VIVE LA RÉPUBLIQUE
Une demi-heure après que M. Garnier- Pagès a quitté la salle, une voix crie :
« Place, place, voici M. Ledru-Rollin • qui arrive de la chambre des députés. ■
En effet, M. Ledru-Rollin entre; on voit facilemcni qu'il apporte de puissantes nouvelles j on le fait monter sur une table pour
que tous puissent le voir, et que tous puissent l'entendre.
• Peuple, dit-il, voilà ce que tu viens de « faire, écoute, je vais te le raconter : tu
• es entré armé dans la chambre; lu as
• chassé les députés qui voulaient nommer
• une régence ; lu t'es emparé de la tri-
• bune et lu as dit : il n'y a pas d'autre
• maître ici que moi ; alors tu as nommé
• un gouvernement provisoire. Voici les
• noms des membres qui le composent :
• Dupont (de l'Eure), Lamartine, Arago,
• Ledru-Rollin et Crémieux. • Ei à chaque nom, les applaudissements interrompent l'orateur; les noms que l'assentiment populaire a sacrés à la chambrée sont sacrés une seconde fois à l'Hôtel de ville.
Bientôt des cris se font entendre sur la place : ils annoncent l'arr-ivée des autres membres du gotrvernement provisoire. Ils montent l'escalier, entrent directement dans la chambre qui leur est destinée , et commencent une séance qui durera soixante heures.
Pendant ce temps, un homme eritr-e dans la grande salle, se fait jour au milieu de la nrasse qui l'encombre, monte sur un fauteuil et dit :
• Je suis le citoyen Lagrangc, de Lyon ; « les combattants, réunis au journal la Ré- « forme, ont nommé un comiti'; provisoire
• qui va venir siéger ici ; je prie donc tous « ceux qui sout présents de norrs lai-scr « celte chambre pour que le comité puisse
• y délibérer' dans le calme. »
La salle évacuée, deux gardes nationaux sont désignés pour en gaiiler la porte.
Quelques minutes après, MM. Louis Blanc, Ferdinand Flocon et Albert arrivent, mais la salle leur paraît trop petite.
On indique la salle voisine du conseil, les trois lustres d'or sont allumés et versent leur clarté sur- la fournaise popttlair'e.
Chacun des orateurs harangue tour à tour les assistants; le discoures du dernier est interrompu par la proclamation des difféienls menibies du gouvernement provisoire, aux difTérenls ministères auxquels ils sout appelés.
Dupont (de l'Eure) est président du conseil, Lamartine eptaux affaires étrangères, Ledru-Rullin à l'intérieur', Cr'émicnx à la justice, Arago à la marine, Cai'not à l'instruclion publique, Marie aux travaux publics.
La liste sera demain au Monileur.
Le peuple sail les noms de ces minislres, iDais ce n'esi point le tout, il veui les voir ; si souvent iiompé, il craint qu'on ne le trompe encore.
Une tlf'puiaiion va frapper à la porte de la chambre où délibère le gouvernement provisoire: il coniniunique le d<'sir de la foule aux représentants de la fouie; Lamartine se détache de la table où l'on est déjà établi en séance, et s'avance entre un homme du peuple et un garde naiional.
C'est toujours le même homme, à la sérénité fière, au sourire frémissant ; pas une seule fois au milieu des passions qui vont rugir autour de lui, pas une seide l'ois on ne le verra pâlir decrainte ou rougir de co'èrc!; Lamartine, ce n'est point un homme, c'est la statue vivante de l'huma- Dité.
Alors commence une de ces magnifiques improvisations, comme le grand poète ( ii sait faire; alors découle di; sa bouche la persuasion aux chaînes d'or ; alors se calment tous ces rugissements, toutes ces clameurs, qui font du peuple un autre océan.
« Amis, dit enfin le poète, victoire, vic-
• toire ! Yous avez définitivementconquisen
• trois heures tous les droits du citoyen et " de rhomnielibre,etsi un pouvoir aveugle « et impie voulait encore profiler de l'ombre
• de la nuit pour vous les ravir, vous sau- « riez bien les défendre ; martyrs et com-
• battants de ce grand jour, soyez remcr-
• ciés au nom de la pairie, au nom du
• monde ! •
Alors un homme du peuple élève la voix :
— Et vous, dit-il, et vous, quels sont vos desseins, vos pensées? car jusqu'à présent vous ne nous avez parlé que de nous.
— Nous, répond LaniartMie; nous, nous sommes ceux qui se sont dévoués à vous, corps cl àme ; qui nous sonmies attachés sans réserve au iriompt;e de votre cause. Nous avons brûlé nos vaisseaux, nous avons mis bas la royauté.
— Aillai, vous êtes bien un gouvernement républicain.
— Oui ; mais un gouvernement républicain provisoire; réservons la sanction de la France.
— La France, c'est nous. Nous avons à Paris des délégués de touie la France ; toutes les provinces sont représentées ici. Nous sommes à la fois le sang, le cœur et la tête du pays.
— Ainsi, vous vous wntez assez forts et assez justes pour iuaugitrer l'ère sainte de la République.
— Oui, oui, oui.
— Béni soit donc Dieu qui m'a permis de voir ce lever de soleil. Five la République!
Et un immense chœur répond : Five la République !
Lamartine est reporté en triomphe dans la salle du gouvernemei.t.
Dovx heures après, il ne restait plus dans cette grande sallo du conseil qu'un homme du peuple assis au fauteuil du président, où il semblait s'éire endormi de fatigue, et debout devant iui un homme, tenant un drapeau rmige h la main, ayant un bonnet rouge sur la tête, et chantant : Jatnais en France l Anglais ne régnera.
A onze heures, les corridors de l'IIô'el de ville sont à peu près évacués. Une grande loule staiionne encore sur la place, attendant chaque nouvel :icte du gouvernement provisoire, comme un nouveau gage de sécurité.
Cependant à l'intérieur on n'est point sans crainte; de faux mots d'ordre ont été donnés pour amener des collisions dans la nuit.
Un général inconnu a donné pour mot d'ordre à tous les postes de la rue Sainl- Ilonoré : Iliivre et Harresac.
Le commandant de la garde nationale de Saint-Gerniain, qui se trouve à l'Hôlel de ville, est alors chargé de se rendre aux différents postes et de donner, au nom du gouvernement provisoire, le seul, le véritable mot d'ordre.
Ce mot d'ordre est : Liberté, égalité, fraternité ; maintenez les barricades.
Ainsi s'esi écoulée cette journée, qui u'u. pas eu sou égale dans les fastes du monde, et qui a vu passer successivement deux ministères, tomber une royauté el uue régence.
Et proclamer une République.
Le jour se lève sur Paris monarchique hier, républicain aujourd'hui.
Pendant la nuit, l'œuvre d'organisation commencée la veille ù l'Holel de ville s'est coniinuée.
Les journaux annoncent que le gouvernemeiii provisoire se compose de :
MM. Duponl (de l'Eure), LDniariinc,Créniieux, Arago , Ledru-RoUin , Garnier- Pagès cl Marie.
Ce gouvcrnemeni a pour sccrélaires :
MM. Armand Marrast, Louis Biauc, Perdiiiand Flocon.
Voici ses premiers acies et commenl les ministères oui éié distribués.
Duponl (de l'Euie), président du conseil; aflaircs étrangères, Lamariine ; intérieur, Ledru-Rollin ; guerre, Bedeau ; finances, Michel Gûudcliaux ; marine,, Arago ; agricullure et couimeice, Betlimoni ; iiavaux publics, Marie ; instruction publique et culies, Carnot; gouverneur général de l'Algérie, général Cavaignac; injire de la ville de Paiis, Garnier-Pagès; commandant supérieur de la garde nationale de Paris, Couriais.
Vers dix heures, on apprend que, la veille, le roi a louclié à Trianon vers quatre heures du soir. Là, il s'est aperçu qu'il avait perdu son portefeuille, et est parti à l'instant même pour la ville d'Eu.
On affiche les proclamations suivantes :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
25 février I8/18. « Le gouvernement de la République française s'engape à garantir l'exislence de l'ouvrier par le travail ;
« Il s'engage à gaiantir le travail à tous les citoyens ;
« Il reconnaît que les ouvriers doivent s'associer enire eux pour jouir du bénéfice de leur travail;
« Le gouvernement provisoire rend aux ouvriers auquel il appartient, le million qui va échoir de la liste civile.
« Garnier-Pagès, maire de Pari*.
Louis Blanc, l'un des secrétaires procisoires. "
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
• Le gouvernement provisoire arrête :
« La chambre des dépuiés est dissoute;
• Il est interdit à la chambre des pairs de se réunir;
« Une assemblée nationale sera convoquée aussitôt que le gouvernement provisoire aura réglé les mesures d'ordre et d» police nécessaires pour le vole de tous les citoyens. »
« Citoyens!
• • Le gouvernement provisoire d('clare que le gouveruemeul actuel est ie gouver-
nement républicain, et que la nation sera appelée imme-diaieinent à ratifier par son vote la résokiiion du gouvernement provisoire et du peuple de Paris.
• Les boulangers sont requis de meure à la disposition des chtfs de posie de la g;ird(; nationale, jusqu'à concurrence d'un cinquième de leur fabrication , et en échange de bons de payement qui leur seront remboursés à l'Hôiel de ville, le pain desiinéà la nouiriiure des citoyens armés.
■• La distribution sera faite par lesdits chefs, qui feront accompagner le pain par les hommes sons leurs ordres. •
Vers deux heures, on apprend la reddition du fort de Vincennes et du mont Valérieu.
Pendant toute la matinée, on a porté à riîôlel de ville les objets précieux (ro«vés aux Tuileries : diamants, parures, bijoux.
Un balayeur a apporté une casseife tout o'îverte , dans laquelle se trouvaient 200,000 francs en billets de banque, 174,000 francs en or.
Les nouvelles arrivent de lous côtés. On ne sait seidement comment distinguer les vraies des fausses.
On dit que la Répiiblique a été proclamée à Bruxelles, et que le roi Léopold est eu fuite.
On dit que la famille royale a quille la France et s'est embarquée au Tréport.
On dit que le roi a été frappé d'une apoplexie foudi'oyante et est mort sur le coup.
Toutes ces nouvelles courent de bouche en bouche avec une rapidité électrique.
Des souscriptions s'organisent en faveur des blessés.
Vers trois heures, une certaine inquiétude frémit dans le peuple. On lui dit que le gouvernement provisoire le trahit, et veut rétablir la régence; proclamé d'hier, on le calomnie aujourd'hui. Le peuple demande un gage : il veut, au lieu du coq, le bonnet phrygien ; au lieu du drapeau tricolore, le diapeau rouge.
Il marche sur l'Hôtel de ville.
Celle agitation est augmentée par le passage de civières portant les blessés. On les promène par les rues, afin que le peuple ail sous les yeux le combat de la veille, et ne cède point aux influences rétrogrades que l'on craint.
Le peuple arrive, débouche à la fois par les rues et par les quais; il inonde la place de Grève.
Lamartine et Marre sont seuls à l'Hôiel de ville.
Lamartine entend les rugissements du peuple. Il saii, nouvel Androclès, comment on calnic ce lion.
I! descend, se croise les bras, et demande à ces n'illiers d'hommes courroucés ce qu'ils venleni.
An milieu des cris, des miu mures, des imprécations, des sabres levés sur sa tête, ,des baïonnettes croisées sur sa poiirine, il comprend que l'on doute de la loyauté du gouvern€menl provisoire, et qu'où veut la siibstiiu'.ion du drapeau rouge au drajK^au Incolore.
Alors, il f lit signe qu'il va parler. Pca à peu, celte mer s'apaise, ses vagues cessent de rotder, ses tlols de bruire.
