Î MAI
Paris. — Le ]\alional annonçait que le prince de Juinville, accompagne du général de Ruiiiigny, était arrivé à Paris. Le journal la Prene publie aujourd hui plusieurs letin-s du prince à un oflicier de marine. Celte correspondance donne le démenti le pUis énergique à la version du lîatiulint, en même temps qu'elle est une proitslation contre le décret de bannissement présenté à l'Assemblée par la commission du pouvoir executif.
Il paraft positif que Barbes a essayé à s'échapper du fort de Vincennes. Il éiaii parvenu à gagner deux de ses gardiens, el c'est le iroisièuie qui la reconnu et arrêté. Baibès, dii-on, ne s'est pas laissé reconduire sans résistance dans l'intérieur du fort.
Au lien d'être placé, comme auparavant, an i-ez-de-cliausséc du fort de Vincennes, Barbes a été mis aujourd'hui en haut du donjon.
On assure que M. (Irémienx a exprimé avant -lii'T à la commission du pouvoir exécutif son désir d'être remplacé au ministère de la justice.
On ajoute que le successeur déjà désigné de M. Crémieux est M. Betbmont.
Paris. — La séance a été belle et imposante : inaugurée par une communication qui iransnietiait à notre Képubliqne le salut cordial el fraternel du cangrès américain, elle a brillé de tout l'éclat que devait emprunter à une parole éloquente l'exposé d'une politique qu'on peut dire éminemment nationale, parce qu'elle esi à la fois ferme et modérée, sensée et généreuse.
Nous ne voudrions retrancher de celle séance que l'épisode qui en a troublé le début et qui a péniblement affecté l'assemblée entière. M. le général Baraguay-d'Hilliers, qu'un décrel, en date du 15, avait appelé à l'honneur de commander, de concert avec M.M. les qiiesti'Uis, les forces destinées à proléger la icprésentaiion nationale, est venu dépos'-r sur la tribune sa démission. Il a pensé que ce commandement était devenu inconciliable avec la haute direction militaire dont ce m;itin même M. le ministre de la guerre avait été investi par .M. le président.
On dit que ks dissenlimeuis qui se sont élevés dans le sein du gouvernement, ont pouriibjet la proposition faite d'une anestaiion inipoitanie, qu'une pariio des membres de lu comn)is^iun executive aurait cru ne pas devoir autoriser.
Il y a une scission iiès-lranchée entre les membres de la commission du pouvoir exécutif. M.M. Lamartine et Ledrn-Rollin sont ensemble : c'est le parti du niouvcmenl; M.M. Anigo,G:irnicr-Pagèsci Mario constiiueut ce qu'on appelle le parti modéré.
L'assemblée a adopté le décrel dont la teneur suil :
« Arl. 1". Un crédit extraordinaire de un million de francs est ouvert aux ministre des travaux publics pour les dépenses des ateliers nationaux.
« Art. 2. L'emploi détaillé du crédit sera soumis à la sanction de l'AssembléB nationale.
« Délibéré en séance publique, à Pari*, le21mailS&8.
• Les président et secrétaires. •
Après avoir convoqué les assemblées
électorales pour le k juin, à l'cllel de remplacer les représenuinis qui avaient obicnu de doubles nommiuations, le pouvoir exécutif a ordonné la fermeture des clubs <le Raspail et de Blanqui.
Paris. — La sécurité est rentrée pour le moment dans la ville : renirera-t-elle enfin dans ies esprits? Ce n'est pas l'émeute désormais qui esl le plus à craindre.
Vaincue par la garde nationale, par l'armée , par le peuple de Paris, elle le serait encore si elle osait menacer le gouvernement; le scntinienl public est unanime pour repousser des docirines anarchiques, pour opposer la force do tous à la violence de qui Iques-uns. Mais quand reprendront les affaires? quand sortironsnuus de la langueur et du marasme? Quand verra-l-on renaître la confiance?
Chacun s'adresse ces questions et nul ne peut y répondre. Les affaires ne reprendront quelque activité, la confiance ne renoîira que le jour où le pouvoir uni, ferme, résolu, au-dessus du soupçon, étranger aux défiances, fera appel à tous les dévouements, à toutes les capaciiés, sans aucune distinction injurieuse ou puérile, pour les rallier en un faisceau autour de lui.
Aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, le président a annoncé qu'il venait de recevoir deux lettres signées, l'une François d Orléans et Henri d'Orléans, l'autre Louis d'Oiléans. (Mouvement.) « Ces deux lettres, a-i-il dit, sont relatives au projet de déci;el sur lequel un rapport doit être fait à l'Assemblée dans cette séance. »
Le Moniteur publie la note suivante :
« Depuis (jnelques jours, des hommes qui tendent évidemment à exciter des désordres, se plaisent à répandre dans le public des bruiis alarmants. La justice veille sur ces machinations, elle saura les saisir ci les désarmer ; le public doit se nieiire en garde contre cette tactique, qui n'esi i)as iionvclln.
« On dit, on redit partout que la commission du pouvoir exécutif a donné ou va donner sa démission ; que la commission est dissoute. Il n'y a rien de vrai, rien de fondé dans tous ces récits, qui no doivent pas iM'éoccuper un seul ijoslanl les esprits sérieux.
On cite ce mot d'uu célèbre représentant, du peuple qui a donné sa démission :
<• J'étais républicain de la veillei mais le lendemain je ne l'étais plus.
Paris. — Une nombreuse réunion de représentants a eu lieu hier au soir au Palais-National, galerie de la Chapelle; elle avait pour objet d'établir une fusion entre les membres du Cercle démocratique de la rue des Pyramides et les membres de la réunion du conseil d'Etat.
La commission chargée d'élaborer la constitution travaille activement. Ses séances se prolongent quelquefois fort ayant dans la nuit.
La commission a commencé la discussion sur la question de la magistrature.
Le comité des travaux publics avait évoqué dans une précédente séance la question du rachat des chemins de fer. L'Assemblée ayant approuvé cette juste réclamation , le comité des travaux publics a mis la question en discussion dans la séance de ce malin.
Le Droit annonce que la justice a saisi une lettre adressée a M. Blanqui. Voici celte leilre, qui dévoile l'odieuse lactique de certains hommes el de certain parti : « ylu citoyen Blanqui.
« La bourgeoisie l'emporte sur toute la ligne... Ce n'est pas ouvertement que vous pourrez arriver à ruiner ei écraser la bourgeoisie, qui ne veut qu'anéantir jusqu'au sentiment populaire; mais, ainsi que les années de partisans trop petites pour combattre en plaine, en bataille rangée, ses soldats épuisent el dispersent une grosse armée par leur guerre cachée et sourde. Ainsi les Vendéens en 93. C'esi par les inquiétudes continuelles, les menées sourdes que vous pourrez empêcher le commerce, qui esl làrae de la bourjreoisie, le crédit de reprendre et lui faire couler jusqu'à sa dernière pièce d'argent. L'argent, c'est le sang de la bourgeoisie, c'est la banque- . route ; la chute (lu ô pour 100 èi du 5 pour 100, voilà son Waterloo à elle, le reste lui esl bien égal ; que le sang du peuple coule, que la rente remonte, et tout est dit ; aussi ïlésire-i-elle assez en vepir aux mains avec
vous. La banqueroule de l'Etat, de la banque, et la voilà flambée, et pour y arriver, rinquiélude, les propos, les escarnioiiclies, mais pas de combats, où elle aurait le grand avantage. En 1831, un an après juillet, vous avez su l'entraver dans son crédit, et la situation était bien meilleure pour elle qu'aujourd'hui. Le crédit, c'est par là qu'elle est vulnérable, tel est le genre de mort qu'il lai finit, sinon vous irez voir comment se porte Saint-Michel ; car sa souveraineté s'exercera contre vous, et ça ne tardera pas : vous êtes son exécration, vous et les vôtres. »
PBKFFXTURE DE POLICE.
Le citoyen Auguste Blanqui a été arrêté ce soir, à six heures, rue Moniholon, 14.
Le projet de loi qui prononce le bannissement de la famille d'Orléans a été voté aujourd'hui, au scrutin de division, p;ir 632 voix contre 63.
Nous étions préparés à ce résultat, et nous l'avions annoncé d'avance. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous savons ce qu'on doit attendre de la plupart des républicains de la veille. Vainement M. Laurent de (l'Ardèche), un des leurs pourtant, mais qui s'est placé par son discours dans uno honorable exception, vainement a-t-il représenté qu'il fallait savoir pratiquer, sous la république, ce qu'on avait demandé sous la monarchie. Il n'a trouvé, sur presque tons les bancs où siègent ses amis, que la pire espèce des sourds, celle qui ne veut pas entendre.
