DOM BOISSIER AU R. P. ATHJÈNAGORE
ce vilain cachot. Après votre départ, j'ai eu la curiosité d'aller, avec une petite tranche, remuer le mortier et les pierres. Un morceau de sa robe s'est montré à moi. J'ai recouvert cela, et je viens vous le dire.
« Frère Biaise ne m'avait pas trompé. Nous nous sommes précipités tous vers la petite cour. Dom Claude était sous les pierres, affaissé sur luimême, comme le corps d'un homme qui escalade un mur et qui est enseveli sous ses ruines.
« Nous n'y comprenons rien. Est-il venu là luimême, poussé par le remords, pour demander pardon à ce cadavre qu'il a souillé d'une manière si barbare ? Je n'ose l'affirmer. Toujours est-il qu'il n'ya, sur lui, aucune trace de coups violents, autres que ceux du mur écroulé sur lui.
« Mon ami, tout cela est pour nous un mystère. Punition de la Providence, ou hasard, ou toute autre cause qui sera éternellement inconnue, nous ne nous arrêtons à aucune pensée.
« A notre tour , il nous a fallu mentir à cette bonne population de Charroux. Nous avons dit que notre vieux Père était mort, la nuit, d'une attaque d'apoplexie foudroyante ; mais ce n'est pas cette fois un faux révérend Père que nous avons enterré, mais bien le fou de supérieur en chair et en os. Il repose en paix dans le cimetière, et Dieu ait son âme !
« Vous voilà un récit décousu, mais aussi exact que possible des événements. Ce pauvre homme n'était pas immortel, mais j'aurais voulu recueillir dé toute autre manière sa succession.
€ Autre grande nouvelle.
t Le Souverain Pontife mande à Rome pour le mois prochain tous les évoques et les prélats de la chrétienté. Il y aura des fêles magnifiques pour une canonisation. Comme prélat exempt, abbé d^une illustre maison bénédictine qui a. T honneur de posséder Tinsigne relique de la Sainte-Vertu, je suis du nombre des invités.
c Me voilà donc grand personnage cette fois.
« Vous, cher ami, vous êtes Pune des gloires de la chaire française.
c Quel chemin nous avons fait I
« Adieu. Je vous dis du haut de Ma Paternité : Pax ! Mon cœur vous dit toujours : Je vous aime*
< + Fr. BoissiER»
« Abbé de Charroux, O. S. B. »
LA GRANDE CAI^OÎflSATION DES MARTYRS DU JAPON
Nous aurons un jour à raconter, dans celle çle
nos œuvres que nous croyxms capitale, le pacte
terrible qui se fit à Bonae, dans la famille ultra-
montaine, au mois de juin 1862. Une solennité, à
propos de canonisation, servit de prétexte au grand
concile liiéocratique du dix-axeuvième siècle. Un
monde nouveau devait sortir et sortit, ai eiTet, de
-ces assises oii d'honnêtes prélats croyaient servir
la cause de l'Église et ne servaient que les intérêts
d'une camarilla fanatique. Il y avait là un pape,
homme de bien, dont on exploitait les {détentions
à l'infaillibililé religieuse et politique, des moines
-en masse qui se grandissaient de leur importance
4'agaits Aiutorisés de Borne, des évêques que Ton
tenait par Tei^érance des faveurs de la pourpre,
<i*autres qoe Faa entralcait par la frayeur cMmé-
riqoe des empiétements de la liberté religieuse
;Sous le nom, qpi devrait bien se rajeunir, de gaiU-
canisme. Nous écrirons un jour ce grand drame qui a commencé l'ère dernière du règne des pontifes-rois, infaillibles et maîtres de l'Église, après laquelle devra logiquement venir l'ère rationnelle des pontifes non rois, pères et serviteurs des serviteurs de Dieu.
Le nouvel abbé de Charroux, dom Boîssier, avec les brillants insignes achetés par dom Claude, sa superbe mitre, sa crosse pastorale, l'une des plus belles que l'on dût admirer dans la basilique vaticane, partit pour Rome.
Il reçut de Pie IX, au milieu de tant de grands personnages assis sur les premiers sièges de la catholicité, un accueil singulièrement flatteur; et dans une audience privée, où le Pontife fut d'une amabilité parfaite, dom Boissier eut de la peine h satisfaire sa curiosité sur les merveilles des apparitions de Charroux, sur la découverte des précieux reliquaires donnés, disait-on, par Charlemagne. Les moines se relevant partout sur le sol de l'ancienne France, au milieu du mouvement moderne, quelle joie pour Pie IX, quelle gloire pour ceux qui accomplissaient une si belle restauration !
L'ami de Boissier, le modeste abbé Guillart, aumônier, il y avait cinq ans à peine, d'un petit couvent de religieuses, devenu d'abord dom Guillart, puis, grâce aux curieuses publications du Spicilége de Charroux, devenu cardinal par la puissante protection du cardinal V***, l'un des plus fougueux ultramontains, attendait avec impatience le nouvel abbé crosse et mitre de Charroux. C'était