‹ Le moine bénédictin [microform]Chapitre 71 sur 82 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

sident aux destinées de la société chrétienne.

Les individus doivent, autant que faire se peut, prendre part à cette prière sociale. Il en était ainsi aux âges de foi, mais aujourd'hui une multitude d'hommes, emportés par le tourbillon des affaires ou des passions, oublient le devoir sacré de la prière ; d'autres prient peu, et, s'ils prient, c'est pour tendre la main à Dieu, comme si le chrétien pouvait se borner à mendier les faveurs divines. Qu'ils adorent et qu'ils louent, ils solliciteront ensuite. Et encore s'ils recouraient à la prière de l'Eglise ! Ils lui préfèrent trop souvent une oraison individuelle. Si parfois ils cèdent au besoin de se réunir, ils empruntent des formules, des rites, qui produisent bien dans les âmes quelques pieux sentiments; mais ces semblants de liturgie, cette liturgie tronquée ne saurait avoir sur le cœur de Dieu la puissance de la prière ecclésiastique.

Les droits du Seigneur à un culte public et solennel restent cependant les mêmes. Si les

masses oublient ou refusent de lui payer ce tribut d'hommage, raison de plus pour multiplier les chœurs des moines. Dieu trouverait dans leurs chants une compensation ; sa justice serait satisfaite, et nous verrions se détourner les châtiments que l'apostasie des peuples attire sur le monde.

Le siècle, je le sais, ne veut pas entendre ce langage ; son esprit d'orgueil est l'ennemi déclaré de la prière ; il s'efforce de faire cesser ici-bas les fêtes du Seigneur et de fermer la bouche de ceux qui célèbrent ses louanges. Mais que nous importent les dires de ce monde que le Christ a maudit ? Sa prétendue sagesse est, aux yeux du chrétien, une insigne folie.

Ces adversaires audacieux du surnaturel ne sont pas les seuls ennemis des moines. Ils ont encore à essuyer le mépris d'hommes qui se disent chrétiens. Leur foi est peu éclairée; leur esprit, imbu de mille préjugés, est incapable de s'élever au dessus des sentiments du siècle. Ils comprendraient encore des reli-

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