AV\ DÉMOCRATES
• La manifestai ion démocr.itiquc en faveur de la Pologne aura lieu lundi là courant.
• Les citoyens se réuniront place de la Bastille.
Le comité ceniratiiialeur :
• Ilt'BER, président; DA.>DunAJ<D, De- BRAY,vice-p'ésidenls;Gi}jf;ro^»LYo«, Lambert, secrétaires. • .,
Il est impossible de f.iire de la conspiralion plus franche et plus au gian I jour. C'est comme si on attiehait : demain, lundi, l'énicute se réunira à la Bastille, suivra les boulevards et se rcndia à la chambre.
M. Cabet prend aujourd'hui M. Ledru- Rollin à partie.
Le 6 mai, M. LedruRollin, en rendant compte à l'Assemblée nationale de sa gestion cuuiiiie ministre de l'inlérieur, a rappelé le mouvement du IG avril dernier, si énergi(|nenient comprimé par la garde nationale, cotiraut tout entière aux aimes cl déecurag- aiit ks fameurs du désordre par sa seule présence. JL Lediu-Rollin a revendiqué pour lui-même le mérite d'avoir fait battre le rappel dans Paris. Il a ajouté qu'il n'avait fait, en aglhsani ainsi, qu'obéir aux principes de toute sa vie, car il a toujours cru • que l'honime d'Etal devait niaichcrd'un pas fermeentre [a^rérex des iilopittes et des tectaires, et la ténacité rebelle des intérêts égoïstes. • C'e»t
pour eel:), dit encore l'ancien minisire de l'inlérieur, • que le jour où quel(|ues fous ont essayé de pervertir lo sens et le résultat d'une manifeslaiion, je n':ii point hésité à les combattre de front. (;'est par mon ordre que le rappel a été battu, et que la garde nationale s'est levée. ■
Les expressions de rêveurs, d'utopistes, de sectaires, de fous, appliquées par l'ancien ministre de l'intérieur aux auteurs du mouvement du 16 avril, ont b'essé M. Cabet, l'un des chefs des communistes. Il les relève très vivement dans son journal le Populaire, el en traitant .M. LedruRollin d'ingrat, il ariive, de récriminations en récriminations, à poser à son adversaire des questions ass<z curieuses :
• Comment M. Ledru-Rollin ose-l-il papier A'itnprndenig, d'i/npalients, de fout, d'anihi/iùux, de contpiraleurs, de rècolutioiinaire»?
• Est-ce que tout le monde ne connaît pas toutes les accusations dirigées contre lui, soit avant, soit depuis la révolution; la luiie et la guerre qui existaient dans le gouvernement provisoire entre le parti da lu lie! forme et celui du Nalioiiat?
• Est-ce que tous les actes, presque tûutis les paroles du ministre de l'inlérieur, du préfii de police, de leur agent piiricipal et de leurs agents secondaires, ne sont pas connus?
• Pour justifier son ordre de battre le rappel, qui a (ait poussi r tant de cris de mort, il confond les hotninet à utopie avec les homme* à coups de maiu; il confond Cabet, Louis Blanc, Raspail et Blanqni ; et c'est piincipalement moi, Cabet, qu'il désigne comme l'utopiste ; et c'est probablement Blanqni qu'il dé.signe comme le révolutionnaire.
• Eh l)ien ! puisqu'il est au pouvoir, qu'il
fasse faire une enquête sérieuse je
l'eu défie 1
• Nous verrons alors : 1° si le 14 avril, l'un des membres du gouvernement n'a pas eu une longue entrevue avec Bianqui; 2' si le 15, dans la nuit, le ministre île l'intérieur ne devait pas avoir une conférence chez le préfet de police avec un ami de Blanqni; 3" si leur homme de confiance, Sobrier, n'a pas proposé une entrevue avec Blanqni; U' si ce n'est pas Louis Blanc qui a convoqué cent mille ouvriers au Champde-Mars; W si Ledru-Rollin n'a pas connu et approuvé celle réunion contre laquelle
il a ensiiiic faii baiirc le rappel ; 6° el bien d'aulres clioses.
• Noiis verrous iiussi quel rôle ont joué dans celle affaire le club des clubs, le co- Bjilé révoluiionnaire, le club de lijt révolulion el loul l'ancien parii révolutionnaire.
• Nous verrons pourquoi celle journée du 16 a élé appelée la Journée des dupes, Cl quels cul été les dupeurs.
• Que M. Letlru-Rollin m'accuse ensuite ponr mes vlopies ou pour loul ce qu'il voudra, je l'en défie encore.
• Nous verrons qui de nous deux esl irrépiochable dans la journée du 16. •
Eli parbleu! M. Cabel, à qui diies-vous loul cela? à Paris, qui le sait à merveille ; à la France, (\ui ie saura bieoiôi?
Il y a des paris de fails, M. Cabot; c'est que dans trois mois , pas un seul des hommes qui sont an pouvoir dans ce momeni-ci, n'aura survécu aux secousses que nous attendons.
Alors, dépouillés de l'égide du pouvoir, exposés aux coups des révolutionnaires d'un côté el des réactionnaires de l'autre, il faudra bien que les rôles joués par chacun se dessinent, et que les acteurs de la scène e< de la co^ilisse prennent chacun la responsabilité de son œuvre.
M. Emmanuel Arago est envoyé en mission à Berlin avec le litre d'envoyé extraordinaire et de minisire plénipotentiaire.
L'Assemblée nationale, a reçu, il y a quelques jours, une pétition conçue en ces termes :
• Citoyens représentants, je suis une belle femme, âgée de vingt-cinq ans; j'ai cinq pieds huit pouces, el je pèse 220 kilogrammes. Je demande à représenter la Liberté dans la fêle qui aura lieu le 14 mai. Je crois que personne ne peut figurer avec autant d'avantages que moi dans celte solennité.