Disons seulement qu'une phrase de M.
Vignerie a appelé à la tribune M. Napoléon Bonaparte. M. Vignerie avait laissé échapper obliquement une menace à l'adresse de ce grand nom. — C'est du nom de Bonaparte qu'il s'agit , ne confondez pas! — Il poussait la mansuétude, cet illustre M. Vignerte, jusqu'à admettre /)rovisoiremenl dans l'Assemblée les deux membres de la famille impériale que la souvcrainté électorale y a envoyés; mais par un de ces pressentiments qui ne viennent qu'à certaines âmes, il faisait entrevoir que , dans l'avenir, la proscription, contre eux, pourrait bien reprendre tous ses droits.
C'est alors que M. Napoléon Bonaparte s'est élancé à la tribune, et que, d'un re-
vers de main, il a fait rentrer sous terre celte nionomanie d'ostracisme. L'indignation, qui fait les poètes, fait aussi les orateurs. Elle a inspiré, en ce moment là, au neveu de Napoléon, une protestation vive, chaleureuse, accablante, que des bravos universels ont accueillie. Quoique ce soit peut-être contraire à la sévérité des mœurs républicaines, nous l'engageons à envoyer demain, en signe de remercîmeiit, sa carte à M. Vignerte. Il lui doit son succès d'aujourd'hui.
Paris. — Empêcher à tout prix l'élection de M. Thiers et celle de M. de Girardin est le mot d'ordre donné à tous les agents électoraux du gouvernement, si toutefois l'on peul donner le nom de gouvernement à i'iuiérim qui a succédé au provisoirç.
Napoléon- Louis Bonaparte , auquel on prêtait toujours des vues pour le rétablissement de la dynastie impériale, vient d'écrire à l'Asseuiblée nationale , pour protester contre la proposition de bannissement projetée contre lui.
On lisait ce matin dans le Monileiir :
« Aujourd'hui, à six heures du soir, Auguste Blanqui a été arrêté rue Moniholon, n° 14. On sait le rûle qu'il a joué dans la journée du 15 mai. A l'Assemblée nationale, il avait été l'un des orateurs qui, parmi les factieux, avait occupé le plus longtemps la tribune. A l'Hôtel de ville, il avait été nommé un des membres du gouvernement provisoire qu'avait improvisé l'insurrection.
• Depuis lors, constamment poursuivi, il ne pouvait échapper longtemps aux recherches dont il était l'objet.
« Celte arrestation aura d'exccllenls résultats. Les bons citoyens se rassureront en voyant que la vigilance des magistrats suit et punit les coupables. »
Voici les détails que nous avons recueillis :
A peine Hiiber avait prononcé la dissolution de l'Assemblée nationale, cl nommé le gouvernement provisoire, que les chefs, suivis de leurs amis, cherchèrent à sortir du palais pour se rendre à l'Hôlel de ville.
Barbes sortit par le petit corps-degarde qui donne sur le quai : Raspail par
les cours de la présidence, cl Blunqui par la peiile porte qui donne sur la rue de Bourgogne.
Connue il avait mis plus de temps que les anin s chefs à sortir du palais, il arriva à rilôiel de \ille trop laid; il était déjà cerné par la g:irdc nationale; plusiturs aunes cliets ne purent également pénétrer dans rilôtel.
Dhincpii se cacha, dit-on, chez un représeniani de ses amis, qui i épondii adroitement à la chambre qu il éiait parti par le chemin de Ur, et qu'il éiait à Bruxelles. Ce bruit avait pris une certaine consistance, les journaux le répéicrent pendant deux jours.
l.e npréseniani, déjà compromis dans l'affaire du 15, craignant pour lui-mrmc, dit^à Blanqui de chercher un gîie plus sûr. CeTdernicr, qui comprenait sa position, parlii à deux heures «lu malin et alla se caclier dans les environs de Paris. De sa retraite , il écrivit plusieurs letli'es aux journaux ; mais ces lettres ayant éié mises à la posie, on put l'acilemenl découvrir sa retraite.
