LES SOEURS D£ LA SAINTE- VERTU
comme pensionnaire à M. le curé, en raison de son inexpérience à tenir sitôt une maison. L'infortuné n'était pas maître chez lui. M. le percepteur de Charroux, son ami, son ancien ami, venait bien quelquefois le soir, mais il était plus réservé sur les moines. Il en avait peur. Des moines ! mais cela a le bras long ! cela peut vous nuire jusqu'à Paris, jusque dans un ministère ! Une parole malveillante prononcée peut arrêter tout votre avancement. Il faut qu'on les ménage.
Et puis les nouveaux religieux étaient déjà maîtres de l'esprit de toute la population. Confesseurs de toutes les femmes de la société, ils pouvaient, s'ils l'eussent voulu, perdre d'une parole un pauvre percepteur.
Cet homme avait compris cela. Il fut d'abord plus réservé dans ses entretiens avec le curé. Successivement il vint plus rarement le voir. Une fois ou deux même, il s'excusa de ne pas accepter une invitation à dîner du pasteur. Gonde fut furieuse. Elle le reçut avec une extrême froideur, la première fois qu'il se présenta après cette impolitesse presque calculée. Définitivement il ne parut plus.
M. l'archiprêtre.de Charroux, après sept à huit mois, n'avait plus pour lui, dans sa ville autrefois si bienveillante, si affectueuse, que Goride, la pauvre Gonde, fidèle comme lé chien qui n'abandonne jamais le maître prospère ou malheureux.
C'était avec Gonde que, dans les longues soirées de l'hiver, il soulagerait son cœur et compterait ses peines.
us noms
MM. les curés, qui êtes si chauds pour les moines^ voilà ce qu'ils vous préparent , à vous ou à vos frères dans le. sacerdoce. Vous vous êtes suicidés depuis vingt-cinq ans !
Prônez, prônez les moines !
LES BEAUX RELIQUAIRES
Dom Boissier, par la maturité de son jugement, par son esprit de conduite « par sa prudence, que rien ne prenait en défaut, n'avait pas tardé à être remarqué non-seulement dans Tabbaye par, les ré**vérends Pères et par les Frères, mais encore dans la ville de Charroux. Tous lui rendaient justice, et peu à peu, quoique un instinct secret dît au Révérendissime que cet homme n^ était pas d*unè ardeur suflSsante pour les choses du moyen âge , le vieillard avait fini par lui donner une entière confiance.
C'était le lendemain de la grande fête religieuse de Charroux, qui se célèbre annuellement pour le Corpus Domini. Une foule inaccoutumée était venue de dix lieues à la ronde. On savait partout que Tabbaye se restaurait, que les Pères étaient installés comme sous Tancien régime ; et, soit curio» site, soit piété, on était accouru en masse. La fontaine miraculeuse devint le but de Tardeur re«
ligieuse des pèlerins. Ils se précipitèrent sous la coupole. Un frère convers avait la charge, avec un petit seau, de tirer constamment de cette eau guérissant toutes les maladies, surtout celles de Tenfance. Naturellement il tenait à côté de lui le plat des offrandes où tombaient les sous du pauvre peuple. Ce qui fut extrait, ce jour-là, du puits sacré de bouteilles d'eau distribuées aux pèlerins est incroyable. Un moment vint où le seau du frère convers ne rapportait plus qu'une eau boueuse, bientôt même que de la boue formée par les suintements du Merdenson. — Nous voulons cette boue ! Donnez-nous cette boue ! — Pour ces fanatiques , c'était plus efficace encore, et ce fut la nuit profonde qui seule vint mettre fin à cette dévotion acharnée.
Le frère porta le soir ses sacs de sous chez le Révérendissime. Dom Boissier s'y trouvait.
— Comptons donc la recette de la fontaine de Saint-Sauveur !
— Je le veux bien, Révérence.
— Nous avons eu aussi beaucoup d'honoraires de messes demandées, surtout pour la guérison des enfants.
— La journée sera bonne.
Dom Boissier, notre malin, dévora un sourire en disant ce mot si vulgaire, mais qui fit au Révérendissime un plaisir infini. Les hommes n'&iment pas à se rabaisser seuls, et dom Boissier, cette fois, joua si bien son rôle de moine de l'ancien temps, que le Père abbé, se sentant à l'aisé, tout en faisant
LES B£\UX RELIQUAIRES 209
avec lui, sur sa table, des piles de gros sous, en * tama ainsi Tentretien :
— Ah ! mon enfant I que serait-ce donc si nous avions encore nos beaux reliquaires?
— Les anciens?
— Oui, ceux qui contenaient la Sainte-Vertu* Quelle perte irréparable !
— Cela devait être bien beau. Et la relique était unique !
— Ah ! oui,i unique ! La très-sainte et très-adorable chair de Notre-Seigneurl Ces monstres^de huguenots I qui sait ce qu'ils ont fait de cela? Jeté peut-être sous les pieds !
— Ils n'ont point jeté l'argent des reliquaires I
— Oh I pour cela, non I Ils l'auront fait fondre en bons lingots.
— Les misérables !
Pendant ce dialogue , les piles de sous s'entassaient en belles lignes sur la table du vieil abbé. Cet argent, venu ainsi de la piété du peuple, lui plaisait plus que tout autre. Il y a beaucoup du mendiant dans le moine. Cette dégradation, qui répugne tant à notre simple peuple aujourd'hui, lui va toujours. — Ne me faites pas laumône : elle me fait rougir ; procurez-moi du travail , cela me relève, — cette belle parole de l'ouvrier du dix-neuvième siècle, le moine, cet Épiménide toujours en arrière sur les idées de ses contemporains, la retourne et dit : — Faites-moi l'aumône, j'en suis fier, j'en deviens plus parfait, plus saint. Ne m'imposez pas un honnête travail : j'en rougis, il me rabaisse. —
Dom Claude contemplait, presque avec autant
2(0 LB UOtNE
d'amour que Tavaresa cassette « les sous de Tau*mône. Ce cuivre dont se salissâi^t «es mains sentait bon pour lui.
Le métier plaisait moins à notre ami Boissîer. li continua cependant à empiler avec le vieillard et à deviser sur les beaux reliquaires.
Tout à coup il porta sa main au front. Un souvenir lui était venu, souvenir vague d'abord, comme celui de beaucoup die choses à demi oubliées, quand on a vécu dans ce Paris où le spectacle, même de la devantare des boutiques, change chaque matin. H vît que le compte des ablations allait prendre fin ; il demanda au Révérendissime de se retirer. Le vfeîllaivi le bénit.
— Mon Très-Révérend Père, il me vient le pressentiment que nous pourrions retrouva* les beaux reliquaires. On les enterrait toujours, on les mettait dans des trous de muraille au moment du danger.
— Croyez-vous que nos anciens n'aient pas beaucoup cherché ?
— Il faudrait chercher encore.
— Hélas !
Et sur cette exclamation douloureuse de Tabbé,
îl le quitta..