— Eh (]Uiii ! citoyens, dit-il, si l'on vous avait dit, il y a trois jours, <)ue vous auriez renversé le iiô'.ie, détruit l'oligarcliie, obtenu le suiïi"ii;e universel, conquis tous les droits du citoyen, fondé enfin une llépubliijue, celle République, ce rcve loiaiain de ceux luc-mc qui sentaient sou nom caché dans les derniers replis de leurs consciences comme ud crime ! Et quelle République ! i\on plus une République, comme celles de la Grèce ou de Rome, renfermant des aristocrates et des plébéieiis, des maîtres el des esclaves, ^pn pas une République, comme les Républiques aristocratiques des temps modernes, renfermant des citoyens cl des prolétaires, des gi ands et des petits devant la loi, un peuple et un pairiciatjmais une République égalitaiic, où il n'y a plus ni aristocratie, ni oligarchie, ni grands, ni petits, ni patriciens, ni plébéiens, ni maîtres, ni ilotes devant la \ui ; où il n'y a qu'un seul peuple, composé de l'universalité des ciloyens, et où !e droit et le pouvoir publics ne se composent que du vote et du droit de chaque individu dont la nation se compose, venant se résumer en un seul pouvoir collectif appelé le gouveruenieut de la Uépubliiiue, et relournaiii en lois, en insiilutiotis populaires, en bienfaits, à ce peuple dont il estémaué.
« Si l'on vous avait dit tout cela, il y alrois jours, vous auriez refusé de le croire ; vous auriez dit : Trois jours! il faut :roi» siècles pour accomplir une œuvre pareille au profit de l'humanité. Jil) bien 1 ce que vous ailliez déclaré impossible est accompli. Voilà notre œuvre, au milieu de ce tumulte, de ces armes, de ces cadavres de vos mariyrs.
Et vous murmurez contre Dieu et contre nous! »
Plusieurs voix interrompent M. de Lamartine en criant :
— Non ! non! nous ne murmurons pas!
— Oh ! vous seriez indignes de ces dons, reprend Lamartine, si vous ne saviez pas les contempler et les reconnaître.
« Que vous demandons-nous, pour achever notre œuvre? Sont-codes années? non; des mois? non; des semaines? non; des jours seulement. Encore deux ou trois jours, et votre victoire sera écrite, acceptée, assurée, orgauisi'-e de manière qu'aucune tyrannie, excepté la lyiannie de vos propres impatiences, ne puisse l'arracher de vos mains.
« El vous nous refuseriez ces jours, ces heures calmes, ces minutes! et vous étoufferiez la Rfipublique, née de voire sang, dans sou berceau !
— ]\'on ! non ! non ! répètent les mêmes dis mille voix. F'ioe la République. ' mve le gouvernement provisoire I vive Lamartine !
— Ciloyens, continue Lamartine, je viens de vous parler eu citoyen ; eh bien, maintenant, écoutez votre ministre des afl'aires étrangères.
« Si vous m'enlevez le drapeau tricolore, sachez-le bien, vous m'enlevez la moitié de la force extérieure de la France ; car l'Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites et de nos victoires dans le drapeau de la République et de l'Empire.
• En voyant le drapeau rouge, elle ne croira voir que le drapeau d'un parti. C'est le drapeau de la France, c'est. le drapeau de nos armées victorieuses, c'est le drapeau de nos triomphes qu'il faut relever d(!vant l'Europe. La France et le drapeaa tricolore, c'est une même pensée, un même prestige, une même terreur au besoin pour nos ennemis.
« Songez combien de sang il vous fandrait verser pour faire la renommée d'un aulre drapeau !
« Le drapeau rouge, je ne l'adopterai jamais, et je vais vous dire dans un seul mot pourquoi je m'oppose à son adoption de toutes les forces de mon pairiotisme. C'est que le drapeau tricolore, ciioyens, af il le tour du monde avec la Rf-publique el l'Empiic, avec vos libertés cl vos gloires, tandis que le drapeau rouge n'a fait que le tour du
iO —
Clianip-dc-Mars , iraînc dans le sang du
peuple. • 1 " •
A celle dernière ptiroraison, ou plutôt n celte dernière image, la colère du peuple s'éieiiu pour faire place à l'eniliousiasiup. Tous s'éhiucent vers Lamariiue ; c'est à qui le louchera, pressera ses mains, l'embrassera. Alors, au-dessus de ce grouno donl il est le centre, il^ctend ses mains cl
dil:
— 0 mes amis ! mes bons amis ! vous ne saurez jamais quels abîmes dairociion j'ai là pour vous. Que n'ai-je les bras assez grands pour presser le peuple entier sur ma poitrine ! »
Tout fui dit. Ce peuple, qui montait comme une marée, qui grondait comme un tonnerre, s'arrêîa et se lut.
A quatre heures , les boulevards présenieni un curieux speciacie : on dirait qu'il y a fèie aux deux bouts de Taris-, louio la pijpulalion se presse pour monter à I;i Basiille ou descendre à la Madeleine. La nuit qui tombe n'imerronipl pas cette promenade incessante. Seulement, toutes les maisons s'illuminent, et présenient, sur toute la longueur des boulevards, une double façade de flamme.
Toutes les barricades sont encore en place, on est ob igé de les franchir pour circuler; mais ceux qui les oni faites sont là pour donner l;i main aux fommes, pour passer les enfants dans leurs bras. Jamais il n'y a eu lanl de politesse dans le peuple, que depuis que le peuple est souveraiu. Seulement, à parlir de onze heures, on iilpeut plus circuler sans mol d'ordre, ou l'on esi obligé de se faire reconnaître aux corpsde- garde.
Paris présente le même aspect. Seulement, dans la matinée, on pratique des passages qui rendent ks barricades franchissables. Elles sont toujours gardées par leurs défenseurs. Celle qui se trouve a Jnnr^e de la rue Monimarire a conserve ses canons.
La première chose que chacun demande c'est son journal.
Les din'érenles feuilles contiennent les décrets suivants :
RÉPDBLIQtE FRAPÇAISE.
Liberté, Égalité, Fraternité.
«Le gouvernemenlprovisoire, convaincu que la grandeur d'âme est la suprême poli-
tique, cl que chaque révolufion opérée par le peuple françai* doit au monde la consécration d'une vérité philosophique de plus;
« Cunsidéranl qu'il n'y a pas de plus sublime principe que l'inviolabilité de la vie humaine;
« Consi lérani que dans les mémorables journées où nous sommes, le gotivernomenl provisoire a constaté avec orgueil que pas un cri de vengeance ou de mort n'est sorti de la bouche du peuple;
« Déclare :
« Que dans sa pensée la peine de mort fesl abolie en matière politique, et qu'il présentera ce vœu à la ratification définitive de l'Assemblée nationale.
« Le gouvernemenl provisoire a une si fei r.ie conviction de la vérité qu'il proclame au nom du peuple français, qu'i si les hommes coupables qui viennent de faiie couler le sang de la France, étaient dans les mains du peuple, il y aurait à ses yeux un châtiment plus exemplaire à les dégrader qu'à les frapper.
« Les membres du gouvernement provisoire :
« Dupo^T (de l'Eure), Lamartine, Garnier-Pagès, Arago, Marie, Ledru-Rollin, Crémieux; secrétaires, Louis Blanc, Marrast, Flocon, Albert, ouvrier. »
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité.
« Le maire de Paris, averti que des citoyens ont manifesté l'intention de détruire les résidencesqui oniapparienu à la royauté déchue, afin de faire dispaïaîiie jusqu'aux derniers vestiges de la tyrannie :
« Leur rappelle que ces édifices appartiennent désormais à la natian;
« Que, d'après une résolution prise par le gouvernerni ni provisoire,
« Ils doivent être vendus pour leur prix être affecté au soulagement des victimes de notre glorieuse révolution,
(( El aux dédommagements que réclament le commerce et le travail.
« Il invile donc tous 1rs bons citoyens à se souvenir que les édifices nationaux sont placés sous la sauvegarde du peuple, « Le mail? de Paris :
« GARNIIiR-PAOÈS.
« 25 février. «
nÉPUBl.IQUE FRANÇAISE. „,||
Liberté, Égalité, Fraternité.
« Le gouvernemenl provisoire croit devoir prévenir hs ciloyens qu'il a pris toutes les mesures conservatrices pour que tous les biens, meubles et immeubles, de l'ancienne lisie civile et du domaine privé restent sous la main de lu nation.
« Les membres du Rouvernenienl provisoire. »
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité.
« Citoyens,
« La loyaiiié, sous quelque forme que ce soit, est abolie.
« Plus de légilimisme, plus de bonapartisme, pas de légence.
« Le gouvernement provisoire a pris toutes les mesures nécessaires pour rendre impossible le retour de l'ancienne dynastie et l'avénemenl d'une dynasiie nouvelle.
« La Rt'pnbliqiie est proclamée.
« Le peuple est uni.
« Tous les loris qui environnent la capiiale>oot à nous.
« La brave garnison de Vincennes est une garnison de frères.
« Conservons avec respect ce vieux drapeau républicain, dont les trois couleurs oui fait avec nos pères le tour du monde.
« Montrons que ce symbole d'égalité, de liberté, de fraiernilé, est en même teni|)s le symbole de l'ordre et de l'ordre le plus réel, le plus duiable, puisque la jusiice en €st la base et le p;^uplc eniier l'instrument.
« Le peuple a déjà compris que l'approvisionnement de Paris exigeait une pliis libre circulation dans les rues de Paris, et les mains qui ont élevé les barricades oui, dans plusieurs endroits, fait dans ces barricades une ouverture assez large pour le libre passage des voilures de iranspoit.
« Que cet exemple soit suivi paiiout ; que Paris reprenne son aspect accouiumé, le cumnie.'ce son activité et sa confiance; que le peuple veille à la fois au maintien de ses droits, et qu'il coniinue d'assurer, comme i! l'a fait jusqu'ici, la iranquilliié et la sécurité pub'iques.
« Dupont (de l'Eure), Lamartine, Garmer-Pagès, Araco, Marie, Lkdru-Roulin, CnÉMiEux, Louis Bla.%'c, .Aî.bert, ouvrier, .AIar- RAST, Flocon. »
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité.
« Le gouvern"mei;t provisoire déci èîe i'Jtablissemçiil immédiat d'ateliers nationaux.
« Le ministre des travaux publics est chargé de l'cxécuiiji» du présent décret.
« Les membres (*u gouvernement provisoire :
« Dupont (de l'Eure), Garnif.r- Pagès, F. AuAGO, Marie, Lamartine, CRiiifîEUx, Ledrc-Rollin, Loujs Blanc, Alrert, Armand Marrast, Flocon.»
république française.
Liberté, Égalité, Fraternité.
« Le gouvernemaut provisoire déclare (;iie le draprau national est le drap^-au tri- (o'ore, doiil les couleurs seront rétablies dans l'ordre qu'avait adopté la République française; sur ce drapeau sont écrits ces mots : RÉPURLiQUE FRANÇAISE, Liberté, Egalité, Fratririiiis, trois mois qui expliqueni le sens le plu» étendu des doctrines démocratiques, dont ce drapeau est le symooie, en inèine temps que ses couleurs eiî coiilinuent les traditions.
« Comme signe de ralliem ml, et comme souvenir de reconnaissance pour le dernier acte de la révoluii m p ipnlairc, les nicuibres du gouveniemeiii pruvisoire ei; les au'res aiitorilés porieroiii la idsciic rouge, laquelle sera p'a:ée aussi à la hampe du drapeau.
« Les membres du gouvernement provisoire. »
— Le gouvernement provisoire déi-rète :
« Les curants dos citoyens morts en coiBbattaut so:n adoptés par la patrie.
« La République se charge de tous les secours à donner aux blessés et aux familles des victimes du gouvernement monarchique. »
« Le général Bedeau n'ayant pas accepté le minisière de la guerre, le général .Subervic a été oomuîé à sa place. Il est iiisiallé.
