PROVINCE
On écrit de Lyon :
■ Mercredi dernier, des désordres ont éclaté dans le chantier national de Perrache : les ouvriers ont arrêté trois caissons contenant des pistolets et se sont mis en mesure de les distribuer.
• M. Martin Bernard, s'est rendu immédiatement sur l(s lieux. Les dragons sont montés à cheval et sont partis au galop dans la diteclion des chantiers.
• Au bout de quelques minutes, les ouvriers, C( rués par les dragons et la troupe de ligue accuurue quelques instanls après eux, ont ëlé désarniés. Quelques-uns des ouvriers ont essayé de fuir ; d'autres, se sont élancés dans la direction du fleuve, afin d'y jeter les armes dont ils s'étaient emparés.
• Des fouilles ont éié faites dans la terre, et des perquisitions opérées dans le» maisons publiques qui peuplent celle localiié. Elles ont amené la découveile de fusils, de pistolets , et enfin d'armes de tuuie espèce. Tliie femme a été arrêtée, portant cinq pistolets à la ceinture.
• Quinze filles publiques ont été conduites à la prison de Perr;iche.
• A deux lu ures, les individus, art étés au nombre de citiquatite-trois, ont été conduits à la prison de Roanne. >
— Hier, de neuf à dix heures du soir, un coup de pistolet a été tiré dans l'une des allées du Cours du Midi, sur un oflîcier du Wo' régiment de ligne, la balle a traversé le schako de cet officier. L'assassin a pris la fuite et n'3 pu être arrêté.
Comme on le voit, à Paris comme en province, ce n'est plus la guerre d'une opinion contre une antre opinion, c'est bien pis que cela, c'est la guerre du pauvre contre le riche, de celui qui n'a pas contre celui qui possède.
Ce n'est pas la guerre civile, c'est la guerre servile,
ÉTRANGER
Londres. — La reine d'.\ngletorre vient de nous adresser sa déclaration de guerre personnelle ; elle s'est mise à la tête d'une association des priticipales femmes et des principaux seigtieurs d'Angleterre ; association qui a pour btit de proscrire de la toilette de l'un et l'autre sexe tous les produits élégants de l'industrie fiançaise; produits, comme on sait, très-appréciés jusqu'aujourd'hui de nos voisins d'outremer. Cette nieàure, prise dans une espèce de club royal, aurait pour cause le renvoi de France d'un certain nonibie d'ouvriers anglais. -
On nous assure que celle proscription ne se borne pas aux produits de l'indiistiie, mais s'éiend jitsqu'aux ai ts. Nos pianistes et nos cantatrices, autrefois si fort recherchés à Londres, n'ont reçu cette année aucune invitation particulière.
Toute une coalition est, à ce que l'on assure, organisée contte le théfitre Historique et contre le théâtre du Palais-Royal, qui sont ailés passer la saison à Londres.
La motion contre les attroupements a été adoptée à l'unanimité par le parlement anglais.
Autriche. — Vienne a démoli ses barricades et repris sa tranquillité.
Les ihéAiresctla Bourse sont ouverts.
La convocation de la diète est annoncée.
Italie. — Milan. — Douze mille Autrichiens ont battu un corps de six mille Toscans, Romains et Napolitains. Charles- Albert a dirii^é aussitôt une division vers ManlouP.
Charles-Albert ne les aurait-il pas laissés battre pour faire comprendre aux Italiens
qu'il n'y a pas dé délivrance possible sans
Gênes. — La Gazelle de Gênes publie les nouvelles suivantes de Naples, 22 mai :
« La frégate à vapeur X'Ercole csl partie celle nuit pour Rcggi©, où la troupe est aux prises avec le peuple. Les hauteurs, les forts de Scylla, de Monteleonc sont au pouvoir dis libéraux, à la tète desquels s'est mis le maïquis de Jugliardi, personnage très-influent. Catanzaro a proclamé un gouvernement ja-ovisoire, et toutes les provinces sont dans la plus grande agiiation. On dit qu'Ayala doit se mettre à la tête des Calabrais.
« Naf>!es est toujours dans le deuil. Les Suisses rencontrés iiolénienl sont inipitoyablemeni tués par les habitants. »
Ou écrit de Florence, le 27 mai :
• Hier, dans Taf)! ès-niidi , le général Siatella tfsl arrivé à Florence, venant de Bologne, où il avait abandonné le conunaudenient des troupes napolitaines, qui, contrairement aux ordres de leur gouvernement, ont continué leur route pour la Lomhardie, ayant à leur tête le généial Pepé. Le général Statella est descendu à rhôtel du Pélican ; mais le propriiUaire, M. Gasperini, a refusé de le recevoir, dans la crainte que sa présence ne susci!àl quelques troubles. Dans l'impossibilité de trouver à se loger en ville, le général a dû, dans l'intérêt de sa sûieté personnelle, se réfugier à la forteresse Da Basso. Le peuple a exigé la remise de sa voiture, qui avait été reçue dans les écuries de M. Gasperini. Après avoir déposé les objets précieux qu'elle contenait aircafé Doncy, la foule l'a brûlée sur la [ilace vieille de Saiute-.Maric- JVouvelle. Le chapeau du général a subi le niêœe sort. La garde nationale n'a pis pu OU' n'a pas voulu s'opposer à cet acte de violence. Elle a assisté l'arme au bras à )'auto-da-fé. •
LUKDI 5 JUIN.
