‹ Le MoisChapitre 15 sur 75 · RÉSUMÉ MENSUEL, HISTORIQUE ET POLITIQUE DE TOJS LES ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ MENSUEL, HISTORIQUE ET POLITIQUE DE TOJS LES ÉVÉNEMENTS

E.1TIEUEMEXT KCDIGE

Par AEili^XA^DRE DUMAil».

niSTOIRE DE FEVRIER. — REVOLUTION DE 1848.

£cr France et l'Europe, avant, pen*tant et âpre» te t-â février.

AVKIL.

Paria. — Los cleciions générales et celles de la garde iialioiiale sonl toujours l'objcl de loules les discussions du nioniciit.

La marche suivie par le gouvernement provisoire diiiis la circonsiance aciuelte Dous semble fausse. M Lcdrii-Roliin, surtout, s'csl ciig:igé dans une mauvaise route cl y a culri^îiic un grand nombre de citoyens.

Lors de la révoluiiim de 18 îO, l'on n'a pas si'ricnsi'Uieiil songé à la Ri^publique. Cci tains espiiis avances auraient bien voulu écrire sur Ks murs du Palais-Royal, sur ceux dis Tuileries : Pus de royauté 1 mais MM. LiHîUc, Thiers, Odilon-Barrol, qui uvaieiu préfiaré la cliule de la branche aînée au profit de la maison d'Orléans, persuadcreni à M. di; Lafaydlc que la Fiance allendait uac monarchie entourée (Cinstitntio7is rcpublicaineg. Le vieux soldat de Washiiiglou, le prisonnier d'Olniïiiz, se laissa euveluppirdans le drapeau iriuo- Jore, et enibrassa, sur le balcon de rHùlel de ville, le roi, piésident de la meilleure des liejmb'iqiies , qui, à son lonr, pressa contre son cœur le commandant supérieur des gardes nationales du royaume. Le

9 aoiti, la bourgeoisie porta le pavois du haut duquel Louis-Philippe proclamait que désormais la charte ternit une vérité.

Les républicains courbèrent la tête devant ce que l'on nomma la volonté populaire. Celle motion unanime de la naiioa se composait des voix de 221 dépu'.éseï de 89 pairs de Fiance, rpii espéraient sauver le principe de l'hérédité.

La marche aniinalionale du gouvernement, qui, dès le lendemain, renia son origine, amena les révoltes. Aux 5 el\6 juin 1832, au 10 avril 18M, aux 12 et 13 mai 1839, la ph:dange républicaine vint se heurter contre les baïounclies de la garde nationale et de la ligne. Les jugements de la Chambre des pairs, les procès faiis à la presse remplirent les cachots et ruinèrent les organes du par;i r<'publicain.

Pemlant dix- huit ans, la majeure partie des combatiants de Juillet fut obligée de caciier le ruban civique reçu après la victoire, et alla expier dans les prisons ou dans la souffrance la gloire qu'ils avaient acquise, et sur laquelle on avait élevé un trôn(!.

Le 24 février, aux cris de : f^ire la réforme ! une foule d'hommes armés envahit la Chambre, au moment où M. de Laroche jaCijuelein, répondant à M. Odilon-Bairot,

(') M. Alexandre. Dumas, ayant yorIu faire un journal à la portée de tous, a mis le prix de ce journal k Qb'AiBB FBANCS par au.— S'adressor, franco rigonreusetneni, U M. Reiunimi, 26, rue Neuve-Vhriennc.

répèle aux députés qu'ils ne sont plus rien.

« Pas de régrnce! la déchéance du roi! la décli' aiice ! » s'écrie la fouie.

Tout à coup une voix reieniit, c'est le maufi, l/iecf'l, phares de la loyaulé ; Vive

LA KÉmiiLlQl'E!

A ce cri, le trouble et la confusion sont au comble.

Vive la Rkpubi.ique ! répète celle même voix inconnue, el ce cri, la France enlière le reproduit : la France est républicaine.

C'est que la France a compris que la République ( st le seul asile, le seul port de salut après tant de tempêtes monarchiques.

Ainsi donc nous le répétons; le gouvernement a eu lort de ne pas se confier à la force de la situation, et de chercher à provoquer une exirênie agitation pour obtenir des élections franchenieni républicaines.

Les émissaires agitateurs, partis de l'hôlel de la rue de Grenelle, avec dts mandats signés Ledru-Rolliii, ne peuvent servir, qu'à démontrer que le suffrage direct et universel n'aboutit en réalité qu'à la dictature indirecte et effective d'un commissaire gnmd-électeur, lequel restant éligible, nuilgré son commissariat, impose sa nomination au dépaiteinent qu'il administre ou indique le mandataire à nommer.

M. Béranger, le chansoBuier, refuse la caBdidaiure que lui offrent les électeurs de la Seine, il demande à rester dans sa solitude.

Sa lettre, empreinte de cette modestie si bien appréciée par tous ceux qui connaiseni M. Béranger, se termine par ces mots :

« Laissei-moi donc achever de mourir eomme j'ai vécu, et ne transformez pas en législateur inutile votre ami, le bon et vieux chansonnier.

• A vous de eœur, chers concitoyens.

Bkrakgeii. »

M. B('ranger, comme Bossuei, veut réserver le feu de voix qui lui reste pour le^peuple, si celui-ci avait encore besoin qu'on relevât son courage et ranimât son espérance.

Ceriaines iustiiutioos fiscales étaient in-

compatibles avec le gouvernement républicain. Louis XVIIl était remréen France en disant plus de droiis réunis, mais il avait établi les ccnilrihutiont indirectes. En 1830, on fit de nouvelles promesses, ce furent de nouvelles déceptions. La Républi(|ue vient d'abolir les exercices dans le débit des boissons el de modifier le tarif du droit général de consommation.

Le général Cavaignac a, dit-on, refusé le ministère de la guerre. C'est le général Changariiier que le gouvernement provisoire se propose d'appoler à Paris pour remplacer .M. François Arngo, ininistie inléiiinaire. Il est temps que l'on s'occupe un peu de l'aveiiir de l'.irmée, qui jusqu'ici n'a jtas encore trouvé d;ins le savant directeur de l'Observatoire un déft nseur bien sérieux de ses intérêts. Il est vrai que la flotte n'tsi pas plus heureuse que l'armée de terre. M. Arago est cependant niini=tre titulaire de la marine.

M. Taschereau vient de publier aujourd'hui la premier»! livraison d'un ouvrage intitulé : La Revue rèlrospectire. Ce rectteil qui paraît destiné à produire une vive sensation, contient un acte d'accusation formelle de trahison contre un citoyen que ne nomme pas M. Taschereau.

M. Blanqui se regardant comme désigné dans l'article de la Revue rétrospective, a adressé immédiatement à tous les journaux la lettre suivante :

« Monsieur le rédacteur,

« Une pièce infâme a paru aujourd'hui dans la Gazette des Tribunaux. J'y suis désigné d'une manière aussi claire que si mon nom même y était articulé, bien qu'il ne le soit pas.

Cette pièce est fabrii|uée par des ennemis indignes qui se cachent et que je vais démasquer.

« Si vous publiez la pièce, je vous prie, Monsieur le rédacteur, d'y joindre le présent billet, afin que le public connaisse la réponse en même temps que l'attaque.

« Paris, le 1" avril 1848.

Page 1