Dom Boissier écrivit aussitôt la lettre suivante à son ami le Capucin de Paris :
€ Je vous donneune cûmmissîoQ très-importante. OccupeE-vouis^eii, Je vous prie, immédiatement. Je crois me souvenir d'avoir iOfierçu à la vitrine d'un mai^dtaod d'&otiquii^és, sor k quai YolUlre, à peu
LES BEAUX RELIQUAIRES 211
de distance du pont du CarrouseU deux petits reliquaires en argent doré, auxquels était attachée une étiquette disant, il me semble, ceci : • Provenant de rançienne abbaye de Charroux* » Vous achèterez ces deux reliquaires. Maître du trésor, vous vous informerez, du marchand, d'où il a tiré ces objets antiques, et vous me l'écrirez. Vous m'expédierez le tout par grande vitesse, dans une boîte bien ficelée et bien cachetée, avec cette simple adresse : • Madame Simon, à Charroux, par « Civray. »
« Adieu, mon ami, j'ai h&te que ma lettre ar-» rive ; j'ai plus hâte encore de savoir que je ne me suis pas trompé, que les reliquaires existait, que je n'ai pas rêvé cela. Je n'aurai de paix qu'en les recevant dans leur boîte.
« Soyez heureux dans votre recherche ! Mais que ce soit un secret étemel entre vous et moi.
« Votre ami. »
Dans la nuit même, vers les une heure du matin, dom Boisfiier sortit de sa cellule, descendit à pas de loup dans la cour du cloître , dont les arcades et les voûtes n'existaient plus, mais dont on voyait très-bien la partie intérieure massive , bien finement appareillée, et présentant encore les arrachements des voûtes ogivées, déh-uites lors du sac de l'abbaye. Cachée derrière un nuage peu épais, la lune dans ce moment donnait assez de clarté pour que dom Boissier pût choisir une pierre dont le ciment fût profondément désagrégé et que Ton ébranlât facilement. Muni d'un ciseau de fer qu'il
avait pris parmi les outils des ouvriers travaillant k Tabbaye, il se mit hardiment à l'œuvre. Un moment il crut qu'il ne réussirait pas ; mais eiifm le ciment céda, et il put avec précaution retirer la pierre.
Ce n'était pas tout : il fallait, œuvre plus difficile, enlever avec une précaution qui ne fit pas soupçonner qu'il y avait eu là une fouille récente le ciment, les petits moellons de remplissage qui formaient l'intérieur du mur. Il en vint à bout cependant. Une petite cavité assez grande pour tenir les reliquaires fut creusée. Les débris furent enlevés avec soin et jetés parmi les autres débris de maçonnerie du chœur. La pierre fut remise à sa place.
Le lendemain, en se promenant pendant le jour, dom Boissier put se convaincre que l'opération avait été bien faite; mais il lui vint une pensée.
Il fallait que l'intérieur de la cachette ne présentât pas les traces d'une récente démolition. Le rusé Rouergat avait plus d'une ressource dans son sac. La nuit suivante, muni d'un petit pot de couleur grise faite avec de l'eau et du charbon finement broyé, il vint à la même place, ôta de nouveau la pierre et, avec un pinceau, aspergea les parois intérieures pour leur donner une apparence de vétusté.
Le stratagème allait réussir.
Seulement il manquait les reliquaires.
Frère Simon était nécessairement le complice. Quand la précieuse boîte arriverait, il avait ordre
LES BBADX RBUQDAIRSS 21S
de la prendre et de Tintroduire secrètement dans la chambre de dom Boissier ; celoi-H^i se chargeait du reste.
Simon, l'ancien fossoyeur, était un honmie d*une discrétion éprouvée. Que de coups de ce genre n'avait-il pas faits dans sa vie ! D'ailleurs, dom Boissier lui avait fait comprendre qu'il s'agissait du salut de l'abbaye, et définitivement frère Simon trouvait parfait le vin de la cave du révérendissime dom Claude. Il serait muet comme Ma tombe.
Dom Boissier lui fit l'honneur de l'associer à cette grande et mystérieuse introduction dans l'abbaye des précieux reliquaires.
Arrivés un samedi, par l'omnibus du soir, chez la mère Simon, le fossoyeur, qui depuis trois jours les attendait avec une impatience fébrile, les emporta avec d'autres paquets pour la communauté, expédiés pour le Révérendissime et beaucoup plus gros.
Qui pouvait soupçonner quoi que ce fût?
Dans la nuit, dom Boissier, qui avait admiré le beau travail d'orfèvrerie des deux reliquaires, mais qui, de peur d'être surpris, n'avait pas voulu les ouvrir dans sa cellule, alla les déposer dans la cachette préparée.
Que pouvaient contenir les reliquaires? Dom Boissier ne le saurait lui-même qu'au moment de la découverte.
Le lendemain, dimanche, le Révérendissime pontifia solennellement, sous la grande coupole en grande partie restaurée. La communauté bénédio-
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tîne avait reçu de nouveaux sujets et était devenue plus nombreuse. Beaucoup de fidèles et les premiers de la ville assistaient à T office chrétien, si dévotement chanté^ par les moines que les larmes en venaient aux bonnes femmes.
Dom Boissier, comme l'un des premiers de l'abbaye, remplissait les fonctions de prêtre assistant, revêtu d'une magnifique chape de drap d'or.
La messe allait prendre fin. L'officiant venait de comniunier dans un recueillement profond; il n'avait plus qu'à prendrç le calice consacré, lorsque, saisissant la patène pour recueillir, sur le corporal , les parcelles qui auraient pu tomber de l'hostie, au moment de la fraction, il aperçut, au pied du calice même, un petit philactère de vélin d'une extrême blancheur, plié en croix.
Le saint homme est ébahi ; il n'en croit pas ses yeux. Il est sur le point de s'évanouir. Dom Boissier le soutient. La précieuse missive, venue probablement du ciel, est déposée par le célébrant lui-même dans le calice. Le sacrifice se termine ; les chants ont cessé. Le pompeux cortège des céroféraires, des thuriféraires, du sous- diacre, du diacre, du prêtre assistant, se rend, avec une majestueuse lenteur, dans l'intérieur de l'abbaye.
Le vieillard est sous l'impression d'une joie céleste. Il sent que quelque chose d'extraordinaire s'est passé ce jour-là, qu'il est l'instrument des faveurs divines. Il ne prend pas le temps de quitter les vêtements sacerdotaux ; mais, saisissant le calice et tirant le précieux vélin, il le déploie et il lit.
