LA COURSE AU CARDINALAT
moines. Unissez-vous comme eux, et, plus qtf eux, vous serez forts!
« Maïs l'abbé Cabrîer, dev^u une illustration oratoire sous le nom de Père Athénagore, n'est pas mon unique gloire. Je n'ai pas été moins heureux pour l'ami Guillart que pour vous. J'ai si bien poussé mon vieux dom Claude ; il a si chaudement manœuvré auprès de son puissant protecteur à Rome, le cardinal V***, et j'en sais quelque chose, puisque moi-même j'écrivais les lettres, que le pape, dans le dernier consistoire, a nommé cardinal notre heureux dom Guillart, le savant Bénédictin, auteur renommé du Spicilegium Kan^ofense. Une lettre de Rome, arrivée d'hier, nous donne cette merveilleuse nouvelle. Tout Charroux est dans la joie : nos moines perdent la tête ; \ye\i s'en faut qu'ils n'abordent maintenant notre cher Guillart qu^en se prosternant à deux genoux. On vient de lui notifier officiellement sa nomination, et on le presse avec instances de venir recevoir le chapeau cardinalice des mains de Sa Sainteté. 11 va donc partir incessamment pour Rome, où il se fixera, afin de mieux nous servir.
« Quelle étonnante suite de prospérités ! Comme tous ces succès que je voyais en espérance se succéder, mais dans le long espace de quinze ou de vingt ans, se sont presque entassés devant moi ! Les moines mènent les affaires à grande vitesse. La fièvre qui les dévore, l'exubérance d'activité qui est en eux ne leur laisse pas un moment de trêve. Ce sont des triomphateurs en marche. Une voix intérieure leur crie à tout moment : Allons ! Et
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plus ils rêvent des succès extravagants, plus tôt ils les réalisent, parce qu'ils mettent la puissance de leurs moyens en rapport avec la grandeur du but qu'ils veulent atteindre I Ils savent que la foi transporte les montagnes, et, sans connaître d'obstacles, ils se mettent à remuer les montagnes
« Mais il y a un point où ils viennent se briser, c'est la civilisation de liberté et de progrès dont il,s ont la maladresse de se faire les antagonistes. Us ne peuvent, de ce bloc puissant, aussi indestructible que le granit, détacher une simple parcelle. La dent du moine vient se briser là.
€ Il y a quelques fous, dans le clergé séculier, qui se sont mis k la remorque des moines pour cette œuvre de lutte contre leur temps, contre nos forces prodigieuses d'avenir social.
« Ohl que le prêtre dans le monde, le jour où il comprendra la beauté et la grandeur de sa mission, se fera une tâche glorieuse! J'espère bien voir cet heureux jour. J'espère que la Providence sera aussi bonne pour moi qu'elle l'a été pour mes deux amis et qu'après quelques années, yictorieux moi-même, dans cette gageure en apparence insensée, ayant eu ce triomphe* que j'avais rêvé pour nous trois, je pourrai me donner un doux repos, au milieu de ce monde nouveau que j'aime et dont je salue les grandeurs futures.
« Alors, mon illustre orateur, redevenus, vous et moi, des hommes de notre temps, reprenant, au lieu du froc, Thabit des hommes sérieux, l'existence de ceux qui pensent et travaillent, nous assisterons à la. décadence rapide de ces institutions