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de ses auditeurs et les dispose à suivre fidèlement les inspirations de la grâce.
Mais ce n'est point par ces œuvres diverses que l'Ordre Bénédictin remplit son devoir le plus important vis-à-vis de TEglise et de la société. La Providence lui réserve un autre moyen d'action, qui est l'apostolat par la science. Léon XIII le lui a indiqué. Les succès extraordinaires obtenus dans le passé, surtout par l'illustre Congrégation de Saint-Maur, et de nos temps par Dom Guéranger et ses disciples, lui sont un précieux encouragement.
Son ardeur à marcher dans cette voi^lui assure, au sein de l'armée catholique, une place à part et des plus honorables. Elle ne peut s'acquérir et se conserver qu'au prix d'un labeur opiniâtre. Mais qu'importent les peines et les fatigues au serviteur du bon Dieu !
Le travail intellectuel, organisé dans le monastère bénédictin sur le plan qu'a tracé l'auteur des Etudes monastiques, répond trop aux exigences de la science actuelle et des méthodes qu'elle préconise pour qu'on ne puisse pas en attendre les résultats les plus heureux. Il a surtout l'immense avantage du travail en commun, qui met entre les mains d'hommes de tète et de talent des forces extraordinaires. Chaque abbaye est une école, dans le sens élevé du mot, qui, par les connaissances de ses membres, la valeur et le nombre de leurs publications, peut avoir, sur le mouvement intellectuel d'une époque, une influence considérable.
Cet apostolat est, de nos jours, une nécessité qui s'impose. Quelques laïcs et des prêtres séculiers s'en acquittent avec fruit ; on voit encore des religieux y déployer une activité et une intelligence incontes-
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tables. Mais ce ne sont que des individus, et c'est une phalange qu'il faudrait. Il n'y a pas à la créer. Elle se trouve, avec ses principaux éléments, dans l'abbaye bénédictine.
Ecrire dans les journaux, rédiger des articles de revue, publier des ouvrages de vulgarisation, tout cela est important, indispensable pour refaire les idées d'un pays. Néanmoins, on n'atteindra jamais par là ce but si ardemment désiré. Il est nécessaire de viser plus haut, de porter la lumière de la foi sur ces sommets intellectuels d'où les masses reçoivent la pensée toute faite. Là se trouve réellement l'avenir des nations, %t c'est là qu'il im|)orte de dresser la chaire de la vérité catholique. Elle y était encore au dix-septième siècle. Mais, au milieu du siècle suivant, les ennemis du Christ résolurent de la renverser. Ils ne réussirent que trop. Depuis lors, la science a pris ces allures rationalistes et parfois sectaires qui ont provoqué la défection de tant de catholiques et enfin l'apostasie de la France.
Prêtres et religieux ont dépensé, de longues années, des efforts héroïques pour réparer les ruines accumulées par la Révolution. Pendant ce temps, la science, stimulée par la protection et les largesses de l'Etat, admirablement secondée par des découvertes merveilleuses, a couru de progrès en progrès. Si plusieurs de ses représentants les plus écoutés ont été des chrétiens fervents, ils n'ont pas su l'imprégner de leurs convictions personnelles, et elle est restée rationaliste. C'est là un malheur social lamentable et la source des erreurs (pii corrompent l'esprit public. Les hommes dévoués à la cause du Christ sont tenus d'y appliquer un prompt remède. Or le seul efficace est d'escalader ces hauteurs, en s'imposant à tous par la sûreté, la valeur et l'étendue des travaux scien-
LE BENEDICTIN DANS LA SOCIETE 25i
tifiques. Une fois maîtres de cette situation, le moine et le prêtre peuvent exercer autour d'eux un apostolat fort consolant. Qui fermerait la porte de son âme à des hommes fjui revêtent d'un talent supérieur une foi profonde, une piété simple et une inépuisable charité? Le rationalisme compterait avec eux et il finirait par reculer devant les splendeurs de la vérité chrétienne. Bientôt, la France entière se plairait à chanter le Credo de son baptême.