LES BEAUX ftEUQUAIRES 315
en caract^s aussi beaux que s^ils eossmt été bo* rioés par un artiste exercé, cette misâve que noos allons traduire et dont voici roriginal :
« FlUO DBVOTISSIMO CtAUDIO. HoWXiîM SaLVA* TOK, HCJDS GCBNOBU AVAJKTISSIMUS RBX ET PATRONDS TE MONITUIf ESSE DESIDERAT CARIAIS SU A ET PRE- TIOSISSIMI SAPIGUIXIS REUQIÎIAS THECIS MIRACOLOSfi KRYATAS IK LAPIDEO CXAUSTRI CIRCUITCJ PEGERK, QU^RëNDASQUE QLATITOCIUS. »
« A son très-dévot fils Claude. Le Sauveur de» hommes, le roi très-aimant et le patron de ce monastère désire que tu sois averti que les reliques de sa chair et de son très-précieux sang^ miraculeusement conservées dans leurs reliquaires, reposent dans le pourtour de pierre du cloître, et qu'il faut les rechercher au plus tôt. »
Plus de doute pour personne, teoins encore pour le RéTérendissime, qu'il n'ait été favorisé d'un avertissement du ciel. On n'ose plus toucher à ce vélin sacré, écrit de la main même du Sauveur, et plié en forme de la très-sainte croix. Ghacim veut le baiser amoureusement. Dom Boissier, donnant Texemple d'une foi sincère à toute la communauté, se prosterne le premier et baise le parchemin écla* tant, dont il peut parler mieux que personne, puisr qu'il l'a vu en même temps que l'abbé, peut-être même avant lui, sur le corporal. L'élan est donné: on crie partout au miracle. Toute la ville de Charroux apprend l'événemwit prodigieux. On se précipite au parloir ; on veut voir et baiser la lettre
descendue du ciel. Les sœurs de la Sainte-YerUi sont averties par dom Gargilesse. La Sainte-'Veriu va être retrouvée ! Il coule là des larmes d'attendrissement de ces jolies paupières. Sœur Hermance, la supérieure, a une crise nerveuse, que toute la communauté prend pour une extase. Elle parle tout haut avec le Sauveur et avec les anges. On se rend à la chapelle. Un Te Detim d'actions de grâces est chanté avec des voix angéliques et accompagnement d'harmonium.
Il faut absolument que le Révérendissime consente à faire apporter, à la chapelle de la communauté, la lettre divine en forme de croix. Les sœurs ont des crispations de sainte impatience. Dom Gargilesse voulait que le miraculeux vélin fût porté procéssionnellement à travers les rues de Charroux jusqu^à la chapelle des sœurs de la Sainte-Vertu ; mais les autorités de la ville pourraient s'effaroucher. Sur cette remarque du grave dom Gruillart, qui ne sait trop que croire de ce parchemin et de cette écriture, on porte simplement le précieux ndorceau dans une bourse d'autel.
Les têtes tournent à tous, excepté, et pour cause, à dom Boissier et à frère Simon; et si ce n'était pas dimanche, jour où le travail est défendu^ chacun, le marteau démolisseur à la main, irait frapper à toutes les pierres du pourtour du cloître. Le Révérendissime serait assez de l'avis, en sa qualité de casuiste, que la recherche d'une relique, même un marteau à la main, n'est point une ceuvre servile. Mais on lui fait comprendre qu'il y a là des faibles qui n*ont pas fait de théologie, qui ne savent pas
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distinguer ; et, de peur de scandale, la recherche commandée par une voix céleste est remise au len* demain.
Boissier, l'heureux auteur de ce pieux stratagème, n'en avait pas prévenu Tami Guillart. Celuici, plus froid, plus réservé que le moins scrupuleux Rouergat, aurait pu blâmer certains détails de cette mise eri scène, particulièrement Fidée scabreuse que, moi romancier, je suis forcé de trouver un peu risquée, de faire déposer sur Tautel le fameux morceau de parchemin.
Le patient Guillart prit ce factum prétendu céleste, qu'on avait mis dans les archives, au fond d'une petite boîte en argent qui avait autrefois servi aux huiles saintes. II l'examina à la loupe avec l'esprit d'une critique indépendante ; l'encre était récente. A cela rien d'étonnant; ce qui l'était davantage, c'est qu'elle eût la couleur légèrement bistrée de l'encre même qui servait sur la table des archives où écrivait quelquefois dom Boissier, et qui servait aussi dans chaque chambre des Bénédictins. Le vélin était d'une finesse extrême, trèsblanc, et cependant un vélin dont la manipulation n'était plus celle de notre temps et qui remontait certainement au seizième siècle. Le morceau avait été ébarbé récemment à l'aide d'un canif et d'une règle sur ses quatre tranches. Le latin, passablement pur, pouvait bien venir du paradis, si on y parle latin; mais comme là tout doit être de la perfection dernière, Guillart, qui était sérieusement érudit, trouvait que Cicéron ou Salluste eussent écrit un latin moins dur et plus digne d'une rêvé-
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lation céleste. Or te latin du paradis, toujours dans rhypothèse, devrait être pour le moins aussi coulant et aussi doux que celui de Salluste et de CicéroD.
Ce n'était pas assez pour découvrir son faussaire, et feuilletant des liasses où il avait souvent aperçu des pages de véFîn non écrites , il tomba précisément sur un morceau que des ciseaux avaient récemment écourté.
Il prit le parchemin venu du ciel, il le mit à côté de la page raccourcie. C'était le même vélin. Il avait la pièce de conviction.
Peut-être un peu piqué d'avoir été tenu à l'écart de cette singulière entreprise, intrigué, du reste, par l'annonce de la découverte faite si solwmellement, il alla trouver son amL
— Voyons ! Boissier, ne me trompez pas ! Vous avez fabriqué cette lettre qui rendra fou notre Bévérendissime.
— Évidemment, mon amî.
— Boissier, ce n'est pas bien!
— Quel grand mal à cela?
— Vous ne deviez pas mêler les choses saintes à votre stratagème. Si le papi^ miraculeux eût été trouvé sous l'assiette du Révérendissime, il y aurait cru probablement avec la même force ; j'en rirais alors; mais mettre cela sur l'autel! franchement, ce n'est pas bien.
— Que voulez-vous, mon cher ami? Vous avez mille fois raison ; mais j'ai voulu savoir jusqu'où un
LES BBAUX RELIQUAIRES 219
moÎDe peut porter la crédulité , au dix-neuvième siècle.
— L'espièglerie est forte.
— Oh ! elle n'a pas eu pour notre dom Claude les coilséquences de la charmante histoire des jeunes moines et du prieur, pour l'antienne de Monsignor saint Nichotaij que je lisais, il y a deux jours, dans un vieux hagiographe du quatorzième siècle.
— Contez-moi cela.
— Une veille de fête de saint Nicolas, n li jouene moigne s'assamblèrent devant le prieus » et lui demandèrent la permission de chanter « le responsore » de saint Nicolas. Le prieur répondît qu'il n'en ferait rien, parce qu'il ne fallait pas abandonner c les anchiennes institutions por les Dovelles. » Les jeunes moines, les hommes de progrès du quart d'heure, lui dirent : « Biau Père, por coi ne cantons-nous l'estoire de monsignor saint Nicholai qui si est dolce, et jà est célébrée par tout le monde ?»
Les jeunes moines, avec une prière si bien faite pour attendrir tout autre que le prieur, ne doutèrent pas du succès de leur requête. Mais le prieur fut inflexible et leur assura que jamais dans son église on ne chanterait « les noviaux chants que li clerc du siècle font. »
Force fut à ces dangereux novateurs de chanter « lor vespres et tour matines » à l'iancienne mode et d'aller ensuite dans leur dortoir.