« Le général Bt deau est nommé commandant de la !'■ division militaire, et s'occupe avec activiKi de tout ce qui concerne ce service iii<poriant. »
Ainsi, en soixante-douze heures, voici l'œuvre de la République :
La chambre des députés dissoute ;
La chambre des pairs fermée ;
Le goiiverncmciil de la nation par ellemême proclamé ;
La liberté, l'égalité et la fraternité ramenées en principes et ressuseitées en devise ;
La garde municipale licenciée ;
La police rendue au maire de Paris ;
Le travail garanti à tous les ouvriers;
Le droit d'association reconnu;
La formation de vingt-quatre légions de garde nationale mobile décrétée ;
Les cours et les tribunaux installés ;
La justice remise sous la protection du peuple français;
L'uiiiié de l'armée et du peuple déclarée;
Les détenus politiques mis eu liberté ;
La peine de mon abolie en matière politique;
Le million à échoir de la liste civile réservé aux ouvriers blessés;
Les études rétablies dans tous les lycées;
Toutes les cours d'appel pourvues de leurs parquets;
Les enlauis des combattants morts le 24 féviier adoptés par la patrie ;
Les Tuileries destinées à servir désor- Aais d'asile aux invalides du travail;
La circulation rétablie partout dans Paris ;
Une grande manifestation accomplie par le gouvernement provisoire au pied de la colonne de Juillet;
Les gardes nationales, dissoutes par le précédent ordre de choses, réorganisées de droit ;
Le service des malles-postes régulièrement rétabli;
Tous les édifices et palais de la couronne rentrés dans le domaine public ;
La royauté, sous quelque forme que ce soit, abolie;
L'établissement immédiat d'ateliers nationaux.
Voici le chiffre exact des sommes dont peut disposer l'Etat en ce moment :
A la Banque, 135 millions; Au trésor, 55 millions;
190 millions.
Ce matin, l'or se vendait :
Le 1,000 prime, 100 fc.
— puis 80
— puis 60
— puis 50
— puis ùO
La journée s'écoule comme celle de la veille. Seulement, l'agiiation se calme. On co-mmencc à ne plus craindre le retour de forces armées. La nouvelle de la mon du roi, qui s'iJtait répaudue, est démentie. On ne sait pas cependaut ce qu'il est devenu.
On dit que ntadame la duchesse d'Orléans, qui n'a pu trouver un asile aux Invalides, en a trouvé un chez le maréchal Soult, et n'est partie qu'hier au soir pour l'Allemagne avec ses deux enlanis.
Madame la duchesse de Monipensier a été retrouvée errante sur la place de la Concorde par le général Thierry, qui est parti avec elle pour rx\ngleierre.
Un bateau à vapeur a chauffé pour aller signifier à MAL d'xVumale e-i de Joinville la d(ichéance du roi, et le remplacement du premier de ces princes au gouvernement de l'Algérie par le général Cavaignac.
On reçoit des nouvelles desviiles les plus proches de Paris. Partout la République est proclamée au chant de la Marseillaise.
Ce soir, le bruit se répand que des bandes armées brûlent les cliâteaux avoisiuant Paris.
Le château de Ncuilly et celui de M. Rothschild, à Suresnes, sont en ce moment en flammes. Les ponts d'Asnières, de Rueil, de Cliatou, de Besons, sont brûlés et les stations dévastées; ce sont, à ce qu'on assure, les mariniers qui causent ces désordres, en haine des chemins de fer.
Ces désordres provoquent la proclamation suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
« Citoyens 1
« Des fauteurs de troubles et d'anarchie ont conçu la criminelle pensée d'arièter l'arrivée des denrées destinées à l'aliinentalion de la capitale.
• Ils veulent essayer de couper les communications sur les chemins de fer. Reunissez-vous tous pour vous opposer énergiquemeni à l'exécuiiou d'un projet aussi coupable.
« Les administrateurs du chemin de fer de Rouen ont offert généreusement de transporter graluitemeiii tous les grains et autres denrées nécessaires à vou-e subsistance. Protégez une propriété si précieuse à tous et qui doit appartenir à la nation. « Le ministre de l'intérieur, membre du gouvernement provisoire,
« LïlDRU-ROLLIS. •
Vers cinq heures du soir, les voilures comBieacenl à circuler sur le boulevard. On a ouvert les barricades par le milieu, mais le>> rues transversales ne permelient le passage qu'aux gens à pied.
A minuit, Paris est parfaitement tranquille. A part les pavés, qui n'ont pas encore repris leurs places, à part les lampions qui éclairent encore toutes les fenëlies, on dirait qu'il ne s'est absolument rien passé- Pendant la journée, le frère et le neveu de l'empereur Napoléon ont écrit au gouvernement provisoire les deux lettres suivaules :
A MM. les membres du gouvernetnent provisoire de la République.
• La nation vient de déchirer les traités
• de 1815. Le vieux soldat de Waterloo, le ' dernier frère deiVapoléon, rentre dès ce « moment au sein de la grande famille.
• Le temps des dynasties est passé pour
• la France!
• La loi de proscription qui me frappait « est loHjbce avec le dernier des Bourbons. « Je demande que le gouveruement de la
• République prenne un arrêté qui déclare
• que ma proscripiiou était une injure à la
• France, et a disparu avec tout ce qui nous « a dté imposé par l'étranger.
« Recevez, Messieurs les membres du « gouvernement provisoire de la Républi-
• que , l'expression de mou respect et de
• mon dévouement.
" Signé : Jérôme Bonaparte.
• Paris, ce 26 février 1848. •
A MM. les membres du gouvernement provisoire de la République.
« Au moment même de la victoire du « peuple, je me suis rendu à l'Hoiel de
• ville. Le devoir de tout bon citoyen est
■ de se réunir autour du gouvernement « provisoire de la République, et je tiens
■ a être un des premiers à le l'aire; heu-
• renx, si mou patriotisme peut être utile-
• ment employé.
« Recevez, Messieurs, l'expression des
• sentiments de respect et de dévouement
• de votre couciioyen.
* Signé: Nai'oléos Bonaparte.
■ Paris, 26 lévrier 18A8. •
27 FÉVHIER.
Presque touie la journée a été employée à la proclamation de la République, au l'ied de lu colonne de Juillet.
Voici les détails de celle cérémonie :
Paris a eu aujourd'hui une des plus grandes et des plus belles fêtes dont ses annales aient conservé le souvenir.
Deux bataillons par chaque légion de la garde nationale avaient éié convoqués hier soir; quelques heures après, tout le monde était à son poste, et jamais les rangs ne furent mieux garnis. Les combattants encore armés, et qui, depuis plusieurs jours, partagent avec les gardes nationaux toas les services d'ordre et de sécurité publique, ajoutaient encore au nomlire de cette milice populaire , et témoignaient ainsi de l'union fraternelle comnienoée sous les feux du combat et cimentée par la victoire.
Ce peuple entier, sûr de sa force comme de sa grandeur, s'était donné rendez-vous sur cetie immortelle place de la Basiille, qui remplit plus d'une noble page dans l'histoire de la révolution et de la liberté.
Les membres du gouvernement provisoire sont partis de leur salle de délibéralion àdeux heures précises; ilsontdescendu le grandcscalier de l'Hùtel de ville au milieu d'un concours nombreux de citoyens, la garde présentant les armes, et le tambour ballant aux champs. Les cris de Five la République ! poussés par la foule enlhuusi'isie, ont bieniôt retenti dans loute la place encombrée d'une multitude infinie.
Le corH'ge aussitôt s'est ébraidé. En tête marchait un déiachement de la garde nationale à ( heval, puis les élèves de l'école d'éiai-major.
Ils éiaient suivis par une légion de la garde nationale oil se mêlaient beaucoup d'autres citoyens dont les armes et le costume étaient comme le signe vivant de la révolution accomplie. Entre les compagnies de celle légion, les jeunes gens de toutes nos écoles, dont la bravoure et le dévouement relèvent l'iulelligence et le patriotisme.
Les membres du gouvernement provisoire venaieni ensuite, en habit noir, avec l'ccharpe tricolore et la rosette rouge à la boutonnière. Les ministres de la guerre, des finances, du commerce et de l'insii'uction publique, les adjoints de Paris, le directeur-général des postes s'étaient joints aux membres (lu gouv(irnemei>t provisoire. Tous ces élus de l'insurrection ont été salués par les acclamations les plus vives. Les élèves de Saiul-Cyr les précédaient
jmniédialemenl, c( un détachement des élèves de l'Ecole polyiecliiiique,répée nue, formait la haie.
Derrière eux venait une masse immense qui a été grossissant jusqu'à la fni. La cour de cassation, la cour d'appel, le général Bedraii, commandant la division miliiaire, des officiers de l'armée et de la marine, des l'onctiounaires desauiresdéparienienis s'étaient lendus sur la place de lu Busiille, cil la foule pressée se serrait autour de la colonne de Juillet, dont le somuut était pavoisé d'étendards r-ux trois couleurs. Le temps, qui avait éié Jusque là pluvieux, s'est éclairci, et le soleil, a voulu éclairer de ses rayons celte première fêle de la République.
Arrivés au pied delà colouue, les membres du gouvei'uement provisoire se sont rangés sur une file, pendant que la musique jouait /« Marseillaise. Les drapeaux se sont placés en fcce d'eux.
Après uu roulement de tambour, M.
Arago a pris la parole ; il a d'une voix orte annoncé au peuple assemblé que le gouverneuieni provisoire avait ciu de son devoir de proclamer sulennellemeul la République, devant l'itéroïque population de Paris, dont l'acclamation spontanée avait déjà consacré celte l'orme de gonveruement. La sanction le la France entière y manque sans doute encore ; mais nous espérons qu'elle ratiliera le vœu du peuple paiisien, qui a donna un nouvel et magnifique exemple de son courage, de sa puissance, de sa modéradon. Il tient à prouver à la patrie et au monde qu'il n'a pas seulement l'instinct de ses droits, mais qu'il en possède aussi riuteliigence et la sagesse. Calme et fort, énerijique el généreux, le peuple de Paris peut être présenté à la France comme uu de ses titres d'orgueil.
Il semble avoir laissé tomber dans le plus dédaigneux oubli une royauté malfaisante pour ne s'occuper que des grands iulérêls qui sont ceux de tous les peuples, des piincipes immortels qui voiit devenir pour eux la loi morale de la pijliiique el de l'humanité.
• Citoyens, s'est 'crié M. Arago avec enthousiasme, répétez avec moi ce cri podulaire : Fim la Ripublique I • Tous les membres du gouverneuieut provisoire se sont découverts, hs drapeaux se sont inclinés ; et, au bruit des tambours baiiani aux champs, au bruit des trompettes et de
la musique s'est joint cet autre bruit immense du peuple qui couvrait tous les antres: Vive la l\ è publique l
Le vénérable président du conseil, M.
Duponl (de l'Eure), a remercié alors la population de Paris de la conquête qu'elle venait d'accomplif, de l'ordie qu'elle avait su maintenir dans les jours les plus agiiés, de celle indignaiion si légiiime qu'elle avait contenue avec un sentiineiit de moralité si haut. La République, fondée aujourd'hui sur de telles bases, doit être éternelle cou me les principes, comme la victoire d'où elle est sortie.
Des bravos répétés ont accompagné cette ailocuiion du vénérable président.
L'enihousiasine a augmenté encore, quand JL Arago a dit avec émotion : « Citoyens, - ce sont quatre-vingts ansd'uiievie pure <c et patriotique qui vous parlent I ... )> Oui! Oui ! Five Dupont (de l'Eure)\ Et celui-ci ayant répondu en s'écriant ; Five la liepiihlique! ce cri s'esi prolongé pendant plusieurs minutes.
M. Crémieux, dans de chaleureuses paroles, a invoqué la mémoire des braves citoyens moris à la révolution de Juillet et dont les noms sont gravés sur le bronze de la colonne. Cette journée doit consoler leurs ûincs alïlli;ées pendant dix-huit ans. Nul ne pourra désormais enlever au peuple les fruits de sa conquête. Le gouveiuement républicain dérive du peuple, et il s'y appuie. Toutes les distinctions de classes sont effacées devant l'égalité, tous les antagonismes se calnieni et disparaissent par cette fraternité sainte qui fait des enfants d'une même patrie les enfants d'une famille, el de tous les peuples des alliés.