• Je suis pour vous servir, citoyens représentants, etc. •
A dix heures du soir, la proclamation suivante a été adressée à tous les journaux:
Ik mai 1843.
• Citoyens,
• La République est fondée sur l'ordre ; elle ne peut vivre que par l'ordre.
• Avec l'ordre seul vous aurez le uavail.
• Avec l'ordre seul la grande question de l'amélioration du sort des travailleurs peut être éclairée et résolue.
• Celle vérité, vous l'avez comprise. La France tout entière a applaudi à vou-e atn titude à la fois si résolue el si calme.
« Du jour où des manifeslaiioiis extérieures, résultats inévitables du premier jour d'une révolution, oui cessé, la confiance a commencé à renaître, et avec elle le commerce el l'industrie. »
• Cependant depuis hier, Paris a revu quelques attroupements qui ont jeté dans les esprits des inquiétudes nouvelles, Paris s'en est étonné, non effrayé.
• Citoyens, la République est viva île, le pouvoir est cousiitné, le peuple U(Ul entier se meut au sein de l'Assendjlée nationale. Le droit cl la force sont là ; ils ne sont pas, ils ne peuvent pas être ailleurs.
• Pourquoi donc des atlroupemenls?
« Le droit de réunion, le droit de discussion, le droit de pélilion sont sacrés; ne les compromettez pas par des agitations extérieures et imprudentes qui ne peuvent rien ajouter à leur force.
; « Citoyens, la tranquillité publique est la garantie du travail, la sauve-garde de tous les intérêts; la commission du pouvoir exécutif, convaincue que toute excitation à des manifestations illégales on insensées lue le travail et compromet l'existence du peuple, saura maintenir avec vigueur et partout la tranquillité menacée.
• La commission , pour l'accomplissement de ce devoir, fait appel à tous les hommes sincèrement républicains ; elle compte sur cet excelleni esprit de la population parisienne, qui a jusqu'ici protégé et protégera encore la révolution aussi bien contre la réaction que coulre l'anarchie.
• Les membres de fa commission du pouvoir exécutif,
• Araco, Garniee-Pagès, Marie,
Lamartiîje, Ledru-Hollin. • • Le secrétaire, Pagserue. »
15 haï.
L'orage que nous avions annoncé a éclaté aujourd'hui : la foudre est tombée sur l'Assemblée. Heureusement, la garde nationale , cet éternel paratonnerre du pays, était là.
Qu'on nous permette d'employer la forme du récit: de dire ce que nous avons TU cl entendu ; la chose est curieuse : de-
puis le 1" praii iaT, il ne s'esl rien passé de pareil.
Depuis trois jours le gonvernenient, au resie, élail averli, ce qui n'a pas empêché le gouveniemeni de se laisser prendre.
Maintenant, il est possible, que le gouvernement désirât être pris.
A dix heures, les démocrates convoqués étaient réunis sur la place de la Bastille, au nombre de cinq ou six mille à peu près, au-dessus des têtes flotiaient les drapeaux des corporations diverses, ou des différents clubs; les trottoirs des boulevards étaient garnis de spectateurs.
On s'habitue à l'émeute : c'est un spectacle comme un autre, plus émouvant, voilà tout.
Les cris commeiicèreul au moment où l'on se mettait en marche. Les cris principaux éiaieni: f^ive la République démocratique ! vive Barbes l vive Ledru-liollin ! vive Louis Blanc!
De place eu place on voyait briller les épauleiies d'argent d'au ollicier de la garde nationale.
A midi, le coriége grossi sur la route de dix à doii/.e mille personnes, arrivait en lace du ihéàlre des Variétés. Vers une heure, il aiieignaii le poiit de la Concorde.
Il faisait an temps magnifique.
Contre toute aiietite, l'Assemblée nationale élail coniplélenieut désarmée. Cent cinquante ou deux cents gardes mobiles, placés sur trois rangs, coupaient le pont de la Concorde. Une si faible troupe n'éiaii pas un obstacle sérieux ; aussi, la tête de la colonne ne s'arrêta point à deuiander le passige, elle luuiia le premier rang et lu rompit, il n'y avait pas moyen de résister, ei la résistance ne l'ut pas même keulée.
Au reste, pour les spectateurs, il était facriede voir que, sinon tout ce rassemblement, mais la télé du moins, marchait avec une intention ferme et arrêtée d'arriver à un but. Ce but, quel était-il?
C'était vislbknienl l'envahissement de l'Assemblée,
Cependant, à la vue de ce tumulte d'un instant qui se faisait sur le pont, la grille du palais, qui fait face à la place de la Concorde, se ferma par l'ordre des questeurs.
Alors, la tète de colonne obliqua, et, tandis que la queue de l'imtnense serpent était encore sur le boulevard, elle prit la rue de
Bourgogne, et se présenta à la porte qui donne sur la place du Palais-Bourbon.
Nous nous trouvions à celte seconde invasion, comme nous nous trouvions à la première. Comme la première, elle eut tous les caractères de la violence ; en une seconde, la garde mobile, qui, placée à l'extérieur de la Chambre, voulul un instant faire résistance, fut culbutée ; mais cependant le poste intérieur eut le temps- Je fermer la porte.
L'Assemblée nationale se trouva donc protégée du côté du pont par la grille, du côté du Palais-Bourbon par la porte.
Mais aux deux côtés de la porte se irouventdes ouvertures pareilles à des fenêtres, élevées à six pieds du sol à peu près, et défendues par des artichauts de fer.
11 élail évident que c'était par ces deux ouvertures que l'escalade allait cire tentée.
Comme le spectacle le i)lus curieux était à l'intérieur, comme c'éiail là que le drame devait avoir son dénouement, j'entrai par une porte pariiculièie et je pénétrai dans les cours.
