I. Traité des Études, 3i4; Const, Congreg. galL, c. iv
avec confiance et coarage. Il a sous la main des instruments de travail et des facilités que les séculiers ont rarement à leur disposition. Il a surtout la bibliothèque monastique. Les livres dont le seul mérite est de faire nombre en sont généralement écartés. En revanche, les ouvrages des auteurs les plus en renom et les plus compétents y figurent à côté des précieuses collections qui renferment les sources historiques et autres. Les anciens abondent, sans oublier les modernes ni les écrivains du jour. Les œuvres des hérétiques, des impies et des sectaires sont mises sous clef. Les supérieurs ne reculent devant aucun sacrifice quand il s'agit de combler les vides de leur bibliothèque. Jamais ils ne laissent échapper l'occasion de se procurer les livres rares qui leur font défaut. Tout travail récent marquant un progrès de la science sur un point qui intéresse leurs religieux est acheté sans retard. Ils leur ménagent la possibilité de suivre pas à pas le mouvement scientifique et littéraire, grâce aux revues qui leur viennent de France, d'Angleterre, d'Allemagne. Ils ont sans cesse sous les yeux l'exemple de Dom Guéranger. L'abbé de Solesmes, qui a été durant sa vie entière aux prises avec la pauvreté, ne s'est jamais cru le droit de refuser au dernier de ses fils l'instrument de travail qu'il savait lui être utile. Son invincible confiance en Dieu le faisait surmonter les craintes qu'aurait pu lui inspirer une prudence trop humaine. De fait, Dieu ne lui a pas man(|ué. Il a surtout béni, au delà de toutes les espérances, les travaux que lui et ses moines ont pu entreprendre pour le service de l'Eglise, ^ràce à cette bibliothèque créée au milieu de tant de difficultés.
Il suffit de considérer la salle spacieuse, bien aérée,
habilement disposée, où sont réunis, dans un ordre
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parfait, des milliers de volumes, pour comprendre qu'après l'église il n'y a pas dans le monastère d'endroit plus cher au cœur du vrai Bénédictin. La France, hélas ! a vu la destruction de ces nobles ateliers de la science monastique. Mais ils existent nombreux encore en Italie, en Suisse et en Autriche. Ceux qui# ont eu la bonne fortune de contempler les bibliothèques du Mont-Gassin, de Notre-Dame-des-Ermites, de l'ancienne abbaye de Saint-Gall, de Melk, d'Admont, se les rappellent comme l'un des meilleurs souvenirs de leurs excursions en pays étranger. Telles étaient la grandeur et la beauté de celle d'Admont, qu'un religieux allait jusqu'à en faire la huitième merveille du monde i.
Chaque abbé veille à placer, au milieu de ces livres, un élément indispensable sans lequel les meilleurs et les plus nombreux risqueraient fort d'être inutiles. Cet élément est le bibliothécaire. 11 n'est pas rare de rencontrer un Bénédictin qui remplisse cette difficile fonction avec un goût et une intelligence remarquables. 11 vit parmi les livres ; il en a l'amour, presque le culte, et il cherche à communiquer ce sentiment autour de lui. Il connaît les meilleures éditions, la valeur, le contenu de chaque ouvrage. Toutes les publications nouvelles qui présentent de l'intérêt attirent son attention. Rien ne lui échappe, pas même un article de revue. C'est, en un mot, une bibliothèque vivante. Son obligeance égale l'étendue de ses connaissances bibliographiques. Il tient toujours à la disposition de ses confrères une mine inépuisable de renseignements. Un homme de
I. Jactarunt veieres septern rniracula rniindiy Octavo nostra est bibliolheca loco.
Cf. Revue bénéd., i885, 425-432.
cette force ne livrera peut-être jamais une ligne au public. Mais qu'importe? 11 sert les études plus efficacement qu'il ne le pourrait faire par des publications personnelles. 11 est le plus utile auxiliaire des travailleurs. Sans son concours, que de temps perdu ! que de démarches infructueuses ! que d'oeuvres incomplètes et même impossibles ! Heureux s'il a les loisirs ou les aides nécessaires pour dresser, avec le catalogue de la bibliothèque, le répertoire analytique de toutes les matières traitées dans les ouvrages qui la composent.
Un Bénédictin de Saint-Maur, Dom Jacques Loyau, s'employait volontiers à cette tâche, qui rendait des services inappréciables à tous les hommes d'étude. Après avoir rédigé successivement les catalogues des bibliothèques de Saint-Nicaise de Reims, de Saint- Vincent du Mans, de Saint-Martin de Pontoise, il fut appelé à Saint-Germain-des-Prés, où il écrivit de sa main deux exemplaires du Catalogue alphabétique de toutes les matières contenues dans les livres imprimés que possédait cette abbaye. Le premier, qui ne comprenait pas moins de quinze volumes in-folio, fut donné à la bibliothèque du roi ; le second, qui en comptait vingt-deux^ resta au monastère 1.
Si le Bénédictin ne peut trouver autour de lui les ouvrages qui lui sont indispensables, et s'il a besoin d'aller consulter par lui-même les manuscrits ou les livres rares qui sont réunis dans les bibliothèques publiques de la France, ou même de Tétranger, les supérieurs l'autorisent à entreprendre un voyage littéraire et ne négligent rien pour le lui rendre profitable. Ils se montrent partout et toujours les Mécènes
I. D. Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint- Maur y 649-650.
généreux du moine travailleur. Ils savent prévenir ses demandes légitimes, le questionner, l'écouter avec plaisir et lui témoigner de mille mauières l'intérêt qu'ils prennent à ses recherches. Ils lui procurent des collaborateurs, le soutiennent et l'encouragent aux heures où le poids du labeur pèse lourdement sur ses épaules. Le religieux, voyant son travail apprécié par son abbé, met à la besogne ce cœur et cet élan sans lesquels l'homme ne peut arriver à rien de sérieux.
Ses confrères, de leur côté, ne lui ménagent ni leur concours ni leur sympathie. Ils aiment à lui communiquer leurs notes et à lui fournir toutes les indications qu'ils ont pu recueillir. Si une colhiboration plus etïîcace devient nécessaire, ils n'hésitent pas à la lui donner pendant des journées et des mois. Les conseils des hommes qui ont une longue expérience des œuvres littéraires lui épargnent une foule de tâtonnements et bien des erreurs. Il les reçoit avec une humble gratitude. Quand son travail est fini, il le soumet à leur examen. Comme Dom Galmet, il est persuadé qu'une exactitude parfaite est une chimère et qu'il n'a pu tout voir. Des fautes lui ont certainement échappé. Aussi lui cause-t-on, en les lui signalant, une joie sincère ^
Il sait aussi que ses confrères, si zélés pour le servir, si charitables pour l'aider à corriger les fautes et les imperfections qui lui ont échappé, useront de tous les moyens en leur pouvoir afin de recommander ses publications, de les faire valoir et, au besoin, de les défendre contre les attaques dont elles pourraient être l'objet.
De la sorte, l'étroite solidarité de cette armée fra-