Mais quand le prieur fut couché, « si s'aparut devant lui mesire saint Nicholai, » visiblement courroucé qui rappela durement, « le prist par lei^ cheveus, » le tira hors de son lit et le jeta sur le pavé du dortoir, et là lui commença l'antienne : pastor œteme! qu'il lui chanta tout à note, le frappant de grands coups de verges, jusqu'à ce que l'antienne fût toute chantée.
Le prieur se mit à crier si fort que tout le couvent se réveilla ; et dès ce jour, ne pouvant plus résister aux prières des jeunes moines, qui très* probablement avaient beaucoup aidé saint Nicolas dans son opération malicieuse sur le dos de leur supérieur, il leur permit de chanter les nouvelles antiennes,
Dom Claude n'a pas passé par mes verges, et en définitive j'ai rendu à l'abbaye des reliquaires précieux au point de vue de l'art,
— Cela est vrai. C'est là votre unique excuse. Mais ces reliquaires sont-ils bien authentiques ?
— Je puis vous l'afTirmer, répondit dom ]^issier ; et il lut à son ami la lettre du Père Athénagore, qui les avait achetés. Il y était dit que ces précieux objets avaient été trouvés par un ouvrier qui faisait une réparation dans la partie de l'abbaye de Charroux possédée par la famille Grandmaison, et qiii les avait vendus à un agent que le marchand de Paris envoyait en province pour de tels achats. Tout coïncidait donc, le marchand de Paris ignorant complètement qu'il se trouvât au monde une
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abbaye de Gharroux, et surtout qu'une famille Grandmaison en possédât les principaux bâtiments (1).
(i>}}08 lecteurs se rappellent parfaitement tout le brutt que fit, il y a à peine trois ans, la découverte des fameux reliquaires de Charroux, qui sont réellement encore exposés à la vénération des fidèles. Tout en nous emparant de ce fait, comme c'était notre droit de romancier, nous avons gardé une délicate réserve; cette réserve sera-t-elle comprise? Nous ne Tespérons pas.
LE GRA>D JOCIl
Pendant tout le dimanche on ne parla dans Charroux et dans les localités environnantes que de la recherche si curieuse qui devait être faite le lendenïain. Le bruit arriva par différents voyageurs à Civray, sous-préfecture qui n'est qu'à six kilomètres de Charroux. Le lendemain, dès la pointe du jour, toutes les voitures de Civray étaient en mouvement ; les routes qui aboutissent à Charroux étaient couvertes de monde, comme pour un jour de fête»
L'autorité elle-même s'émut de cette agglomération insolite de peuple que la curiosité, cette fois plus encore que la piété, faisait se précipiter vers l'antique abbaye. L'entraînement prit quelque chose d'épidémique. Il semblait qu'une voix, sortant de l'autre monde, avait dit à toutes ces populations : « Volez vers Charroux î »
Bien en prit au sous-préfet de Civray d'expédier
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la brigade de gendarmerie. A peine le jour parut que la foule, se précipitant comme une force aveugle, poussée par son instinct de curiosité et de fanatisme, fut sur le point de faire fléchir les portes de la maison des Pères et d'envahir la cour du cloître, où devait avoir lieu, vers les huit heures, la recherche des reliquaires.
Le procureur impérial prit ses précautions.
IL le maire se ceignit de Técharpe tricolore. Les pacifiques gendaimes tirèrent, le sabre. Quelques notables habitants se glissèrent parmi le peuple et donnèrent des conseils de prudence. La foule surex* citée se contint , et il n'y eut à déplorer aucun excès*
Ce fut toutefois un imposant spectacle. La ville de Charroux étant formée de deux amphithéâtres au centre desquels est la cour du cloître de l'abbaye, la population tout entière et les étrangers, attirés par les bruits de la veille, couvraient de leurs masses toutes les esplanades, tous les terrains, jusqu'aux toits même d'où Ton pouvait suivre le travail des ouvriers qui allaient sonder les pierres du mur du cloître*
Quand hait tiares sonnèrent à Thorioge de la paroisse, dom Claude, maître chez lui et pouvant y faire toutes les processions qui lui convenaient, sortit du chœur magnifiquement restauré de Téglise, avec tous ses religieux , la croix en tète, chantant un Vent Creaior, pour demander le secours d'en haut sur cette précieuse recherche.
Un riche brancard, décoré de fleurs et de (ranges d'or, était porté par deux moines. Un coussin de
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velours rouge sur lequel était un corporal, comme s'il se fût agi d'une exposition du Saint-Sacrement, était sur le brancard. Des céroféraires, aux cierges allumés, se tenaient sur les côtés ; l'encens brûlait dans les ehcerisoirs, et les voix lentes mais sonores des Pères, presque tous de jeunes hommes, retentissant d'échos en échos sur les deux côtés de la ville, semblaient monter au ciel comme les chœurs des tribus d'Israël, formés de cent mille voix, quand elles entouraient l'Arche d'alliance.
Quatre ouvriers habiles, le marteau h la main, sondaient toutes les pierres. L'opération était encore assez longue, en raison de l'étendue de cet ancien cloître. Mais il était naturel de supposer que le précieux dépôt n'avait pas été fait à une hauteur au-dessus de la taille humaine. On se laissa guider par cet indice.
On avait suivi toutes les arcades, en partant du midi, le long; du grand corps de logis qui sert d'habitation aux moines, et nulle part le marteau ne rendait ce son caverneux qui indique un vide dans une muraille. Toujours l'oreille entendait un son sai et bref. On était arrivé à la dernière arcade qui, ce ce côté, touchait à la partie circulaire du cloître. Toujours mêmes sons, ne trahissant aucun vide. Déjà, parmi les innombrables sTpectateurs, conmiençait à se murmurer cette parole : — C'est une mystification, on ne trouvera rien, — lorsque le maçon chef, ayant frappé deux coups sur une pierre, entendit résonner la muraille.
— C'est là ! s'écria-t-il.
Un hourra immense s'éleva alors, comme ces
LE GEAND JOUR 226
applaudissements du Cotisée quand tombait un martyr ou un gladiateur.
Les moines se prosternent» le Révérendissime prend Tencensoir, et quand la pierre est enlevée il encense ce lieu sacré, où avait séjourné la Sainte* Vertu.
Les ouvriers se reculent ; le Révérendissime saisit les deux reliquaires, Tun à forme carrée, représentant un livre fermé et porté sur un pied ; T autre représentant un petit édiiice gothique, à tourelles décorées de frontons ouvragés, porté sur un pied et soutenu par de gracieuses petites statuettes.
Le Révérendissime, avant de placer les reli« quaires sur le brancard, bénit avec eux la popula* tion religieusement inclinée, et le riche trésor fut porté procassionnellement à Téglise.
Un second Te Deum d'actions de grâces fut chanté par les moines.
Le Saint-Vœu de Charroux était trouvé.
On devine Timpalience générale de tous, de dom Claude, de Roissier lui-même, de connaître ce que contenaient les reliquaires.
