‹ Le moineChapitre 32 sur 58 · LES SOEURS DB LA SAI]NT£*VERTU • SOI · texte numérisé non relu

LES SOEURS DB LA SAI]NT£*VERTU • SOI

avec les locataires de quelques maisons du quartier pauvre, qui s'élèvent derrière l'église.

Rien n'était commun à Charroux comme des dialogues dans le genre de celui^i :

— Est-ce que, par hasard, vous allez à la messe de la paroisse ?

— Non certainement, ma bonne amie. C'est si pauvre, si humide, si délaissé! La société n'y va plus.

— Vous avez bien raison, chère madame. Ah !

j'ai tant âe dévotion dans la chapelle toute neuve des bonnes sœurs !

— J*y vais quelquefois aussi. Mais je préfère la messe de Tabbaye. Voyez-vous, ma bonne dame, quand le Révérendissime pontifie, ce* n'est pas un homme que je vois, c'est Dieu sur terre. Puis cette mitre, cette crosse, ces riches ornements ! Puis tous ces religieux qui ressemblent à des anges!...

— Cela est bien beau I

— Oui, Charroux ne se reconnaît plus ; tout y est changé déjà. Je vous réponds qu'il n'y aura pas de bals cet hiver. . .

— Vraiment ! Vous croyez qu'on ne s'amusera plus?

— Oh! l'on dansera encore dans la société; mais ces bals du peuple, des ouvriers, des grisettes, les moines et les sœurs feront si bien, chacun de leur côté, que toutes ces horribles choses disparaîtront. Pour nous autres, dans les salons, vous le comprenez, c'est différent.

— Je suis comme vous. Je ne mè sens pas d'aise depuis que nous avons nos sœurs et nos moines. Ah ! chère amie ! il y a tant de chagrins dans la vie de famille que, sMl y avait eu, il y a' dix ans, comme aujourd'btd, une maison de saintes filles, j'y serais maintenant. On ne peut que se perdre daiis le monde.

— Oh ! que vous avez raison !

— A qui vous confessez-vous ?

— Mon Dieu ! autrefois je me confessais à M. le curé. C'est un digne homme. Mais nous comprenons maintenant , après ce que Mère Hermance nous a. expliqué, qu'il n'a pas ["esprit intérieur. Ce n'est' pas sa faute : il ne peut pas l'avoir : c'est un curé ; un prêtre séculier, comme on dit. En fin de compte, ma chère amie, ce sont des hommes du monde, quelquefois honnêtes gens, revêtus du droit de dire la messe et d'enterrer. Mais, entre nous, ce n'est bon que pour ça. J^es vrais prêtres, ce sont les moines. Voyant mieux maintenant toutes ces choses, je m'adresse à un révérend Père. J'aurais voulu le fiévérendissime ; mais il est ab* sorbe par la direction des sœurs et de quelques dames, ses anciennes pénitentes ; j'ai choisi le révérend Père dom Gargilesse, l'aumônier de ces dames.

— Ah I ce gros joufflu?

— Oui.

— Il confesse bien ?

— Admirablement, ma chère amie. On voit que c'est un homme de Dieu. Il ne parle que d'à-

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