‹ Le MoisChapitre 27 sur 75 · JEUDI 1*^' JUIN · texte numérisé non relu

JEUDI 1*^' JUIN

Depnis deux jours des groupes nombreux S" forment vers le soir aux environs des ^)or!esS:iini-M:iilin ei Suinl-Deiiis. Ils sont iiiolTeiisifs, mais ol)stinés. On a inuii- Icnienl essuyé de les disperser à l'aide de nonibieuses patrouilles; derrière les patrouilles, le sillon formé par ell(!s se referme, Cl les convrrsaiions reprennent pins animées qu'anparavani : les piochaincs éleriioiis sont sinon la cause, du moins le préicxie de ces rassemblenienls.

Hier, vers dix heures, un capitaine do la garde républicaine en uniforme el à cheval, s'émit mêlé aux grodpes les plus pressés et les pics bruyanis : il y disiribuiiii une liste de candidats aux prgchu'iies élections. Celte liste était celle de la Hél<frme.

An reste, comme les interpellations de cet officier conimcnçaienl à faire scandale, il a été euioiiré p;ir |)!nsienrs citoyens faisant partie des rasseniblemcniseï parcpiilques };;irdi'S nationaux de service qui l'ont conduit devant le commissaire de police.

M. Louis Blanc a été appelé aujourd'hui à la commission el y a subi un premier interrogaioire. —

M. Emile de Girardin s'est décidé à faire sa piufiission de fui.

Elle est courte cl explicite :

• Je ne suis pas républicain de la veille. • Emile DE GiRARDiR. >

Nous avons raconté l'arrestation de Blanqui, cl nous en avons fait honneur au gouvernement. Rectifions cette erreur.

Voici, si nous en croyons des renseign»menls paiiiculicrs, comment la chose se serait passée :

— M. Emile Thomas, autrefois directeur des ateliers nationaux , aujourd'hui déporté à Boideaux, voyant le peu de soin que mi tiait le gouvernement à la poursuite de M. Blanqui, que bon nombre de personnes avaient, depuis le 15 mai, rencontré et reconnu dans la rue, aurait fait venir un de ses eiDployés nommé Ringlet, doyi jl connaissait l'Iiabileié, et aurait porté à l'habileté de cet homme un défi qui aurait exalté sou amour-propre.

Ce défi était celui de prendre Blanqui.

Celui-ci se serait chargé de la capture, et en aurait ré'pondu d'avance.

La chose était d'autant plus facile à lii.nglet, que Biuglet liabiie Moutmaitie, et qu'il croyait être à peu près sûr d'avoir reconnu Blanqui, se rendant chez sa sœur, qui habile cette con)iniine.

Eu coubéqucDce, un malin, il Cl invasion

(•) M. AImndru Dumas, ajanl voulu faire un journal h la portée d» lou.s a mis le prix de ce jounial U QUATRE PRAKc» par au. — S'adrcsser,/ri/nco rujoixtenummi, b M. Keigmer, 20, rue ^'euve-Tivion^^.

chez la sœur du célèbre clubiste. Jlais, quoiqu'il ne lût que qiuilrc Iicurcs du ma- Uh, il ciail déjà irop lard: le lii,éiail cn- ,.e cliiiud, mais celui qui l'avait occupé n'y élaii plus.

Ringlel se dirigea de nouveau sur Maisons; quelques rcnseignemenls pris par lui la veille, lui faisaient croire qu'il y rencontrerait Blanqui. Il le manqua de vingteinq njiiiules.

Mais il était sur sa trace, et trois jours après, il avait acquis la certitude que Blanqui s'était réfugié chez M. Danne, rueMontholon, 11° 12.

Vers trois heures de l'après-midi, Ringlet plaça deux de ses agents à lui , à la porte de M. Danin, et, après une heure d'observation personnelle, ayant vu entrer dans la maison une personne qu'il savait liée avec le prévenu, il se rendit chez M. le commissaire de police Yon, el l'invita à visiter la maison de M. Danne.

On sait le résultat de la perquisition. Blanqui fut trouvé à table au moment où il allait commencer son dîner, il fut arrêté sans résistance et même sans avoir tenu les propos qu'on lui prèle, s'il faut en croire la lettre suivante adressée aux journaux par son hôte.

Voici cette lettre qui nous semble curieuse :

« Monsieur,

« Auguste Blanqui était chez moi depuis deux joins, lorsqu'il a été arrêté, à six heures et demie du toir. Il venait de se mettre à table avec deux de s^s amis, dont un était le docteur Lacambre, qui ne proféra aucune menace, et resta avec nous jusqu'au départ de M. Yon. La table aurait été servie comiiie à l'ordinaire, de la manière la plus modeste, si on lui eût accordé le temps de dîner, ce que je demandai vainement avec instance à M. Yon, qui ne voulut »ême pas lui laisser prendre un potage déjà servi dans Sun assiette.