Us furent apportés en grande pompe dans la salle capitulaire, où l'ouverture serait faite devant des témoins respectables. Procès- verbal devait être rédigé ; et notre Révérendissime était tout heureux d'avoir à grossir ses nouvelles archives de ce précieux document, au moyen duquel son nom serait impérissable dans les annales de la famille bénédictine.
Les deux reliquaires, dont le style assurait net-
226 LE HOINE
tement la fin du treizième siècle ou le commencement du quatorzième, furent ouverts.
Sur le pied de l'un d'eux était un petit écusson sans support ni couronne, ayant, sur le champ, uile clef, une croix grecque et une étoile.
Voici l'inventaire des sujets qui s'y trouvèrent renfermés :
Un petit reliquaire d'origine byzantine, sur lequel étaient peintes les images de saint Demetis et de saint Pentéiéméon, avec deux légendes grecques.
Plus, sous verre, une croix, probablement le fragment de la vraie croix donné par Chariemagne à l'abbaye de Charroux, et des ossements empâtés dans une espèce de massif.
Item un fragment d'étoffe. On suppose que c'était un morceau du saint suaire.
Item un petit reliquaire portatif, de style byzantin, sur la tranche duquel était gravée, en caractères du onzième ou du douzième siècle, cette inscription d'une valeur capitale :
HIC CARO : ET SANGVIS XPI CONtlNETVR
c< Ici est contenue la chair et le sang du Christ. »
Evidemment cette inscription se rapportait à la fameuse relique de la Sainte-Vertu;
Item un flacon en cristal de roche, mal arrondi, mutilé et ne contenant rien.
Item un flacon en cristal de roche; de sept cen-
LE GBATID JOUR 227
timètres de hauteur, dont les extrémités étaient montées en oi^gent, contenant, au fond, un petit corps noirâtre fort visible et un morceau de cordonnet en fil d'argent»
Le petit corps noirâtre était-il la Sainte-Vertu? Avait-il été transporté là du petit reliquaire byzantin où était r inscription ?
Ce qui se déduit rigoureusement de Tostension que faisaient les moines de Charroux tous les sept ans , c'est que , la Sainte-Vertu ayant toujours été possédée par eux jusqu'au sac de Tabbaye par lès huguenots, époque où elle fut cachée, elle dut se retrouver dans Fun des deux vases de cristal que contenaient Les reliquaires.
Il n^y avait donc à douter, pour personne, que le petit corps noirâtre du flacon aux extrémités montées en argent ne fût la Sainte-Vertu.
Ajoutons que, par un hasard singulier, le sceau en cuivre, gravé en creux, d'un ancien comte de Charroux, nommé Azon*, se trouvait avec toutes les reliques. La légende de ce sceau, peut-être unique dans l'histoire des monuments de la sphragistique, à cause de son dernier mot,.était celle-ci :
AZO COMES IVSI (i).
Un compte rendu minutieux remplissait le procès-verbal destiné aux archives (2). Ce procès-
(1) Azo cornes iuài (poar jussi) : Moi comte Azon, j'ai ordonné.
(2) Pour une description plus détaillée, voir le travail de M. Brouillet : Description des reliquaires trouvés à Charroux, avec planches gravées. Poitiers, Henri Oudin, 1861.
verbal reçut les signatures du Révérendissime, des religieux, des témoins pris parmi les notables de la ville. Des copies en furent prises, destinées à S, G. Mgr de Poitiers et au cardinal Y***, résidant à Rome et le protecteur de dom Claude.
L'événement se répandijt dans le monde entier par les récits des journaux. Et dès ce moment Taffluence commença, comme aux plus heureux jours de Tancienne abbaye, pour vénérer la précieuse relique de la Sainte-Vertu. On pense bien que dom , Claude eut T habileté de rappeler au public dévot, sMl avait pu Toublier, refficacité particulière dont était cette relique pour les femmes arrivant au terme d'une position intéressante. 11 fallait bien que la découverte inespérée profitât à la caisse du monastère.
EXTHBMA GAUDH LVCTVS
Uénfiotion produite dans le inonde pieux par la nouvelle de la découverte de la relique de Charroux avait été immense. Pendant quevous, hommes du monde, hommes de la littérature et de la science, publicistes, économistes, vous étiez aux grandes questions sociales qui sont Télaboration incessante de ce chimiste infatigable appelé le genre humain, on était ailleurs à d* autres aspira^ tions, on combinait d*autres triomphes.
C'est vous qui êtes les ennemis de Dieu I C'est vous qu'il faut vaincre. Vous êtes venus, depuis trois siècles, avec ce fatal instrument qui s'appelle une presse, décapiter les vieilles idées, semer le scepticisme sur les croyances, dévoiler les abus, souffleter, à la face du monde, les honteuses su^ perstitions. C'est vous contre qui maintenant se* ront coalisées toutes les forces du monde religieux,
11 avait à vous demander le saint baiser, il ne
Ta pas voulu. Il avait à accepter le duel honorable de la lutte sur le terrain des discussions paisibles! Victoire dernière à qui aura raison !
Ce sage compromis, cette trêve de la prudence devant les conséquences terribles d'une lutte implacable, le monde religieux n'en a pas voulu.
Quelques natures droites, quelques cœurs bons et représentant, dans l'Église catholique, les dernières effluves de l'esprit chrétien, étouffées sou& l'esprit monacal qui a glacé le catholicisme, acceptaient la bonne trêve, se résignaient aux espérances d'un lointain avenir. Les violents sont venus, les batailleurs, les fous.
Haro sur les impies ! Vive le bûcher !
Ce cri de guerre sort comme un grondement du tonnerre, surtout depuis vingt années, des flancs de ce volcan en incandescence qui s'appelle le Gesà» Il s'écrit en lettres de feu, comme une provocation dernière au dix-neuvième siècle, dans cet organe de la théocratie monacale appelé la Civiltà catlo-^ lica ; et dans notre Paris, la noble et douce patrie des idées d'avenir et de liberté, une feuille non moins ambitieuse des derniers écrasements de l'âme humaine, s' appelant tour à tour Univers et. Uonde^ pour qu'on sache bien que rien ne devra échapper au déluge montant de son catholicisme barbare, répète chaque matin les paroles fou-r gueuses des moines, sert d'écho à leurs détonations menaçantes, et trace le sillon, h travers notre civilisation contemporaine, où leur lave brûlante déposera la mort* . 11 y eut surtout à Rome une grande joie de. « la
EXTREMA GAUDH LUCTUS 2âl
merveilleuse découverte » de Charroux. Rome» il faut le dire, quelque douloureuse que soit cette parole quand elle doit tomber des lèvres d'un prêtre, Rome, la Rome des papes-césars, des papes déguisés en satrapes de TOccident, cette Rome se sent perdue. Les instincts égoïstes et terribles qui avertissent les vieillards, la veille de leur agonie, ont dit à la Rome papale, qui refuse d'être la Rome de r Évangile faisant sa sainte alliance avec le progrès et la liberté, que Theure suprênoe a sonné pour ce régime de compression de toute pensée qai fait la substance même de sa domination sur Thumanité.
