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Paris. — La vérification des pouvoirs marche toujodrsf leruemcni. Aujourd'hui, l'Assemblée a voté uue enquête sur les élections de la Lozèie. Une lettre du procureur de la République de Marvéjols avait dénoncé quelques faits assez vagues : oa aurait distribué quelque argent à des électeurs; \(i% nobles et les prêtres, pour parler le style de cette dénonciation, auraient exercé une influence abusive. Le procureur de la République de Marvéjols a poussé si loin la surveillance, qu'il signale des violences morales qui auraient été exercées jusque dans les ténèbres du confessionnal. On n'a pas l'œil plus perçant, ni l'oreille plus fine. Quoi qu'il en soit, l'Assemblée a voulu avoir le cœur net de toutes ces dénonciations, et elle a ordonné l'enquête à l'unanimité. Nous verrons ce qui eu sortira.
L'élection de M. Schmidt, à Paris, a été annulée. On sait le reproche fait à ce citoyen. Il a pris ou s'est laissé donner le litre ù'ouvrier, bien qu'il n'exerce aucun travail manuel. De là, réclamation de beaucoup d'électeurs, qui disent avoir été trompés, attendu qu'en votant pour M. Schmidt, ils croyaient voter pour un véritable ouvrier, non pour un ancien maître des requêtes au conseil d'Etat.
Mais alors s'élevait la question de savoir si M. Moreau, qui venait le S5" sur la liste des députtis de la Seine, serait nommé représentant à la place du citoyen Schmidt, ou si on appellerait de nouveau les électeurs à choisir un nouveau député.
Celte dernière opinion a prévalu, après un débat assez vif.
L'ordre du jour appelait ensuite une conïmanication du gouvernement provl-
soirc. H s'agissait, pour chacun de ses membres, de rendre compte à l'Asseiublte des priucipaux actes qui ont marqué ces deux mois et demi de diclature.
M. de Lamartiue, au nom de M. Dupont (de l'Eure), président du gouvernement, a le premier pris la parole. Il a exposé à larges traits la révolution du 24 février, ses causes, son caractère, sou but, les ditticullés que le gouvernement a rencontrées, les inleutions qui n'ont cessé de l'animtr. C'est une épopée écrite de ce grand et beau style que tout le monde connaît. L'Assemblée tout entière en a applaudi avec transport plusieurs passages pleins d'éloquence. Annoncé comme préface des comptes-rendus que chaque ministre devait ensuite présents^ , ce discours ne pouvait avoir qu'un caractère de haute et bi illante généraliié. Nobles pensées admirablement exprimées, voilà ce qu'on atlendiUt, et cette attente n'a pas, certes, été trompée.
M. Ledru-RoUin a succédé à M. de Lamartine. Le ministre de l'intérieur a été, dans celte séance, ce qu'il a toujours été, un chef de parti et non un homme d'Etat.
M.VI. Crémieux, pour la justice; Garnier- Pagès, pour les finances ; Carnot, pour l'instruction publique, et Louis Blanc, pour les travaux de la commission du Luxembourg, ont successivement pris la parole.
Le compte-iendu de l'organisation du travail n'a été qu'une déclamation sans iiH térèl et ^ans portée. Jamais, dans aucune assemblée délibérante, on n'a vu de membre d'un gouvernement essuyer un tel échec.
M. Causaidière a été accueilli avec faveur, lors(iu'il a déclaré que di'sormais il répondait de la tranquillité de Paris.
La grande fêle de la Fraierniic, au Champ-de-Mars, est fixée au 14 mai. Les préparatifs ne seiont pas terminés avant cette époque.
Lin; iuuinHr,tiuii, formée d<; représentants des dix-huit bureaux de l'Assemblée, s'est réunie ce matiu dans le palais, pour arrêter la liste des candidats da la commission du gouverncmenl, jusqu'après le vole de la constitution.
Ou s'est occupé d'abord du nombrq des membres qui seraient appelés dans celle couuaission.
