ESPAGNE
A Madrid, on n'en est encore qu'aux dépêches télégraphiques expédiées par l'ancien gouveinemeni, jusqu'à la veille de sa chute, le 23 février.
Les lettres qui nous annoncent le fait sont daléts du 26.
Dès le malin, l'on vo t des groupes nombreux se former; le sujet de l'entretien rfincial est la cérémonie d'aujourd'hui.
A dix heures, le tambour ia[)pell«! dans tous les quartiers ; les gardes nationaux se rassemblent et vont occuper les postes qui leur sont assignés.
C'est à l'église de la Madeleine que le service funèbre est célcbi é ; l'église est toute tendue de noir à l'intérieur et eu purlie à rextérieur.
Snrla lenlure de la façade principale, on lisait : Aux citoyens morts pour la liherle. L'église était éclairée à l'intérieur par quinze lampadaires funèbres : entre le chœur et la nef était dressé un immense sarcophage en style égyptien, auquel on arrivait par une rampe de huit degrés, et dans lequel étaient placés quinze cercueils renfermanl les dépouilles mortelles de (juinze victimes. Sur les côtés du sarco phage, on lisait : Jllur/s pour la pairie.
Les corps des autres viclinies ont été placés la nuit dernière datis les caveaux de la colonne de Juillet.
A midi un qtiart, les membres du gouverueraent provisoire, les ministres, suivis des membres des niuiiicipalilés, sont en-
trés et ont pris place au banc-d'œuvre. Les dépuiations diverses et les familles des victimes ont occupé immédiatenieui après les autres places, et le service divin a commencé.
Les degrés de la façade principale du temple, à droite, étaient occupf's par les chœurs, hommes et femmes, des tliéàires de l'Opéra, des Italiens et de l'Opéra-Comique, et le p rislyle par l'ojxihesire instrumental de l'Opéra, sous la direciiunde M. Girard. Les choristes étaient dirigés par M. Laity.
A l'entrée du gouvernement provisoire, les chœuis ont entonné et chanté la 3Iarseillaise; l'oi'cliestre a exécuté ensuite une marche funèbre de Cherubiui; puis, conrurivninunii avec les choristes, le chœur du serment de Guillaume Tell, un morceau de la Création, d'Haydn, et la prière de Mdise.
L'exécution de ces divers morceaux a eu lieu en présence d'une foule immense, qui avait envahientièreineuila place de la Madeleine et la rue Royale, jusqu'à la place de la Révolution . 'foules les fenêtres étaient gainiesdecurieuxjonen remarquait même jusque sur les toits et les cheminées.
La ligne des boulevards, depuis la Madeleine jusqu'à la Bastille, était occupée par une foule compacte; les contre-allées étaient bordées de chaque côié, sur la chaussée, par un cordon tricolore continu., coupé d'intervalle à iuiervalle par des écussons sur lesquels on lisait : Respect aux mânes des victimes des 22, 23 et 24 février.
La chaussée était occupée par une haie •mobile composée de détachements de la garde nationale et de la troupe de ligne.
Après la cérémonie religieuse, qui s'est terminée en une heure un quart, le cortège s'est mis en marche et s'est dirigé vers la colonne de Juillet, en suivant la ligne des boulevards, dans l'ordre suivant :
En tête, un escadron de la garde nationale à cheval, suivi d'un escadron de dragcns, d'un esc;nJron de cuirassiers et d'une compagnie d'artiilerie; venaient eih-uile, précédés des maîtres des cérémonies des pompes funèbres, les corps de musique des six premières légions de la garde nationale, tambours en tèle; puis une compagnie des l" et 2' bataillons de chaiiue lé^ giou, entre lesquelles se trouvait une compagnie d'infanterie de l'atmée.