« Le citoyen Blanqui est d'une grande sobriété, et ne prend jamais ni liqueurs, ni calé; le dîner si bien ordonné, les vins exquis, les primenrs sont de pure invention.

• Auguste Blanqui ne sorlait pas, mais il avait l'extrême imprudence de recevoir, malgré mes avis, quatre ou cinq personnes connues par leur iniimilé avec lui. •

« J'étais chez moi depuis une heure en-

viron, quand le commissaire de police, accompagné de six ou huit agents, se présenta porteur d'un mandat de perquisition dont il ne voulut pas me faire connaîire les motifs : je n'ai donc pu dire si le citoyen Blanqui était ou non chez moi, et encore moins que je blâmais ses opinions et désapprouvais sa conduite.

« M. Yon ne m'intima pas l'ordre de marcherdevant lui, pas plus qu'à ma femme, à laquelle il n'a pas parlé ; j'aurais énergiqucment protesté contre un ici abus d'autorité.

" Le citoyen Blanqui s'est rendu sans résistance, il n'a invoqué aucun souvenir d'ancienne amitié, il est resté calme et digne, et n'est pas plus descendu à la prière qu'il ne s'est abaissé à l'insulte, à la menace. Il avait du reste toujours déclaré que, dans le cas où sa retraite serait découverte, toutes lesmtsures de précautions seraient prises de manière à rend're sa fuite impossible. En' effet, j'ai su le soir même par les voisins, qu'on avait escaladé les murs de mon j:irdin, que ceux entourant le mien, l'escalier, la rue, le café situé en face de la maison étaient occupés par un grand nombre d'agents.

« Salut et fraternité. « J. D. •

ÉrnANGER.

Espagne. — Ou sait que M. Bulwer, ambassadeurà Madrid, a nonpasdemandé, mais reçu ses passeports. Voici une traduction de la lettre du duc de Sotomayor, qui les accompagnait :

« Madrid, 17 mai i8/i8.

« Monsieur , des considérations de la plus haute importance m'imposent le pénible devoir de vous faire part d'une résolution du gouvernement de la reiue, adoptée avec infuiiment de répugnance, el qui n'est inspirée que par les plus purs sentiments de dévouement.

« Vous savez comment l'opinion publique en Espagne s'est prononcée par l'organe de la presse périodique et de toutes les manières possibles contre votre personne, relativement aux récents événements. Les efforts du gouvernement seront insuffisants pour comprimer le ressentiment profond que nourrissent les dignes habitants de cette capitale et sa fidèle garnison. Le gouvernement de la reine a de sérieuses appréhensions pour la sûreté de

Ja personne du reprcseiuani de l'Anglelerre à Madrid, si les scènes qui deux fois ont rempli- de iiibulaiions celle mallieureuse ciipilale, venaient malheureusement à se répëler. Votre conduite, dans l'exocuiion de voire imporlan'.e mission, a été réprouvée par l'opinion publique en Angleterre, et condamnée dans le parlement anglais et censurée par la presse. Le gouvernement de S. M. C. ne saurait la défendre,lorsquelegouvernementdeS. M. B.

■ne l'a pas fait lui-même.

• Dans cet étal de choses, voire séjour à Madrid est réputé en Espagne, indubitablcmenl sans fondement, comme une preuve de la faiblesse du gouvernement. Si cette opinion s'accrédiiaii, elle pourrait occasionner "in conflit, qu'il est indispensable d'éviter à tout prix. Par ces motifs, que la loyauié du peuple anglais et de son gouvernement appréciera à leur juste valeur, le gouvernement de la reine a résolu de mettre un terme à louies ces fatales éventualités, en vous remetiani vos passeporis et vous priant, dans le délai de quaraniebuii heures, ou plus loi, s'il est possible, de quitter celte eapil:ile. Les circonstances sont urgentes, et il serait fort à déplorer que ce dépari eût lieu trop lai'd. Ln remplissant le pénible devoir de vous adresser une si désa;;rcable communication, je dois v'ons déclarer en toute sincérité que le gouvernement de la reine n'entend pas, par celte mesure, blesser le moins du monde la dignité du gouvernement anglais ni du p^'uple anglais. .\n, contraire, il croit devoir vous dire, dans celle occasion, qu'il ne croit pas que voire départ puisse éire une raison de nature à affaiblir les relations de bonneamili(> et d'harmonie qui existent enire l'Espagne et l'Angleterre, intimité que personne n'appréci(! plus que le gouvernement espagnol. Au contraire, il pense que celte mesure pourra grandement contribuer à resserrer celle ini imité, ainsi que les circonstances criliques de l'Europe et l'avantage des deux nations le fpnt désirer.

