LÀ FOTSTAINE DB GUÉRISON
lennité de son installation officielle. Tout s* est fait magnifiquement et dans les règles.
« Pour approprier le chœur de notre église, dont le centre seul est recouvert d'une voûte, il a fallu opérer un nivellement de terrain ; tout ceci a été recouvert de tapis.
« Mais voici bien une autre affaire.
« Sous cette voûte même, contre le premier pilier de droite soutenant la coupole, est une fontaine ou plutôt un petit puits recevant les suintements de la rivière du Merdenson, qui coule à une vingtaine de mètres de là. Les eaux de ce puits sont réputées miraculeuses, et depuis huit siècles on vient de dix lieues à la ronde pour boire de cette eau qui a le privilège unique de guérir toutes les maladies, pendant que beaucoup d'autres fontaines de guérison de ce genre, fort renommées dans le Poitou et dans la Marche, ne guérissent que certaines maladies particulières.
« Il est d'une importance capitale pour le couvent restauré de ne pas éteindre cette superstition. Que de cierges brûlés devant la statue de saint Sauveur! Le peuple ici croit que c^est un saint, comme Pierre, comme Jean, et il a bien plus de foi dans- les saints qu'en Dieu lui-même. Que d'honoraires de messes à acquitter arrivent par les pèlerins que l'eau miraculeuse de Charroux attire, au point que , moyennant une retenue en faveur de l'abbaye, le révérend dom Claude pourra en fournir à tous les moines des autres couvents qui en manquent! Cela est capital, vous le voyez. Etj'aî bien une autre idée pour cette eau merveilleuse»
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idée que n*a pas eue encore dom Claude, et qui, exploitée en grand, a déjà donné plus d*un million à la Salette et à Lourdes.
« Or, le jour qui a précédé la cérémonie, le maître ouvrier sous les ordres de larchilecte, prétendant que « ce vilain trou > était dangereux, qu'on aurait pu y tomber, tant la fouie serait grande, même que ce suintement d'eau pouvait compromettre la solidité de la pile, a fait combler le tout.
« Grand a été Tébahissemcnt de frère Biaise, le sacristain, lorsque, retirant les tapis le lendemain, * la sainte source s'est trouvée bouchée. 11 a couru dans la chambre de dom Claude.
« — Nous somnies perdus* Très-Révérend Père, nous sommes perdus !
« Et dom Claude, croyant le feu aux lieux réguliers, s'est précipité hors de la maison.
« — Quoi, frère Biaise?
« — La source ! la source !
t — Qiîe dites-vous, frère Biaise?
c — Piusf de source! ah I mon Dieu !
f J'ai entendu le brouhaha, je suis sorti de la salle des archives avec dom Guillart. Nous sommes arrivés inquiets auprès de notre abbé.
« — Qu'est-ce? que se passe-t-il ?
« — mon Dieu ! nous sommes perdus !
« Et le frère Biaise, étouffant dans son déscs* poir, nous a monés au chœur, nous a montré le pilier près duquel nous avions coutume de voir une ouverture grossière, profonde d'environ un mètre et demi.
t — Plus de source I voyez I plus de miracles I
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c Cette dernière acclamation nous a tout révélé. J'ai regardé dom GuîUart
« Le révérendissime a pris la chose aussi haut pour le moins que le frère Biaise.
« — Quel est le misérable qui a commis ce sa^ crilége ? Une fontaine de guérison célèbre autrefois dans toute T Aquitaine I Âhl malheur !... Qu'on ap* pelle le maître ouvrier.
c Celui-ci est arrivé fort tranquillement, la casquette à la main.
« — Qu'ya-t-ilT
t — "Mais, malheureux ! vous avez comblé notre sainte fontaine, notre source miraculeuse!
« — Oh 1 qu a cela ne tienne !
t Et appelant deux ouvriers :
« — Nettoyez-moi bien ce puits jusqu'au roc.
« Et il est retourné à l'inspection de ses travaux.
« Dom Claude a paru se radoucir.
« — Savez-vous, nous a-t-il dit, que ce serait un bien grand malheur de priver toute une contrée des bienfaits de cette eau, célèbre par des miracles innombrables?
« — Bonne surtout pour les maladies des enfants, Très-Révérend Père, a repris frère Biaise.
« — Les impies de notre temps ne veulent pas croire que Dieu ou la sainte Vierge, car c'est la même chose, attachent une vertu à certaines fontaines. C'est pourtant incontestable, et il faut volontairement fermer les yeux à l'évidence pour nier les miracles sans nombre qui se font aux fontaines de guérison.
c 11 n'y avait qu'à dire oui ; et plus haut que