C( s paroles ont été inierrompues par les applaudissements les plus vifs.
Le général Connais, commandant la garde ualionale, a fait alors commencer le défilé; mais la l'oule était tellement entassée qu'elle rompait les rangs; elle défilait aussi devant le gouvernemenl provisoire, el à chaque instant les cris de Fioe la Rtpubliquel leientissaieut avec éclal. lia fallu près d'une heure pour le défilé de la r°et la 2' légion. Les membics du gouvernemenl provisoire se sont alors mis en marche afin de passer devant le front des autres légions échelonnées le long des boulevards.
Depuis la place de la Bastille jusqu'à la hauteur du faubourg Poissonnière, ce n'a
ctéqu'iin seul cri dont l'écho se prolongeait au niilit'u d'une foule innombrable. Le peuple de Paris semblait vouloir prendre à témoin le ciel et la terre, et il consacrait la République française par les accens les plus vigoureux que le désir et la conviction aient jamais arrachés à des poitrines humaines. Toutes ces ligures avaient le raracière de la confiance et de la joie: non pas d'une joie emportée et frivole, mais d'une joie sereine et rélli chie. Quand on se retournait du haut du boulevard Saint-Denis, on apercevait, marchant derrière le gouvernement provisoire, une masse de citoyens énorme, immense, qui remplissait la grande voie dans toute sa largeur, ei qui s'étendait jusqu'à perie de vue. Celait le plus imposant spectacle; rien n'égale les pompes que donne la présence du peuple, rien n'est comparable à sa majesté.
Celte journée est désormais inscrite au nombre de celles qui laissent dans l'histoire les traces qu'on aime le mieux à retrouver. Ce peuple, si indigné, il y a trois jours, si animé de toute la chaleur de la bataille, il était là aujourd'hui tout entier, mêlant, confundant ses impressions, n'éprouvant plus qu'un sentiment de concorde, et s'abaudonnant à toutes les espérances d'un avenir de grandeur et de prospérité avec une confiance qui, cette fois, du moins, ne sera pas trompée!
Voici l'éiai des blessés entrés dans les hôpitaux de Paris les 22, 23, 5:4 et 25 février:
H(5iel -Dieu.— 8/4 hommes, 2 femmes, S4 militaires. —Total, 120.
Pitié. — 8 hommes,! miliiaire. — Total, 9.
Charité. — 89 hommes, 2 l'enimes, 28 mililaiies.— Total 119.
Saint- .Antoine. — 27 hommes, 9 militaires.— Total, 36.
Cochin. — Une femme.
Necker. —3 hommes, 2 militaires.— Toial. 5.
Bon -Secours. — 3 hommes.
Saini-Lonis. — hh hommes. 3 femmes, 1 militaire. — Total, Wd.
Clini(|ue. — 5 hommes, 1 militaire. — Total, 6.
Maison de santé. — 9 hommes.
Incurables (hommes). — 2 hommes.
Hôtel Dieu (annexe)- — 5 hommes, 2 militaires. — Total, 7.
Beaujon. — 62 hommes.
Ce qui fait un total de 423 blessés, dont 350 civils et 78 militaires.
L'acte d'accusation des ex-ministres a été publié aujourd'hui, selon toute probabilité. Ils seront jugés par contumace.
M.Guizot, s'est sauvé assure-t-on. déguisé en domestique, M. Duchàtel en s'enveloppant dans un manteau, et M. Hébert en s'adaptant de fausses moustaches.
Le bruitcourt que M. Guizotest parvenu à passer en Angleterre.
Deux cadavres sont exposés sur la place du Palais-Royal avec cet écrileau sur la poitrine : Volelks.
Bou-Maza s'est enfui. L'ordre a été donné par le télégraphe de l'arrêter partout où il pourrait être rencontré.
Les nouvelles de l'étranger commencent à se faire place au milieu des préoccupations nationales. Milan est en pleine terreur. La loi martiale y est proclamée et les mesures les plus rigoureuses sont prises contre la population. Ou s'attend rt<; minute en minute à quelque révolte qui pourrait bien devenir aussi une révolution.
Le gouvernement provisoire peut r-oiripler sur le concours du JouRi-^al des Dékats, qui a fait sa profession de foi de dévouement à la République.
Les pavés reprennent leurs places. Les barricades s'abaissent. On circide maintenant en voiture dans presque toutes les rue de Paris.
Vers onze heures, le bruit se répand que le prince Louis -Napoléon est arrivé à Paris.
Ce matin, les journaux annoncent que M. Gnizol a passé en .Angleterre sur le bateau à vapeiu- \ Exprefi. Huit autres personnes, dont on ignore les noms, ont aussi été embarquées aux environs du Havre.
On présume que ces passagers ne sont antres qtie le roi et les personnes qui l'ont accompagné dans sa fuite.
Le prince Louis-Napoléon a écrit ce matin aux uîembres du gouvernement la lettre suivante :
Paris, le 28 février 1848.
• Messieurs,
■ Le peuple de Paris ayant détruit, par
■ son héro'isme, les derniers vestiges de
« l'invasion étrangère, j';iccours de l'exil
• pour me ranger sous le drapeau de la
I • République qu'on vient de proclamer.
" Sans nuire ambilion que celle de ser-
• vir iiioii pays, je viens annonror mon
• aiTivre aux ineiiibrcs dti g'oiivcrnoiiK lU <■ provisoire, elles assurer de mon dévoue-
• meiil à la cause qu'ils repn'senient, « comme de ma sympathie pour leurs per-
• sonnes.
« Recevez, Messieurs, l'assurance de ces
• sentinicnis.
■ BAPOI.ÉON-LOt'ÏS B05APARTE. »
Aujonrd'luii, à deux heures, le ministre des 'Eiais-Uuis à Paris, M. Richard Rush, s'est rendiD à l'Hôlel de ville, el a reconnu le gouvernement provisoire. Il appartenait au rpprëseniani'de l'Union araériciiiiie de venir le premier saluer noire jeune République : il n'y a pas de lien pilus puissant entre les penpks que la commuMauté des sentiments. La démarche faiie par le ministre des Eiais-Cnis avail, dans les circoiisiances présenles, quelque chose de solennel : bien qu'elle fût pi'évue, elle a vivement louché les membres du gouvernement; éi, après une entrevue dans laquelle ont été échangées les plus ncbh^s paro'es, ils ont, en corps, recondurt ce représentanl d'un grand peuplejusqu'au seuil de IHôiel de ville, pour témoigner de la cordiale affection qui doit à jamais exister entre l'Amérique et la France républicaines.
M. R. Rush a prononcé le discours suivant :
« Messieurs,
« Représentant des Etats-Unis, chargé des intc-rêls et des droits de mon pays et de mes concitoyens résidant en France, el tropéluignépourattendre des instructions, je saisis la première occasion de vous olTiir mes féliciiaiions, persuadé que iiion gouvernement sanctionnera la démarche dont je' prends l'iniiiaiive. Je ne saurais non plus manquer de vous dire que le souvenir de l'alliance et de la vieille amitié qui ont uni la France et les EiatsUnis esi encore vivant et plein de force parmi nous. Je suis bien assuré qu'un cri universel et puissant s'élèvera dans mon pays pour souhaitera la France piospérité, bonheur et gloire, sous l'empire des insiiiuiious qu'elle inaugure, sauf la raiilîcatiGu delà volonté nationale. Tous les Américains auront l'ardent espoir que, grâce à la sagesse de la France, ces insiiiniions auront pour le genre humain les heun ux résultats dont la coirduite niaguauiuie de la na-
tion dans ces derniers événements est un gage si rassurant. Cesl sous l'empire d'insliiuiionspareilit'sqiieles Elals-Unis jouis-" sent depuis soixante-dix ans d'niie prospérité croissante, avec un gouvernement d'une unifornïe siabiliié; et si l'Union laisse invariablement aux autres pays le choix Je leur gouvernenTent, sans intervenir eu aucune façon, elle se félicitera naturellement de voir cette grande nation fleurir sous les institutions qui lui ont assuré à elle-même les bienfaits de l'ordre social et de la liberté publitjue.
« Permettez moi. Messieurs, d'employer les mois dont le grand et excellent Washington , l'imniorlel fondateur de notre Républiqire, s'est servi dans une occasion pareille à celle-ci, et de lei miner cette adresse en ajoutant à mes féliciiaiions le souhait fervent que « l'amitié des deux réipubliques soit égale à leur durée. »
M. Aragoa répondu que ies membres du gouvernement recevaient sans surpiise, mais avec un vif plaisir, l'assurance des sentiments exprimés par M. l'ambassadeur des Eials-Unis; la Ftance u'allendaii pas mcins d'une alliée dont elle se rappioche aujourd'hui inlimement par la proclamation de la République. • Le gouvernement provisoire, a-i-il dit, vous remercie des vœux qae vous faites pour la grandeur et la prospérité de la Finance. Jl aime à réipéier comme vous les jiai oies de Washinglon, et il a la ferme confiance que ces paroles ne seront pas seulement un désir, mais une réalité. •
M. Dupont (de l'Eurt), s'approchant alors de l'ambassadeur, lui a dii : « Permettez-moi, Monsieur, en vous serrant la main, de vous persuader que le peuple français serre la maiu du peuple américain. •
M. R. Rush était accompagné deM. Martin, premier secrétaire d'ambassade, et du majur Poussin. Quand ces messieurs sont sortis, la garde a piéocnié les armes, et les cris de : f^iae la Hépnblique des ElaU- Lnùl ont salué l'ambassadeur.
I\L Cabet et les Icai iens ont fait leur adhésion à la République et oni promis de ne réclamer ni le partage des propriétés nî celui de l'argent.
Quelqu'un qui lisait cette nouvelle d^s le journal, demanda à M. Dennery,, ce que c'était que les Ic-sriens : « Ce soiii, répondit l'auteur des Bokéiniens de l'arù, ies
disciplt's d'un homme qui a voulu voler cl qui ii'u pas pu. •
Les biuiis les plus l'oniradicloires, les versioiis les plus sni^tilières ciixuleiu relaiivenieiU aux derniers momenis que la famille de Luuis-Piiilippe a passés en France.
Une letlrede Sainl-Cloud, qui nous est communiquée, coulient les détails suivaals sur la (uiie de Louis-Philippe :
« Le niaireet le premier adjoint étaient obscnis, lorsque l'ex-roi est arrivé à Saiiit- Cloud lejpuJi vers trois heures, escorlé de qucl(|ues gardes naliouaux à cheval et de dragons, afin de ii'èire pas inquiété. C«Uii qui les commandait criait que le roi avait abdiqué, e:c. Après être descendu de la petite voiture où il était, il a fait demander M. Tabtrr, en le priant de lui procurer des chevaux de main. Celui-ci lui ayant répondu qu'il n'en avait pas, il est monté dans les voitures puhliquesde l'admintslration fie Siard, qin loin conduit à Versailles. Il était accompagné de la reiae, du duc et de la duchesse d(; MontpensitM-, de la duchesse de iVeiiiours. Il n'est resté a» rhà/tean que trois quarts-d'heure. Il a dit à l'adjoint qu'il avait été indignement trompé. ■ (Hisiiirique.)
■ Le soir, son valet de toilette, Provost, est arrivé à Saint Clond apportant sous son' gih-'t deux clk mises pour le roi, cardans sa précipi;aiio I il n'avait rien emporté.
■ Ce valet lui avait dii, te maiiu même, les larmes aux yeux, (ju'il l'allait laire des concessions au peuple, que Paris étaii. irèsagiié, etc. Savt.'z-Yous ce qu'il lui fut répondu? « (]e sont encore des propos d* cafi; : nous allons les meilro à la raison; dans quelques heures tout sera calmé. •
• L'ex-roi est arrivé a Dreux, !<.' jeudi 24, à onze hi;ures et demie du soir,, acuompag:ié de la reine, de la duchesse de Kemours et de ses enfants. Ils y avaient conservé le plus strict incognito, lorsque le nom du roi fui prononcé par nu-garde par le seul valet de pied qui l.:s accompagnait. Il y avait pour toute suite deux femmes de chambre.