Les cours présentaient l'aspect d'un désordre effroyable. Le peu de gardes naiionaux qui y étaient léunis couraient aux armes; on amenait des chevaux aux ordonnances ; tout le monde criaii, personne ne donnait des ordres.
En ce moment, on vit pa^raltre aux ouvtriui es que nous avons signalées les premières tètes des escaladeurs. La garde nationale el la garde mobile se formèrent aussilôl, prêtes à défendre l'enirée de l'Assemblée nationale; mais le généial Courtais parut et ordonna de remettre labaioaneiie au fourreau.
Nous entrâmes dans la saHe.
L'Assemblée nationale présentait encore un aspect assez calme. La séance s'était ouverte à midi.
On discutait fur les affaires de Pologne; on avait déjà entendu les trois quarts d'un discours de M. Wolowski, lorsque tout à coup JL Degousée monte à la tribune el interrompt l'orateur, en annonçant que le général Counais, mis en demeure par lai de prendre les mesures nécessaires à la sûreté de l'Assemblée, n'a rien prévu, lien ordonné : on est en face de vingt mille hommes, et à peine a-t-ili la disposition de huit cents baïonnettes.
Encore ces baîonnetles viennent-elles
deire remises au fourrcuu par ordre do M. le génr'ral Connais.
On prévienl M. de Lamartine de ce qni se passe, il court au perron de la salle des Pas- Perdus et essaie de se f lire entendre ; mais sa voix est couverte par les linrlenieuts de In muliilude, et un homme du peuple lui ciie cciie phrase qui résume assez b:en l'opinion générale :
— Assez de lyre comme cela ! —
A M. de Lamartine succèdent MM. Albert, Louis Blanc ei Barbes ; mais on dit dans la salle qu'au lieu de calmer les agitateurs, la voix de M. Baibès les excite. Il félicite le peuple d'avoir reconquis ses droits, et lui annonce que les portes de l'Assemblée nationale vont lui être ouvertes.
M. Louis Blanc parle à son lonr Son discours est plus modéré que celui de son collègue. Les cris de Fire Louis Blanc ! l'inieriompeni à tout moment. Le Ilot de sa popularité monte jusqu'à sa bouche et étouffe sa voix. Quant à JL Albert, dont l'aspect est celui d'une brûle, il n'ouvre pas la bouche, cl se conienie d'approuver de la icle les paroles de I\L Barbes et celles de M. Louis Blanc.
Ces différentes dignes opposées aux envahisseurs donncnl un moment de répit à la chambre ; mais ce moment est perdu, le président ne donne aucun ordre. Il semble paralysé par Icsrumenis du dehors.
On attend cette marée qui monie.
Tout à coup les portes des tribunes s'ouvrent violemment; le peuple (nous voudrions trouver un aulie mot pour rendre notre idée, mais nous sommes sous le poids de la pauvreté de notre langue), le peuple fait irruption dans la salle. Quelques fi inmes, placées sur la premièie banquette, poussent des cris qui font, plus que l'entrée du peuple, retourner les représentants de la nation. Elles demandent à sortir, les rangs s'ouvrent pour leur f;iire passage. Elles sont remplacées par des hommes en blouse, en veste ou en bras ntis, qui s'installent, les uns sur la première ban(|ueiie, les autres sur le parapet des galeries, les jambes pendantes dans la salle.
Presque aussitôt le parquet même de la chambre est envahi; deux Ilots, précédés de drapeaux avec des inscriptions en l'honneur de la Pologne, p<''nètrent par les entrées latérales, >i(iinent se lejoindro en face de la tribune et se répandent dans la
grande artère qui fait le miliciî, le bassin lie la chand)rc.
En voyant ce secours qui leur arrive, le» hommes des galtiries se laissent glisser le long des murailles , se maintenant aux saillies des portes à la force des poignets, et sautent dans le petit couloir qui s'éiend tout autour de la chambre , derrière le» banquettes qui forment le rang le plus élevé, puis presque aussitôt descendent ù flot» par les petits chemins qui afllueiit au centre.
Eu ce moment, une lutte individuelle s'engage. Un homme, qui semble un membre de la ch:imbre, est pris au collet cl renversé ; il se relève, on lui porte secours, ei, tout contusionné, il remonte dans un des couloirs.
Pendant quelques miF4ites, on défend la tribune attaquée, et qui est enfin envahie.
On veut en faire autant des bancs des députés; les députés se lèvent et repoussent les agresseurs.
Ces derniers ne sont pas encore trèsnombreux. A peine sont ils ( inq cents dans la Chambre; il est évident que la moindre force iniérieure les eut contenus.
Barbes veut parler, mais il ne peut se faire entendre. Il descend, prend le drapeau des mains de celui qni le porte. Celuici le retient. Le drapeau se brise. B;irbès remonte à la tribune. Il y trouve M. Ledru- Uollin , qui réclame la parole nn quart d'heure sans pouvoir l'obtenir. Un jeune homme, à cheveux rouges, en blouse grise, essaie aussi de parler, mais vainement.
Tumulte effroyable; M. Biichez, dont la présidence a été une éternelle hésitation, agile sa sonnette, essaie de se laire eutendre, se couvre pour rétablir l'ordre, mais inutilement.
Louis Blanc monte, non plus à la tribune, mais sur la tribune. Il est accueilli par des vociférations de triomphe; il dciuande le silence et l'obtient.
Il adjure le peuple d'èire calme cl grand. Il demande pour les représeuiants II liberté de discussion. II aniiiince qu'il va lire la pétition en faveur des Polonais.
Pendant ce temps, trois hommes se sont groupés sur Tescarur de la iribiine.
Le citoyen Raspail , cinquanie-cinq à soixante ans, cheveux blonds, yeux bleus à lli'iirdeiête; il tient à la main une dizaine d'exemplaires delà pétition t(;ui impiimée.
