LES MOINES SA¥ENT ATTENDRE
u&e espèce de juste milieu insaisissable entre les moines et les prêtres séculiers.
Dom Claude était loyal. Il avait horreur des voies détournées. Si le monachisme ne pouvait pas surgir armé de toutes pièces et s'affirmer nettement, il valait mieux quMI ne reparût plus; et dom Claude ne se dissimulait pas que les temps étaient peu favorables à cette réapparition. D'ailleurs il subsistait encore des débris de Tancienne corporation religieuse que la Révolution avait dissoute. Tous les souvenirs du passé étaient là ; et ils n'étaient pas édifiants. Les couvents du dixhuitième siècle, en se sécularisant, n'avaient ^as apporté dans le monde une odeur de vertu ; et, à part quelques honorables exceptions, les anciens moines avaient donné de tristes scandales. Leurs vœux les avaient peu préoccupés, et, sans paf 1er de la progéniture qu'ils avaient jusque-là silencieusement jetée dans la population de Charroux, au point que l'injure « fils de moine » y était familière, ils s'étaient hâtés, rentrés dans la vie civile, dç prouver que la chasteté n'était pas ce qu'ils tenaient à conserver de leur premier état.
Dom Claude, lui, était pur ; et il comprenait qu'il y avait, dans la présence à Charroux de ces moines défroqués, comme on les appelait alors, quelque chose qui rendait presque impossible une restauration honorable.
Il était patient.
Il attendit.
En 181&, dom Claude crut un moment que la
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restauration des Bourbons amènerait nécessairement celle des ordres monastiques.
Il se trompa.
Il essaya par des pétitions adressées à Madame la Dauphine, fille de Louis XVI, pétitions apostillées par l'évêque de Poitiers d'alors, et dans lesquelles on démontrait la nécessité, pour le gouvernement, de rétablir les ordres religieux. On répondait par des lettres au gros cachet rouge timbré des armes de France, qui faisaient battre un moment le cœur au bonhomme, mais qui ne lui apportaient qu'un aveu d'impuissance. Les Bourbons avaient autre chose à faire que de rebâtir les cinq ou six cents grandes abbayes de France. On avait à peine des prêtres pour les besoins du culte. Comment songer aux moines? Et puis à cette époque, même autour du trône, les plus pieux et les plus sages disaient : A quoi bon les moines ? La Congrégation, formée par les Jésuites, ne soutenait que les Jésuites. Quant à ceux qui rêvaient, comme dom Claude, le retour des ordres religieux enfantés par le moyen âge, on louait leur zèle et on leur donnait de§ espérances pour l'avenir.
Dom Claude espérait donc ; mais quand tomba la Restauration, il crut un moment que tout était fini pour lui. Le coup fut terrible, et si l'espérance pouvait se perdre chez les prédestinés, dom Claude eût perdu T espérance.
Sous la royauté de Juillet, et par cela même que le nouveau gouvernement paraissait peu soucieux du dogme et repoussait l'antique alliance du trône et de l'autel, alliance funeste, qui a toujours