Comprenant sans doute son imprudence, il s'était réi'ngié de nouveau dans une des habitations du parc de Maisons- Lafiiite. La police fut encore avertie. Blanqui élaii surveillé par de nombreux agents de police de sûieté. Au moment d'èire découvert, il se serait, dit-on, sauvé avec les habits et insignes d'un olficier de la garde nationale.
Après avoii' erré quelques jours, il aurait voulu i entrer dans l'aris; il se serait présenté chez le représentant qui n'aurait pas voulu le recevoir celte fois.
Il se serait réfugié rue Monlholon. Inforn.ce de sa reiraiie, hier vers trois heures après-midi, la police a fait cerner la maison, et de nombreux agents du service de sûreté y oui pénétré. Quelques heures après, Blanqui éiull arrélé sans la moindre résistance.
Ce soir, vers cinq heures, les forces militaires qui gardent le palais de l'Assemblée ont éié tout à coup augmentées d'un bataillon de la garde mobile, du 12» régiment d'infanterie et du 2" régiment de dragons. Ces troupes se sont rangées eu bataille aux abords du palais.
Le gouvernement avait éié informé dans la mutinée de la fermcuiaiioo qui régnait
parmi les ouvriers des ateliers nationaux. Ou aurait découvert une cons|iiraiion qui avait poiii' but de faire une nouvelle lenl;ilive conire l'Assemblée nationale. M.
Emile Thomas, direcieur des ateliers nationaux, considéré comme l'un des nioleurs de ce projei, aurait été enlevé la nuit dernière cl conduit par plusieurs agents à Bordeaux. On disait (juu les ateliers nationaux d< valent être sou;enus [ùir les montagnards arnx'S.
Les membies du pouvoir exécutif ont fait conlidencc de la coiispiiaiion avoi'téc à plusieurs représeuiauts de qui nous tenons ces détails.
M. de Lamartine a dit en sortant do la séance, au général Négrier, questeur du palais :
" Au moins, cette fois, vous êtes bien averti : vous prendrez vos mesures. •
En effet, le général ]Végii<'r, en uniforme, et suivi de ses aides de-camp, à surveillé lui-même les dispositions prises pour préserver l'Asst mblée nationale d'une nouvelle invasion populaire.
Ce soir, les troupes conlinuent à occuper leurs positions. L'artillerie a, ponJanl uii instant, attelé ses pièces el s'est tenue prête, dans la cour de l'Horloge.
L'ordre n'a pas été iroublé.
28 UAi.
Paris. — L'attention publique est aujount'liui fixée stir la circulaire de M. Caussidière, l'ancien préiéi de police, qui redemande les votes des électeurs de la Seine à la suiie de la double démisgion qu'il a donnée après les éce'neinetils du, Ib mai.
Cette circulaire, dans laquelle il déclare qu'ayant à lutter contre les passions du moment, il a cherché à faire une pcdice de conciliation saiiS distinction de républicains delà veille ou du lendemain donnerait une leçon de bon sens et de justice à bien des gens, si l'on ponv:iit croiie que M. Caussidière dit la vérité ; malheureusement, nous avons grand'peur que sa conduite, si elle était l'objet d'une tnqtiéte, ne se trouvât pas en harmonie avec ses proclamations.
Demain, lundi, doit être discuté le projet de décret relatif à la commission du pouvoir exécniif. M. Labordèrc a déposé son rapport sur le bureau de l'Assemblév'. Aous donnons l'analyse de ce rapport.
La coiniiiission n pensé qu'il ne fallait jiasexposi r les membres du ^ouvenienieul à des observaiions sur leur abcnce, et elle a propo!-é à l'Assemblée de remplac.r les trois premiers ariicics du projet par les deux ariielcs suivants :
« An. 1". Les nirinbres de la commission eséeniive soûl dispensés de prendre pan aux travaux habituels de l'Ass^euibléo nationale; mais ils se rendront dans son sein pour donner les explications qui leur seront demandées, loutis les lois qu'ils y seront appelés par un messai^e du président, sur la réclamation de quarante membres au moins.
« Art. 2. La commission executive a toujours le droit d'être entendue. •
Il y a quelque chose de singulier dans le pouvoir qui nous ngit; c'est, sans contredit, l'ignorance dans laqueile les citoyens minisliesxiveni, relativement à leurs propres actes. Citons un exemple:
Ou créé une garde mobile à pied, les officiers sont nommés par l'élection ; ou veut une garde mobile à cheval, le niini>tre de l'intérieur donne les bn\(ts aux chefs de ces escadrons et aux officiels subalternes.