Qui n'a entrevu, un jour ou l'autre, la réalisation de cette pensée? Qui ne s'est représenté ces centres intellectuels, disséminés nombreux dans tout le pays, et, au premier rang, des monastères bénédictins, citadelles redoutables de la science et de la foi? Les ouvriers de l'intelligence s'y donnent rendez-vous. Les uns sont à la recherche d'une méthode, d'un projet de travail ; d'autres demandent un conseil, un appui matériel ou moral. Les moines accueillent comme des frères ces généreux serviteurs de la vérité ; ils mettent à leur disposition leur expérience, leurs notes et les livres de la bibliothèque. Ils leur prodiguent surtout ces témoignages d'intérêt et d'affection qui gagnent les cœurs, même des incrédules. Que de bien ne font-ils pas à ces hommes, et, par eux, à une multitude d'autres qui auront à les lire ou à les écouter? Que de lumière ne reçoivent-ils pas eux-mêmes en échange ? quel appui pour eux ! quelle force ! et aussi que d'avantages pour la religion !
Que le Bénédictin cultive la science, qu'il remplisse le ministère de la parole, qu'il forme des enfants ou des jeunes gens, (|u'il dirige une œuvre quelconque, il ne cherche en rien une action personnelle. Son individualité s'efface devant le monastère. C'est pour lui qu'il travaille, il se considère en tout comme
son délégué. Aussi est-il heureux de lui remettre entre les mains le prestige et l'influence qu'il ne manque pas d'acquérir. De la sorte, l'abbaye devient le centre qui groupe les prêtres et les laïcs de toute une contrée. Grâce à l'union qui existe entre les diverses maisons de l'Ordre, il est possible, à un moment voulu, d'imprimer sur plusieurs points à la fois une direction vigoureuse qui pourrait faire d'une foule de chrétiens isolés une armée compacte et disciplinée.
Il n'y a pas à insister sur les avantages sociaux que présenteraient ces foyers monastiques, s'ils étaient plus nombreux soit dans les villes, soit au sein des campagnes, ni sur les œuvres utiles et florissantes qu'ils pourraient inspirer et vivifier.
Les hommes clairvoyants qui se dépensent avec tant de zèle pour la régénération sociale constatent trop, à chaque pas, combien ils font défaut en France. Quelques-uns, sans déprécier les services immenses que rendent à la cause catholique le clergé séculier et la plupart des familles religieuses, se préoccupent, en voyant une place presque inoccupée dans cette vaillante armée. « Saint Benoit nous manque, disentils. Il est le père de l'Europe chrétienne. Nous ne saurions nous passer de son action. »
Certes, la bonne volonté est grande chez les enfants du Patriarche du Mont-Gassin. Mais combien sontils? Ainsi réduits, et en proie à tant de difficultés, que peuvent-ils faire de plus? Ils prient, ils travaillent, ils attendent que Dieu leur donne, une fois encore, un peu de cette bénédiction de la force et du nombre qu'ils ont eue jadis à un degré qui n'a jamais été égalé, et qui ne le sera jamais.
Ils font leur possible, et ils comptent sur le Seigneur avec une confiance d'autant plus vive que c'est à l'établissement de son royaume qu'ils veulent tra-
vailler, et que le faire glorifier par tous en totites choses est leur unique ambition : Ut in omnibus gloriflcetur Deus,
Ils savent, en outre, que Dieu gère fidèlement les intérêts, même temporels, de ceux qui s'occupent activement des siens. Saint Benoît le leur dit, en répétant ces paroles de l'Evangile : a Cherchez avant tout le royaume de Dieu, et tout vous sera donné par surcroît^. » Si le Maître attend l'éternité pour récompenser l'individu, il tient à donner son salaire à la communauté monastique dès la vie présente. Et il le fait avec une largesse toute divine.
C'est ce que le cardinal d'Aguirre écrivait à l'abbé et aux moines de Saint-Benoît de Séville, le 5 décembre 1694 : « Depuis de longues années, je pense souvent à la grande pauvreté, à la misère et à la gêne lamentable qui affligent votre communauté ; la prospérité des familles religieuses que je vois dans cette très noble et opulente cité de Rome me rend ce souvenir plus pénible. Je me suis rappelé parfois à cette occasion les paroles du Christ : Quœrite primum regniini Dei, et hœc omnia adjicientar vobis. De plus, j'ai réfléchi à la situation honorable et aisée où se trouve, en Italie, en France, en Allemagne et en Espagne, le temporel des monastères de l'Ordre de notre bienheureux Père saint Benoit, qui conservent avec soin l'observance des vœux solennels et de la sainte Règle, moyennant l'application à l'oraison, aux exercices spirituels, à la pénitence et à la mortification. On pourrait écrire des volumes pour prouver cette assertion par de très beaux exemples, qui nous profiteraient à nous tous, qui avons l'honneur d'être moines bénédictins.