‹ Le moine bénédictinChapitre 74 sur 88 · vol. in-8% Paris · texte numérisé non relu

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2i4 CHAPITRE IX

bénirait ni sa personne ni ses travaux. Il ne peut pas davantage courir, par le chemin des études, après les honneurs de la terre. Et ce lui serait une honte, s'il n'ambitionnait que la paix et le bonheur temporel de l'homme qui sait tuer le temps et chasser l'ennui au sein d'occupations agréables. Sans nul doute, il trouve, et en abondance, cette joie et cette tranquillité. Il les accepte alors en bénissant Dieu, qui donne ainsi le centuple de la vie présente à son fidèle serviteur ; mais il n'en fait pas le motif de son labeur.

Son point de vue est plus élevé. L'étude est, à ses yeux, l'application du précepte du travail et un puissant moyen de se sanctifier. Son cœur se maintient constamment sous le joug de l'obéissance. Quelles que soient l'importance, l'utilité, la noblesse de l'œuvre qu'il entreprend, il est toujours disposé à la quitter au premier signe de son supérieur et à courir, joyeux et dévoué, aux fonctions les plus humbles et en apparence les moins utiles du monastère. Jamais non plus il ne sacrifiera aux attraits d'un labeur séduisant et pressé la sainte tâche de la louange divine et les exercices communs.

L'histoire monastique de ces derniers siècles présente des exemples nombreux de moines dont les savantes et colossales publications faisaient l'honneur de l'Ordre et de TEglise, et qui néanmoins se montraient des modèles de régularité. Tels étaient Mabillon, Montfaucon et cent autres Bénédictins de Saint-Maur. Dom Galmet, ce prodige de travail et d'érudition, ne croyait point « que l'étude même la plus utile dût être un titre suffisant pour se dispenser des devoirs de son état ; infatigable à l'étude, il n'en oublia aucun. Il disait à cette occasion que quand un religieux sait faire usage de son temps et mettre à profit les moments qui lui restent après ses exercices

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de régularité, il en trouve encore suffisamment pour étudier 1 ». Sa vie en est la preuve manifeste.

C'est donc sa sainteté personnelle et sa propre édification que le Bénédictin cherche avant toute chose. Laissons encore une fois la parole à notre cher Mabillon. Il dit, à propos des études historiques : « Savoir Thistoire..., c'est apprendre à se connaître soi-même dans les autres ; c'est trouver dans les saints et dans les personnes vertueuses de quoi s'édifier, et dans les méchants et les vicieux ce que Ton doit éviter et comment il faut se comporter dans les événements avantageux et désavantageux. Sans ces dispositions, au lieu que l'histoire devrait servir à nous faire apprendre la morale par de sages réflexions, elle ne sert qu'à nous donner une vaine idée d'une science fade et à nous persuader que nous savons quelque chose, lorsqu'en eflet nous ne savons rien, ce qui est un effet dangereux d'une bonne cause 2. » Ce sont ces mêmes sentiments qui animent la lettre remarquable où il expose aux jeunes religieux de la Congrégation de Saint-Maur les motifs, le but et les conditions des véritables études monastiques 3.

Mais l'application de l'âme à un but si élevé ne va-t-elle pas distraire l'intelligence et causer au travail de graves préjudices? L'histoire littéraire de l'Ordre de Saint-Benoît et en particulier de l'illustre Congrégation de Saint-Maur fournit à chaque page la preuve du contraire. L'obéissance, en assurant au moine travailleur le secours divin, centuple ses forces. Il a à sa disposition le secours tout-puissant de la prière.

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