l'Ordre. Lorque les bras dont ils disposent ne suffisent plus aux exigences du travail, ils emploient des ouvriers. Heureuse circonstance, qui les met en face de cette grave question sociale, qui préoccupe tant d'esprits. Ils peuvent l'étudier sur le terrain pratique et travailler à la résoudre par l'application loyale de la charité et de la justice évangéliques. Ils le font sur une bien petite échelle. Mais, qu'importe ! En pareille matière, les résultats s'apprécient par leur valeur intrinsèque. Et qui sait si demain la Providence, faisant concourir à la réalisation de ses desseins éternels les événements extérieurs, ne donnera pas à cet aspect de l'action des monastères un développement que nous ne pouvons soupçonner aujourd'hui? Ils reprendraient ainsi sur la population ouvrière de nos jours l'ascendant qu'avaient les grandes abbayes du moyen âge sur les hommes attachés à la glèbe.

En attendant, ils cherchent par le travail de leurs membres à se procurer non seulement le nécessaire,

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