LES MOINES SAVENT ATTENDRE
: Abel Grenier eut une cruelle déception. Si les la Futaie eussent été riches» peut-être se fAt-on souvenu d'eux ; mais ils étaient depuis si longtemps tombés dans une médiocrité voisine de la misère, qu'on les avait oubliés. Et ensuite était-il bien certain que ces la Futaie , qui avaient pris M: Abel Grenier pour gendre, fussent de vrais la Futaie? Ceux qui se piquaient de connaître toutes les g^ néalogies poitevines assuraient que cette famille n'existait plus depuis deux cents ans. Le résultat de ces investigations fut qu'on ne rendit point les visites à M. Abel Grenier ni à madame Grenier, née de la Futaie.
Abel Grenier était religieux, autant parce que ]a dévotion était de mode dans le monde aristocratique, que par conviction. Sa femme, élevée à la Grand'Maison , était très-dévote et d'une crédulité dont nous aurons à parler plus tard. Il y avait, dans l'intérieur des deux époux, une troisième personne, bien plus confite encore en dévotion que les deux autres ; c'était la sœur d'Abel Grenier, mademoiselle Octavie, depuis longtemps majeure. Elle n'avait jamais voulu se marier; et elle était à la tête de toutes les confréries et associations pieuses que le vicaire dom Claude avait établies à Charroux. Octavie était la Philothée, l'amie de dom Claude. Elle lui donnait toute sa confiance. Par elle il avait connu toutes les prétentions d'Abel Grenier, et conunent elles avaient été déçues. Ma^ demoiselle Octavie avait autant de vanité que son frère. Si les Grenier, selon elle, n'étaient pas nobles, ils étaient bien plus anciens que tels et tels qui
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mettaient sur les panneaux de leur voiture des couronnes de comte ou de marquis.
Mademoiselle Octavie était initiée, plus que personne, aux craintes et aux espérances de dora Claude au sujet de la restauration de l'abbaye de Charrt)ux. Elle-même pensait à se faire religieuse. Elle avait bien promis à dom Claude une partie de sa dot pour lui aider à reconstruire Tabbaye, mais cette dot n'allait pas au delà de vingt mille francs. La fortune d'Abel Grenier lui venait en grande partie d'une tante qui l'avait fait son unique héritier.
Après leur premier hiver passé à Poitiers dans une triste solitude, les époux Grenier avaient bien juré qu'ils ne s'exposeraient plus à un pareil mécompte. Mais, pendant l'été, M. Abel Grenier reçut la visite de deux ou trois gentilshommes dont les propriétés étaient voisines des siennes. Ils l'invitèrent à des parties de chasse, et lui empruntèrent de l'argent. Leurs femmes allèrent rendre visite à madame Grenier, et ces faveurs inespérées décidèrent les deux époux à tenter les chances d'un second hiver à Poitiers. La comtesse de P..., la marquise de M. . . avaient dit si gracieusement à la belle Rose-Sylvie : — Est-ce que nous ne nous verrons pas cet hiver à Poitiers? Cela semblait aiLX Grenier équivaloir à des lettres de naturalisation dans la bonne compagnie poitevine. Si deux ou trois salons s'ouvraient devant eux, les autres suivraient. Ils partirent.
Hélas I enc<H^ une déception ! La marquise de M. . . , la comtesse de P. . . , le comte deL. • . rendirent