Les uns ont proposé trois membres, les autres cinq.
La première opinion a éié partagée par un grand nombre de membres. La seconde opinion a été néanmoins soutenue.
Le vénérable Dupont (de l'Eure), ayant décliné l'honneur de cette mission , les noms de MM. Lamartine, Anigo et Marie ont semblé avoir l'asseatiment de la majorité.
Quelques-uns ont proposé d'y ajouter M3I. le général Duvivier, Eethmont et Marrast.
On doit se réunir de nouveau pour arrêter d'une manière positive ceiie liste.
Paris. — Le gouvernement provisoire a résigné entre les mains de l'.^ssemblée nationale les pouvoirs (|u'il tenait des circonstances. L'Assemblée n'est pas en mesure de substituer dès aujourd'hui à cette autorité dont la mission expire, un gouvernement régulier et définitif. Ce pouvoir doit émaner de la constitution, et la constitution est encore à faire. En aiienclant que les représentants de la nation aient donné à la République la forme qui convient à notre démocratie nouvelle, il l'aul pourvoir aux nécessités de l'intérieur. Pour cela deux combinaisons se présentent.
La première, qui sera proposée, dit-on, à r.As&emblée par M. Martin do Strasbourg, consisterait à crétM- une commission ou conseil iulérîmaire de gouvernement, dont ks membres se borneraient à décider, sous leur responsabilité, les ques:ii»ns politiques, et nommeraient les secrétaires oh sous- secrétaires d'Etal cliirgés de diriger les départements ministériels. Cette commission serait composée de trois ou de cinq mi>mbres; ee serait un directoire au petit pied. Il y aurait en léaLtédeux gouvernements, dxjnl l'un serait u;:e superfélaiiou, celui des directeurs et celui des ministres.
L'inquiétude publiqoe existe toujours, ce qui l'a eairelenuc a « lé la division et la faiblesse du pouvoir nouveau ; ou ne l'a pas vu se porter, d'une résolution énergique el unanime, au devant des désordres dont une minorité turbulente avait donné le signal; c'est que, pendant plusieurs jours, il n'a pas osé avoir d'opinion oOScic'lle sur les émeutes de Rouen; c'est qu'encore à préseui, il ne s'est pas nette-
meut pronona;; cVsl que, tandis que les gyrdi's naiionaux el les ^()l(lals, qui avaient fiéleudii l'ordre, li; goiiveriieinenl, les lois, le lésuhat ni^nie du ^ulTlasc iinivtrsel, oiaiciil publiqueniciil li ailés (Viinsanhis dans d«'S («iacards ou des <''(;iiis iiilâines, pailoul d. cliiiés de la main du peuple, pas une ligne ciu Moniteur ne venait les venger tle ces calomnies; c'ist qu'enfin, pcndani |)lus de deux mois, an milieu deseris de réprobation qui se sont élevés de cinquante dépaiieuients contre les actes ai hltraires ou exiravaganis dt; cei tains comn> ssaires , pas un seul désaveu n'a été iiniuemeui formulé.
Paris. —La s(>ance de samedi dernier ei celle d'aujourU'Iini ont été consacrées aux discours apologéiiques de MM. les membres du gouveinemenl provisoire. Chacun deux est venu nous dire que leur union avait sauvé la France. Kons avons cnienlu M. Arago, le savant, raconter que nous lui devions le salut de l'armée el de la marine, et M. Marie nous annoncer C|u'il avail, lui, sauvé le travail. .M. de Lainarlin<! a clos la Icciin-e du rapport de ses collègues par un exposé de la polilique eslérieurc, iravail étendu, décrit avec celle magnificence de formes qui produit toujours tant d'effet sur un nombreux audiiuire.