• Le gouvernement de la reine s;^ Halte que le gouvcniement de S. M. B. rendra justice à la loyauté. d;; ses inlenlions, surtout a|)rès qu'il aura donné une explication convenable qui satisfera la délicatesse du cabinet de Saint-James.

• J'ai l'honneur de vous adresser inclus le passeport pour vous cl les personnes qui

vous accompagneront, et le permis nécessaire pour les relais de poste.

• Le duc de Sotomayor. • Il esl impossible de donner un congé en meilleure forme. Nous ne savons pas si M. le duc de Sotomayor est un grand psliiique, mais à coup sÂr c'est un homme d'esprit.

VENDREDI 2 JUII».

M. Barbes a adressé au président de l'Assemblée nationale I« leilre suivante, dont connaissance a été donnée à l'Asscaiblée, au moment même de l'ouverture de la séance :

• Donjon de Vincenncs, 2 juin.

• Citoyen président,

• A chacun la responsabilité de ses paroles ei de ses actes. On accuse le citoyen Louis Blanc d'avoir dit aux pétitionnaires, dans hi séance du 15 mai :

« .le vous félicite d'avoir reconquis le

• droit d'apporter vous-mêmes vos péti-

• lions à la barre de l'Assemblée. »

• Ces paroles ont été prononcées, en effet ; mais il y a confusion de personnes: c'est moi qui ai prononcé ces paroles, qne l'on peut lire dans le Moniteur à la suite de mon nom ou ailleurs.

• Je vous prie, citoyen président, de communiquer celte déclaration à l'Asseiablée, et d'agréer, pour vous cl pour elle, mes salutations fraternelles.

" Bardks. •

Cette lettre passe comme un incident sans importance ; mais deux questions qn se présentent dars le courant de la séance agitent vivement la Chambre :

La première a rapport au bannissemeni de la lamiile Napoléon ;

La secon;ic à l'abolition de l'insiiiu'ien de la Légion-d'IIonneur.

M. Piéiri, député de la Corse, avait demandé, il y a quelques jours, l'abrogalian du décret de l'ariiele 6 de la loi de 1882, qui condamne les numlircs de la famille Napoléon à un bannissenient perpéiuel.

Aujourd'hui il développe sa proposition.

M. Crémieuîv trouve la discussion inopportune et sans objet. — La loi est abrogée de fait, dit-il, puisque irois membres de la famille Napoléon siègent à la Chambre.

Eu conséquence, il propose l'ordre «lu jour.

M.Clf'mcnl Thomas proteste, — « Paraiî

les inonibrcs dn la fnuiillo Xapolôon, flii il, il y (Ml a un qv\ a eu l'idiW' di; rf piendre les droits <|ue iKmfe ne voulons pas lui accorder : il a voulu restaurer IVmpiie. Qu'il sache que luiiis ne le voulons pas.»

Est-ce le mcnibie de la laniille Napoléon? est-ce l'eiiipire que ne veiil pas M. Cl>''n)ent Thomas? (^oninie aucun membre ne^le |nie «le s'expli(|iier sur l'uniphibologie, nous restons (iai)s le doiiU;. Ti-oi> ordres dti jour sont proposés.

Le pnmier est ainsi conçu :

« La loi de 1832 a cessé d'exister par le seul lait de la révoliiiion de février. » Il est mis aux voix el rejeté.

On pas^e au second, conçu en ces termes :

• La loi du 10 avril 1832 a été virluellemenl abrogée, el par la révolution de février, el par l'admission dans l'Assemblée nationale de trois inembies de lu famille Napoléon. »

Ce second ordre du jour c&l repoussé connue K; premier.

On pysso à la troisième proposition, qui est celle de M. Piélri; elle est conçue en ces icrnii's :

.. L'article 6 de la loi du 10 avril 1S32, relatif au bannisfemeni de la famille Bonaparte, est abrogé. »

Cette troisième proposition est prise en considfTalion.

C'(St-!i-dire (juVlle n'est ni adoptée ni ropousséc, et que la discussion aura lien ultérieuremeiil sur celle proposiiicjn telle qu'elle vient d'être prise en consii.'éiaiion. Ct'lie discus-ion terminée, le colonel Rey développe sa proposition, tendant à rétablir l'tfllL;ie de Napoléon sur la croix de la Li'giun-d'lIoiMieur.

Ce mol (ie croix de la Légion-d'Honneur soulève a l'iiislaiii les susccpiiliiliiés républicaines des |)urilains du la Chambre.

M.Gîiiis-Bizinn se demande, el, en même temps i|n'a lui, le demande aux autres, si le mair.tien tie la Légion-d'Hinincur est bien conlorme au piiiicipt! di'mocraiique. S'il ne suivait que son impulsion, Al. Glais- Bizoin demanderait l'abolition de la croix de la Légion-d'Honiieur pour quiconque D'appariicni pas aux armées de terre ou de mer.

