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II

NfeoCUTION DIFFICILE

Lettre de Vahhé Guillard, aumônier des religieuses de la Grand' Maison y à Vàbbé Boissier.

« Poitiers, le...

« Mon cher ami,

« J'ai reçu votre joli livre, et je vous en remercie. C'est un travail sérieux : il y a de bonnes recherches, du raisonnement et du style. Vous ouvrez votre carrière littéraire d'une manière brillante, et, si vous n'étiez pas affublé de notre habit, je vous dirais : Continuez !

« Mais, mon ami, vous nous connaissez bien peu, dans notre monde sacerdotal, si vous fondez les moindres espérances d'avenir sur des succès en ce genre. La bête noire de nos évêchés aujourd'hui, sauf des exceptions bien rares, c'est le prêtre qui écrit. A Paris, vous voyez ces choses moins que

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nous. Il y a là un mouvement de gens qm vont â [encre , pour me servir du mot échappé à une plume bien connue, dans lequel se laisse entraîner le clergé luinaiême et qui fait tolérer en haut lieu les coupables.

« En province, il n'en est pas ainsi. Là l'invasion du mystidsnie est venue atri^bier les intelli* gences et rendis imposable toute manifestation de la pensée.

« C'est à peine si Ton supporte, dans un pauvre aumônier de religieuses comme moi, la manie de collectionner les vieilles chartes. On ne me jette pas trop la pierre : c'est de Térudition ; les Bénédictins en ont fait Yoilà ce qui se dit, et je me sauve sur les Bénédictins. Nous avons une maison de braves gens portant ce nom, récemment fondée près de nous, à Ligugé. On m'apprend que le vieux dom Claude, de Charroux, va aussi relever celte abbaye célèbre* Je dois à ces circoostances d'être accepté ici par les puissants du sacerdoce,

t Quant à votre livre, il vous a fait déjà des omemis. C'est une mauvaise vcHe, a dit le vit Caire général, tout-puissant auprès de l'évêque. Ce pauvre abbé Boiasier végétera, à Paris, avec ses livres. Nous aurions pu en faire un prêtre pieux ; il a préféré aller tenter les aventures littéraires. C'est fâcheux! Monseigneur lui pcrrtait intérêt; mais il le regarde comme un sujet à peu près perdu pour nous. Son livre est fait dans un mauvais esprit et contiait quelques hardiesses. Notre supérieur du s^inaire virat d'examiner les diverses propo* citions qui y sont aTaiie6ss« U y ai a de contes^

tables, de téméraires; quelques-unes pourraient offenser les oreilles pies. Et puis c^est un style mondain, le style du jour, peu nourri de T Écriture sainte, et qui ne va pas à un ecclésiastique.

c Ce jugement de Taigle du diocèse de Poitiers a déjà couru toute la ville. Nos curés répètent, mot pour mot, la sentence sortie de la bouche d*un vi« Caire g^éral. Cela les a dispensés *de se faire une opinion à eux-mêmes sur votre livre. Us en avaient une toute formulée, et c'était plus commode.

D'ailleurs par ce moyen ils flattaient, et cela pose toujours bien vis-à-vis du pouvoir.

« Je dois en excepter votre ami le curé de Sainte- Croix. Il a bien lu votre livre. Il m'a dit à moimême que c'était une œuvre remarquable, et qu'il était tout fier pour notre Poitou d'un homme de votre valeur. Vos idées et votre style lui vont, et il est bien loin, m'a-t-il dit, d'imiter ces esprits étroits et immobiles qui voudraient renfermer le prêtre dans les matières purement ecclésiastiques. Il a ajouté qu'il vous approuvait de prendre voire essor. Notre ami ira loin : telle a été sa dernière parole.

c Je suis sorti de chez cet homme d'esprit enr chanté de lui et très-content pour vous.

«Le lendemain nous avions un dîner chez le curé de Notre-Dame-la-Grande. Naturellement vous avez fourni la matière, de notre conversation. Le jugement cité plus haut de M. le vicaire général a été répété sur tous les tons et avec très-peu de variantes. Votre ami le curé de Sainte-Croix, qui avait gardé le silence devant ce débordement dé

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