Immédialenient après , les corps îles [ ont prononcé quelques mots profondémeni viciiniPs, placés dans six corbillards, pré- sentis.
céflés des ordoniialeiirs ei du clergé de la Madeleine, suivis par les membres du gouveriieuieul provisoire el les minisires, au milieu dis faisceaux de la République.
Derrière eux, les familles des viciinies, hommes, femmes el enfanls, suivies par la mniiicipaliié renirale i< la lêie des municipalités d'arrondissement, des dépulalious d'ouvi iers de lous les coTps d'élat, de la presse, des écoles, de la niagisiralure,elc.; de la première division militaire et de la place.
Après diverses dépulailons, on remarquait sur un char magnifique, iraîm- par huit chevaux richeuieni caparaçonnés, le symbole de la République au milieu de faisceaux de drapeaux tricolores.
Deux escadrons de cavalerie de la garde nationale et de l'armée française fermaient la marche.
Le cortège est arrivé sans encombre à la place de la Bastille, aux cris de : Vive la lîépubliquel aux chants de la Marseillaise et des Girondin», aux symphonies de la musique de la garde nationale et des divers régiments de cavalerie qui fermaient la marche.
La partie du cortège où se trouvaient les parents des viciinies, attirait particulièrement l'atienlion de la foule; et l'attendrissement était général, en voyant ces veuves, ces orphelins, ces mères pleurant leurs enfanls, couverts d'habits de deuil , les traits pâles et affaissés, versant des larmes sur ce qui a fait la î^loii e de la patrie, le triomphe de la liberté, tristes de notre joie à tous, frappés dans leur affection," dans leur famille, par un malheur qui a fait la grande ivresse de la France!
A trois heures, la tcle du cortège arrive au pied de la colonne de Juillet; elle est reçue par le général Subcrvic, minisire de la guerre, qui s'était rendu séparément de la Madeleine à la colonne avec le vénérable Dupont (de l'Lure).
II était quatre heures, quand on a aperçu le clergé, qui précédait les voiiuies transportant seize victimes. Les troupes ont présenté les armes, el le clergé est descendu dans les caveaux de la colonne, où cent trente-huit cercueils avaient été déjà descendus dans la matinée.
M. Dupont (de l'Eure) el M. Crémieux
Après quelques paroles de M. Garnier- Pagès, qui a promis à la France un gouveruement moral, et un chaleureux discours d'un combattant de février, M. Dupont (de l'Eure) a dit avec émotion :
" Honneur à tout jamais aux glorieuses victimes de la révolution de Juillet ! Vive la Ré|)ublique ! •
Un immense cri répond : F'ive la republique!
Les membres du gouvernement provisoire se retirent au milieu des acclamations.
Le cortège continue à défiler pendant une heure, avec un ordre admirable.
A l'ai rivée à l'Hôtel de ville des membres du gouvernement provisoire, M. Marie s'est exprimé en ces termes :
• Citoyens, « Nous venons d'accomplir une belle et grande journée. Aujourd'hui, nous avons assis sur des bases inébranlables la Républiiiiie que vous avez conquise par votre force, par votre courage. Après avoir honoré ceux qui sont morts pour la sainte cause de la liberté, songeons à rendre grande, puissante, notre patrie républicaine.
' Ciioyeus! nous rentrous dans cet Hôte! de ville, témoin fidèle des révolutions qui ont agile la France, siège de la révolution nouvelle : diisormais il réunira à la grandeur des souvenirs la majesté d'une révo- Inlion faite par le peuple et pour le peuple. • Maintenant, citoyens, séparons-nous, recevez nos remercîmenls. Le calme, la grandeur de notre réunion d'aujourd'hui seront un nouveau gage de ces principes d'ordre qui sont le fondement . solide et durable de la République nouvelle. •
Nous profltODg avec enipressenienl d'un peu d'eopuce que nous a ménagé la mise en pjges pour remercier, avec elTus^on, nos lecteurs des nombreuses marques de sympathie qu'Us oui bleu voulu donner à notre Publication.