UNE FUTURE RÉVÉRJBNCK CHEZ UNE GRANDEUR
porte d-entrée de l'église. Elle commence par le nom vénéré de Votre Grandeur,
— Vous me gâtez, mon Révérend Père, Mai& je vous rendrai cela en bénédictions du fond du cœur et en souliaits de prospérité pour votre œuvre nouvelle.
— Monseigneur, vous portez bonheur à la grande famille de saint Benoît, C'est vous qui avez restauré l'abbaye de Ligugé ; et la maison est aujourd'hui dans toute la ferveur de son institution première. J'espère bien, si Dieu m'en donne le temps, être aussi heureux à labbaye de Charroux, avec la protection toute-puissante de Votre Grandeur.
Dom Claude venait d'emporter la place d'assaut. Le vieil évêque de Poitiers appela son secrét^iire, fit écrire une espèce d'ordonnance épiscopale, par laquelle lui Victor - Armand de Civry^ évêque de Poitiers par la grâce de Dieu et l'autorité du Siège apostolique, autorisait le très-révérend Père dom Claude Batailler, ancien religieux de l'ordre de Saint-Benoît, à acquérir en son nom propre, à restaurer l'église abbatiale, reconstruire les bâtinients claustraux, et réunir une famille de religieux de l'institut de Saint-Benoît, sous les mêmes règles et les mêmes droits, approuvés de Rome, que ceux de l'abbaye de Ligugé, restaurée dans le même diocèse de Poitiers, le tout avec le sceau épiscopal, le seing de l'évêquc et le contreseing du secrétaire de l'évéché.
Quand toutes ces formalités de paperasserie furent terminées , l' évêque embrassa d<»n Claude.
— J'ai toujours aimé les moines, lui dit-il. Je
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suis trop vieux pour avoir ce bonheur, mais je mourrais content, je croirais avoir sauvé mon diocèse et y avoir pour jamais assuré notre sainte religion, si, au lieu d'un curé ou d'un vicaire, je laissais deux ou trois moines dans chaque paroisse. Mais c'est au moins, pour moi, un doux contentement de voir se relever de leurs ruines quelquesunes des plus anciennes abbayes du Poitou.
Puis il invita le futur restaurateur de Charroux au dîner de Tévéché.
— Nous avons ce soir quelques-uns des membres de notre vénérable chapitre. Je serai heureux de leur présenter Votre Révérence.
Le bonhomme dom Claude avait hâte d'arriver à Charroux et de terminer son affaire avec le tabellion chargé de la vente de Tabbaye. Il exprima à Sa Grandeur tout son regret de refuser l'invitation gracieuse. Et il s'inclina respectueusement devant l'évéque.
Celui-ci l'accompagna non- seulement jusqu'à la sortie du salon d'attente, mais encore jusqu'à celle du vestibule.
Sa révérence dom Claude arrivait pair en dignité ecclésiastique avec sa grandeur Victor-Armand de Civry. Le pauvre vicaire allait être abbé crosse et mitre de l'illustre et ancienne abbaye de Charroux.
Jusque-là humble vicaire, dom Claude s'était inauguré, en quelque sorte lui-même, l'égal d'un puissant évéque.
Le tenace bénédictin n'avait vu, en revenant de l'exil, qu'un monceau de ruines, reste de cette