LES SOEURS DE LA SAINTE-VERTU
siècle, demandaient ce que c'était que la Sainte- Vertu.
11 leur était répondu bien facilement que — c'é* taitia vertu de Notre-Seigneur. — Elles ne songeaient plus à insister.
Enfin, après quelques quolibets des mécréants; dans les cafés de Charroux et à la table d'hôte de la Croix blanche, comme il y en a de tout temps, quand il se crée des communautés sous des noms .aussi jolis que ceux de Lorette ou de T Immaculée- Conception, le vocable des nouvelles religieuses fut accepté unanimement du grand monde de Charroux. Il suffisait, du reste, que les libéraux de l'endroit en eussent plaisanté, pour qu'on voulût faire pièce à ces impies ; on tint donc à honneur de défendre la sainte vertu des sœurs bénédic^ tines. Dom Claude aurait pu leur donner le fameux nom que nous n'osons plus reproduire : toujours pour braver ces incroyants, éternels ennemis des moines et des bonnes sœurs, on eût accepté ce nom excentrique.
Mais cette fois dom Claude et notre Mère Hermance furent sages. Ils s'en tinrent à la sainte vertu.
Il y eut aussi une lune de miel pour la nouvelle maison des sœurs bénédictines : installation, béné» diction d'un petit oratoire, fort joli et fort coquet. Des prises d'habit splendides attirèrent toutes les dames de la contrée. Des enfants charmantes de seize ans, ignorantes d'elles-mêmes et du monde, vinrent se renoncer et renoncer à ce monde qu'elles n'avaient pu connaître. Dom Boissier, qui avait
quelque talent, se trouva naturellement le grand orateur de Tabbaye, et c'était à lui qtf on s'adressait pour le sermon de œs prises d'habit Le curé de la paroisse et le nouveau jeune vicaire envoyé de Poitiers par Monseigneur étaient invités à la cérémonie et au dîner. Mais les moines étaient les curés réels de cette nouvelle petite paroisse, dont la belle chapelle devint la cure*
La ville de Charroux forme deux quartiers bien distincts. Dans le quartier riche où se trouvent les belles maisons et les grandes dames qui fréquentent l'église, il fut de mode et de bon ton de n'aller qu'à la messe de l'abbaye ou à celle des sœurs de la Sainte-Vertu. Dom Gargilesse était nommé leur aumônier et le confesseur des jeunes pensionnaires. Le gros et gras Gargilesse, qui levait des yeux au ciel comme s'il eût été en extase, donnait de la piété la plus fervente à tout ce monde de la rive droite du Merdenson.
Il vint un moment, six mois après les deux installations religieuses que nous avons décrites, où l'église de la paroisse, juchée au sommet du coteau de la rive gauche, se trouva complètement abandonnée. Le vent continuant à briser les vieux vitraux des bas-côtés du midi, la fabrique n'ayant pas de fonds, il fallut continuer à se protéger, les jours de tempête, avec des guenilles formées de vieux ornements abandonnés au fond des armoires de la sacristie.
Les bonnes gens de la campagne, qui formaient la minime partie du troupeau confié aux soins de M, Tarchiprétre, venaient seuls, les dimanches.