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LES MOINES SAVENT ATTENDRE

nom aux siècles les plus reculés. Et ce nom-là, fût-il obscur aujourd'hui, sera illustre entre les illustres.

— Oui , dit Abel Grenier , illustre dans l'avenir.

— Dans l'avenir et dans le présent! s'écria dom Claude qui voyait le poisson mordre, mais légèrement encore, à l'hameçon qu'on lui présentait.

— Dans le présent I dit Roçe-Sylvie, qui, non moins vaniteuse que son mari, ne pouvait se consoler d'avoir été réduite , par la médiocrité de sa fortune, à changer son nom de la Futaie pour celui de Grenier.

— Certainement dans le présent, reprit dom Claude. Au milieu d'un pays aussi profondément religieux que le Poitou, les plus fiers ne pourraient que s'incliner devant l'homme qui relèverait les pierres du sanctuaire dispersées, qui recommencerait l'œuvre des grands âges de foi. L'éclat des plus beaux blasons serait au-dessous d'une si grande gloire.

Et dom Claude se retira, laissant les époux Grenier commenter les paroles qu'il venait de prononcer.

Le résultat fut tel que l'avait espéré dom Claude.

Abel Grenier se persuada que le restaurateur de l'abbaye de Charroux marcherait nécessairement de pair avec cette noblesse dont il n'avait pu obtenir qu'une politesse dédaigneuse.

Rose-Sylvie n'était pas moins éblouie que son mari de la brillante perspective que dom Claude venait d'ouvrir devant eux.

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Quant à la dévote Octavie, elle soutenait nécessairement les idées de son confesseur.

Abel fit pourtant quelques objections.

— Cinquante mille francs» disait-il, c'est beaucoup pour une position telle que la nôtre,

— Bah! disait sa soeur, vous n'avez pas d'enfants.

— Nous ne sommes mariés que depuis trois ans, et nous pouvons encore ei^érer des héritiers.

— Pour moi je n'espère plus, dit Rose-Sylvie ; et d'ailleurs ne vaudrait-il pas mieux laisser à nos enfants un nom glorieujLei moins d'argent?

— Sans doute, disait Abel; et puis ce sera beau de voir mon buste sous l'arcade gauche du portail de l'église, avec une belle inscription latine en lettres d'or.

— Pourquoi pas française ? dit Rose-Sylvie.

— Ce n'est pas l'usage. Je crois pourtant qu'on pourrait la mettre en latin et en français. Je de^ manderai cela à dom Claude.

— Alors, dit Rose-Sylvie, tu es décidé à mettre cinquante mille francs à la disposition de dom Claude ?

— Oui, et en cela, je t'assure, je pense moins à la gloire qui nous en reviendra qu'à celle qui rejaillirai sur notre postérité.

Le lendemain , Abel Grenier mit en vente un de ses domaines, pour lequel on lui avait déjà fait des propositions avantageuses. On les renouvela, et dom Claude manqua mourir de joie en se voyant au moment de réaliser le rêve de toute sa vie.

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