Dédié à Barthélémy, év. de Laon
prophètes, Osée, Amos, Jérémie, « auteurs pleins trobscurités qu'Origène et Apollinaire avaient abandonnés », « loin de rechercher en eux le sens de la lettre », il ne s'attachera qu'au « sens tropologique ' ».
Il exprima ces théories, non seulement dans les prologues de chacun de ses commentaires, mais aussi dans un curieux traité sur la Prédication. Il était si pénétré de la nécessité de propager ses idées parmi ses contemporains, que dans une intention d'enseignement pratique, à l'usage des clercs prédicateurs, il écrivit son Liher quo online sermo fieri debeal, (Gomment faire un sermon). L'éducateur s'y révèle tout entier en même temps que le moraliste. D'abord, pour que le sermon soit bon, il faut que le prédicateur lui-même soit moral : « Celui qui se charge d'annoncer la parole de Dieu, doit chercher uniquement à lui plaire, et avoir la conscience pure. » Il faut être
1. Tropologia ia ...Amos..., dédiée, à saint Hubert, qui habitait près de lui.
simple, et s'efforcer non de briller, mais de convaincre : « Le prédicateur qui se recherche lui-même dans la beauté de l'éloquence, pèche par ostentation, et offense ses auditeurs ». Et il continue en donnant de sages préceptes sur l'abondance et la brièveté, et sur la nécessité pour le savant prédicateur de se mettre toujours à la portée de son public, ce que faisaient si rarement les moines ou clercs du moyen âge, trop heureux d'étaler leur érudition et de faire parade d'une science souvent plus obscure que profonde.
Il y a certainement dans ces pages un souvenir personnel : il savait combien le vieux pédagogue qui avait formé son enfance était loin de réaliser l'idéal de l'éducateur, combien ses leçons étaient souvent infructueuses à cause de l'incapacité du maître. Aussi, quelle parfaite connaissance de l'esprit de l'enfant il nous montre, quand, dans sa fine critique des moyens d'éducation employés par son ancien professeur de grammaire, il dit : « Il avait tort
(le me tenir sans relâche applique à l'étude. En effet, plus l'esprit d'un jeune enfant est tendu par une application continuelle, plus il s'émousse, plus l'excès du travail diminue ses forces. Il est nécessaire de ménager avec modération notre intelligence déjà fatiguée de l'enveloppe de notre cor[»s : si la nuit succède au jour, ce n'est que parce que notre force ne peut demeurer privée de repos ». Et plus loin, prenant pour terme de comparaison les saisons de l'année, œuvre divine, il ajoute : « En donnant toute notre attention à une chose quelconque, il convient de varier l'objet de notre attention, afin que l'esprit, s'occupant alternativement de plusieurs choses, revienne comme délassé et frais; afin que notre nature, facile à se fatiguer, trouve dans la variété de ses travaux une espèce de soulagement ».
Il faut, je crois, arriver jusqu'au siècle dernier pour voir mettre systématiquement en pratique ces méthodes d'éducation, et sur-
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tout ce principe de la variété des études, condition essentielle du travail chez l'enfant. Combien peu de pédagogues du moyen âge se sont inspirés de ces doctrines, qu'ils auraient pu trouver chez Guibert, source précieuse, car elles sont, nous dit-il, le fruit de sa propre expérience.