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Paris. — La République esi proclaraécl L'assemblée nationale a tenu aujouid'huî sa première séanccA farrivée des membres du Gouvernemeni provisoire, les représentants se sont levés, et, la main haute, ils ont crié à plusieurs reprises :. ÀVe lu Itépullique! Les spectateurs émus, se croyant à un autre serment du Jeu-de- Paume, ont tous répété le nouveau cri, auquel paraît se rallier toute la Fralice.
A dix heures et demie du matin, les différentes légions de la garde nationale, les bataillons de la garde mobile, la gaide républicaine à pied el à cheval, ainsi que les qnatre régimeuis qui for;i;eni la garnison de Paris, se sont mis en mouvement |)our occuper les positions qui leur avaient éié assignées.
Le palais législatif el ses abords sont occupés de manière à en interdire l'approche à toutes les persounes qui ne soiit pas mimies d'iine carte de représentant ou de journaliste.*
La haie de la force armée seiend à Uroiiet'là gauche, depuis l.i arilletiui faii face au poni de la Concorde jusqu'au luiuislère de la justice, où se irouve réuni le GouvernemeiU provisoire.
A midi, les représenianls arrivent en peliis groupes, qui sont salués par les cris de : Five Lamartine ! viee la Re'pupUqtie !
A IVxcepiion de Irois ou quatre d'entre eux qui portent un brassard iiicolorc, la plupart ne se font remarquer par aucun signe (listinctif. La foule, dont la curiosiié impatiente se promenait un grand plaisir lie rexhibiiioii pittoresque du costume décrète par le Gouvernement provisoire, parait fort mécontente de celle lacune dans le programme de la cérémonie.
A midi et demi, le Gouvernement provi- .soire, précédé d'un escadron et de la musique de la !"■ légion de la garde nationale, et par l'étal-majur du général Couriais, s'est mis en marche à pied, et s'avançant à pas lent, en allant gagner la place delà Concorde, parla rue de la Paix et les boulevards.
A une heure un quart, le cortège débouche par le pont de lu Concorde.
Les membres du gouvernement maichent sur deux de front. JKn tète se trouvent MM. Albei t, Flocon, Louis Blanc et Ledi u- Rollin.
Le passage du gouvernement el son entrée dans le palais sont salués par des cris enthousiastes de Five la Jie'puUique .' auxquels se mêle, avec non moins d'enthousiasme, le cri de Fii^e Lamartine !
Ce dernier paraît vivement ému. A la suite du gouvernement , se presse une niasse compacte d'officiers de la garde nationale et d'élèves des écoles militaires. Le cortège est terminé par les états-majors de la première division militaire et de la pl:ice de Paris, ayant à leur tête M. le général de division Fouther el son chef d'étalmyjor.
Les alentours du pont de la Concorde oui piésenté pendant toute la journée une physionomie curieuse et brillante. Pendant que la population de l'intérieur était tout entière à ses occupations habiluelhis, il y avait réellenienl fête dans ce cuin de J'aiis. Des gens avaient passé la nuit aux grilles de la Chambre, pour occuper ks premières places de l'enceinie publique, on pour eu irafiqu'T.
Les deux terrasses des Tuileries, qui regardent la place, sont occupées par un grand nombre de femmes élégantes.
Une anitiiatiou charmante règne dans les lignes de la garde nationale ; des braiicl.cs de lila'^ fleurissent au boui de chaque baïunuclie. Desvivandières en jnponrouge, eu caraco bleu el en pantalon blanc, circu'enl sur la place de la Concorde.
A midi, les représenianls, au nombre d'environ cinq cents, s'étaient réunis dans la salle dis Conférences, pour choisir le doyen d'âge président et les six secrétaires. AL Aiidry de Puyraveau a été désigné comme président, MAL Fresneau, Astouin, Lagrevol , Avond, Fcrrouillàt el Sainte- Beuve oui été noiTinnis secrétaires.
A une heure moins fJJx minutes, M. .\udry de Puyraveau, doyen d'agi', monte au bureau.
Les huissiers iuviteui les représentants à prendre leni-s places. ]\L Béranger s'assied au second banc de l'extrême droite.