• Vers une heure, le duc de Montpensier est arrivé, annonçant la déchéance de toute la fuuiille, sans aucuu espoir.
■ Us furent tous cons(eraéa< à cette nouvelle.
• L'ex-roi et sa famille ont quitté Dreux vendredi 25, ù neuf heures du matin. Afin
de cacher leur départ, le valet de pied, qui occupait le siège, avait quiiié la livrée et s'était revêtu d'une redingote ei autres effets achetés deux heures auparavant.
• Le sous-préfet attendait la voiture à sa sortie de la ville, et a pris place sur le siège à cùlé du valet de pied.
• Les gendarmes de Saint-André ayant demandé, au relai de la posti' de leur localité, quelles étaient les personnes que celte voilure renfermait, le sons-préfet est dcsceniu immédiaicmeni du siège, leur a répondu à l'oreille, et les gendarmes se sont reliri'S immédiatement.
« L'ex-roi avait à p ine traversé l'a forêt d'Anette, que les ouvriers d'une papcierie voisine arrivaient sur la.rou.le avec I infenlion de l'arrêter. • .
Achmei-Pacha, fils de Melié.nci-Ali, a èiè vu se battant avec un grand courage le 24 février à raitaipie du Chàieau-d'eau. Depuis, on le rencontre sur le boulevard, assis à côté de son cocher et promenant dans sa calèche des hommes en Mouse.
On a retrouvé ic corps de }\. A. Jollivet, député d!Iic-et-Vilaiue, qu'on ciiercliait depuis quatre jours. C'éiail un des trois ejidavres ensevelis soJS un las de sable, au moment où le roi passait en fuyant près du grand bassin des Tuileries.
Une entrevue a eu lieu entre lord Normanby oi M. de Lamartine , ce qui ferait présumer que nos bonnes relations ne seront pas interrompues avec l'Angleterre.
M. de Lamariiue prépare un manifeste il l'Europe au nom de la République Française.
La nouvelle de la révoluiiou de Belgique est démentie.
Un voyageur, qui arrive d'Angleterre, annonce que M. Giiiijjt a débarqué à Douvres dimanthe matin.
Deux mille ouvriers se sont portés à l'Hôtel de ville pour demtiud'T au gouvernement provisoire la réducti.in du travail à dix heures par jour, l'abolition du marchandage et de promptes mesures pour amener l'association du maître et de l'ouvrier.
Cette démarclifi a, amené la piibjicalion d'un décret dont voici la teneui' :
• Ciinsidèiant (|ue la ilévolulion, faite par L; peuple, doit être faite pour lui ;
• Qu'il est temps de mettre un terme aux long'ies et iniques souffrances des travailleurs :
• Que la question du travail esl d'une Importance suprême ;
• Qu'il n'en esl pas de plus lia'jle, de plus digne des préoccupjlions d'un gouvernement républicain ;
« Qu'il appartient surtout à la France d'étudier ardemment et de résoudre un problème posé aujourd'hui chez toutes les nations industrielles de l'Europe ;
« Qu'il faut aviser sans le moindre retard à garantir au peuple les Iruiis légitimes de son travail ;
• Le gouvernement provisoire de la république arrête :
• Une commission permanente, qui sera intitulée : Commission de gouvernement ■pour les travailleurs, va être nommée, avec mission expresse et spéciale de s'occuper de leur sort.
• Pour montrer quelle importance le gouvernement provisoire de la République attache à la solution de ce grand problême, il nomme président de la Commission de gouvernement pour les travailleurs, un de ses membres, M. Louis Blanc, et pour vice-président un auire de ses membres, M. Albert, ouvrier.
• Des ouvriers seront appelés à faire partie de la contmission.
« Le siège de la commission sera au palais du Luxembourg.
• Louis Blanc, Armand Marrast, Garnier-Pagès. •
Les adhésions pleuvent de toutes parts.
Chacun réclame sa part du gouvernement , tombé. Victor Hugo disait, après la révolution de juillet : il y a dans ce moineni-ci averse de places ; celte averse produit un singulier effet, elle débarbouille les uns et crotte Iss autres.
Le minisire provisoire de l'instruction publique, Carnot, a décidé aujourd'hui que les ci-devant collèges royaux porteront désormais le nom de lycées.
Les lycées de Paris prendront les noms ci-après désignés, savoir :
Le collège Louis-le-Grand, lycée Descartes.
Le collège Henri IV, lycée Corneille.
Le collège .Saint-Louis, lycée Monge.
Le collège Bourbon, lycée Bonaparte ( son ancien nom ).
Le collège Charlemagne, lycée Charlem,agne.
Le théâtre Français a repris le titre de théâtre de la République, et l'Académie
royale de musique celui de théâtre de la Nation.
Mademoiselle Rachel se propose de chanter la Marseillaise à sa rentrée au théâtre de la République.
Un citoyen a remis aujourd'hui au gouvernement provisoire 2 volumes manuscrits et reliés en maroquin ronge ; ce sont les mémoires de Louis-Philippe.
RÉPURLIQUE FRANÇAISE.
Liberté, égalité, fraternité.
Le gouvernement provisoire.
Considérant
Que l'égalité est un des grands principes de la République française ; qu'il doit , en conséquence, recevoir son application immédiate ; Décrète :
Tous les anciens litres de noblesse sont ab: lis ; les qualifications qui s'y rattachaient sont interdites. Elles ne peuvent être prises publiiinement ni figurer dans un acte public quelconque.
Les membres du gouvernement provisoire :
DuPOKT (de l'Eure), Lamartine, Loii.ç BLA^c, Gaenier - Pages, Araco, Albert , Crémieix , Marrast , Flocon, Marie, Ledrc-Rollih.
Louis-Philipjie est arrivé à Londres où il esl descendu à Miwari's holel.
Voici sur son passage et sur les différentes péripéties qui l'ont accidenté des déiailsdontnous pouvons garantir l'authenticité.
Ou a vu partir le roi, on l'a vu disparaître au milieu de sou escorte sur la route de Versailles.
Ou l'a vu faire halte à Trianon ; on l'a vu s'arrêter à Dreux.
A Dreux, il a fait veuir le sous-préfet, M. Maréchal. Le roi n'a pas encore retrouvé son portefeuille , et n'a que treize cents francs eu or sur lui.
i\L Maréchal met sa caisse à sa disposition.
Il fera une station de quelques heures à Dreux; il croit la régence acceplée, et n'a rien à craindre, puisque siui petit-lils règne.
Tout-à-coup M. le duc de Muiiipensier apparaît, il apporte la nouvelle fatale : la régence a été repoussée.
A cette nouvelle, on fait atteler une voi-
Jure snris armoiries ; on part de Dreux ; cVm m. Maréciial qui conduit.
De Dreux, M. de Ruiiiisny a écrit à M. De Ptriuis, qui commande un petit bâtiment p;arde-côte, de venir prendre le roi à Honfleur.
Le lendemain on arrive à Honfleur, sans accident; ceux qui accompagnent le roi sont M. Mathieu Dumas, M. de Rumigny, M. Dupuis de Pauligucs et un valet de chauibie.
M. Du Permis, aide de camp du roi, frère du marin, possède une petite baraque sur lacôie de Giàce; elle marque la place où sera pins tard une maison plus importante; c'est vers cette maison qu'on s'achemine.
Elle est gardée par un valet de chambre, nommé R;icine ; il connaît Mathieu Dumas, dont la fdie a épousé le fils de M. De Pi^rtuis; Mathieu Dumas lui demande les clefs de cette petite maison, il les donne.
D':iilleurs,il a reconnu le roi, quoique le roi ail coupé ses favoris, porte des lunettes vertes , soit enveloppé d'un cache-nez et affecte l'accent américain.
Ce qui reste de la famille royale s'installe dans la chambre du bas ; les autres couchent péle-niéle au grenier dans la paille.
Toute la matinée du lendemain se passe à attendre M. De Permis et son garde-côte.
Veisdeux heures, M. De Pertuis arrive dans une barque ; il a manqué vingt fois diavirer; le temps était trop gros pour qu'il osât avec son bùiiuienl approcher de la côte de Grûce.
Il vi'Mit se mettre à la disposition du roi.
On lient conseil : il serait dangereux d'aller au Havre, où l'on ponriaii être reconnu ; on gagnera Trouville pendant la nuit ; on tâchera de s'embaïquer à Trouville.
Racine prendra les devants, et fera prix avec un patron de barque pour le passage en Angleterre d'un vieil Américain, qui quitte Paris, par ()eur, avecsa famille.
Le valet de chambre part.
A la nuit, le roi, la reine et les princesses partent à leur tour, escortés de MM. de Rumigny, Mathieu Dumas , Dupuis de Paulignes , De Permis el le valet de chambre, qui les suit depuis Paris.
On rencontre Racine sur le chemin ; le prix est fait pour 5,000 fr. ; pour 5,0!)0 fr. un patron de ba.-qne , nonimé Halley , conduira les passagers en Angleleire, et
cela sans inquiétude de leur nom ni de leur état.
On peut descendre chez un médecin, nommé M. Biard.
Les nouvelles sont bonnes ; on continue donc la route et l'on arrive à Trouville.
La maison de M. Biard s'ouvre aux fugitifs; mais son avis est que le roi ne s'embarque pas sans consulter un patron de barque très expcrinienié, nommé Victor Barbet.
En effet, lèvent vient du large, et de la maison de M. Biard ou euteud la mer battre violemment la côte.
M. Biard va consulter Barbet sur la possibilité d'un départ ; la fable de l'Américain est répétée; Barbet répond que l'embarquement est possible, si possible qu'il offre de conduire l'Américain à Londres, et répond de lui sur sa tète.
On r:ippoi te cette réponse au roi, qui demande à voir Victor Barbet.
Le brave patron arrive au bout d'un instant; le toi veut essayer de le tromper en réyélanl la fable convenue.
« Je ne vous demande pas votre secret, j'offre de risquer ma vie pour vous conduire en Angleterre, répond Barbet, voilà tout.
— Vous cies un trop brave homme pour que je me cache plus longtemps, dit Louis- Philippe, je suis le roi.
— Je vous avais reconnu, sire, » répond simplement Barbet.
Le roi lui jette les bras autour du cou et l'embrasse.
■ Merci, lui dit-il, je ne veux pas exposer un si brave honmie que vous êtes; informez-vous seulement si le bâtiment que j'ai frété peut pai tir.
— C'est selon l'endroiloù il se trouve, dit Barbet : s'il est à la plage, oui, il peut partir; s'il est dans la Touque, il n'eu sortira pas. •
La Touque est une petite rivière, ou plutôt un petii fleuve qui passe à Trouville et se jette à la mer à cent pas du village.
Dix minutes après, Barbet rentre.
La mer a encore grossi, li; vent s'est encore augmenté. La barque de Halley est dans la Touque; tant que le vent durera, toutes les forces humaines ne la mettront pas à la m(!r.
Ainsi, le roi se trouve entre deux tempêtes, celle qui soufHc de Paiis, celle qui
souffle de l'Océan ; l'une qui le poursuit, l'auire qui l'arrcie.
Mais Barbet a une barque, celte barque est à la côip, il la niet à la disposiiiuii (tu roi 61 conduira lui-même; la lenipèie ne lui fait pas peur, à lui, vieux loup de nier ; il ïi vu de plus mauvais temps, il répond de tout.
Seulement,il faut résilier le marché avec Haliey. Halley, en voyant son Américain pariii- avec un autre que lui, pourrait devenir dangcieux.
On envoie le valet de chambre Racine; c'est lui qui a fait prix avec Ilalley à cinq mille francs ; le roi consentira à perdre la moitié de la somme, mais Halley ne veut entendre à rien.
« Ah ! dit-il, on marchande : c'est le roi. »
Racine revient tout effrayé. Heureusement il est nuit, le roi pourra partir sans être vu.
Mais Halley a déjà pris les devants, il a couru chez le commissaire. Le commissaire es! prévenu, une vingtaine de Trotivillois sont ameuiés et gardent la cô*e.
