ANGLETERRE
On lit dans le Time», du 2 mars :
« La di'claration officielle faite par le ministre des affaires étrangères de France aux anibassadt'urs et représontanis de toutes les puissances actucilement à Paris, est jusqu'à présent l'acte le plus important qu'ait fait le Gouvernement républicain, attendu qu'elle détermine la position actuelle di! la République française dans ses relations avec le reste de l'i- uiope, et engage le gouveiiienienl provisoire français dans une ligne de politiijue pacifuiue autant du moins que s'étendent sa puissance et son influence.
« Nous avons de justes motifs de croir
qiio le minislre fi'ançnis a été plus expliciic ciicuio dans ses conversaiions avec des peisoniKiges officiels, et qu'il a dit que la France reconnaissait, la condition leriiloriale de l'Eiii'ope. »
L'agitation est extrême dans tout le grand-duché de Bade ; mais, jusqu'à la date du 29 février, il n'y avait pas eu de troubles séiieux à Carlsruhe et à Mauheini. Des assemblées populaires ont eu lieu dans ces deux villes pour signei' la pétition afin de demander aux chambres la liberté illimitée de la presse, l'armement des citoyens avec l'élecliou libre des olficiers, l'iustituiion du jury cl l'élablissenicul d'un parlement allemand; unedéputalion uoniiuée par l'assemblée populaire de M;inh('iui a dû partir le 2 mars pour Carlsriilie, afin de présenter aux chambres la pétition suivante :
» Une révolution extraordinaire vient de transfoimer la France. Peut-être, dans quelques jours, les aimées françaises se rasseuibieront à nos frontières, tandis que la Russie enverra les siennes vers le Nord. L'aucieii système chancelle et tombe en ruines. Le peuple allemand a le droit de demander : le bien-être, l'instruction et la liberté pour toutes les classes de la so- <;iéié, pans distinction de naissance et de position. Le temps est passé de délibérer sur les moyens à prendre pour arriver à ce but. Ce que le peuple veut, il l'a fait connaîfi'e assez clairement par ses représentants légaux, par la presse et par ses pétitions. Parmi le grand nombre de mesures dont l'adoption seule peut sauver le peuple allemand, nous citerons :
« 1° L'armement du peuple avec l'élection libre de ses officiers ;
« 2° La liberté illimitée de la presse ;
« S° L'institution du jury, à l'instar de l'Angleterre ;
« i" L'établissement immédiat d'un parlement allemand.
• Ces quatre demandes sont si impérieuses qu'on ne peut et qu'on ne doit plus en ajourner l'accomplissement.
• Représentants du peuple! nous vous demandons que vous les mettiez immédiatement à exécution. Nous persisterons diins noire demande jusqu'à la dernière extrémité, et avec nous marchera tout le peuple allemand dont nous somme> les organes.
« Manheim, 29 février 1848. •
Le 28 février, l'assemblée populaire de
Curlsruhe avait adopté une péiiiion du même genre, et l'on attendait des manifestations populaires de Heidelberg et de Diirlach, en sorte que le 29 février le ministre Radon s'est décida à présenter aux chambres un projet de loi pour accorder la liberté de la presse, l'armement du peuple et l'institution du jury.
Les nouvelles de Paris ont également produit une grande sensation dans le Wurtemberg. La commission des Etals et les citoyens de StulX^ard ont adressé des pétitions au roi de Wurtemberg, pour Uii demander égaleuif'nt la liberté de la presse et de nouvelles concessions libérales.
Voici ce que dit la Gazette de Cologne dans un article sur les événements de la France :
« Avant lotit, le premier devoir de l'Allemagne, c'est de risquer sa fortune et sa vie pour contenir la République dauji ses limites territoriales.
« Dans ce but, il faut que l'Allemagne déclare hautement et sans aucune arrièrepensée qu'elle reconnaît le même droit à la France ; que toute idée d'iniervention et d'inmiixlion dans les affaires de la France est à jani;iis bannie. Il faut faire justement le contraire de loul es qui s'esi fait en 1792. ■ Dans ce but, il faut que les gouvernements de l'Alliinagne entrent en rapport officiel avec la République française, afin de proclamer d'un commun accord le principe de l'indépendance nationale poiu' toute l'Europe; ce principe foulé aux pieds par la première révolution, par l'Angleterre ei la Restauration, doit être enfin leconnu officiellement en face de l'Europe entière. • Après avoir conseillé à la Prusse et à l'Allemagne de préparer la landvvelir, ce journal ajoute :
<■ Mais la force matérielle ne suffit jamais. Il faut la force de l'esprit du peuple. En 1813, à cô'.é de Scharnhost, général, se trouvaient les orateurs Stein ei Ilaidenberg. Il ne fout pas que fa landicehr soit appelée aux frontières avant que le* repi'éiientantii du peuple ne soient appelés en même temps autour du trône, par des concessions sérieuses et durables. » Calsru/ie, 29 février. — « A l'instanl je sors de notre mairie. Un courrier vient d'arriver de Carlsruhe (capitale du grandduché de Bade). Le grand-duc préside aujourd'hui la chambre des députés. Quinze mille hommes' armés viennent lui deman-
der la roptibliqiip. Le courrier ajoiile que le graiid-duc est disposé à acconltT la république, pouivu qu'il reste aux aEfaires.
« Le même courrier annonce cfue le roi de Bavière esi en fuile, et la République déclarée à ÎMtinich pour louie rMIciDagiie centrale. L'AlIeuiague est faiiguée de ses C( ni huit princes souverains. »
La nouvelle de la révoltiliou accomplie en Fiance est arrivée à Bei lin dans la nuit du 27 an ?8" février. Le roi, qui était à CliarloiiPub'juri:, est hnniédiaicmeni revenu dans sa capitale. Le conseil des ministres a été assemblé, et il a été décidé que des mesures militaires seraient prises poiu' repousser loule tentative qui serait faite à l'effet de provoquer un bouleversement dans l'iniérieur des Etats prussiens.