Aujourd'hui, à l'ouveriure de la séance, M. Clément Thomas a rempli, avec beaucoup de dignité, un devoir de conscience cl de délicatesse. L'imprudente ])ai'oie qui. avait laissé échapper il y a trois jours avait soulevé tant de nobles suscepiibiié-, qu'il a compris qu'un homme, fût-il doué de la suprême sagesse, devait recider devant une pareille manifestation. 11 a donc repoussé de u ute sa force l'interprélaiion
que l'on a voulu donner à sa pensée, qui, mal exprimée par lui, aurait été mal comprise.
Le temps que devait durer la présidence de M. Bûchez était accompli. M. Buchtz a demandé qu'on voulût bien le décharger d"uu fardeau que l'expérience avait montré être au-dessus de ses forces.
L'Assemblée nationale s'est empressée de lui donner cette satisfaction, en élisant. M. Sénard.
Le nouveau président, sur G96 volants, a obtenu .593 suffrages.
Alors s'est présentée la question de traitement du prési lient et des questeurs. Nous regrettons que le marchandage ail eu si grande part à la discussion ; ce n'est point sur de paieils points que les économies doivent peser.
/i,000 fr. par mois ont été alloués au président, SOO fr. aux questeurs.
Le reste de la séance s'est passé en discussions enire M. Jules Favre et le pouvoir exé'culif, entre M. Crémieux et MM. Portails et Lan Jriu. '
Ou parlait, à la sortie de la Chambre, de ht' démission probable de M. Ci'cmieux.
Dans la soirée, le bruit de cette déinissiou s'est confirmé.
A onze heures du soir, un nouveau rassemb'enient s'était formé sur le boulevard Sainl-Dcûis. Au milieu de ces attroupements, quelques orateurs di'mo-.itraieul la nécessité d'offrir un sabre d'horiueur à M. Courlais ; d'autres soutenaient la défense de Barbes. Vers onze hcmt.i et demie, une colonne de quatre mille hommes, que l'on avait réunis à la Douane, s'est mise en marche pour disperser l'aiiroupcmenl.
Arrivée a,u Chàieau-d'Eau, lacofonne s'est divisée en deux : la première section a pris par la i ne M» slay , et )'a(i!re a suivi le boulevard. Elle s'est avancée dans cet ordre de manière à cerner les perturbateurs s'ils faisaient résistance; qae!(iues cris séditieux ont bien été proférés, mais, après une sommation, la troupe, qui s'était arrêtée mom-ntanément, a |)u eoniiuuer sa route et dissiper l'attroupement.
Au reste, Paris prend peu à pea cl jour par jour celle pUysionomiL' sombre qui annonce l'appioche des jours néfastes. Tout ce qui a rapport aux ateliers nationaux préoccupe la population. On s'eut que c'est là qu'est le danger. Le gouvernement, de son cô;é, semble rtcu'er devant les me-
siirçs qu'il :i pi ises. Ainsi, un ariêié aATielié hier sur les murs de Piuis aJQurne à mercredi le reccri?oi!irnt des ateliers nationaux, afii), dit l'arrêté, de donnor aux ( iloyens qui y sont c-mpioyés la facilité d'as-isier au dépouiliemeiu du scrutin.
Encore une occasion offeric anx ouvriers, qu'on devrait insensiblement ramener vers Te travail, de passer une journée sans travailler.
ÉTRANGER
Italie. — Les Auirichiens onl été battus par tes J'iémoiitais. Peschiera est au pouvoir de Cbarles-AIbei t.
Allemagne. — Le parti de la cour résidant à Insprmk commence à s'apercevoir que le départ de l'emptreiir e?l un coup d'état qui peut lui devenir faial.
A Vienne, les troupes n'attendent qu'un ordre InipéKial pour quitter la ville. Le comité de sûreté dirige seul toutes les affaires. Le corps diplomatique s'est rendu a Inspruck.
A lierlin, l'agitation est toujours trèsvive. On a voulu l'aiie arrêter Campbausen, le généra! .\sckolTei le présidentde police; mais, au moment de l'exéciiiion, la crainte a retenu l( s meneurs du complot.
La diète s'occnpe du proj( t de constitution.
Egpagne. — Une lettre de Madrid, en date du 29, nous annonce que, dans la journée du ;;8, Ic'gonveriemçnt espagnol, après avoir d'abord simplement envoyé les passeports à M. l'ambassadeur de Belgique, s'est déei'lé fi faire enlever en quelque sorte ce dernier, qui a été mis dans une cliaise de poste, pour être cond;:ii, sous l'escorte de la gendarmerie, jnsfiu'airx frontières de Fi-ance. Ce fait av;iit été, du reste, entouré du plus grand mystère, et le Vi il était encope ignoré de la populDiioTi deMadiil.