Un représeniant du peuple, M. d'Adelsward, dmiande une enqiiêie sur le mode employé, pour In concession des grades dans la garde mobile à cheval. On forme un comi ;é pour cette en(iuêle : aloi s, M. Uecuri, minisire, M. Carierei, sous-secrétaire d Etal de 1 intérieur, el JM. Bâcle, chargé de l'or^'anisation de celle garde, se sonl rendus dans le sein du comité. Dans les explications qu'ils ont données, ils onl sout( nu tons les trois qu'ils étaient étrangers à la publication de la nomination des dix-sept ufflcicrs faite dans le 31o/nleur du 2-2. M. le ministre a ajouté, dit un journal, que deux des jeunes cHicicrs compris dans ces nominations, sonl allés porter au Moiiileur l'état nominlif, comme vu et approuvé par le sous-secrétaire d Eiat; le comité de l'inlérieur a décidé qu'il eniendraii lundi le rédacteur en chef du journal officiel.
('e malin, le Moniteur o/pciel puhVic la note suivante :
• C'est par une erreur, dcnl les causes seront constatées, qu'un arrêté ponani nomination d'officiers de la garde nationale mobile à cheval a paru dans le Moniteur,
• Celle publicaiion a eu lieu sans rantorisaiion et à l'insu du citoyen Carterei, sons-secrétaire d'Etat, doui la signature avait été surprise.
• Cet arrêté doit évidemment être considéré comme non avenu. Un projet d'organisaiinn de tro's escadrons de garde nationale mobile sera prochainement présentée à l'Assemblée. •
Paris. — Aujourd'hui, dès quatre heures du malin, le rappel a été battu. Dans nos principales rues, sur les boulevards, on ne rencontrait que des faisceaux d'armes. L'appareil de la guerre civile se présentait de tons les côtés. Les abords de l'Assemblée étaient gardés par une force iniposaiite. On se serait cru au lendemain du 15 mai.
De quoi donc s'agissait- il? Tout le monde le sait. Le gouvernement a pris, a l'c-gard du directeur des ateliers nationaux, une mesure inconcevable. Il l'a fait partir nuitamment pour Bordeaux. Il lui a imposé de force une mission qui icssemblaii à une Icitie de caehei. Ce procédé a naiurellemeiu ému l'opinicm. Si l'on a des inoiif^ de plainte contre M. Emile Thomas, pourqm i ne pas les faire connaître hautement?
Pourquoi ces ménagements? Pourquoi ces faiblesses? Esice que M. Emile Thomas serait devenu une de ces puissances pour lesquelles les lois ordinaires ne sont plus faites? Voit-on en lui un prtMcndani redoutable, qu'on se croie tenu de procéder à son égard par le bannissement? Coupable de malversation, et ici, nous ne faisons qu'une simple supposition , car nous ne connaiasons pas assez les faiis, — M.Lmile Thomas devait être déféré à la justice. Coupable d'insubordination vis à vis de ses siifiérieni s, — el c'est ce qui semble résulter du discours de M. Tiélat, — M. Emile ThouKis devait être déposé purement et siuiplemenî. Hors de là, il n'y avait place que pour l'aibitraire el l'illégaliié.
J\I. Trélat, aujourd'hui, en répondant aux inlerpillaiions qui lui ont été adressées, a beaucoup parlé de ses tournienls ministériels el des insomnies que lui a causées le directeur des ateliero nationaux; S'il s'était montré plus ferme dans l'exercice du pouvoir qui lui est confié, il se serait cpai'gué une partie de ces souffrances
morales, el il aurait épargné à la populslion parisienne des inquiéiudes, des excilalions qui acbèvenl d'anéantir le commerce.
Nous regrellonsvivement qne l'Assemblée ait éioulïc par l'oi dre du jour le débat qui s'était engagé à ce sujet. Les questions de cetie nature, quand une fois elles sont soulevées, doivent être vidées.
M. Cabet vient de publier dans le journal qu'il dirige, le Populaire , un faclum intitulé: Q^uon méjuge.
Nous y remarquons le passage suivant:
■> Quant au procès el aux dobats, ils seront instructifs et curieux, lorsque, à côté de trois représentants, Barbes, Alhsri, Courtats à côlé de Raspail , Blanqui, Uubei; Pierre Leroux, peut-être, et beaucoup d'autres appelés comme complices ou comme témoins, je me trouverai en face de nos communs accusateurs.