Le citoyen Blanqui, cinquante ans, che-
veux coupés en brosse, pâle, c;ilnic, vèlii de noir, ayant aux mains ses ganls noirs qu'il ne quille jamais.
Enfin, le ( iloyon Iluber, trente luiil à quarante ans, chcvtux ronris, barbe rousse el longiie, yeux petits cl cnflamniés, visage rouge; il lien! une eanne à la main et commiinclc an peuple en cit vaut la canne.
Le peuple en ce niomenl est coniplétenienimatiie de la salle. Les reprcsei.lants denieureiii à leur place ei conserve ni beaucoup de calme. .\u reste, si lumullueuse que soit la foule, elle ne prcsenie pas c t aspect teiiible que les historiens (ionneiit aux tumultes de la première révolution.
Le ciioyen Raspail veut lire la péiiiion. La Chambre (rie que le citoyen n'étant pas représentant du peuple, n'a pas le droit d(; prendre la parole. Deux ou trois leprésent.'<nts se Icveui, ei.de leur place, | rolesteni avec beaucoup d'énergie.
Parmi (eux- ci, nous distinguons le marquis de Mornay.
Mais le piésidenl ne les seconde pas; au lieu de déclarer que lenceinle de la Chumbre est violée, au lieu de se couvrir, au lieu de suspendre la séance, au lieu enlin d'employer un de cts moyens vigoureux que le dangci' met aux cœurs el aux mains des hommes d'énergie, il accorde la parole au citoyen Raspail.
Le ciioy( n Rjspail lit la pétition en faveur de la Pologne, au miliiii des applau-' dissemenis fréneiiiiiies de la fouie.
La péliiion lue, le piésidenl veul parler à son tour. Un lui crie qu'il n'a pas la parole. Il se rassied et se lait.
Des iuierpellaiions particulières se croisent au milieu du tumulte général. Ceux qui tiennent toujours la tribuue sont llaspail et Blanqiii.
Le citoyen Hubcr est au parquet, parlant el gesiiculaiii au milieu de la foule.
Le ciioyen Floite.ami de Blanqui, monte sur le paiapet de la iiiltiine, el menace du poing Baibès, en lui deinaiidani s'il lr;iliii le peuple. Baibès, qui est sur l'esirade du piésidenl, lui prend la main et la lui serre.
Dans l'inteivalie, Blanqui est ariivé à la iribune, il deinanie à parler, lève sa main gaulée de noir et obiienl le silence.
Sa voix esi fiéle, sans aucuinr émotion, cependant elle se laii entendre disiiui;lc- Dient. , 'L
Il demande le rciablissement dé fa Pologne telle qu'elle clait avant le piemier
démenibremenl de 1772 et avec ses anciennes limites.
Il vent que l:i chambre délibère en présence du peuple, el vole séance tenante la guerre à la Prusse, à l'Autriche, à la Russie.
De sa place, M. ClémeniTbomas, colonel de la 2' légion, demande la parole avec beaucoup d'énergie.
Blanqui coniinue.
Il revient sur les alTaires de Rouen, demande qu'on ouvre les prisons, qu'on rende la liberté aux piclimcs.
Le tumulte couvre sa voix. Au bout de dix miuuies, il se calme. Blanqui parle do nouveau.
Il se plaint qu'on ait écarté systématiquement du gouvernement acluel, le citoyen Louis Blanc, qui avait si bien inériié des travailleurs. Mais le peuple lui-même le ramène à la question de Pologne.
Alors, M. Lamartine se lève el traverse la foule; on lui donne quelques poignées de maits; il parvient jusque derrière la iribune, où il cause longtemps au iniliei d'un cercle avec un jeune homme en blouse blanche et en cravaie noire.
Rien d'hostile ne se manifeste contre lui, seulemeni, son influence des premiers jours est complètement perdue.
Pauvre Lamartine! nous lui avions prédit cela, le jour où nous prîmes congé de lui au ministère des affaires éiraiigè/'es, pour ne plus le revoir.
Cependant, au milieu de l'exaltation qui s'augmente, sa situation peut devenir dangereuse; d'ailleurs, il est important qu'il sorte de la salle, pour prendre des mesures contre !'( nvahissement de l'Assemblée.
Un jeune homme , qui pense comme nous sur ce poinl , s'avance alors dans la salle, fend la foule, va vivemcni à M. de Lamariiiic cl le tire par le pan de sou habit, en s'écrianl :
— Citoyen,. vent z vite, votre femme se trouve mal.
A CCS mots, personne ne songe à retenir celui qu'on attend, Lamartine soi t.
,, A la porte il demande à sou guide:
— Où est madaïne Lamartine?
— .le ne sais pas.
— Elle ne se trouve donc pas mal?
— Pas le moins du monde. ,^
— Qui êies-vous? j
— Je suis le citoyen Ilirshîer, je connais M. Dumas, nous avons voulu vous
tirer d'embarras; vous voilà libre, ordonnez.
— Je voudrais trouver un endroit où me reposer un instant.
— Venez.
La porte de la bibliothèque se présente, on entre dans la bibliothèque, où se trouve le général Courlais qui y avait cherché un refuge.
La porte se referme sur le général Courlais et sur Lamartine.
Pendant ce temps, le tumulte de l'Assemblée nationale continue.
Un inconnu monte à la trilnine; mais le tumulte empêche qu'on n'entende ce qu'il dit; on veut l'intcriompre, le président lui mamiient la parole. C'est un être bien curieux que M. Bûchez.
Un pompier fend la foule, monte à la tnbune, essaye de parler, mais ne peut y réussir.
En ce moment, une lulle s'engage au pied de la tribune, entre un officier de la garde nationale et la foule ; l'officier est renversé, nne de ses épauleties arrachée, on l'élève en l'air.
Le derrière de la tribune est transformé en buvette, où chacun va boire; desseau.x d'eau sont apportés et vidés.