Rome a donc des rires d'une joie insensée quand elle apprend que l'un des filets brisés où la superstition enlaçait les peuples vient d'être raccom-» mode par les mains habiles de quelques moines.
Oh 1 si maintenant, quand elle peut compter sur la grande horloge du siècle les quelques heures où il lui est donné encore de flétrir toute pensée un peu libre, même dans ceux qui sont les siens, elle pouvait apprendre que cette France, l'une des premières dans son culte sincère de l'indépendance de l'âme humaine, vient d'être tout pnlacée dans l'immense suaire que lui préparent ses oppresseurs, elle aurait une agonie mêlée de volupté ; elle croirait mourir avec gloire !
Il arriva à Charroux, par la nonciature de Paris^ un énorme pli aux armes pontificales expédié de Rome, qui contenait une lettre du cardinal Y*** et un bref de Sa Sainteté* • La lettre exprimait au Révérendissime la jcne de
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rÉminence que ce cher Poitou, dont il connaissait les sentiments si religieux et si favorables aux instituts monastiques, eût reçu la faveur inespérée de recouvrer la précieuse relique de la chair et du sang du Sauveur, si longtemps vénérée dans son illustre abbaye.
Mais le bref était d'une bien autre importance. Il renouvelait tous les privilèges donnés à Tabbaye de Charroux ; et de plus, pour prouver au trèsrévérend dom Claude sa satisfaction personnelle, il le déclarait, lui et les abbés de Charroux ses successeurs, à perpétuité, exempts de la juridiction de Tordinaire , relevant directement du Saint-- Siège.
C'était splendide.
Trois années s'étaient écoulées à peine depuis que ce pauvre diable de vicaire de Charroux, cet oublié qui confessait quelques paysannes dans la petite église paroissiale de Charroux et qui faisait les baptêmes et les enterrements des pauvres, avait obtenu du bon évêque de Poitiers l'autorisation de s'installer sur les ruines de l'abbaye pour y vivre selon l'ancienne règle de saint Benoît, que déjàlabbaye dressait la tête et obtenait de Rome une exemption complète de toute juridiction épiscopale.
Car enfin nous devons à nos lecteurs toute la vérité. La cour de Rome ne donne guère, comme toutes les autres cours, que les faveurs pour lesquelles on a auprès d'elle de puissants solliciteurs.
Dom Claude n'avait jamais écrit au cardinal V*** sans se servir d'un secrétaire qui sût manier
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mieux que lui la langue française, II 8*élait adressé cette fois à dom Bois^cr, qui avançait de plus en plus dans ses bonnes grâces ! Et celui-ci, dont nous connaissons les plans pour I*avenir, avait finement insinué au vieillard qu*il fallait nettement demander à TÉminence la grande faveur de Texemption»
Dom Claude, toujours pour copier le passé, avait chaudement goûté Tidée de son ambitieux sousprieur. La lettre, écrite dans ce sens, avait eu un succès complet.
L'abbaye restaurée était à Tapogée de ses faveurs spirituelles.
Mais il y a dans les lois de la Providence un principe d'harmonie des choses humaines qui ne permet ni les' grandeurs extrêmes, ni les extrêmes abaissements. Plus le colosse est grand, plus s'étend au loin son ombre. La Providence est inflexible. Elle atteint les prospérités les plus éclatantes. Elle jette Alexandre aux pieds de sa couche voluptueuse, après les orgies d'un festin, pour qu'il ne puisse plus se relever. Elle montre à Charlemagne les barques rapides des Normands qui viendront dévaster son immense empire; César, maître du monde, trouve Brutus ; Napoléon, Waterloo.
Il y avait une ombre aux prospérités, jusque-là si éclatantes, du révérendissime abbé de Charroux.
Les sous jetés dans le bassin, produit des seaux d*eau miraculeuse tirée le jour de la grande fête de Charroux, la vente des débris des cierges allumes devant la Sainte- Vertu, les honoraires apportés pour Içs messes, quelques pièces d'or que lui avaient
S&k LK MOINS
glissées, à de rares intervaltes, cinq à six graivles dames de Charroux» accoutumées par leurs tnaris à la vie la plus économe, n'avaient pas suffi pour mener loin les immenses travaux de la restauration.
On en était alors à la grande nef. La réparation du merveilleux chœur avait coûté horriblement* Tout cela était dû, littéralement dû. Avec la signa*ture de son riche entrepreneur ^ les lettres de recommandation de son architecte, les banquiers avaient d'abord volontiers prêté ; mais leurs prêts, renouvelés sur billets, ne semblaient pas devoir s'étendre davantage.
Us venaient de faire des difficultés pour le dernier renouvellement; et il avait fallu toute la ruse du Rouergat Soissier, que dom Claude avait envoyé en négociateur, pour obtenir six autres mois, passé lesquels ces cerbères de la fmance entendaient toucher des espèces.
Momentanément rassuré, le vieillard voyait le gouffi-e s'ouvrir devant lui. Eût-il fait interrompre les travaux entrepris à la grande nef, le déficit n'était pas moins là, béant, avec de la honte encore, si on en faisait maladroitement l'aveu. On était dans l'engrenage : il fallait suivre, au risque plus tard d'être broyé par lui.
Le fameux SpicUége^ sérieusement travaillé par Guillart, chargé de commentaires, de notes curieuses, œuvre réelle de bonne érudition, avait valu une grande réputation à l'auteur et attiré l'attention du monde savant sur l'abbaye de Charroux ; mais l'on était rentré à peine dans les (rais de Timpression, tant il avait fallu envoyer d'exemplaires
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en cadeaux aux Ëminences, aux Grandeurs et aux Révérences des cinq parties du monde.
Cette production intellectuelle de Charroux n'était donc pas une ressource financière.
Le vieillard eut beau s'adresser à tous les saints, il ne put rien trouver dans son imagination. Une collecte dans le clergé du pays et chez les bonnes âmes aurait produit au maximum une dizaine de mille francs, achetés par mille rebuts, par mille ennuis.
Dom Claude en était là.
Boissier, depuis Téminent service de sa négociation auprès des banquiers, était devenu, pour les affaires sérieuses, son homme de confiance.
Il lui ouvrit son âme.
— Mon enfant, dans quel abîme nous sommée tombés !
— J'y penserai. Révérence. Dormez cette nuit. Il y pensa en effet.
l'apparition 10Ri€Ul.£US£
Décidément Charroux était redevenu, comme au meilleur temps des moines, la terre des miracles.
Il n'était bruit, dans le petit monde religieux dirigé par dom Gargilesse, dans la chapelle des sœurs de la Sainte- Vertu, que d'une apparition de la Vierge, dont venait d'être honoré ce Père tout confit en ascétisme et en dévotion,
Dom Gargilesse, se croyant bien indigne d'être l'objet des manifestations surnaturelles de Dieu, avait conté la chose à la très-pieuse Révérende Mère Hermance, Octavîe Grenier, avec une telle humilité, une telle conviction de son indignité de si hautes faveurs, que celle-ci ne put douter un instant que sa maison ne venait, comme la sainte montagne de la Salette et la grotte miraculeuse de Lourdes, d'être choisie pour le lieu béni où la très-sainte Vierge avait daigné poser ses pieds sacrés.
l'apparition miraculeuse 237
Voici quel avait été le premier récit de dom Gargilesse.