• Pour nous défendre plus complélenienl, nous attaquerons à noire tour.
« Inutile, je crois, d'attaquer soit l'Assemblée, soit la garde nationale.
« Mais le gouvernement provisoire, c'est autre chose! Nous pourrons enfin nous dire la vérité! Nous pourrons passer en revue tous ses membres, les toiser, les juger, ou du moins les accuser l'un après l'autre; et nous verrons! •
Quand donc saurons-nous la vérité toute entière sur les causes de la fatale inertie qui a livré, dans la journée du 15 mai, l'Assemblée nationale sans défense à l'invasion d'une troupe de factieux?
Hier, M. Caussidière déclarait qu'on l'avait exclu du concours que tous les dépositaires de l'autorité devaient prêter au maintien de l'ordre, et il ajoutait : Je dirai comment, si je ne dis pas pourquoi. Aujourd'hui, le Moniteur, répondant à cet espèce de défi au nom du gouvernemeni, contient la note suivante :
« Voici la vérité sur la déclaration du citoyen Caussidière :
• Un extrait du procès -verbal de la séance de la commission du pouvoir exécutif, en date du ïk mai, est ainsi rédigé :
• La commission convoque le préfet de « police...
« Le préfet de police, appelé près de la • commission, ne s'y est pas rendu... •
• Il était également mandé le 15 au malin ; même abseuce ; et le préfet de police s'en excusait pur une lettre ainsi conçue :
• La luxation qui me relient au lit de-
• puis près de trois jours ne me permet pas « de me rendre près de vous. Si cependant « vous jugiez ma présence indispens:tble,
• j'attends vos ordres, et je me ferais trans- « porter au Peiit-Luxembourg pour assis- « ter à vos délibérations. •
« Procès-verbal du 15 mai, dix heures du soir :
• Le préfel de police est invité à se
• rendre immédiatement auprès de la cora-
• mission.
« A dix heures et demie, le citoyen Caus-
• sidière est introduit. •
« On comprend difiicilemenl, après de tels faits, comment le citoyen Caussidière peut avancer qu'il n'a pas été appelé, le 15 mai, dans le sein de la commission du pouvoir exécutif. •
Un fait très-grave, dont on s'entretenait aujourd'hui à l'Assemblée nationale, est venu compliquer le procès qui s'instruit par suite des événements du 15 mai. Il paraît que la justice avait été conduite par ses investigations à demander la mise en accusation de M. Louis Blanc. M. Crémienx ou M. le procureur-général Portails devait, dans la séance de samedi, solliciter de l'Assemblée l'autorisation nécessaire pour exercer des poursuites contre un de ses membres. On assure qu'une interdiction formelle de la commission executive esl venue arrêter l'action de la justice. Cette nouvelle a produit, et on le comprendra, nue très-vive émotion.
Ce soir, vers neuf heures, des rassemblements nombreux se sont groupés près de la porle Saint-Denis, et ont pris une attitude assez menaçante. La garde nationale, arrivée sur les lieux, a été assez mal accueillie, et elle a dû battre la charge pour dissiper les groupes. Un instant on a pu craindre un commencement de collision ; heureusement elle n'a pas eu lieu.
Depuis hier, le ministère des travaux publics est gardé par une force militaire imposante.
Paris. — Toujours la question des ateliers nationaux. Le projet qui a pour but de mettre un terme aux abus dont cette institution a été et est encore la source, a été développé par M. de Fallonx. D'après le rapporteur, les vices de cette organisalion ont amené la dilapidation des deniers
publics. Les bonnes intentions dont sonl animés les véi iiables ouvriers sonl paral^sces par les iniiinidaiions de quelques meneurs, ennemis de l'ordre. Les exemples de violence, exercés contre les patrons cl les travailleurs, sonl fréquents.
M. Tiélat a reconnu la véracité de ces plaintes, el il est à désirer que le comité du travail vienne prompiemeni meure fin à cette grève organisée cl permanente, qui coule à l'Etat 170,000 francs par jour, et présente un foyer actif de fernicnlalion menaçante.
Le comiié de ronsiiiuUon s'est réuni aujourd'hui ; vingl-dcux membres étaient présents.