Il paraît que l'ambassadeur de Belgique se trouvait fortement impliqué dans une intrigue de palais, qui avait ponr but le renvtrsemcnt de Nirvaiz, qu'on aurait remplacé, comme chef du cabinet et de l'armée, par le général O'Donncîl.
UAROi 6 JUin.
La Chambre consacre toute sa séance à des qucitious financières. M. Dcclerc, essaie de rassurer les esprits inquiets, par l'annonce d'un secret qui doit rendre la
prospérité à la France. La Chambre insiste lour savoir le secret; mais donnant, donnant; M. Diiclerc dira son secret quand on lui aura fait passer sa loi sur le rachat des cheiiiiiis de fer.
On attend la loi.
En attendant celle loi, Paris n'est pas exempt d'inquiétudes. On a fuit beaucoup de fêtes depuis trois mois, c'est une manie républicaine. Nous avons en la fcie des. viciimes, nous avons eu la fête du Champ de-Mars, nous avons eu la fête de la Concorde.
Mainien-Tii, il s'agit d'avoir la fête des travailla urs.
Or. qu'est-ce que la fêle des travailleurs? Un banquet à einijiianle centimes par tête.
D'abord, les conimis'aires du banquet avaient décidé que l'on ne payerait que vingt-cinq centimes par tête.
Mais il, ont vu une grande dilïicutté à bien r'iner pour une pareille sommes. Ils ont donc augmenté la souscription de cinq cçniimes.
Cent mille citoyens sont déjà inscrits dans les trois bureaux ouverts ù cet effet : l'un rue de Charenton , l'anire an faubourg Suint-Gorniain , et le troisième au haut de !a rue de la Pépinière.
Voilà le programme ostensible :
« Le rendf'Z-vons est fixé ;\ dimanche à onze heures, place Dauphine, à la Madeleine et à la Bastiîle. Les signataires devront marcher sur quatre rangs, dans le plus grand ordre; les chansons patriotiques sont inlerdi'es.
« La musique des divers régiments do Paris, placée, dit-on, en tête, exécutera des marches guerrières et des fanfares républicaines, telles que le Réveil du peuple, les Giro/idi/ig e; la 3Jari>eillfiige.
« A deux heures précises, on se mettra à table par sections et divisions; chaque nom sera .'ur l'assiette de (abaque signataire ; il n'y aura pas de linge de table, mais une immense toile cirée se déroulera »iur neuf cent quatre-vingt tables, formant l'efTeciif du banquet.
« Le repas fe composera de vean rôiF, de salade, de fromage, d'une demi-bouteille de bière, d'un verre de vin et d'un petit verre d'eau-de-vie. Chacun apportera son pain et son couvert.
« Douze marchands de vins traiteurs de diverses banières sont chargf's des fournitures de bouché de ce fesiin phénomé-
nal ; tous les morciaux seront coupes d'avance : on ne reviendra pas deux fois au plat.
• Au dessert, au lieu de toast, ce qui prolong(' indéfiiiimenl la fêle, les cent mille signataires entonneront à la fois la Marseillaise. J;iniais concert populaire n'aura été plus éclatant; jamais BliUjz n'aura rêvé un pareil festival.
« Api es le repas, qui devra être terminé de bonne heure, des groupes de danses se fornuronldans Ir bois, à !a lueur des torches; toutes les jeunes filles des envii'ons pouiionly prendie pari; la p!us grande décence devra y être de rigueur.»
Voilà le programme ostensible. Le soir du repas seiilenieni, on coiinaîiia le progran:me réel.
— Hier soir, des rassemblements irèscompacis se sont formés, comme d'habitude, aux abords des portes Sainl-Denis et Saini-Marliii , malgré les afiliches placardées d;ins Paris, qui exhortaient à l'oidre tous les bons citoyens. L'auioriié ne pouvait pas hésiier. Les averiissenienis de la garde nationale n'ayant pas suffi pour faire cesser ces rassemblements, un délachenienl de dragons a été dirigé sur le bou- J levaid Saint-Denis. Les dragons ont fait mine de charger, et les groupes se sont aussitôt dispersés. Cependant on assure que des menaces d'incendie ont été faites, cl que l'auloiité a diî prendre toutes les mesures de surveillance.
ÉTRANGER
AUemagne — L'empereur d'Autriche a publié une amnistie pour toute laGallicie.
— Vienne est toujours dans le provisoire.
— Le Comité de sûielé règne et gouverne. ' — La' fête de l'entpereur a été célébrée
par une messe solennelle, à la suite de laquelle ont fraternisé la garde civique et la légion de l'Université.
Nuphg. — Toutes les provinces du royaume des Dcux-Siciles sont en insurrection au Pizzo. C'est, on s'en souvient, le nom du village où Murai tomba sous les balles de Ferdinand, grand-père du roi actuel. Au Pizzo, les lionpes royales ont clé désarmées.
En ouire, quinze cents Siciliens ont passé le dénoii avec dix pièces île canon pour venir doimer la main à leurs frères de Calabre. Ainsi celle vieille haine des insulaires et des continentaux s'est fondue dans
une seule haine contre la royauté de Ferdinand.
L'opinion générale est que la cause du roi est perdue.