Barbes monte à la tribune pour la troisième fois; il demande et obtient le silence.
Alors il déclare que le peuple a bien mérité de la pairie; il demande que l'on mette hors la loi tout officier de la garde nationale qui ordonnerait de battre le rappel.
Il demande qu'on déclare traître à la patrie tout représentant qui ne volerait pas, séance tenante, en faveur de la guerre.
Enfin, il demande un impôt d'un milliard sur les riches.
Ces différentes motions sont applaudies frénétiquement par la foule, mais accueillies avec un silence de glace par les représentants.
Le discours fini, on prend Louis Blanc, bon gré mal gré, et on le porte en triomphe. Il se débat et crie. La scène prend un côté grotesque, que comprend très-bien le jeune patron des travailleurs. Il demande à ce qu'on le remette à terre, et s'engouffre dans la fouie en y retombant.
Un instant après il reparaît sur nne table ; n essaye de parler ; un cercle se forme autour de lui. Ceux qui forment le cercle
l'entenJeni, sans doute, mais sa voix ne parvient pas jusqu'à nous.
En cet instant, il y a quatre ou cinq mille hommes dans la salle.
A droite de la tribune se passe un petit incident que personne ne remarque, mai.s qui, dans quelques minutes, va prendre une grande importance. Un homme tire de sa poche une feuille de papier sur laquelle est écrite celte phrase :
L'Assemblée nationale est dissoute.
On attache la pancarte au boiu d'un drapeau qu'on éève en l'air; mais le citoyen Hubcr saisit la pancarte, l'arrache, moule à la tribune, la déploie, et en même temps crie :
« Au nom du peuple, l'Assemblée nationale est dissoute. »
Il se retourne et met la feuille de papier sur le bureau du président.
Aussitôt, l'estrade du président est envahie, un homme du peuple pousse M. Bûchez par les épaules. Le président n'essaie pas même de défen(b-e son fauteuil, il descend piteusement les degrés et sort de la salle.
Une fois le président sorti, un grand nombre de députés se lèvent et sortent.
La foule devient menaçante. Quelques murmures s'élèvent contre l'habit du père Lacordaire, qui, pendant tout le tumulte, s'est tenu à sa place avec un grand calme. Deux per.sonnes le protègent; l'une est le citoyen Delaage, petit-fils de Chapial, l'autre est un montagnard inconnu.
Ce montagnard est armé d'un pistolet ; le pistolet part, la balle va percer le plafond de la salle.
Le lumulie redouble.
Au milieu du tumulte, un homme monte à la tribune et proclame un nouveau gouvernement. Voici les noms qui le composent : Pierre Leroux, — Barbes,— Blanqui, — Cabet, — Proudhon,- Louis Blanc,— Albert, — Lcdru-Rollin, — Raspail.
C'est alors seulement que nous sortons.
A la porte nous trouvons M. de Larochejacqnelein et M. Btrryer.
Tous deux regardent l'Assemblée nationale comme dissoute.
Les abords de TAssemblée présentent un étrange spectacle. On voit des troupes partout.
D'où vient que ces troupes ne marchent pas sur l'Assemblée nationale?
D'où vient qu elles semblent attendre des
ordres? Que Tonl donc dans leur biblioilièque le général Couriais et ^l. de Lainarline?
Nous nous approchons de la garde mobile , qui garde l'enlrée de l'Assemblée nationale du côté du pont: elle n'a que la salle des Pas-Perdus à traverser pour être dans la Chambre. Pourquoi ne la iraversel-elle pas?
Quelques cris de vive la République démocratique l partent de ses rangs.
Nous traversons les Tuileries, les femmes s'y promènent, les hommes causent, les enfants jouent, en toilette de printemps.
Un bataillon de la garde nationale bivouaque à l'ombre.
Tout le monde semble ignorer ce qui s'est passé à la Chambre.
On rencontre des gens qui courent effarés, proclamant le nouveau gouTernenicnt.
Chacun s'interroge, apprend aveC étonnement ce qui s'est passé, se dit : — faisons donc quelque chose, — et ne fait rien.
Pendant ce temps, voilà ce qui s'est passé à la Chambre :
Une portion considérable des premiers envahisseurs est sortie, entraînée par ceux qui doivent faire partie du nouveau gouvernement.
Cinq minutes après, el tandis que l'Assemblée se renouvelle par nue grande infiltration de curieux qui n'ont pas pris part au mouvement révolutionnaire, la garde mobile entre la baïonnette en avant.
Crpendant aucune collision n'a lieu ; les véritables agitatcuis étaient partis. La garde mobile fraternise avec ceux qui se trouvent dans la Chambre.
La garde nationale an-ive alors el fait évacuer la salle. Un homme, qui essayait de parler à la tribune, est pris à bras le corps et emporté par un officier.
Avec la garde nationale rentre la majeure partie des représenia'Uls de la nation.
Alors, le bruil se répand que lîarbès, filanqui, Haspail «t Louis Blanc soni arrêtés. 11 est cinq heures.
Lamartine el Ledru-Rollin uiarchcnl sur l'Hôtel de ville, que l'on dit euvahi el déjà le siège de quelques membres du gouvernement. Ils ont avec eux de l'ariillerie, des dragons, des tincicrs, de la ligne et de la garde nationale.
L'aspect de Paris prend le caractère des •our& orageux. Des groupes se formenl à
tous les angles de rues. La garde nationale marche de tous côlés au secours de la Chambre.
Plusieurs citoyens en redingote, en veste de chas'^e, courent, avec des fusils doubles, se joindre ù la garde nationale.
A six heures, l'Ass iniblée est en séance et JL le procuieur-général Portails à la tribune. Il deman ie que l'Assemblée mette sous la main de la justice les citoyens Barbes el Connais, représentants, comme prévenus du crime d'attentat à la souveraineté nationale.
Le décret est volé à l'unanimité.