C'est ce qu'accourt dire le frère de Barbet, capitaine du port.
Alors, on prend une autre décision.
Le roi retournera à Honlleur. Il monte dans une voilure, prend la roule de 'J ouques, accompagné de huit ou dix personnes bien aiméi^s. De Touques, il gagnera Honflenr.
M. De Permis restera d:ms la maison deux heures encore; de celte façon, il saura ce qui se passe et déroutera les malveiltants.
A peine le roi est-il parti, que l'on frappe à la porte : .\1 . De Permis va ouvrir, c'est le coniniissaire qui vient faire une peiquisitiun.
La précaution n'a pas été inuiile. Mais M. De Permis est si calme, si tran(|uille, qu'il est impossible de supposer ce qui se passe. U aiiend AL Biard, qui est dans le village et qui va rentrer.
Pendant tout ce temps, le roi' gagne du pays.
Deux heures après le l'oi, M. De Pertuis part à son tour, il suit à franc éirier un chemin de traverse qui longe la côte, ei arrive presque en même temps que le roi à Hoiifleur.
La masure hospitalière est encore là, e'esi à elle qu'on va demander ua asile.
M. Do Permis se jette dans,, une barque et retourne au Havre.
Le roi est abattu et presque décaiiragc; errant et fugitif comme le roi Lear, comme le roi Lear, il a seiui le souffle de la leuipêie fouetter pendant tout une nuii son visage.
Vers une heure, M. De Permis revint.
H apporiait de bonnes nouvelles: dans le port du Havre, il avait trouvé l'Exprès», paqneboi anglais, qui attendait pour enibarquf-r ceux des sujets de la reine Victoria (]ui jugeraient a projjos de quitter la France.
L'Express donnera asile et passage au roi et a sa famille.
M. De Permis a frè'é pour cent vingt francs le petit bateau à vapeur qui fait la traversée du Havre à Uonlkur; il est là tout chauffé, il attend.
Le loi prend congé de sa brave escorte, qui ne le quille qu'à la planclie du bateau, et qui le suit des yeux jusqu'à ce ((u'elle l'ail vu disparaître daus le port du Havre.
Là est en eff-t l'Express, il attend.
Le baK.au de M. De Permis se range bord à bord avec lui, et à la vue de toute la population accourue sur la jetée, le roi et sa famille passent d'nn bord à l'autre.
Puis à giand'peiue, car le puri est encombié de barques, t Express se Iraye un passage, sort de la rade, met le cap sur l'Angleterre et disparaît à l'horizon.
La royauté vient de dire son dernier adieu à la France.
Paris. — La iranquilliié se maintient.
On avait eu quelques craintes sur le service des subsistances de Paris, mais ces craintes se calment devant la première ordonnance sur la taxe du paiu, reudueaujouid'hui par le gouvernement provisoire.
Le pain de premièi e qualité ne se paye plus que 32 ceutiniiîs le kilogramme.
\\ est bien avéïé que l'on a aujourd'hui trente-cinq jouis de consouimatiou assurée.
Les tribunaux ont repris leur cours.
Sur le réquisitoire de M. A. Porialis, procureur- général, la cour d'appel, présidée par M. Séguier, a ordonné une in struction sur les faits d'attaques dirigées contre les lignes de chemins de fer de Saint-Germain, de Versailles ei de Rouen,
— al —
et sur des faits d'incentUe imputés à scjtt individus qui oni ëlé arrêtés.
Des liiaiulau (.ramener viennent d'èire lancés, par le juge d'iuslruclion cunimis à cet cdH , couue tous les collègues de MM. Guizot et Ducliâlel, savoir :
M. Dumon, ex-ininisire des finances;
M. de Salvan Jy, ex-iiuuislre de l'instruction publique;
M. Hébei I, ex-girde des sceaux ;
M. Trézel, cx-uiinisire de la guerre-;
M. Jayr, ex-niinisire des travaux publics;
M. Cuuin-Gridaine, ex-ministre du comnieice ;
M. de Moutebello, ex-ministre de la marine.
Chaque jour, le gouvernement provisoire publie de nouveaux décrets.
L'annulation des condaniualions pour les faits politiques ou les délits de presse. La libération des détenus pour ces deux causes est prononcée et mise à exécution.
On substitue les liires de général de division et de général de brigade à ceux de licutenant-g( néral et de maiéchaldecanip.
M. Dupont (de l'Eure) partage avec MM.
Louis B aiic ei Albert ie palais du Luxembourg, dont M. Armand Barbes est nommé gouverneur.
Voici la iraduciion de la réponse que vient de faire la légation des Etats-Unis à la note adressée hier par le ministre des affaires étrangères.
• Monsieur,
• J'ai riionueur de vous accuser réception de la note d'hier, par laquelle vous m'annoncez que le gouvernement provisoire de la République française vous a confié le département des affaires étrangères; ce choix, j'ose le dire. Monsieur, sera regardé par le nsonde entier cumine un premier pas favorable dans le nouvel ordre de choses, .le tiausmetirai, avtc une grande satisfaction, a mou gouverneii;eni, par la plus prochaine occasion, une copie de voire couinmHicaiioti, et je ne doute pas qu'elle ne soit parfaitement reçue. En attendant , Monsieur, je serai piét , avec voire permission, à traiter avec vous toutes les ullanes qui peuvent intéresser mon pays ou les résidents américains en France.
• L( s Llat^-Unis, connaissant par leur propre expérience la valeur d'institutions libres, n'aitendroni natuiellcmeiit, de l'adopliou d'institutions analogues eu France,
que les meilleurs résultats pour les intérêts et le bien-être des deux pays. Les principes, si larges et si nobles, énoncés dans voire note permelleul, d'ailleurs, de porter le plus favorable augure sur la sagesse et la modération qui dicteront l'application de ces pi incipes. »
On reçoit des nouvelles des dépnrlenienis. Marseille, Lyon, Cherboug, Toulon, Bayonne, Agen, Poitiers, Angoulème, Strasbourg, Nan'es, Besançon, Valence, Avignon, Metz, Nîmes ont reçu avec cnihoiisiasme la nouvelle des événements de Paris.
La Ré^îubliqne a été proclamée partout au milieu des vivais universels.
ÉTRANGER
Les journaux anglais du 28 et du 29 février nous apportent les détails sui\ ants, sur l'appréciaiioM des évéucmeuis de Paris par lord Jului llussel, à la Chandjre des .conimunes, et sur l'ex-famille royale.
L'honorable M. Hume ayant demandé si linteuiion du cabinet était de s'abstenir de toute inicrveiitinn dans les affaires de la France, lord John llussel se lève au milieu d'uif profoud silence et s'exprime aiflsi :
• Je ne ferai aucune difficulté de répondre à l'iiilerpellaiion.
• Nous avons a[)pris, par voie officiell<j, les événemcnis connus aujourd'hui de tout le monde. Un graud changement s'est accompli en France. Je puis assurer la' Chambre, — et en vérité je n'aurais même pas cru cette déclaration nécessaire, — que nous n'avons pas la nioinire intention de nous iiumiicer dans le choix que la nation française voudra faire d'un gouvernement (Vif^ applaudissements), ni de nous mêler en quoi que ce soit des affaires intérieures de ce pays. • (Nouveaux applaudissements sur tous les bancs.)
Dans la même séance, lord John Russeil a eu occasion d'exprimer les mêmes sentimenis en ces termes :
« Notre seul iuiérêt dans la question n'est autre que l'intérêt même de nos voisins et amis. Tout ce que nous désirons, c'est que les iustiiutions qui seront adoptées par la France contribuent, autant que possible, a sa propre prospérité. (.Vpplaudissements.)
« Un me periiieltra d'ajouler que, selon moi, l'Angleterre ne doit pas refuser au-
jourd'luii de remplir ces devoirs sacrés de l'iiospilalité qu'elle a praiiqiiés en lous temps à iVgard des vaincus, quels qu ils l'iissent, royalisies, modérés, radicaux.
L'Aiiiileierre est, par là, devenue l'asile du malheur, et elle ne renoncera pas aujourd'hui à cette gloire. •
Arrivée du duc de Nemours et d'une partie de rex-fatnille royale à Londres.
On lit dans le Morning-Herald :
« La scène qui vient de se passer à la station du chemin de fer du Sud-Est, a eu un caractère émouvant. M. de Jainac, ex-secrétaire de l'ambassade française, était la, aiiendant depuis quelques heures l'arrivée du convoi. Un peu avant que ce convoi ne parût, le duc di; St;xt;-Cobourg et le colonel Philips, écuyer du prince, sont arrivés du palais de Buckingham, et ont rejoint M. Mac-Gregor, président de la compagnie du chemin de fer, et M. Pritchard, membre du comité de la même adminisiraiion.
- Personne n'avait été admis dans la gare, afin de ne pas troubler la réunion des exilés qui allaient arriver. '
• Le train a touché la station du pont de Londres environ à six heures et demie. Les membres de la famille de Louis- Philippe, qui sont arrivés par ce train, sont :
« Le duc de Nemours;
« La princesse Clémentine ;
" Quatre enfants el des servileurs.
« Ils ont été conduits immédiatement dans la salle des directeurs. Les enfants ne semblaient pas comprendre le trouble de leurs parents, et regardaient tout ce qui se passait autour d'eux avec l'indifférence de leur âge. M. Mac-Gregor en a enlevé un dans ses bras, M. Prin hard a été embrassé par un autre ; un troisième a pris la main de M. Walier, employé supérieur du chemin.
Auire correspondance :
• Le duc de Nemours est arrivé à l'ambassade de France hier soir, à huit heures moins vingt minutes. Leduc, en entrant à Hertford-llouse, parais-^ait fort abattu, el souffrait visiblement d'une fatigue excessive. La fuite de France avait été si prompte, qu'on n'a pas apporté le moindre bagage, et qu'aucua membre de la famille n'a de quoi changer d'habits.»
« La comtesse de Jarnac, le comte Louis
de Noailles et M. de Rabaudy étaient réunis sous le vestibule pour recevoir le duc de Nemours et ceux qui l'accompagnaient.
• Le duc a été immédiaiemput rejoint par le duc et la duchesse de Saxe-Coboicrg, et le prince Albert, accompagné du baron Fritsch et du lieuienant-colonel Wilde.
• Ces personnages ont été conduits dans le salon de l'ambassade. La réunion a été déchirante. On remarquait surtout le désespoir de la duchesse de Saxe-Cobourg.
M. et madame de Jarnac ont été seuls présents à l'entrevue. Les personnes de la suite étaient restées dans une pièce à côté.
« On disait, à l'ambassade, que la duchesse de Nemours s'était perdue dans les rues de Paris. Mais nous ignorons si ce bruit est exact.
• L'ex-préfet de la Seine est arrivé hier à Londres.
• Le duc de Montebello, ex-ministre de la marine et des colonies, est également arrivé et est descendu chez M. Francis- Charteris, membre du Parlement, dans Chesham- Place. M. de Montebello n'a eu que peu de d;fficuli(>s à s'évader; mais il n'a emporté, lui non plus, le moindre vêtement.
« La baronne James Rothschild avec sa jeune famille est arrivée same ii chez M. Lionel de Rothschild, dans Piccadily, et s'est ensuite retirée à l'hôtel Miwart.
• A l'ambassade de France, on ignore jusqu'à présent (il faut remarquer (jue le journal qui parle est daté du 28) la roule suivie par Louis-Philippe. On ne croit pas, comme on l'a dit, que l'ex-roi se soit dirigé sur Lu en quitianl Paris. On pense plutôt qu'il se sera (ait conduire en Belgique.
« M. Duchàiel, ex-ministre de l'intérieur, s'est aussi, dil-on, dirigé sur Bruxelles ; d'autres prétendent qu'il aurait lui dans la direction de l'Italie.
• La duchesse de Coigny, qui est Écossaise, est arrivée samedi dans Duver-sireet. Elle s'est échappée de Paris, à travers les barricades, sous le déguisement d'une servante.
