‹ Le moine bénédictin [microform]Chapitre 72 sur 82 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

gieux voués aux œuvres extérieures et apprécieraient volontiers leurs services. Mais les moines, ce sont des êtres inutiles, des débris d'un passé qui n'est plus. S'ils les tolèrent, c'est à cause des services que la science en peut attendre.

Oui, nous aimons à le répéter, les moines sont et seront les serviteurs utiles des sciences ecclésiastiques. Mais quelles que soient l'utilité et l'importance de leurs travaux, ils auraient honte de s'en prévaloir. S'ils aiment à se dire, et s'ils sont réellement les bienfaiteurs insignes des peuples, c'est qu'ils leur rendent un service plus important, le premier et le plus éminent de tous les services, le service de la prière. Laissons parler ici le plus éloquent de leurs défenseurs, Montalembert.

« Le premier de tous les services que conféraient les moines à la so<^iété chrétienne, c'était de prier, de prier beau( oup, de prier toujours pour ceux qui prient mal ou ne prient point. La chrétienté honorait et estimait surtout en eux cette immense force d'interces-

sion, ces supplications toujours actives, toujours ferventes, ces torrents de prières sans cesse versées aux pieds du Dieu qui veut qu'on l'implore. Ils détournaient ainsi la colère de Dieu ; ils allégeaient le poids des iniquités du monde ; ils rétablissaient l'équilibre entre l'empire du ciel et celui de la terre. Aux yeux de nos pères, ce qui maintenait le monde dans son assiette, c'était cet équilibre entre la prière et l'action, entre les voix suppliantes de l'humanité craintive ou reconnaissante et le bruit incessant de ses passions, de ses travaux. C'est le maintien de cet équilibre qui a fait la force et la vie du moyen âge. Quand il est troublé, tout se trouble dans l'àme comme dans la société.

« N'examinons pas jusqu'à quel point ce trouble existe dans notre monde moderne. Il serait trop triste d'énumérer tous les points du globe où la prière s'est tue et où Dieu écoute, sans l'entendre, la voix de l'homme. Les peuples d'autrefois ne négligeaient aucun moyen, aucune occasion d'élever et de

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