Une lettre de M. Antony Thoiiret est lue à la tribune par un représentant. Celle lettre apprend à l'Assemblée que MM. de Lamartine et Ledru-Rollin, à la tête d'une force imposante de la garde nationale, sont maîtres de l'Hôtel de ville.
Ou donne quelques détails sur cet événement. Les arrestations annoncées sont confirmées. On ajoute que le citoyen Barbés est blessé d'un coup de baïonnette.
Tous les clubistes et leur gonvernemeut improvisé ont été cernés et pris comme dans une sonricicre. L'ariillerie avait marché contre eux, et toutes les rues se trouvaient occupées.
L'ex-général Couriais esl arrêté et gardé à vue dans l'une des pièces du palais de l'Assemblée, par deux cents hommes de la garde nationale. ^
M. Lamartine enire dans la salle, presque porté sur les bras de la garde nationale. •
M. Garnier-Pagès ilonne quelques explications sur les mesures prises par la commission executive, niestnes mal exécutées d'abord, mais heureusement terminées en (;e moment. Il annonce la fermeture des clubs démagogiques conspirant, et non discutant, les armes à la main. M. Garnier- Pagès déclare que la garde nationale, l'armée, l'Assemblée ei le peuple, veulent une République honnête cl modérée. Ils l'auront.
M. de Lamartine prend la parole pour annoncer la défaite des factieux, el le triomphe de la vraie libellé, de la vraie République.
Ui» membre demande à la commission executive si la garde nationale, l'armée et la garde mobile occupent en forces suffisantes les points principaux de la capitale. Il veut aussi savoir si la rue de Rivoli,
tm -
demeure de Sobrier, estcueore le quiuàt'rglnwéral do la n-volte.
Un niiiiisire répond qu'en ce moment les pciqiiiviiioiis les plus sévères soin fa'fles rue de Rivoli.
Entre ces discoiil'sfcf ces InterpellalîAns, un aiiire niemlirc annonce qu'un niûiircmeni insurreciioiinel doil criaier à Lille, et ff plie le goH\ernement d'y puniroir.
A bMil liomes, les icprésentaiits sont encore en séance, el les abords du palais sonl entourés de fjnrdrs naiionanx , de jjaides mobiles devant lesquels défilent les lanciers au milieu d'applaudissements unanimes.
Le pouvoir exécutif se relire.
M. Flocon monle à la tribune et annonce que le pouvoir cxécuiif s'est relire pour prendre les mesures les plus énergiques. Il dii, qu'ayant besoin de se rendre auprès du Gonvcrnenienl, il dt mande à son lonr la permission de qnitiei- la Chambre. Il retrouvera la Chambre, puisque la Chambre demeure en permanence.
M. Montrol monte à la tribune. Il dit que la gaidf nationale est fatiguée; qu'il est besoin qu'cile se répynle dans U's rues de Paris el qu'elle annonce l'admirable résultat de la journée; que la ç!»anibre ellepjeme a besoin do repos; qii'une peiinaiiicnce .serait inuiile ei qu'il demande la remise de la séance au lendemain.
Toutes les^oix appuient la motion.
La séance est levée.
Demain, réunion à dix heures.
Alors commence la soriic des députés:
sortie ((iii résuuic tonte la journée, stjriie dans laquelle on ictrouve h 'tietciiiv de 4'ordre, la défaiie des agiiaiem»; la Iciie est assez étroite pour que les députés ne puissent sortir que deux à deux, et pour que ( haqne garde naiiunal donne la main aux repiésenianis qui passent. C'est alors que l'enihonsiasme éclate ; chaque garde national crie: Vivent les députés; chique dépuKi crie : A'ive la gaide naiioiiale. Une grande éireinie resserre encore une fois le véritable p' nple et ses viriiables représentants. — Nous rentrons, poursuivis par les cris de joie de dix mille hommes; et à dix heures, nous écrivons ces lignes qui enregistrent une des plus ctirieiiscs journées de noire histoire de France.
Paris s'illumine.
/'. S. A dix heures, conlraircaveat „,
l'^sserlîon de M. Gamier-Pagès, le club Blanqni n'en pas enc.n'e fermé.
La procl:imation suivante vient d'ôtre aflichéc dans tout Paris :
yfu peuple français et à la fjarde uatiovah de Paris et de la banfi£tie.
• Citoyens,
« L'Assemblée nationale élue par le suffrage universel du peuple a été env;ihie; son pri'sideiit a été expulsé du fauteuil, et des factieux se sont subsliiu"s à nos véritables lepiésentanis , qui conqilenl sur vous et sur tous les bons citoyens, comme vous pouvez compier sur eux.
• Le questeur délégué :
« Degousée. • P'ice la lie'pttbliqueî
De son côlc, le ministre de l'iuléiieur a fait alTichcr la proclamation suivante :
MINISTÈRE DE L'iXTÉniECR.
Paris, 15 mai 1848.
• Ciioyens,
• Une multitude égarée par quelques faciieux vient de violer la Rrepiésenlation nationale.
• C' tie tentative insensée a échoué devant les maiiifcsiaiions unanimes de la population.
• Le gouvernement de la République fera son devoir : il saura déployer l'énergie qui doit assurer l'ordre, sans que la moindre aiieinte soit portée au principe de la liberté.
• Le ministre de l'intérieur,
• Recuht. •
Nous consignons différents détails dans l'ordre oii ils nous arrivent:
Le citoyen Sobrier, à la tôle de cent hommes, s'était emparé du ministère de rinlérieur ; il a été arrêté.