« Le duc est resté à Paris. •
Dans une correspondance de Southanipton, datée de dimanche soir, onze heures »;t demie, nous lisons ce qui suit :
• D'après ce qui a transpiré cet aprèsmidi, il y a touie raison de croire (jue le gouvernement s'attend à voir l'ex-roi de
Fiance débarquer à Porismouih dans la journée de demain. •
Il faut ajouter le nom de la ducliesse de Muntpensier à ceux des membres de la famille de Louis-Philippe qui sont déjà arrivés à Londres.
Il paraîtrait que le voyage de la ducliesse aurait été très-pénible. Séparée, à Dreux, du reste de la famille, elle se dirigea sur Boulogne, accompagnée d'une seule personne. Mais elle lui reconnue à Abbeville, et dm se réfugier dans une maison particulière. Parvenue à s'échapper de nouveau, elle arriva à Boulogne lundi soir, et le lendemain à Londres.
Le prince de Syracuse est arrivé à Londres, ainsi que M. Gabriel Delesserl, expréfet de police.
Un grand conseil de cabinet s'est réuni samedi à Londres. Tous les ministres y assistaieut.
ITAME.
Lettre de Nice du 1 2 fe'orier.
• Le 10 février, jour de la promulgation d'une constitution à la française, a éié pour Kice iin beau jour de fêle. Ou se félicitait, on s'embrassait dans les rues. Les fêtes ont duré cinq jours. Plus de douze mille personnes appartenant a toutes les classes de lasociéié parcoui aient les divers quartiers, nanties de drapeaux verts, blancs, rouges et portant la cocarde nationale. Nous étions irente-deux Français avec le drapeau tricolore, et partout sur notre passage ou criait : « Vivent les Fiançais! S. bas Guizol! à bas les d'Orléans! vive Charles-Albert! vive Pie IX! • La musique de tous les régiments était eu tète des groupes, et le cortège présentait cela de singulier, qu'il était précédé par le gouverneur, par deux généraux donnant le bras à leurs femmes, par quatre colonels, également accompagnés de leurs moitiés. Les riches, les nobles étaient mè lés aux ouvriers, aux gens du peu|)le ; les femmes entoiuiairni les hymnes nationaux cl les hommes répondaient. C'était un magnifique spectacle. La ville a été illuminée pendant cinc; nuits.
• Un peuple qui fèie ainsi la liberté n'est-il pas digne d'en jouir? •
On écrit de Turin, le 14 février :
• On vient de mobiliser ici dix mille hofhmes, et deux nouveaux contingents viennent d'être convoqués.
« Les rapports entre l'Autriche ei le ca-
binet de Turin deviennent de jour en jour plus froids. Le commissaire autrichi<'n qui se trouvait depuis quelque temps à Turin pour arranger certains différends commerciaux et financiers, est de retour à Vienne, sans avoir pu obtenir un résultat quelconque. Le gouvernement sarde ne paraît pas disposé à entrer en ce moment en négociation, afin de ne pas s'exposer au soupçon de faire cause commune avec l'Autriche. •
— Le consul des Deux-Siciles, à Marseille, a enfin déclaré qu'il viserait les passeports de tous les réfugiés qui voudraient rentrer dans leur patrie.
— Le mouvement politique fait des prsgrès en Italie. Panne, comprimée pir les troupes autrichiennes, a fait cepeiiilani une démonstration en faveur de la constitution. Le duc fut renciiniré dans la rue San-.Michele par la foule qui criait : lléj'urtne! conttitiiliuti ! Un instant elT.'ayé, il p iraît qu'il répondit .• • Vous l'aurez! • Mais un esca irou do cavalerie autrichienne étant arrivé, le duc se ntira dans le palais, et de là envoya coup sur coup deux estafettes à Plaisance, ville occupée par une forte garnison autrichienne, pour demander un renfort de douze cents hamnies au coiiimandani de celte garnison. Celte demande, com iie on le pense bien, a été accueillie avec empressement, et c'est un corps de deux mille Autrichiens qui a été expédié à Piuiiie. Enhardi par la promesse de ce secours, le duc lança une pioclamation menaçant les habitants de Parme d'une répression rigoureuse s'il n'était pas obéi.
La police fil de nombi-euses visites domiciliaires. Quelques jeunes gens, qu'on était sur le point d'arrétir, oui été assez heureux pour s'échapper. Les Parmesans altendeiii avec im()aiieuce le moment où il leur sera possible de se débarrasser de leurs maîtres. Ou craint que le prince liéicdiiaire de Parme, qui est l'objet d'une aiiimadversion assez générale, ne finisse par être assassiné dans la rue.
— La Prusse concentre un corps d'armée dans la Poméraiiie pour faire face aux événements qui pourraient survenir dans ses Etals.
2 HARS.
Parti, — Le gouvernement provisoire se préoccupe toujours de la question des subsistances. Hier on a abaissé la taxe du pain, aujourd'hui on donne dans le Bloiii-
leur la moyenne générale dii piix dii blé en rrance. Le pris, moyeu de l'iieciollire est 19 lYancs 17 centimes.
La majeure pariie de la population parisienne s'est aujourd'hui iiansporiéeàSaini- Maiidé pour rendre hommage à la mémoire d'Armand <]arrel.
La cérémonie qui a eu lieu, a éié provoquée par une demande des élèves de l'Ecole militaire de Saint-Cyr, à laquelle Armand Carrel a appartenu en 1820.
En quittant celte école, il avait éié noinnjé sous-lieutenant au 29= de ligne et se troiivaiten garnison à Ntuf-Brisach, au iiioiiient de la conspiration de Béforl, dont il faisait pai'tie.
Voici Its détails de celte cérémonie, présidée par M. jMarrasl, et à laqtielle assislait M. Emile de Girard'.n, adversaiie de Carrel, dans le duel où succomba l'ancien rédacteur du National.
Hommage à la mémoire (TArmand Carrel.
A dix heures du malin, cinq mille citoyens, journalistes, écrivains, gardes nationaux , élevés dts écoles, etc., se sont trouvés réunis sur la place de l'Hôiel de ville. Le cortège a suivi le quai de la Grève, les rues Lobau, François Miron, Sainl- Aiitoiue, la place de la Bastille, la rue du faubourg Sainl-Auloiiie, et s'csi engagé dans l'avenue de Vincennes.
Quoique indisposé, M. Armand Mairast, nicinlwe du gouvernemeul provisoire , a voulu prendre part à cette munifestaiion ; il s'est mis à la tète du cortège, qui niarcliait dans l'ordre suivant :
Une compagnie d'élèves de Sainl-Cyr.
Plusieurs ceniaiues d'ouvriers.
IJu peloton de garde ualionale mobile en armes.
Une compagnie d'élèves de Sainl-Cyr et de l'Ecole polyiechnique.
Venait eiisuile la foule des assistants.
La garde nationale de Saini-Mandé attendait sous les armes le cortège, qui, airivé dans le cimeiiere, s'est groupé en bon ordre amour de la statue en bronze d'Armand Carrel, par M. David (d'Angers).
M. Armand Alarrast, mi;mbre et délégué du gouvernemeul provisoire, qui a pénétré dans le modeste cimeiière de St-Mandé, appuyé sur le bras du frère puîné d'Armand Cairel, Amédée Cairel, salue la siatue de bronze élevée sur la tombe, eu giavil les marches, et prononce ces mots :
•' Citoyens, commençons par crier : Five la République ! (Acclamations.) Ce cri, citoyens, était le pi'craier hommage que nous devions rendre à la mémoire d'un homme qui a voulu le gciivernemenl républicain, qui a consacré sa vie au service de celle grande cause , et qui n'esi mort qu'avec un regret : celui de n'avoir pu la faire triompher.
" Citoyens, nousdevonsmalnienanlvous rapp( 1er à tous, au pied de celle tombe, à vous d'abord, jeunes gens des éi oies, que la République a trouvés des premiers dévoués au service du goiiveruenient provisoire, à l'aider de votre concours, à le soutenir de vos effoî'is, nous devous vous rappeler, avant tout , qu'il est sorti de vos rangs, qu'il a aimé le peuple, qu'il a coiubaitu loujours ei partout pour lui, et (lu'il eût voulu mourir comme vous mourrez, j'en ai la conviiiion , si la patrie vous appelle à sa défense, pour assurer le triomphe de ses principes. (Bravos prolonges et cris : P'ine la République!)
« Nous devons vous dire, à vous écrivains de la presse rassemblas ici, que vous ne trouverez nulle pan un plus grand modèle, un espi'it plus ferme, uu caractère plus élevé, un cœur plus généreux, une âme mieux trempée et plus convaincue.
(Des cris interrompent l'orateur : Five Carrel! exclame une partie de la foule, tandis que d'autres, associaui l'orateur à leur o"vation, s'écrient avec éner^gie : Vive Marrasl! vivent Cartel et MarrasI .')
« Citoyens, reprend M. Marrasl, cummc nous. Al inauil Carrel com(jrenait la répup!iqne; comme nous, il disait que le^ouvernemenl républicain n'admet ni ostracisute, ni exclusion ; comme nous, il croyait que le gouv<;rnement républicain esl la garantie la plus ccriaiiie de l'ordre et l'inslru.-nent le plus solide de la liberté... Comme nous, Armand Carrel vituiait la souveraineté du peuple, celle souveraineté (|ui n'admet pas de classe, pas de distinction, et qui ne reconnaît qu'une supériorité : celle des services rendus au pays. (Bravos prolongés; vivats; cris de : Fine la République!)
« Le gouvernement provisoire n'a pas de force par lui-même, rejjreiid l'orateur eu élevani la voix; il n'a que la force que les citoyens veulenl bien lui donner : celle force, elle résidera loujouis au sein de la souveraineté ualionale, dont nous ne soin-
mes aujourd'hui que les délégiiM provisoires '.
« iVotis yvons oujourd'liui un solennel devoir à remplir, ei nuus comptons sur l'assislauce de tous !es vrais ciioy^ns...
« — Oui! oui! coniplez-y. P'ive la Eépub/ique .'
• Citoyens, ce devoir est de prêcher parioui l'aulun, la concorde; ce devoir, c'est de montrer que nous sommes un peuple indivisible, fort, décidé fermement à maintenir nou-seulemeut ses droiis, niais encore les droits de tous k'S peuples quioui couibatlu p')ur la liberté, de la Suisse, de riialie, de l'Espagne, de la Pologne. (Explosion de vivais. — Les délégués des patriotes de la Pologne el de l'Iialie élèvent lems chapeaux eu l'air, aux cris de : l ivc la Itcpiihlique!)
• Du pied de i eiie tombe, je suis heureux de pouvoir saluer tous ces peuples pour lesquels s'ouvre une nouvelle ère...
« Nous succédons à un gonvernemenl qui subissait !a paix ; nous somiiies en position aujourd'hui de l'imposer à l'Europe. ... (Des applamiissements éclaieni avec enihousiasnic). On nous disait, il y a quelque temps : Si la France est sage , elle aura la paix; et nous, mainienant , nous disons ù l'Europe qu'elle aura la paix si elle est sage !
(Bravos. Cris de : Fioe la République ! uuuuinie approbation.)
• L'hoi:<mage que nous venons rendre aujouid'hui à la mémoire d'Armand Cnrrel devait être plus complet; nous aurions voulu pouvoir transporter sa statue et ses cendres au Panthéon, mais le guuvernemenl proviroire, occujié des grands travaux qu'il doit mener ù fin, n'a pas eu le temps de faire les préparatifs d'une solennité que l'on ne doit consiJértr que comme ajournée.
• Citoyens, je ne puis m'empêchcr de mêler aujourd'hui au nom d'Arniaiid Carrel, le nom si chi r de Godefi-oy Ctivaignac. (Vivi' approbation. Bravos proloni^és.)
• Un jour prochain viendra où nous serons à même de rendre a ces grand> citoyens l'hommage qui leur est dû; no:is ferons pour eitx, pour leur mémoire, tout ce que nous ponti-uns faire, car !a République a, elle aussi, le culte des saintes traditions, des glorieux souvenirs, des nobles exemples. ( Bravos, f ioe la Répuhlique .')