Disons tout de suite que, si cet honnête garçon était un peu stupide, s'il était d'une étroitesse d^idées en religion et d'une crédulité à nulle autre pareilles, il était incapable d'une fourberie, et, comme il prenait très au sérietix toutes les visions, toutes les apparitions de la Vierge et autres faits surnaturels si fréquemment reproduits de nos jours, il n'était pas homme à simuler une fausse révélation à lui faite par la très-sainte Vierge.
Dom Gargilesse était gros, gras et rosé ; c'était un de ces tempéraments amollis, qui s'épuisent en quelques heures, surtout dans les exercices de la vie sédentaire.
On était au mois de juin ; la chaleur était extrême : c'est le temps qui convient le mieux aux apparitions. On ne comprendrait pas les natures célestes se risquant, sur notre triste globe, par une température de dix degrés au-dessous de zéro. Mais quand l'air est chaud, qu il s'élève de toutes les plantes des vapeurs parfumées qui amollissent les sens et disposent à l'extase ; quand partent de tous les points de l'horizon ces mille et mille cris des insectes bruissant sous l'herbe, ou ces doux chants d'oiseaux fêtant leur couvée sous les branches des arbres que caressent les zéphyrs, les apparitions se conçoivent, et il doit y en avoir cl'ctranges.
Celle dont fut honoré dom Gargilesse eut lieu de la sorte. Le saint homme, épuisé de fatigue, inondé de sueur^ après un sermon fait à la cha-
pelle des sœurs/ s'était assis, un moment, àù fond du jardin, sous un arbre à l'ombre épaisse, .sur un banc rustique où venait quelquefois deviser Mère Hermance, avec les sœurs qui lui plaisaient le plus. Ce banc s'appelait le banc de Mère Hermance. Nul mal à cela, assurément.
Tout à coup une espèce de demi-sommeil le prend : il n'est pas. réveillé ©itièrement, mais il est assez assoupi pour être dans l'impossibilité de se lever, d'ouvrir la bouche, de dire un mot ; les objets autour de lui forment un tableau étrange, niais il a les yeux ouverts, il voit très-distinctement et il a conscience d'avoir bien vu- Une jeune femme vêtue de blanc, la tête voilée, une couronne de fleurs blanches sur la tête, s'était trouvée à côté de lui, sans qu'il eût vu ses pas, sans qu'il l'eût entendue venir. Elle avait essuyé doucement, de sa belle main, la sueur du front du moine, et elle avait dit très-distinctement : < Mon pauvre enfant, comme tu prrads de la peine pour ce cher petit troupeau! » et ses pieds glissant sur les sommités des herbes des carrés, elle s'était évanouie aux regards du moine ébahi.
L'impression de cette apparition si consolante,^ le bien-être que cet homme avait ressenti du contact magnétique de cette main, l'avaient réveillé définitivement. Il s'était levé. Mais, ô surprise ! aux pieds de dom Gargilessè était un écrit, sur papier fin jet parfumé, tombé évidemilnent et intentionnellement des mains de cette femme surnaturelle. Il avait Ramassé ce papier comme on recueille
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tous ceux de ce genre qui descendent du cîel, et îl y avait lu ce qui suit :
. « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon fils. Il est si lourd et si pesant, que je ne puis plus le retenir, depuis le temps que je souffre pour vous autres. Si je veux que mon fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse pour vous autres qui n*çn faites aucun cas.
« J*ai donné six jours pour travailler. Je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me raccorder I Cest ça qui appesantit le bras de mon fils.
« Il va venir une grande famine. Avant»que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement, mourront entre les bras des personnes qui les tiendront. Les raisins pourriront et les noix deviendront mau* vaises.
« S'ils se convertissent, les pierres, les rochers se changeront en blé, et les pommes de terre se trouveront ensemencées par la terre.
« Il faut aimer les bons Pères qui, par leurs prières, attirent les bénédictions de Dieu sur ce pays. »
Dans son trouble, il avait couru au petit parloir intérieur où se tenait souvent la Mère supérieure. Celle-ci fît tous ses efforts pour trouver de la ressemblance entre cette écriture et celle de toutes les religieuses dé la Sainte- Vertu et des enfants élevées dans la maison. Il fut prouvé qu'il n'y avait fiul rapport entre ces écritures. Le papier, ne re-
nant de personne de la communauté , ne pouvait être attribué qu'à la sainte Vierge, Nul doute ne devait plus s'élever à cet égard.
L'humble directeur de ces saintes filles supplia k Révérende Mère de ne parler à personne de la révélation dont il venait d'être l'objet.
— Mon Père, vous êtes d'une modestie excessive. Les secrets de la très-sainte Vierge doivent être publiés par le monde entier.
En tenant le même langage à un saint religieux qu'aux jeunes enfants de la Salelte, et en le répétant textuellement, elle a voulu renouveler les avertissements de son amour de mère et apprendre à tout le pays que les prières de nos bons Pères de l'abbaye arrêtent la colère de Dieu, irrité des péchés du peuple. Cher Père, il fisiut que cela soit divulgué, pour l'honneur du couvent et pour la grande gloire de la très-sainte Vierge.
— Je me soumets, ma Mère, à votre décision.
Vous avez sagesse et grâce d'ét%); pour juger. Je ne suis qu'un pauvre religieux indigne d'une telle faveur.
— La Vierge immaculée se révèle aux humbles et aux petits.
— Entendez-vous alors avec le Sévérendissime. -^ Sans aucun doute, mon bon Père.
Mère Uermance avait fait prévenir dom Claude^ qui était arrivé en hâte.
— Bénissons Dieu, Révérence! bénissons Dieu ! Nous sommes sur la terre privilégiée des miracles l
Et elle raconta, avec toute l'exaltation d'une re-
L*APPAEITI0N MIEiCULEUSE 241
ligieuôe, révénement miraculeux survenu dansew jardin. Elle ajouta :
— Je vais faire bâtir une chapelle sur le lieu même où la sainte Yierge a mis les pieds. C'est une terre sacrée qui ne peut plus servir à une culture profane.
— Ma Révérende Mère, oui, Dieu est bien bon ! Qui sait les merveilles de conversion que ce grand événement va produire dans le pays?
— Les impies vont être confondus. Eux qui s'étaient raillés des enfants de la Salette, ils ne viendront plus taxer de fourberie un humble et vénérable Bénédictin. Voilà bien une confirmation donnée, par le ciel même, k Téclatante apparition de la Salette I
— Sans aucun doute, ma Mère; les voilà terrassés, ces malheureux incrédules.
