Navarro, Vida de Garcia de Gisneros
en croire Catherine Emmerick, saint Benoît serait lui-même le premier artiste de son Ordre. Elle l'aperçut un jour dans une de ses visions, interrompant sa contemplation pour s'occuper à faire une mosaïque. Ce travail du pieux ermite (cela se passait dans la grotte de Subiaco) lui parut être la source de cet amour de l'art qui a caractérisé ses enfants à toutes les époques de leur histoire. Ils l'ont, en effet, cultivé sous toutes ses formes, et toujours ils ont su lui donner une inspiration religieuse qui en faisait un véritable apostolat.
Dans ce siècle, la Congrégation de Beuron a mis à profit cette leçon du passé en consacrant quelquesuns de ses religieux à la pratique de la peinture. Leurs travaux au Mont-Cassin, à Prague, à Maredsous, à Beuron et ailleurs ont mérité l'admiration générale. Ils prouvent que, aujourd'hui comme dans le passé, la vie bénédictine est capable de donner à l'artiste des inspirations élevées, et de lui fournir, pour les réaliser, des secours qu'il lui serait difficile de rencontrer au milieu du monde.
Peut-être un jour Dieu permettra-t-il à d'autres abbayes de suivre ce bel exemple et de cultiver les diverses branches de l'art religieux. Combien il serait à désirer que les arts liturgiques, en particulier, pussent ouvrir leurs ateliers à l'ombre du cloître. La main des moines les délivrerait, sans nul doute, de T arbitraire et du mauvais goût qui les déshonorent trop souvent. Dieu y trouverait sa gloire, et les fidèles leur édification.
Le scolasticat. — Après le scolasiicat. — Le Traité des Études de Mabillon. — L'Écriture sainte. — Les saints Pères. — Le droit canon. — La théologie. — Les sciences liistoriques. — Les belleslettres. — Les conférences. — Les récréations. — But des études.
— La piété et la vertu, auxiliaires de l'étude. — L'amour de la vérité, — Détermination du travail individuel. — La bibliothèque.
— Le bibliothécaire. — Avantages de la vie cénobitique.
DÈS que le Bénédictin s'est consacré au service du Seigneur par la profession religieuse, il commence la série des études qui le doivent préparer au sacerdoce. La grâce des ordinations ne vient pas toujours, il est vrai, imprimer sur son âme un caractère sacré. L'Eglise se borne à demander que tous les moines de chœur aient les connaissances suffisantes pour recevoir les ordres majeurs, ou au moins les aptitudes nécessaires pour les acquérir. Il n'entre pas dans son intention d'imposer à tous cette auguste dignité. La vocation sacerdotale ne saurait, en effet, être confondue avec la vocation religieuse. De même
que les hommes appelés au service des autels ne sont pas toujours aptes à la vie parfaite, de même Dieu peut donner à une âme le désir de la vie monastique sans lui réserver pour cela l'honneur des ordres sacrés. Il se rencontre parfois des chrétiens à qui un sentiment d'humilité ou de crainte du Seigneur inspire une vive répulsion pour le sacerdoce, et qui, néanmoins, sont fortement attirés vers le monastère ; ces dispositions ne renferment rien d'incompatible avec la vie monastique. Ils n'ont qu'à suivre leur attrait. Quand l'heure sera venue, ils confieront leur répugnance à leur abbé, qui en tiendra compte, si elle parait venir d'en haut. Il représente Dieu auprès de ses moines, et c'est par sa bouche que se manifeste à chacun l'appel divin.