Un silence complot régnait dans la chambre. Tout à coup !\I. D^rnès s'est présenié à la tribune et a la nn déirei tout rédigé, par lei|uel il proposait à l'Assemblée de déclarer immédiatement el sans disi ussion :
l" Que le gouvernenienl provisoire avail bien mérité de la patrie;
2" Qu'une commis-ion executive de cinq membres serait constituée à lu place du gouvi rnenient provisoiic ;
3° Que ces cinq membres seraient MM...
Ke nous démailliez pas les noms : ils se sont perdus dans la lenipêlc. Car c'est nue véritable tempête qui a éclaté alors. L'Assemblée s'est révoltée contre une proposition fjui tendait à lui faire résoudre d'enihou'-iasme tant et de si graves iiuesiions. Absoudre un gouvernement sans le juger, improviser à la minute la nouvelle organisaiioii du pouvoir, créer par assis el levé tout nn personnel de directoire, c'était, en effet, exorbjlaiu! Les proieslalions s'éle-
vaient de tons les points, confuses, dc'sordonnées, \iolentes, coupées par mille cris dont il était impossible de saisir le sens. M. Doinèsj cependant, reste cramponné à la tribune avec celle opii/ià'rtt(- nu peu Ihéàiralc du conscrit parlementaire qui rêve la gloire du vieux grognard. Vingt orateurs pialîcnt au-dessous de lui, tout bouillants de l'ijloquence qu'ils compriment en eiix-mèmcs, pendant que la sonnette I pré>ideniielle frappe l'air de sou tocsin impuissant.
An comble du lumulie, Î\L Bncluz se convie, le chapeau rond du président est, chacun le sait, le Quo» ego des ouragansparlementaires. Devant lui, tout se détend, tout s'apaise. Après nue suspension d'une demi-heure, là séance est reprise. M. Dornès consent à sacrifier une panie de sa proposition, celle qui tendait à l'aire décréter cinq direcieurs en un tour do main. Mais il persiste à demander que des remercîments soient volés au gouvernenienl provisoire.
Celte concession ne satisfait l'Assemblée qu'à demi. Beaucoup de membres pensent qu'avant de voter des remcrcimenis, il ne serait pas mal de disenter les actes, et répugnent à coiiiii'signer pureaieiii et simplement le satisfecit que chaque niinisire s'est délivré par anticipalion. Ce scrupule fort naturel faii éclore une; foule de conlreproposiiioiis el de sous- propositions, toutes plus bizarres les unes que les autres. Voici venir, par exemple, un orateur qui demande que les remercîmeiiis soient provisoires, comme le gouvernement luimêiiie, el que chicun,en les volant, se réserve les droits de blâmer les actes.
L'idée était lumineuse : elle soulève un immense éclat de rire. M. Barbes seul n» rit pas. Il s'élance à la tiibune pour flétrir tout de suite, «m nom du peuple, certains actes , certaines faiblesses du gouvernenienl provisoire. El savez-vous ce qu'il lui reproche par dessus tout? D'avoir couvert d'une tolérance coupable les massacres lie Rouen.
Ace mot, l'Assemblée bondii comme sous un aiguillon. Une énergique réprobatioiy vient, de tous les côlés de la salle, s'abjtire sur l'orateur.
Quant aux termes violents cl iniques dont il a qnalilié la conduile de la garde nationale de Uonen, le senlimenl qu'ils ont cxciié dans l'imnieiise majorité de la Cham-
Lie, a trouvé un éloquent interpièle dans 51. Sénard.
M. Sëiiard a vengé, par de nobles paroles , ses compati ioies des déclainuiioiis insensées (lui déjà avaieul retenli dans certains clubs.
Pourquui, par exeniptc, M. le ministre de rinierieiir a-t-il laissé prendre un rôle qui lui appartenait plus qu'à tout autre, dans une quoi ion de celte nature? M.
Graiidin s"est indij^né avec raison de ce silence, cl si AI. Créniiiux s'est enfin décidé à parler, personne assurément ne dira qu'il uil répondu.