Vers huit heures du soir, la garde national s'est portée sur la maison de la rue de Rivoli, où M. Sobrier avaii établi son quartier-général et les bureaux ûe.hx Contnnitie de Parii. La porK; en avait été firmce dos trois heures de l'api ès-midi. La garde iiotionale y a pénétré sans résistance de la part des imlividns qui l'habitaient, et que la nouvelle de r:irreslaiion de M. Sobi ier semblait avoir décontenancés. On assure que, lois de l'arrivée des gardes naiionaux, ils s'occupaient à brûler
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lies papiers. On njoiiîe qu'on :i Irouvé (Jans CCS appartemeuis des fusHs ei un baiil de poudre.
C'est par erreur qu'on a nnnoncé l'arrestation de blanqiii; il est parvenu à s'écliapper.
A minuit, tout est parfaitement tranquille.
Le jour a trouve la gai de nationale, l'armée loujoui-s debout, toujours vi;^!laiitcs; ceux cpii n'avaient pas canipc dans les rues sortaient avec leuis armes; ou voyait sur eliaque visage la résolution de faire lriomplii.r l'ordre et la Répub'ique.
Ou le suppose bien, la séance d'aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, a été pleine d'incidents. Dés dix heures, la Chambre était nombreuse et ai;iiéc.
La lecture du procès-verbal achevée, M. Bûchez a pris la parole, et a vainement tenté de justifier la faiblesse de sa conduite dans la sé-auce d'hier.
I.a tribune a été ensuite occupée par M. (inruier- Pa;.'ès, qui a rendu compte des mesures prises depuis la veille.
Quiconque a manqué à son devoir doit èlre inexoiabl ment frappé. Le repos de la population tout entière, le repos et ia liberté de la France sont à ce piix.
Les explieatiuns doimées par AL C:inssidièrc, diicctemcut tt vigoureusement inttr.oellé par divers membres, prouvent qu'il ne peut plus garder le poste dont il s'était emparé après la révolution du 24 février.
M. Caussidicre a diiiiiié sa dt'mission, mai* il pai-.iît que la garde montagnarde n'a pas doum; la sienne.
A quatre heures du soir, le général lîedeau marche sur la préfectuie de police avec cinq ou six mille liommtb.On s'attend à <ine collision sanglante.
Le 2' régiment de cuirassiers vient pren re position devant le palais de l'Asseniblée nationale.
Une iilertë se communique à l'Assemblée et ù la jjarde de service au palais. En un instant tout lenlonde est sous les armes. h n'y a rien; c'est un faux bruit.
-:L'ex-gcncial Conr'.ais est gardé à vue daus tin local éloigné de la Chambre, par
la garde nalioiiaii'. Sa con.luite est diversement commenice. Ses amis la rejettent, sur sa bonne foi. sa faiblesse et sou incapacité. Le plus i;raiid nomiire espriin:; une vive iiKlignaiioii.
La salle des l'as-Pcrdus est devenue le tendez vous de tous l'>s causeurs; c'est à'I peine sî les journalistes chargés de l'aire les coniples-rendirs des bureaux de l'Assemblée peuvei'ii avoir un petit coin.
Oa assure que quarante individus compromis dans le coniidot et arrêtés celte nuit par la garde nationale, ont <!té élargi* de la préfecture de police, où ils uvainnl été conduits.
Il est 5 heures, une vive agitation continue à régner aux abords du palais de la Chambre.
On parle de nombreuses airestaiion»
ordonnées par le parquet, i\ la suite de la saisie des papiers de Sobiier et de son journal.
Tous les représentants portent, à dater de<'e malin, à la boutonnière gau(;he, une ro."!eile tricolore ; c'est le signe disiinciif et solennel.
A une heure du matin, une patrouille de gardes nationaux passait dans la i ne Saint- Martin, quand l'Ile aperçut un certain mouvement du côté où se tenait le club du passage Molière. Les gardes nationaux entrent imniédiatemetii dans le passage, et montent l'escalier qui conduit à la salle oùjes factieux se trouvaient réunis.
Ils sont reçus par une décharge de coups do fusil qui tue deux hommes de la patrouille ; celle-ci répond par une fusillade et se précipite dans la «aile, où elle arrête onze individus. On a trouvé une grande qua-itiié de carioneheset une cinquantaine de proclamations (jui devaient ôtre ce matin affichées sur les murs.
Toutes les dispositions prises pour la siirelé de l'Assemblée ont été changées 1» jour de l'atienlai, milgrc les ordres des quesleiu's et les ordres réitérés du président. C'est le général Couitais lui-même qui a donné les contre-ordres, qui a dé.<organisé loul le set vire, ipii a fait remettre les b;iïonneites dans le fourreau à ia garde mobile. C'est lui, eu un mol, qui a livré l'Assemblée à l'émeute, et c'est là co qui lui
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a fail arracher ses épauleues et sa décoration par la ganlc naliotiale, et a déleiiuiiic sa mise en aci^^usaiion.
Anjourd'luii, M. Louis Blanc a paru à la séance de l'Assenibléc nationale, dès l'ouverture. Il a passé quelques iusiaiils à lire le jUoiiitettfj et s'est éclipsé.
Il est rentré vers cinq heures, et, en iraversant la salle des Pas- Perdus, il a été hué par les gardes nationaux qui se trouvaient sur son passage.
La Commune de Pari», journal de M.
Sobrier, et la fraie Jtepubiique, journal de M. Thoré, n'ont pas paru aujourd'hui.
Paris est tranquille, cl plulôl joyeux que irisle. Chacun a le senliment du danger auquel il vient d'échapper.
Le bruii s'éiail répandu que Iluber ci Blanqui avaient élé arrêtés; mais le fail est que IJlanqui n'a pas même été arrclé, et que lluber, pris, a été relâché.
A minuit, do nombreuses patrouilles sillonnent les rues de Paris.
M. Garnier-Pagès avait annoncé hier «pio d'énergiques mesures allaient être prises.
Lbs énergiques mesures annoncées par M. Garuier-Pagès, au nom du pouvoir exé- «mlif, consistent ;
1* Dans une transformation de la garde républicaine, qui s'appellera désormais Garde républicaine parisienne ;
2° Dans l'acceptalion des démissions du ciloyen Caussidière et de son secrétairegénéral.