D'ailleurs, dans Thistoire des ordres religieux, les apparitions de la très-sainte Vierge sont fréquentes, surtouf dans la famille bénédictine. Un jour qu'à Cîteaux les frères moissonnaient dans une vallée, la bienheureuse Vierge mère de Dieu, et sainte Anne, et sainte Marie-Madeleine, descendant de la montagne, vinrent dans la vallée, répandant une grande clarté, essuyèrent la sucur^ des moines et rafraîchirent leurs visages, en se servant des manches de leurs robes comme d'éventails (!)•
(i) Virgo Marin ad vititandvtm mmos menores veniU (Annal. CÎHtere.^Lïïn. 1:55.)
« Quodtm ^empf»re meim», cum conventus in valle meieret, Beatû Dei Genitris Virgo, eitancla Anna, et sancta Mann Magdalena de monte venicnie$, in vaUem dcêcenderunt cum magna cla-
2A2 LC MOiPiJS
— C'est bien cela, reprit la Mère Hermance ; liet bonne Vierge est venue aujourd'hui essuyer la sueur de notre saint aumônier moissonnant dans le channp des âmesl
— Quant aux lettres envoyées du ciel, elles sont fréquentes. Nos annales en contiennent une célèbre que je sais de mémoire, tant elle ressemble à celle de la Salctte. EUefut trouvée. Tan 1201, à Jériisa.-^ lem, sur l'autel de saint Siméon au Golgotha. Tout le peuple qui la vit, et à la dévotion duquel elle fut exposée, pendant trois jours et trois nuits, prosterné par terre, criait miséricorde et demandait pardon. Au bout de ce temps, le patriarche se leva de son trône, assisté d'un évéque; ils étendirent un lapis, prirent la sainte lettre de Dieu, l'ouviirent et en firent la lecture. Yoici ce qu'elle contenait :
« Moi, le Seigneur, je défends que personne ne travaille depuis la neuvième heure du samedi jusqu'au soleil levé du lundi; et si vous n'obéissez pas à ce commandement, en vérité je vous le dis, et j^ vous jure par mon trône et par les Chérubins qui Tenvlronnent, que je ne vous enverrai plus de lettres du ciel pour vous manifester mes volontés ; mais j'ouvrirai les cataractes des cieux, et, au lieu d'eau, je ferai pleuvoir sur vous des pierres, du bois, de l'eau bouillante pendant la nuit, et personne ne pourra m' empêcher de détruire ces^ hommes pervers. Je vous enverrai des monstres qui auront dés têtes de lions, des cheveux de
ritate, monachorum sudarts terserunt, flaheUis fnamcarvm suarum verUvm admavermU (Annal. Cislerc.ymn, 1199, cap. v, n* 2.)
L'APPARITIOIf MIBAGULEUSE 2&3
femmes, des queues de chameaux; ils seront si afiamés qu'ils dévoreront vos chairs. Alors vous chercherez à vous cacher dans les sépulcres pour vous soustraire à la fureur de ces monstres, mais ce sera en vain. Je vous ôterai la lumière du soleil; et je vous fn^perai de ténèbres si épaisses, en plein midi, que vous vous tuerez les uns les autres sans vous connaître. Je détournerai mon visage de dessus vous ; je ne vous ferai point de miséricorde ; je brûlerai et réduirai en cendres tous ceux qui ne gardent point mon saint jour de dimanche (1). >
— Voilà, certes, une lettre bien semblable k la nôtre, dit Mère Hermance.
Le vieux Gkude, qui se trouvait tout heureux d'avoir une belle occasion d'étaler son érudition monacale, continua : *
(1) Mandatum sanclvm dominicœ dtei, quod de cœlo venit in Jernsûlem, et fnventttm est mper altare smcti Simeonis in GoU gotha, et mandavit Dominât hûnc epUtoUan.
Seqmtnr Epislola, Ego Dom}nus.„^Voh ul nemo ab hora nona sabbati usque ad diem surocnlem diei lunœ aliqvid opère* /trr. Si httie mandato ntm obedieritt$, amen dieo vobis et juro vobis per teéjm meam et Ckerubim qn euMtodiimt sanetum sedem meam^ quod non mandabo vobh aliqnid per aliam epUtolam; $ed aperiam coelos^ et ]rro pluvia pluviam supra vos lapides etUgna, aqunm caUidam per noctes^ vt nemo prœcavere possit destrvam malos Jiominei. MïMm 9obis betUas knbentes cafiiia teowm, capillos mtdierum^ caudas camclorum;ei Ua eruui famelici quod cames vestras devorabunt^ et deMerabiiis fugere ad sepulcra mortuomm et abscondere vos prœ melu bestiarum : et tottam lumen soHs oè ocuiis 9e»tris et mittûm snper vos tenebrns, ni ocddatis vos non videutes; et auferam a vobis faciem meam, et non faciam vobi^cum miitricordiam ; succendam enim corpora veslra et corda et omniim iltorum qui nun custodiunl sanctum diemmenm. (Annal* Cisttre.^ aiui. i201.)
2&A LE HOINE
. '. — Il n'était pas rare que la Vierge vînt visiter nos abbayes. On l'a vue souvent mêler sa voix avec celte des religieux bénédictins, occupés à chanter, ses louanges et celles de son Fils. Un jour, tandis que les frères chantaient à Citeaux, une couronne d'or d'une beauté éclatante descendit sur le chœur; on lisait sur une des perles de la couronne : pia^ o dulcis Maria! Et, toift autour de la couronne, les noms des frères étaient inscrits, mais avec quelque inégalité. Lorsque le chœur eut fini le Te Deum^ Marie retira la couronne au ciel, disant d'une voix claii'e et distincte : « Comme je suis aujourd'hui dans ma gloire, ainsi tous ces religieux seront avec moi dans l'éternité (1). »
Fouillez toutes les annales du clergé séculier, et voyez si jamais, en aucun temps, Marie est descendue chanter avec eux ou les féliciter !
— Oh ! vous avez bien raison, mon Très-Révérend Père I Ne me parlez pas de ces braves gens ; cela n'a pas l'esprit de Dieu.
L'apparition de la sainte Vierge à dom Gargile.^, dans l'enclos de la Sainte;Vertu, fut bientôt répandiue par toute la contrée. Le monde religieux vit là une confirmation éclatante, aussi miraculeuse que la première, de l'apparition de la Vierge aux enfants de la sainte montagne.
Mère Hermance commença, dès le lendemain, une quête chez toutes les dames de la ville, qui voulurent entendre de sa bouche le récit de ce sin-
(i) Mana retraxil earanam in calum^ clara voce dkens : Sicut hodié ego tim m gloria mea, ita uti omnes mecum enmt iu œtermm, (Annal. Ciiterc.f ana. 1209, cap. 3, d"* 6.)
L APPARITION MIRAGDLEDSB
gulier événement. Sous la chaleur de ce récit, dont chacune d'elles croyait avoir la primeur, elles furent généreuses, à la barbe de leurs maris ; et la petite chapelle commémorative de Tapparition de la Vierge à dom Gargilesse, que Ton n^ appela plus que le miraculé^ fut bâtie en quelques mois et so^ lennellement dédiée.
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