Mais, qu'il doive être prêtre ou non, ces études sont pour le religieux d'une incontestable utilité. Elles diffèrent peu de celles qui se font dans les grands séminaires et dans les scolasticats. Les maîtres ne cherchent pas seulement à remplir la mémoire de leurs disciples avec le texte des manuels de philosophie, de théologie, d'histoire, de droit canon et d'Ecriture sainte ; leur enseignement vise surtout à provoquer le travail individuel, à développer l'intelligence, à rectifier et à affermir le jugement, à former le chrétien, le moine, le prêtre, l'homme de l'Église. En un mot, ils veulent établir la vie entière sur une base intellectuelle inébranlable. Tous les moines parcourent cette première période des études monastiques. Quand ils sont arrivés au terme, ils attendent de l'obéissance l'indication de la voie qu'il leur faudra suivre. Quelques-uns devront se contenter de cette formation; leur santé, leurs aptitudes, la nature des services qu'ils sont à même de rendre, et parfois leur intérêt spirituel, ne demandent pas davantage. D'autres
ont besoin de plus. Leur abbé fonde sur eux des espérances sérieuses. S'il y a dans son abbaye un collège ou un séminaire, il leur destine une chaire de professeur; peut-être les emploiera-t-il à la prédication et aux œuvres du ministère apostolique, fonctions qui, pour être remplies avec succès, supposent des connaissances variées et approfondies. Il en est encore qui auront à consacrer leur plume au service de la vérité. Ils ont tous besoin de compléter leur instruction par des études spéciales.
Les supérieurs se sont, de tout temps, préoccupés de leur en fournir les moyens. Jadis, il les envoyaient suivre les cours des grandes Universités. Les Congrégations des seizième et dix-septième siècles préférèrent ouvrir dans quelques-unes de leurs abbayes ce qu'on pourrait appeler une école de hautes études ecclésiastiques. Les Bénédictins espagnols avaient leurs collèges de Passantia, où les jeunes religieux les plus instruits allaient, durant une période de trois années, approfondir les sciences théologiques et philosophiques par un travail personnel, sous la direction de deux maîtres expérimentés i; Les Italiens avaient à leur disposition le collège Saint- Anselme, établi à Saint-Paul-hors-les-Murs. La Congrégation de Saint-Maur envoyait à Saint-Florent de Saumur ceux qui s'étaient fait remarquer par leurs talents ; un moine consommé dans la science ecclésiastique leur enseignait à puiser la théologie à sa source, c'est-àdire dans l'Ecriture sainte, les textes des conciles, les écrits des Pères et les historiens de l'Eglise^. De leur côté, les supérieurs de la Congrégation de Saint-
1. Constituciones de la Congregacion de N, Gl. P. S. Benito de Espana, 1. III, c. 9, 3o8-3io, éd. de 1706.
2. D. Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint- Maur, 682-683.
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LES ETUDES 2o5
Vanne établirent à Saint-Mihiel et à Moyen-Moutier des écoles qu'ils qualifièrent, suivant le goût de leur époque, du nom classique d'académie^.
De nos jours, Léon XIII a fondé dans la Ville éternelle l'abbaye de Saint-Anselme, résidence du Primat ou Supérieur général de l'Ordre, et centre d'une Université bénédictine destinée à rendre d'éminents services. Les abbés y envoient ceux de leurs jeunes moines qui se distinguent par leur intelligence et leur application au travail. Saint-Anselme deviendra le centre intellectuel de l'Ordre entier.
Soit dans ces écoles, soit dans les monastères qui n'avaient pu les organiser, le Traité des études monastiques de Mabilion fournissait à tous les conseils capables d'imprimer une direction sûre à ce complément de leur formation scientifique. La deuxième partie trace une méthode sage pour étudier l'Ecriture sainte, les Pères, les conciles, le droit, les théologiens, l'histoire, la littérature, la philosophie, l'archéologie, etc. On y trouve indiqués les ouvrages utiles à lire ou à consulter; chacun d'eux est accomgné d'une appréciation qui le caractérise exactenient, sans parler du Catalogue des meilleurs livres, avec les meilleures éditions pour composer une bibliothèque ecclésiastique, inséré à la fin du volume. Depuis l'époque où écrivait le docte Bénédictin, plusieurs de ces sciences ont fait des progrès considérables. Néanmoins, son Traité reste un guide précieux qu'il est facile de mettre au courant par une bibliographie soigneusement faite, et surtout par les avis d'un religieux qui a suivi pas à pas le mouvement intellectuel de son temps.