Ces deux mesures, consignées au Moniteur, n'ont pas dû, il faut en convenir, couler un grand effort de vigueur à MM. Arago, Garnier-Pagès, Marie, Laniariine et Ledru-Rollin; car M. Caussidière avait donné hier publiquement à la tribune sa démission, et après le débat qui avait eu lieu, il n'était plus possible que la garde républicaine subsistât.
K'y avait- il donc pas d'autres mesures non moins urgentes, non moins importantes à prendre?
Il faut cependant qtie la vérité luise.
Jamais gouvernement ne se vanta plus cl ne lit moins.
Si MM. Ledru-Rollin, Flocon, Caussidière, n'ont rien à craindre de la vérité,
c'est leur rendre un service que de leur donner le moyen de le piov er et d'écarter les soujiçons.
Notie avis est que l'Assemblée nationale ne saurait exiger des garanties ni trop étendues, ni trop efficaces.
Cent mille gardes nationaux ne peuvent se condamner à bivouaquer sur la place de la Concorde et dans les Champs-Elysées, pendant tout le temps que siégera l'Assemblée nationale.
Il faut à la majorité de l'Assemblée plus que des explications, il lui faut des gages.
La séance d'aujourd'hui a élé presque tout entière consacrée à la nomination de la commission chargée de rédiger la constitution.
Le gouvernemenl propose :
1° D'appliquer à Louis-Philippe et à sa famille la loi de bannissement votée en
2° De dissoudre les associations armées.
3° D'ouvrir un crédit de trois millions pour les ateliers nationaux.
Pour ces trois projets, le gouvernemenl demande un vote d'urgentfé.
Une grande partie de Paris a été occupée militairement toute la nuit.
Voici quelques détails sur les résultats de la perquisition faite au domicile du ciloyen Sobrier, me de Rivoli, 16, et à la succursale de son établissement, même rue, 6 :
La garde nationale a arrêté Lebouclier, secrétaire de Sobrier, au moment où il rcnli ait. Il était allé à la rencontre de Sobrier, qui venait d'être arrêté au quai d'Orsay. Leboucher portail les insignes de capitaine de la garde nationale, qu'on lui a an achés. Il a été déposé au poste des Tuileries.
Ou avait arrêté d'abord vingt-huit montagnards attaoliés au service de Sobrier. Les gardes nationaux fouillèrent ensuite ces deux maisons eu tous sens. Ils monlèrent jusque sur les toits, où on pensait que quatre individus s'étaient retirés.
On saisit douze cents paquets de cartouches cl deux cents fusils chargés. Ces fusils el quelques poignards furent découverts dans uue chambre à coucher. On a
reconnu que les balles des carloiiches provenaient de Vincennes. Ces balles eiilèveiii circulairemenl la cbairoù elles péiièirent, et rendent presque toujours la blessure morieile.
La garde nationale occupe les deux maisons habitées par le citoyen Sobrier et sa garde.
Avant-hier, nn homme de (rente à trentecinq an5, se trouvait devant l'Hôtel de ville au moment où Barbes s'y rendait pour prodamer la dissolution de l'Assemblée nationale et instituer un gouvernement provisoire. Ce citoyen protestait, dans la foule, contre celte prétention, lorsqu'il se vit assailli par une centaine d'individus qui faisaient entendre des menaces de mort contre lui. Il a fait des efforis inutiles pour empêcher les dévastations de la boutique de l'armurier. Finalement, il a été foulé aux pieds, et l'émeute a passé outre. Cet homme c'est M. Drouineati jeune, fière de l'officier tué dans l'échauffourée de Barbes, le 12 mai 1^.
La garde nationale et deux bataillons de la garde mobile occupent les postes, les cours et jardins de la préfecture de police. Les Montagnards, les Lyonnais et la partie de la garde républicaine qui s'y étaient installés, sont désarmés depuis hier soir. Ils sont toujours dans la préfecture, et gardés à vue. La consigne la plus sévère est donnée. Personne ne peut entrer ni sortir.
On a dit à la Cliambre qu'on a saisi an grand nombre de fusils, de pistolets, de sabres, de poignards, et quantité de carlouches.
A trois heures, ce soir, on continuait les perquisitions.
M. Caussidière n'a pas encore quitté la préfecture de police.
On a arrêté et saisi hier dans les environs de la rue de Lille, du côté de l'Assemblée nationale, nne voilnre chargée de cartouches et d'armes.
On porte à 8© le nombre des cilojens arrêtés à Toccasion de Taffaire du 15 mai On n'a conduit à Vincennes que les principatix auteurs du complot, parmi >e8qaels on cite Quentin, ex-receveur des finances, qui a introdoit Bhnqui dans la salle des séances.
I M. Trouvé-Chauvel, représentant de la Sarthe, a été nonmié ce soir préfet de police, en remplacement de M. Caussidière
La tranquillité malérifille continue à n'èire point troublée, mais les esprits habitué» à voir au fond des choses sont convaincus que tous les événements qui se passent ne sont point des accidents du hasard, mais les développements successifs d'une vaste cotispiraiion qui se serait * manifestée tléjà par trois tentatives différentes : la promenade du 15 mars, la démonstration du 17 avril, et enfin l'événement du 15 mai.
Comme les effets ont été progressifs, si la cause continue d'exister, la première manifesiation aura lieu à main armée.
C'est la chose à laquelle il faut s'attendre.
Que les bons citoyens se tiennent dcnc prêts et armés, afin de n'être pas pris à l'improviste.
Aujourd'hui, peu d'événements j Paris se repose de ses émotions. .',
Le général Cavaiguac a été nonlftié'hilnisire de la guerre.
On dit qu'il est arrive hier et s'est rendu à l'iuslant même au Luxembourg.