Reg., LUI
ses collaborateurs trouvent l'image fidèle de sa gestion. Sa charge ne lui est point un prétexte de se procurer une satisfaction personnelle. Car c'est là surtout qu'il lui faut se montrer serviteur de Dieu et enfant de la sainte pauvreté.
Et la chasteté!... on la nomme, et c'est justice, la belle vertu. Elle a un je ne sais quoi d'angélique, qui fait rêver au ciel. C'est un lis arrosé par le précieux san^ de Notre-Seigneur, et tout embaumé des parfums qui s'exhalent de Jésus et de Marie. Pour ce motif, elle attire une multitude d'àmes au service de Celui qui a voulu naître à Bethléem d'une Mère Vierge, et qui, du haut de sa croix, a confié cette Mère Vierge à Jean, le disciple vierge. •
Le vœu de chasteté immole au Seigneur le corps de l'homme, en le sevrant des joies sensuelles. Il n'impose, il est vrai, d'autre obligation que celle de renoncer au mariage. Quant à cet ensemble de réserves que le Créateur prescrit à l'homme vis-à-vis de luimême et de ses semblables, il se borne à leur imprimer un caractère surnaturel, en leur communiquant les mérites attachés aux œuvres de religion.
Mais cette vertu ne peut se conserver qu'au prix d'efforts continuels; car le trouble profond jeté par le péché dans la pauvre nature humaine communique aux instincts grossiers du corps une force telle qu'il est impossible de les dominer sans une vigilance persévérante. L'habit monastique ne saurait étouffer cet ennemi implacable qui suit l'homme jusqu'aux portes du tombeau. Il doit, partout et toujours, le combattre avec les armes de la mortification. Cette guerre, car c'en est une véritable, doit occuper dans la vie du moine une place importante. La Règle l'organise, tout en laissant à l'individu le soin de se
tailler une croix personnelle, proportionnée à ses forces physiques et aux besoins de son âme. La mortification, gardienne et sœur de la chasteté, diminue la vigueur des instincts charnels, pour augmenter d'autant les énergies de l'esprit. Elle fortifie le caractère et virilise le cœur. Elle donne au regard de rintelligence cette limpidité qui fait apercevoir plus aisément la lumière de Dieu et sa yérité dans l'étude et dans l'oraison.
Le vœu de chasteté, privant le religieux du droit naturel de se choisir un adjutor similis ejus ^ et des douces joies de la famille, ne laisse pas inoccupée dans son cœur la place que Dieu a réservée à l'épouse et aux enfants. Rapproché de Notre-Seigneur par son état, il partage tous les sentiments de ce Maître adorable. Il lui prête son cœur, afin qu'il y infuse toutes les affections qui font battre le sien. Or, Jésus est l'époux de l'Église, le père des âmes; il leur appartient sans réserve. Le religieux, nouveau Jean-Baptiste, devient, par sa profession, l'ami de l'époux, de Jésus; comme Jésus et avec Jésus, il se donne tout entier à l'Eglise et aux âmes, qui désormais absorbent sa sollicitude et lui tiennent lieu de famille. C'est dans cette union avec le Seigneur, fruit de la chasteté, qu'il trouve le secret de son inépuisable dévouement.
Si le moine fait à Dieu par la pauvreté le sacrifice de ses biens, et, par la chasteté, celui de son corps, il lui offre par l'obéissance l'holocauste de sa volonté. Les deux premiers vœux brisent ses entraves; le troisième le constitue vraiment au service de son Maître.
L'homme a le droit de se conduire lui-même, à la