Gt'Stti, II
258 L'OEUVRE DE GUIBEUT.
l'œuvre divine nous garantit sa sincérité : il ne dépeindra pas les hommes meilleurs qu'ils ne furent parce qu'ils étaient chrétiens. D'autre part, l'historien, et c'est ici que nous voyons son originalité, comprend l'importance de l'œuvre entreprise par l'écrivain qui livre un manuscrit aux siècles futurs et se propose comme objet de « faire connaître la vérité ' ». La recherche de la vérité, telle sera l'unique préoccupation qui le soutiendra au milieu des difficultés de sa tâche; c'est elle qui développera en lui ses qualités de critique. D'ailleurs, faire connaître la vérité, même nue et laide, est pour l'historien un moyen d'instruire et de moraliser : les lecteurs, s'ils sont de bonne foi, prendront le mal en horreur en voyant combien de crimes ont engendrés les vices des hommes-.
1. Préface : <■ Dubilnre non vului ([iiod roi gestae inihi induprt't vorilâteui ».
2. Celte idée revient souvent dans ses Monodiac, lorsque, souvent par sineérité, parfois peut-être par imitation de saint Augustin, il s'accuse de tous les vices. 11 la reprend
Pour faire connaître la vérité, il faut d'abord la trouver. Or, cette découverte dépendra non seulement de l'intcllig-ence, mais aussi du caractère de celui qui la cherche : il faut qu'il soit de bonne foi, qu'il soit impartial. Guibertsera impartial, parce qu'il n'a pas de passion politi({ue; tandis que la plupart des historiens du moyen âge, lorsqu'ils n'écrivent pas en vue d'édifier leurs semblables, sont dominés par la pensée de faire prévaloir la politique d'un prince ou d'un parti, et dénaturent sans scrupule les événements au profit de la cause qu'ils défendent', Guibert sait rester impartial. Après l'amour de Dieu, le seul sentiment qui anime son œuvre est l'amour de sa patrie -, et avec une telle force
quand il rrinuc l'Iiisloiro de l'in-t'-clié de llcauvais ot des ôvèqtit's iiidijriH's qui y fuioiit apju^lés pondant tout Ip Xl" siècle.
1. Comme Hicher, dans le passage où. pour faire croire que Henri TOiseleur est vassal du roi de France, il transforme le texte primitif de son tiistoire. Voy. plus haut, p. 243.
2. Mais son patriotisme ne l'aveugle pas. S'il aime la France, il sait aussi, comme nous lavons vu, juger sévèrement les Fran<;ais.
260 l'œuvre de guibert.
qu'il dépasse de beaucoup ses préférences dynastiques. Bien (ju'au fond de son cœur il soit partisan des Carolingiens et qu'il reproche « à ces étrangers d'avoir usurpé les droits qui appartenaient à la race du grand Charles' », il admet la révolution capétienne comme un fait inévitable, comprend que les destinées de la France avaient pris un autre cours et reconnaît « l'utilité d'un changement qu'expliquaient les circonstances oii l'on était alors ». S'il ne cache pas ses sentiments, ses atîections ne l'empêchent du moins pas de discerner la vérité et de la dire. Il appartenait à la fraction réformatrice du clergé français; partant il ne peut avoir une grande estime pour son roi, à qui ses mauvaises mœurs avaient valu d'être excommunié % et qui pratiquait sans scrupule la simonie. Il le jugera cependant sans parti pris et sans haine et saura au besoin prendre sa défense si des étrangers ratta([uent devant