Id
pour la pensée de l'Eglise le sentiment d'une école particulière ou une simple opinion personnelle. Il apprend ainsi à ne jurer que par la sainte Eglise de Dieu, catholique, apostolique, romaine ; « à embrasser comme des oracles divins les décrets qui émanent de son autorité ; à louer, condamner, anathématiser, réprouver tout ce que le Siège auguste de Pierre loue, condamne, anathématise, réprouve 1 ».
Ce saint amour de la vérité a besoin d'être conservé et cultivé avec un soin jaloux. « Soyez vrais en tout, disait Mabillon sur son lit de mort en s'adressant à Dom Ruinart et aux confrères qui l'entouraient : sincerijîlii Dei. C'est une grande grâce que l'amour de la vérité ; on l'obtient par les gémissements et la prière. »
De la sorte, l'esprit du moine acquiert une sincérité et une loyauté qui lui concilient l'estime et la confiance même de ses adversaires. Il est des hommes qui se croiraient déshonorés s'ils venaient à modifier leur conviction. Cette opiniâtreté ne saurait convenir à un chrétien et encore moins à un religieux. Le Bénédictin se doit tenir toujours prêt à renoncer à une idée chère, toutes les fois qu'un examen plus attentif des faits lui en démontre l'erreur. Cette disposition l'honore plus, aux yeux du Seigneur et de ses semblables, que la science la plus vaste. Tel est le sentiment de ce modèle des moines qu'on ne se lasse jamais de citer, Mabillon, qui, dans son savant traité De re diplomatica, avait fortement contredit et convaincu d'erreur le P. Papebrœck. Celui-ci, loin de s'irriter, s'avoua vaincu et lui écrivit une lettre, « véritable modèle de candeur et de bonne grâce, qui fait honneur à celui qui l'a écrite, et comme chrétien et