Dans la tribune du corps diplomatique, on remarque à l'Asseuiblée nationale lord Normanby,le chargé desafTairesdePrusse, le prince de Ligne, le représeniant de la république des Etats-Unis. La Russie et la Turquie ne sont pas représentées.
A une heure un quart, un assez grand biiiil se fait entendre dans la pièce qui précède la salle des séances, un certain nombre d'officiers de la garde nationale se piésenlent pour entrer par la porte qui se Irouve à gauche du bureau; Al. Château- Renaud, gouverneur du palais, lerr barre le passage : « Messieurs, s'écrie-l-il, on n'entre pas en armes dans la Chambre. »
Les g:irdcs nationaux insistent :-• On passera plutôt sur mon corp'^, • reprend M. Chàieau-Renaud.
Conseivez bien celte fermeté, M. Cliàleau-lîenaud ; la défense de l'Assemblée est une grande et sainte mission, el que si jamais on y entre, que ce ne soit, comme vous l'avez dit, qu'en passant sur votre corps.
En ce moment le canon se fait entendre. A une heure vingt-cinq minutes, le bureau <ini!ie la salle pour aller recevoir les membres du gouveriiemcut provisoire. M. Caussidière entre dans la sal'e eu costume do reprcsenlaut, tel que le prescrit le décret.
Quelques instants après, les membre»
du gouvernement provisoire sont iniroduiis. Al. Dupont (de l'Eure) s'appuie, d'un
côté, stir ^I. de Lamartine, de l'autre, sur M. Louis Blanc.
Les cris de : F'ive la lièpuhliqnel vive le Gouvernement procixvire ! se l'ont entendre dans la salle ei dans les tribunes.
M. !e pi'ésident prend la parole : <c Citoyens, dii-il, la séance estonvorte ; la parole est à M. le président du Gouvernement provisoire.»
M. Dupont (de l'Eure) se dirige vers la tribune; tous les membres du Gouvernement provisoire se tiennent debout devant la Iribune, qui est cntouiée d'officiers de la gai de na'ionaie et de l'armée. Le plus profond silence s"éiablit.
« Ciiiiy( ns leprésentanls du peuple, dit-il, le G')UV< rnement provisuire de la République vient s'in( linir Jevant la Nation, et rendre un honmiage éclatant uu pouvoir suprême lionl vous êies investis.
« Elus du peuple ! soyez les bienvenus dans la grande capitale, où voire présence l'ail naître un seniinient de bonheur et d'espéranee(|ui ne sera pas trompé.
« Dépositaires de la souveraineté nationnle, vous allez Tonder nos insiiiulions nouvelles sur les larges bases de la déniocraiie, el donner a la Frame la seule consiituiiun qui pui>se lui convenir, une coustituiiuii léptiblicaine. ( .V ces mots, J'oraieur est interrompu par les cris de : Vice la République', lépétés dans toute la salle et dans les tribunes.)
« Mais après avuir proclamé la grande loi poliiiqiie qui va constituer défiiiiiivemenl le pays, comme ni>us, citoyens représenianls, vous vous occuperez de régler l'action possible et ellicacc du Gouvernement dans les ra|iporis que la nécessité du travail établit enii e tous les citoyens, et (jui doivent avuir pour bases les saintes lois de la jusiice el de la t'raternilé.
« Enfin, le moment est arrivé pour le Gouvernement provisoire de déposer entre vos mains le pouvoir illimité donl la révolution l'avait investi. Vous savez si, pour nous, cette dictature a été autre chose qu'une puissance morale, au milieu des circou'^laaccs difficiles que nous avons iraversées.
« Fidèles à notre origine el à nos convictions personnelles, nous n'avons pas hésité ù proclamer Lt République naissante de février.
« Aujourd'hui, nous inaugurons les travaux de l'Assemblée nationale à ce '.ri qui
doit toujours la rallier : Firc la Re'puhliqne! »
Les dernières paroles du disco'trs sont suivies de nouveaux cris de : Viv.jla République!
iM. le président du Gonvernemfnt provisoire quille la tribune, el regagne, ainsi que ses collci;ues, les bancs qui leur sont réserves au bas des deux (ii-emieres sections de gauche, et oti ils sont |)l;icé5 dans l'ordre suivant : MAL Louis Blanc, Ledru-Rollin, Flocon, Albert, Beihmont, Marie, Arago, Lamartine, Dupont (de l'Lure), iMarrasi, Gariiier-Pagès et Pagnerre.