En tout cas, si, contre l'impulsion de M. Glais-Bizoin, riiistilution de la Légiond Honneur est maintenue, il demande que 'image de la République remplace rcffigie

de Henri IV, comme l'effigie de Henri IV r< niplaee celle de Napoléon, ei qu'aux, mois : Honneur et patrie, qui si niS>lent sans doute trop arisiociates à M. Glais- Bizol."!, on subsiiuie les trois mois: Liberté, égalité, fraieruilé.

En eff(;t, l'application de ces trois mots à l'ordie de laLéi>ion-d'Honncur est pleine de logique.

Liberté. — .Attendu qn'.-.u moment do son insiituiion, la liberté était déjà frappée du coup dont elle devait mourir.

Egalité. — Attendu que l'otdic de la Légiou-d'Honneura cinq gradt s dilféienls, Cl qu'il y a un abtme entre la croix de chevalier et la plaque de grand'eroix.

Froteruilé. — Attendu que, distribuée sur le chaiTip de bataille, elle esi la récompense- des actions de guerre , el que la guerre esl l'expression de la fraternité.

lleineiisemeni pour M. Glais-Bizoin, M. Clément Thomas preml la parole.

Il répond à M. le général Lebreton, qui a dit que l'insiituiion de la Légion-d'Honnciir était une insiiiuiion ré|!ublicaine, puisque les premières poiirines sur lesquelles les premières ej oix avaient éié posées étaient des poitrines d'enfants du peuple.

— Supprimer la cioix d'honneur, avait ajouté M. le généiuil Lebieton, ce seiait faire insulte au seiuiment national.

M. Clément Thomas ne voit (jas, lui, la chose au même point de vue que M. le général Lehreton.

— Je ne saurais admelire, dii-il, les dernières paroles que vous venez d'entendre : on ne me fera jamais comprendre qu'une pi oposiiion pleinement conlornje rnix principes ré|)ublicains soit une in^ulie au sentiment national . T(nit au contraire, ji' m'étonnerai^, ajoute-t-il, que l'on vienne ici, devant une assemblée républicaine, se dédarer partisan du ce qui, en réalité, n'est qu'un hocliet de ta vanité.

A (e malheureux trait d'éloqitence, de bruyaiites exclainaîions se font entendre; la salle éclate en rinneurs confuses qui coiivreiil la voix de l'oiaieur.

On n'entend que les cris : la clô/nre! la clôture!

M Ckmenl Thomas réclame la parole contre la clôture.

A force d'agiter sa sonnette, le président obtient un instant de silence.

M. Clémeul Thomas en profile :

— Je n'ai voiiUi blesser personne, dil-il ; j'ai voulu (lélendre un principe, el je le défendrai. Je dis que si parmi ceux qui ont reçu la croix il eu est un grand nombre...

tn ce monieni, M. Cléjneni Thomas est interrompu par un second hurrah, presque au.-sibruyemmeiit prolongé que le premier; mais, avec l'aide du président, il parvient à ressaisir la parole une troisième fois.

— lien est un grand nombre, reprendil, qui l'ont eue pour prix de grands services, il n'en est pas moins vrai que sons un gouvernement franihenient démocratii|ue, on doit supprimer tous ces signes, louies ces disiimiions, qui ne répondent plus aux institutions actuelles. —

Ah! M. Clément Thomas, vous étiez, déjà lin général difficile, vous voilà.devenu un général impossible.

L'ajournement de la proposiiion de M. le colonel Rey est mis aux voix el adopté.

La séance est levée au milieu du tumulte causé par la. péroraison de M. Clément Thomas.

M. Jules Favre, rapporlenr de la commission, a annoncé ce malin à la Chambre, qu'à la majorité de quinze voix contre trois la commissbiou était d'avis que la permission de poursuivre M. Louis Blanc devait être accordée.

La discussion est fixée au lendemain samedi.

Voici comment MM. les ministres se sont partagé les résidences d'été.

M. Flocon est déjà installé au pavillon de Breteuil.

M. Recurt doit habiter le château de Meudon.

M. Trélat s'accommodera du palais de Fontainebleau.

M. Dnclerc se bornera au Pclit-Trianon.

M. Crémieux habitera la résidence de Compicgne.

M. Bastide se fixera à Rambouillet.

Tontes ces installations doivent avoir lien, dil-vjn, à la fin du mois de juin.

Il serait curieux qu'a la fin du mois de juin ces messieurs ne fussent plus ministies.

Les journaux ne contiennent rien d'impo) lanl sur 1 s événements de l'éirangei-.

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