Après cet incident, l'Assemblée a décidé qu'une commission serait nommée ce soir dans les bureau.^ pour examiner toutes les propositions qui venaient d'être déposées, y compris celle de M. Dnrncs, et (luuu rapport lui scruit fuit demain, ù onze heures du matin, en séance publique.
Notons inie particularité qui n'est pas la moins cm ieusc de cette séance.
M. Dérangera écrit au président pour donner sa démissioii. L'Assemblée n'ii pas voulu l'accepter, et a décidé que M. Béranger rt siérait repiésentant malgré lui.
Voilà le sujet d'un nouveau conf>let à ajouier à la chanson si connue : Ct que veut lu liber lé.
T'rtri».— Hier, à lasuiiedela proposition de M. Dornès,on a renvoyé :i l'examen d'une commission la qiie.>tion suivante :
• Comment serait constitué le pouvoir exécuiil? Confierait-on ce pouvoir à une <;omniissiou de cinq, sept, neuf ou onze membres, la<|in-lle choisirait ensuite les ministres? Voilà le point qu'il s'agissait de décider. •
La commission a formulé un projet nouveau, par lequel l'Asscmbh'e étuii invitée à nommer elle-même directement neuf niiuistios qui seraient chargés des neuf d<partemenis, plus un dixième ministre sans poiteleuille qui auiait pour unique mission de maintenir rh:M-mouic eniic tous, ct de donner l'impulsion au travail :id:iiini>truiif.
C'est sur ces deux systèmes opposés que la discussion s'est établie, api es le i apport de ALP' ui)iu.
M. Jules Favre a comhallu le système de la commission. &L UJilon liarroi l'u soutenu. L'un et l'autre ont été habiles et
éloquents. L'un cl l'autre ont produit un grand effet sur l'Asscii-iblée. C'jacun avait raison au point de vue où il .s<! plaçait.
L'Assendjlée, à la majorité do 481 voix contre 385, a adopté la proposiïi..!! Dornès. C'est-à-dire qu'une commissioi4 -Je gouvernement sera choisie au scrutin ; que cette commission sera composée d»; cinq membres, qu'elle aura le pouvoir i rccuiif, ct, à ce litre, nomntera les ministres.
Mainienant, qu'il nous soit permis de donner, en |)assant, un consci! à MAI. les membres de l'Assemblée : '
Il y a des gens, daiis celle t.uceinte, qui ne tiennent pas en p'ace, ei q.:i semblent croire que, pour gagner Icij.s 25 Ir. par jour, il faut absolument s'agiier, criiT, escalader la tribune et pai venir à prononcer des phrases quelconques au milieu de limpaiience générale.
Kous les prévenons qu'ils f.^, trompent, et (pi'ils gagneraient beaucoiip mieux leur indemniic en restant tranquilles et en épaignant le temps de la chùr ibre.
Q :antau présijeni, il mao.^ lecousianx- . (uent de vigueur, et laisse V^ diACUssioa s'égarer continuellement.
Encore des destitutions ai->iiraires, encore des bouleversements, dts suspensions, qui démontrent le besoin de promplciiienl organise)' la mngi^lrature.
Au moment <iù h; premier pré&ident de la cour d'appel d'Aix annoii>:,nl au miiiislrc de la justice que le conimiss.iire du département venait d'interrompre le cours de la loi, en suspendant quatre juges sur cinq, du tribunal de Castellane, il recevait lui' même l'ordre de quitter son siège.
On annonce que M. Joly, commissaire généial dans la llauie-Garoune, nommé repiéseniant du peuple, e.>-t remplacé dans ses funciions admiuisiratives par M. Laroche, commissaire ù Montuubau.
J'arh.— Nous avons enfui une commission executive; mais, c<iti! commission, c'est encore un état provisi'i, .>, puisque la consiiiution n'est pas établie. L'A>senibléo a donc procédé par la vuie du scruiiu â l'éleelion des niembres du pouvoir exéculif. Il y avait 794 volans, et voici l'oidro dans le(|uel cinq nouis sont ,^ui lis de l'urne :