• Citoyens, dit en terminant M. Marrasl, excusez-moi, accablé que je suis par la fatigue, de ne pas accompagner votre patriotique cortège au retour, et d'aller immédiatement au sein du gouvernement , consacrer mes faibles forces à l'œuvre commune. •
Il descend, en disant ces mots, les marches sur lesquelles il était élevé; mais aussitôt il y remonte pour annoncer que M. de Girardin veut adresser à son tour quelque mots à la foule recueillie.
M. Emile de Girardin s'exprime ainsi :
• Citoyens,
• En venant me mêler à celte grave et douloureusi' solennité , nul de vous ne se méprendra sur le sentiment qui m'y amène.
• Je réponds à un noble appt-l qui rîi'a été adressé.
« Un tel appel n'a pu que m'honorer, car ce n'(itait pas assurément traiter mon cœur en cœur vulgaire.
" C'était me dire qu'on ne doutait ni de la sincérité, ni de la durée du deuil que, dans une autre circonstance, je n'avais pas hésité à rendre public.
« Si les regrets que j'i'-prouve de la perte fatale el pi-ématurée du citoyen éminent qui avait donné à ses croyances républicaines le double éclat d'un raie talent et d'un courage éprouvé, si ces regrets avaient pu être accrus, ils l'auraient été par les événements (|ui viennent de s'accomplir.
« Dire que le citoyen Armand Carrel manque à ces événements, c'est rendre à sa ini'moiie l'honmiage le plus flatteur.
» Je me trompe; il est un bonmiage plus digne d'elle que nous pouvons lui rendre, c'est de demander au gouvernement provisoii'c, (|ui vient de se glorifier en abolissant la peine de mort, qu'il complète son œuvre en proscrivant le duel. »
Après ce discours, M. de Girardin est embrassé avec transpoit par tous ceux qui l'enioureni. M. Armand Marrasl y répond par quelques mots chaleureux, écho des sentiments de fraleruité qui animent en ce mumeiit tous les cœurs. MM. Mnrasi el Emile de Girardin se donnent aflectueuseraenl la main. L'émotion est sur tous les visages.
M. Chevreau, maire.de Sainl-Mandé, prend ensuite la parole :
« Il y a douze ans bientôt, nous venions déposer ici le grand patriote que nous pleurons encore, tout un peuple nous sui-
vait; celle même foule désolée, je la reiroiive aujourd'hui ; la douleur est la même, les regrets sont éieriiels.
• JMoins heureux que nous, Cairel n'a pas vu la terre promise de la liborié; mais il la devinait à l'horizon; c'est vers elle qu'il marchait sans relâche; c'est sa trace qui nous y a menés...
« Réjouis-toi donc de notre triomphe, pur et généreux Carrel, car ton souvenir combattait avec nous; car notre victoire est ta victoire!... Paris le sait bien, lui qui nous euvie l'honneur de ta sépulture!
« Il est temps enfin que tu rejoignes ta vraie famille, celle de ceux qui ne doivent point mourir!... Mais qu'au moins ton souvenir reste avec nous! Nous le perpétuions ici ; nous ne voulons pas qu'à cette place, à jamais glorieuse, puisse s'élever un jour une tombe vulgaire. (Applaudissements.)
• La commune de Saiul-Mandc tout entière s'associera au vœu de son maire, et nous l'éleverons, de nos deniers et de nos mains, tine simple colonne avec ces mois : • Ici a reposé Carrel ! •
« Et maiuieiiaut, citoyens, un dernier mot: Une liberté complète et paciri(|iie luit enfin sur la France; elle s'est allumée en trois jours, cette flamme éternelle; jurons de ne pas la laisser s'éieindre : alimeiuonsla tous, faisons- la grandir, faisons-la monter, plus haut, plus haut emore, car à un point de l'atmosphère, vous verrez se coaliser tous les vents du ciel, pour lu porter aux quatre coins du moinde!...
• yive la République! •
Ce cri est répété avec enthousiasme par toute l'assistance , qui quitte lentement et avec ordie le cimetière. Le cortège regagne l'Hôtel de ville par le chemin qu'il a déjà suivi. Le général Courtais, après la cérémonie , a adressé quelques patriotiques paroles à la garde nationale et à la population; à la garde nationale, pour la remercier de son concours dans cet hommage rendu à la mémoire d'un grand citoyen ; à la population , pour l'engager à se disperser paisiblement.
A trois heures tout était terminé, et les abords do l'Hôtel de ville avaient repris leur aspect accouiumé.
Un décret du gouvernement provisoire ordonne l'uboliiioii du serment pour les foucliounaiiesde l'ordreadminisiralif et de l'ordre judiciaire.
Le miuiiiire de la guerre ordonne aux chefs de corps de faire lire aux troupes la proclamation suivante :
« Officiers, sou3-ofiiciers, caporaux ou brigadiers et soldats, la République française est proclamée.
. Enfants de la France, avant tout, vous êtes ks serviteurs de la République.
• C'est au !iom de la République qu'à l'avenir vos devoirs vous seront imposés.
« Ils n'en seront que plus impérieux, ils n'en seront que mieux observés.
■ • Notre premier devoir, vous le savez y c'est l'oubli de nos intérêts particuliers sacrifiés aux intérêts de la patrie.
• C'est donc une nouvelle protestation de dévouement et d'obéissance que doit vous rappeler chaque nouveau cri de : Vive la République! •
Le gouvernement provisoire auprès duquel un grand noiubrede fournisseurs de la liste civile ont formulé des réclamations, arrête :
nÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
Liherlé, Egalité, Fraternité.
« M. Arutand Marrast, membre du gouvernement provisoire, est chargé spécialede l'administration :
• Premièrement, de tous les biens, meubles et immeubles qui composaient Fancienne liste civile ;
• Secondement, de tous les biens meubles
et immeubles sous séquestre appartenant, soit au domaine privé , soit aux princes et princesses de l'aucienue famille royale.
« Cette administration comprend, sauf l'exposition publique de peinture, qui eu a été distraite, tout ce qui ressorlissait de l'ancienne intendance de la liste civile.
« Le siège eii est établi à l'hôtel de l'ancienne iulendnnce, où M. Marrast s'installera imuiédiaiemetii.
« M. Marrast prendra le titre d'administrateur national desbiens de l'ancienne liste civile.
« Les membres du gouvernement provisoire,
Di;pont(del'Eiire), Lamartine, Ar.AGO, Criîmieux, LEni;u Rollln, Gak.meh- Pagès, Mauuast, Lotis Rla>c, Albert, Flocon, Marie.
Dans ces joursde curée, la lettre que nous venons de recevoir est d'un noble exemple; la voici :
• Monsieur le rédacieur ,
« J'ai rhoiineur de vous picvcnir que je résigne les fonctions de conservateur du musée de Versailles, dont M. le ministre de l'iniérieur a bien voulu m'investir, et que j'avais acceptées à l'Iu'ure du danger.
« Mais la tâche du ciioycn terminée, J'ariisie, comme tout travailleur, doit retourner à ses travaux ; les miens ont peu de rapport avec ceux des aduiinisiiations.
• Recevez, etc., S. Gigoux.
• 2 mars 18^8. • Ce malin, une scène a vivement ému la garde nationale montante. Le général Couplais, en passant l'inspection, a remarcjué un garde national bien tenu ayant le sabre à la main. « Vous n'avez donc pas de fusil? lui dit le général. — Non , et je n'en porterai pas. — Et pourquoi cela? — Est-ce que tu ne vois pas que je n'ai qu'un bras? — El où donc avez-vous perlu l'autre? — A Leipsick, lu le sais bien, nous y étions ensemble. ■• Le général le regarde fixement ei lui saule au cou : il a recoiinn son ancien camarade, le général Baraguay-d'lUiers. Le généra! Conrtais a complimenté la compagnie de la 1" légion d'avoir dans ses rangs un tel soldai.
Sur le rapport de la commission du gouvernemenl pour les travailleurs, le décret suivant a été rendu :
« 1° Lu journée de travail est diminuée ^d'une heure. En conséquence, à Paris, où elle élait de onze heures, elle est réduite a dix, et en province , où elle avait été jusqu'ici de douze heures, elle est réduiie à onze.
•' 2° L'exploitation des ouvriers par des sous-entrepreneurs , ou marchandage , esl abolie.
• Il esl bien entendu que les associations d'ouvriers qui n'ont point pour objet l'exploitation des ouvri-ers les uns par les autres ue sont sont pas considérées comme marchandage. »
Le gouvernement provisoire a reçu la lettre suivante : .
• Messieurs ,
« Fils de Lucien Bonaparte, nourri de ses Opinions ré|)Ublic;iines, idolâtre, comme lui, de la grandeur et du bonheur de la France, j'accours, enfani de la patrie, me nie mettre à la disposition des éminenis citoyens qui forment le gouvernenienl provisoire. Le sentiment qui me domine, c'est un patriotique enthousiasme, et la convic-
tion que la prospérité et l'avenir de la République ont été résolus le jour où le peuple vous a mis à sa tète. Comme mon père, qui n'a jamais liahi son sernieni , j'engage le mien entre vos mains à la République française.
" Recevez, messieurs , cet acte de profonde sympathie et d'un dévouement qui ne demande que d'être mis à l'épreuve.
" Pierre-Napoliîon Hokaparte.
■ Paris, le 29 février I8/18. .
La foule se porte tous lesjoiirs aux différentes succursales du Monl-de-Piélé. Un décret du gouvernenienl provisoire a ordonné la resiitulion gratuite des objets engagés j usqu'a concurrence de dix fi ancs.
ÉTRANGER
Belgique. — Le gouvernement belge a prescrit l'armement de toutes les places fortes, et l'on travaille activement à mettre eu étal Mons, Charleroi et la citadelle de Tournai.
Les (rois dernières classes de la milice sont rappelées sous les armes.
A Bruxelles, la garnison a été renforcée et la garde civique fait concurremment avec la ligne le service de la ville.
Toutes les nuits, des postes de garde civique stationnent sur les places publiques.
Des cartouches ont été distribuées aux troupes.
Divers Français ont été envoyés à la citadelle d'Anvers.
On assure que le roi Léopold a annoncé an conseil des ministres qu'il élait prêt à abdiquer si son abdication pouvait être de quelque utilité à le Belgique, sinon qu'il était décidé à se mettre à la tête de l'armée pour défendre pied à pied l'indépendance du territoire.
Les membres des divers cercles signent des listes pour se mettre, en ca^ de guerre a la disposition du gouvernement.
Le ministère belge a présenté un projet de loi (lui abaisse le cens électoral à 20 florins, et a promis la léforme parlementaire.
Puisse. — A Berne, le Vorort s'est réuni exlraordinairement et a décidé de convoquer la Dièie pour lui soumettre les propositions suivantes :
1° De reconnaître immédiatement la République française;
2° D'aviser aux moyens de mettre la Suisse à l'abri d'une éventualité de viola-
lion de leniioiie du côié de l'Auiriclie ei des Eiuls ulleniands.
Italie. — Le gouvernement sarde vient de décréter réniaiicipaiion puiiiique des protestants; il prépare celle des israéliifs.
— On écrit de Turin, 1h février :
« Toute la population est pleine d'enthousiasme pour la cause de ITialie. Le roi Charles Albert comprend toute l'iniporiance qui existe pour lui à partager les idées et à seconder les vœux de ses sujets. Le royaume Lombardo- Vénitien, se sépaiani violemment de l'Autriche, ne peut conserver son indépendance tiu'avec l'appui des autres peuples de l'Iiaiie, et si les Etats de la Péninsule s'adressent à un protecicur, ils ne peuvent en trouver un plus elTitace que le roi de Sardaigne, l'ami sincère et l'allié naturel du souverain pontife. «
Milan a été déclaré en état de siège, le 52 février, à la suite de nouveaux troubles sérieux. Les troupes autrichiennes coutinuejil à se concentrer dans la Lombardie.