On a posé la question snivante : la Rép'.iblique 3ura-t-clli: un président? Dix-sept voix contre cinq se sont prononcées pour l'allirmalive.
Paris. — La France, avec cette sûreté d'instincl qu'elle puise en elle-même, continue à se gouverner à-peu-près seule, car on ne peut pas donner l'épiihète de sérieux au pouvoir qui la régit en ce moment.
Aussi, cliacun des pas qu'elle fait m avant, lui doimc l'apparence de ces malheureux paludiers, qui marchent sur une croule simulant la terre ferme, et qui, cependani, peut s'ouvrir sous leurs pas et le» engloutir dans une fange liquide; néanmoins, toujours mise en péril par le gonvernemcnt, die se lire du péril, en quelque sorte, malgré le gouvernement.
Hier, la question qui a préoccupé la Chambre fut surtout celle des aieljers nalioiiaux, encore compliquée par l'ariesiation, la séquestration ei l'cnlèvenient de M. Emile Thomas. Les interpellations adressées à M. Trclai sur ce sujet sont restées sans réponse réelle. Une fois rendu à la liberté, M. Emile Thomas nous fera «ans doute connaître lui-méine les détails de son odyssée.
Deux incidents graves ont marqué la séance d'anjourd'hni.
Le premier fut l'inlerpellation de M. X. Durrieu sur les affaires de A'aples.
Le second, la demande de mise en acciisaiion de AL Louis lilaiic, requise par AL le I rocureur-général Porialis.
Bastide, minisire des affaires étrangères, a répondu comme eiît répondu M. Guizol, c'est-à-dire par quelques explications ba:r nales, et en priant l'Assemblée de ne pas exiger des explications qu'il ue pouvait pas lui donner.
Après un monicnl d'assez vive agitation, l'Assemblée s'esl contentée de celte réponse, et a passé à l'ordre du jour.
On eût dit qu'elle finissait hâtivenienl avec cette première question dans l'attente d'un événement plus grave, et qui se relierait plus directement à elle.
En effet, le président prend la parole, et dit:
« J'appelle toute rallention de l'Assemblée sur une communication grave que j'ai à lui faire. Eu conséquence, j'engage les membres de l'Assemblée à prendre leurs places.
Ces paroles sont suivies d'un vif mouvement d'attention ; ceux des représentants qui sont deboul dans la salle, ou qui se promènent dans les couloirs, s'empressent de se rendre à l'inviiaiion du président.
Le président continue :
• Le procureur-général de la République près la Cour d'appel de Paris, dit-il, et le procureur de la République près le tribunal de première instance de la .Saille, demandent à l'Assemblée nationale, par un niquisitoire que je vais avoir l'honneur de vous lire, l'autorisation de diriger des poursuites contre le citoyen Louis Blanc, et l'application conire lui, s'il y a lieu, des dispositions du Code pénal.
• Voici les termes du réquisitoire :
• Nous, prucureur-général près la Cour d'appel de la République, et procureur de de la R/publique près le tribunal de première instance,
• Requérons, conformément à la loi :
» Considérant que, des documents de de l'insirnction commencée par la justice conire les auteurs el les complices de l'altenial dirigé contre la représentaiion nationale, el notamment des témoignages reçus et des dépositions des représentants contre le citoyen Louis Blanc, résulienl des présomptions suflîsantes d'avoir pris part à rcnvahisscnieiil cl à la pression de l'Asseniblée le 15 mai dernier ;
« Considérant que le citoyen Louis lît'anc a, de son aven, parlé deux fois au peuple qui envahissait la salle, une fois à la fenêtre qui donne sur le péristyle, cl accom-
- iOi
pagné ulors des ciioyens Barbés tt lilanqui, él une set'oude lois iiioiiK; sur une chaise dans la salle des Pas-Perdus ;
. Qu'à la siiiie de ces deux allocuiions, il a é;c porié en iriomphe dans l'enceinle de l'Asscniblce ;
« Qu'il a prononcé noiammonl ces p;iroles : • Je vous léliciie d'avoir conquis le
• droil d'ypi)orier von&-uiêmcs vos pcii-
• rions à l'Assemblée, • ce «pii a éié enitndu p:ir les représenlauUdu peuple, qui eu ont déposé ;
• Considérant qne, sans qu'il soil besoiii d'appiceier Us autres circi>ns\ances qui incriniineul le sieur Louis Blanc, el sans qu'ii soil besoin de déterminer le carnclère des paroles qu'il a prononcées, il résnlie suffi-animcnt aujourd'hui, de l'ensemble di'S faits et lémoign:iges, présoniplions sulïïsanies, conire le sieur Louis Blanc, d'avoir volonlaircinenl parlicipé, le 15 mai, à l'envahissenieut de la salle, el de s'êlre aicsi rendu complice du crime d'alienuu conire la repré'-entalion nalionale, el ayant pour Lui; soil de déti uire, soit de changer la forme du goiivcrncnien!, crime prévu par l'an. 87 du Code pénal, requérons (|u'il plaise auiorisor des jioursi!i;t'S conire le sieur Louis Blanc, el rapp'icaiiou conire lui des dispositions du Cado d'inslruclion criminelle.