M. Crémieux, ministre de la jusiice, dit :
K Citoyens représentants du peuple, aa nom du Gouvernement provisoire, vos travaux sont ouverts. L'Assemblée nationale les commence aujourd'hui.
« Je piie M. le président provisoire de vouloir bien inviter le* membres de l'Assemblée ù se retirer dins leurs bureaux, P'jur la vérificaiion des pouvoirs. ■;>
M. le président invile les membres de l'Assemblée à se retirer dans leuis bureaux.
Paris. — Après avoir consacré une portion de la séance à la vérification des pouvoirs, qui n'a pu être achevée, l'Assemblée s'est occupée de l'oiganisalion de son bureau.
Sur 727 votants, M. Bûchez a obtenu 389 suffrages, el a été proclamé président.
M.M. Recuri, Cavaignac, Corixju, Guinard, Cornieniu, Sénard, sont nommés vices-présidents.
Le secif tarial est confié à MM. Peupin, Robert, Degeorge, Pyai, Lacrosse et Péan.
Avant de quitter le fauteuil, M. Audry de Pnyiaveau prononce un discours, où nous remar(iiions les paroles suivantes:
• C'est en invoquant le bénéfice de ma longue expérience (|ue je vais me permettre de tracer eu peu de mois les souhaits quo je forme pour le bonheur de mon pays, bonheur que vous avez charge d'accomplir.
• La République que vous venez de proclamer doit étie grande, l'orle et courageuse, comme le peuple qui l'a con(|uise... (Très-bien ! très-bien ! )
• Ce peuple, ne l'abandonnez jamais
dans voire pensée ; faites que les instilutions que vous allez lui donner soient digues de la haute raison qu'il a développée. (AppUuidisseracnls.)
« La République sera démocratique.
(Bravo! bravo!) Le peuple, citoyens, l'a proclamée avant vous... (Oui ! nouveaux bravos.) 11 me serait permis aujourd'hui de revendiquer, au nona du peuple, tous les droits qu'il a conquis; mais j'ai confiance dans voire patriotisme : je rentre avec sécurité dans l'espérance de mourir en béiiissani mon pays libre et heureux. Nous avons tous à attacher notre nbm à ime haute mission. Soyons-en dignes! »
f^ive l'a liépubliquc! Five le peuple'.
se sont écriés tous les représentants.
Lorsque le bureau est constitué, M. Bûchez prend la parole, et dh ; « Citoyens,
• Je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait ; cependant, j'accepte cet honneur comme un devoir; j'espère que vous me le rendrez facile.
« Vous représentez ici l'unité de la France. Hier, vous avez dix-sept fois salué par vos acclaïualions la République démociatii|ue...
« Nous nous sommes engagés, nous qui sommes les élus de tous, à nous occuper de tous, et particulièrement de cetteclasse, de cette portion pauvre, malheureuse de la populaiion, dont jamais personne ne s'était occupé.
• Nous ne ferons pas comme les pouvoirs déchus : nous ne fermerons pas les yeux; nous n'ajournerons pas les questions...
« Il nous reste maintenant à vous prier de voter des remerciements à notre honoble doyen, auquel je serre la main, ainsi qn'à tous les membres du bureau provisoire. » ^
L'Assemblée nationale est régulièrement constituée.
Un décret du gouvernement provisoire réunit aux domaines de l'Etat tous les biens de l'ancienne liste civile.
On remarquait hier, au moment même de la séance d'ouverture de l'Assemblée Bationale, M. Tliiers, en uniforme de simple garde uaiional, qui montait sa faction à la mairie du 2" arrondissement.
Parmi les actes curieux de l'autorité que l'histoire aura à enregistrer, à propos des élections politiques qui viennent d'avoir lieu, l'arrêté suivant n'est pas le njoins étrange :
« Aitendaque le citoyen Durand, juge au tribunal de première instance de Villefranche, a mis en doule la grandeur et lu stabilité de la Ile'publique, « Le suspendons de ses fonctions.
« Le commissaîre-gène'ral prés les départements de la Ilaule-Garomie, Lot-et-Garonne, etc., en tournée,