‹ Le moine bénédictinChapitre 64 sur 88 · I. Ziegelbauer, Historia rei litterariœ O. S. B.^i. I · texte numérisé non relu

I. Ziegelbauer, Historia rei litterariœ O. S. B.^i. I

frères pourront se livrer à une occupation utile et honorable. Si, conformément à la parole du Sauveur, il faut travailler à préparer la nourriture qui ne périt point, qu'y a-t-il, parmi les travaux de ce monde, de plus durable que l'écriture? Je ne le vois pas.

c( Je ne vois pas non plus ce que le moine peut faire de mieux, après avoir chanté les heures canoniales et payé à Dieu le tribut de la prière, que de méditer la loi du Seigneur et d'en approfondir les Ecritures, qui rendent témoignage à notre foi.

« Mais nous ne pouvons pas, à cause de notre faiblesse, nous appliquer à une contemplation ininterrompue; l'esprit, comme l'arc, a besoin de détente, si l'on ne veut pas qu'il se rompe. Or, pendant que l'esprit se repose, il est indispensable de procurer au corps un exercice, afin d'éviter l'oisiveté, source de tous les maux. Parce que la plupart des moines sont habitués à écrire et qu'ils revendiquent ce travail comme particulier à leur vocation, j'ai eu pour agréable de procurer à mes frères une occupation analogue, qui leur permettra d'obtenir des résultats plus considérables.

c< Le copiste, en effet, emploie beaucoup de temps pour écrire un seul livre, qui ne servira qu'à un seul lecteur à la fois; tandis que l'imprimeur, dans le même temps et avec la même facilité, compose non pas un volume, mais plusieurs, qui pourront être lus par plusieurs à la fois. Je ne pense pas que l'imprimeur perde les récompenses du copiste que l'abbé Jean Trithème a si bien exposées dans son livre De Scriptoribus . . . .

« Je vous en conjure donc, enfants très fidèles de cet insigne monastère, ne laissez jamais, par votre négligence, déchoir cette imprimerie. Faites tous vos efforts pour la conserver, l'entretenir et l'accroître.

igS CHAPITRE VIII

De la sorte vous ne manquerez jamais de travail dans le monastère ; jamais non plus vous ne manquerez d'honneur au dehors i. »

Les Bénédictins de langue allemande paraissent avoir eu une prédilection pour la typographie. Au siècle suivant, Pie, abbé de Saint-Gall, établit dans son monastère une presse qui a rendu à la science ecclésiastique des services inappréciables. Il y en eut une autre à Notre-Dame-des-Ermites. Les ouvrages de l'abbé Gerbert furent imprimés, au dix-huitième siècle, dans son abbaye de Saint-Blaise-de-la-Forêt- Noire.

- Les moines d'Italie, d'Angleterre et d'Espagne ne se montrèrent pas moins empressés. Ceux de Subiaco furent des premiers à introduire cet art dans leur pays; ils imprimèrent un Lactance en i465 et, deux ans plus tard, une Cité de Dieu de saint Augustin 2. Jean Islip, abbé de Westminster, installa dans la grande aumônerie de son monastère une imprimerie d'où sortirent plusieurs ouvrages liturgiques et théologiques s. De son côté, Garcia de Gisneros en fonda une dans son abbaye du Montserrat, au début du seizième siècle (i5oo)^.

Les Bénédictins du Mont-Cassin, de Solesmes, de Fort-Augustus, de Ligugé, de Saint-Vincent de Pensylvanie, de Raigern, de Notre-Dame-des-Ermites, ont, de nos jours, renouvelé cette tradition de famille; déjà leurs presses ont pu rendre à l'Ordre et aux hommes d'étude des services fort appréciés.

Les monastères turent, on s'en souvient, les sanctuaires de l'art, pendant tout le moyen âge. S'il faut

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