« Fait au Palais-dc-Juslice, à Paris, ce 31 mai ISùS.
• Signé : PonTAHS et Landrin. •
Tous les yi ux, pendant cotte leeture, et surtout à la hn de cette lecture, se lourneul vers M. Louis Blanc, qui occupe une place au sommet de la montagne, non loin de celle laissée vide par Barbes.
L'accusé descend vers la tiibunc, au milieu d'un murmure qui cesse aussitôt qu'il y a pris place. Chacun a hàie d'entendre ce qu'il va dire pour sa défense.
L'Assemblée décide, après une courie discussion, (lu'une commission de dix-huit membres nommés dans les bureaux sera chargée d'examiner la demande en auiorisalion de ponisuile el de l'aire un (apport à l'Assemblée.
La séance est reprise à cinq heures.
Le président annonce que les membres delà commission, qui vient d'être nommée pour examiner la demande eu autorisaiion de poursuites, seront convoqués à domicile.
Le bruit de celte demande de mise en accusaiiou si.' répand à l'instant même dans
Paris, et dcvienl l'objet de toutes les conversaiiohs : les théories de l'organisateur du travail el les discours du piési lent de la commission du Luxembonig ont lué, il faut le dire, toute la popularité qui s'aitachait à l'auteur de VIIi»loire de dix an* el de la /l'e'iw/ution française. M. Louis Blanc est généralement crainl, moins pour le mal qu'il peut l'aire pcrsouneliement que pour celui qui naîir.i infaillibkmeni de ses docirirics; sa mise en accusalitni, pOBt beaucoup de personnes, serait donc un iiioyen d'aller au devant du mal.
Ou aliendra do|ic, avec iuipuiicnce, le rapport de la comaiissiou.
Depuis trois jours, la population parisienne éiait préoccupée d'une affî. he proposant la candidature du I rince de Joiuville. Ces affiches, ariachécs sans doute par ordre supérieur, avaient eié replacées pendant la nuit. y
Le pouvoir exécmif a fait ce soir, aux joarnaux, celte double communication :
• Des poursuites soniordonnces contre le signataire et 1 imprimeur d'une alfiilie |)lacardée ce malin sur les muis de Paris, et proposant la candidature du piince de Joiuville. Cette alliche est factieuse, puisqii'aux ternies du décret réceiunieiil rendu par l'Assemblée naiiouale , le territoire français e't interdit à tous les membres de l'ex-laiiiille royale. •
Not:s pouvons aflirmer d'une façon positive que, dans la séance de samedi, la commission du pouvoir exécutif fera présenter à l'Assemblée nationale des projets de décret sisr les aiiroupeinents et sui- l'afliehage. Ces projets eussent été présemés dès demain, s'il y avait eu séance.
Messieuis les membres du gouvernement provisoire, devenu pouvoir executif, scsoni partagé les appartements du grand cl du pciii Luxemboni g. Quelques-uns de ces m ssiturs se sont trouvés médijcrenienl meublés, à ce qu'il païaîi, el ont envoyé prendre à Saint-Cloud, aux Tuileries cl à Vincennes un surcroît de meubles.
L'ancien directoire , autant que nous pouvons nous le rappeler, n'a pas été jusque là.
PARIS.-TYP0r.RAPHlEU6B.ETV.PEN-.UDFRERE!i, 10, B.VB DV FArBOUaCt-llOîiTVAHTBB.
IV° 9. —le «lalllcf 1S49.
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