AVANT LA SÉANCE
Louis-Napolëon.
0.1 assure que la commission executive va essayer d'invalider aujourd'hui l'cleclioîi de Louis-Napoléon, éieclion proclamée insianlanémeni sur trois points de la France et toute prête à être proclamée sur un (juairiènie.
Elle saisirait l'Assemblée de ces trois quesiioiis :
\° Le citoyen LouU-Napolà'on Boitaparle est-il Fra?içais ?
2° Le citoyen Louis-Napoléoii Bonaparte doit-il être connide're comme prétendant?
3° Le peuple français a-t-it le droit d'élire un homme qui prétend, sous la République, à la couronne impériale?
D'abord, nous l'avouons irauchenienl, nous lie comprenons pas la première question.
Le neveu de l'eniperear est- il Français ?
Le neveu de l'iioranie dont la statue esl sur la colonne, dont le corps est aux Invalides, dont le UQni est partout, est-il Français?
Le neveu de l'homme qui a porté la gloire de la France aussi haut qu'elle pouvait monter, aussi loin qu'elle pouvait s'étendre, est-il Français?
Le neveu de cet homme élu par la France en 18Û/i, réclamé par la France en 1840, qui revenait, vivant do l'île d Elbe, mort de l'île Sainte-Hélène, au milieu des acclamations de toute la France, le neveu de cet l.'omnie est-il Français?
Trente-six millions de voix vous répondront :OUL
OUL les Napoléon sont français ; ils ne voudraient pas l'être qu'il faudrait les forcer (le garder leur litre de citoyens de la grande nation.
Les N;ipoléon font partie du trésor historique de la France.
Mais Louis-Napoléon a été naturalisé Suisse, dira-t-on.
Oh! pauvre et misérable raison que celle-là. Vous proscrivez une famiHe; vous lui fermez tous les royaumes de l'Europe ; vous la faites errante dans le inonde comme celle d^i juif maudit.
Un homme de celle famille obtient asile dans une petite république qui a le courage de lui garantir cet asile, à la condition qu'il couvrira sa nationalité réelle d'une nationalité factice.
Il faut qu'elle puisse vons répondre qu'il esl Suisse, quand vous le proscrivez, vous, comme Français, et c'est vous, vons prescripteurs monarchiques, qui aux jours républicains venez dire : Vous avez cessé d'être Français pour avoir porté l'épaiiletle de lieutenant d'artillerie du canton d'Aarau, de Lucerneou d'Appenzeil
Nous tenons .celte première question pour dérisoire, et nous disons qu'elle ne sera pas même faite.
Passons à la seconde :
Le citoyen Louis-Napoléon Bonaparte doit- il cire considéré comme prétendant?
Oui, ceriainenieni, comme prétendant à la présidence ; nous sommes tous prétendants à la présidence, comme nous sommes tous prétendants au ministère, tous prétendants à l'Assemblée nationale. -Les hommes qui nous préparent une constitution avec un président au sommet, voudrnient-ils par hasard nous désigner d'avance quel sera ce président? Esi-ce à la condition expresse que nous nonmierons à cette hnuie magisiraiure. M. Lamartine ou M. Lcdru-Rollin, M. Arago ou M. Garnier-Pagès, qu'on veut bien i.ous doter de cette constitution, et si la nation par hasard désignait un anlre homme qu'un de ceux-là qui se sont désignés eux-mêmes le choix seiait-il nul? non avenu? à refaire?
Étrange préienion, on eu conviendra, chez des hommes qui ont pris pour devise les trois niols : Libei'té, Egalité, Fraternité.
Oui, nous le répéious, dans tous ces hoinnies libres, égaux et frères, la France aura le droit de cho'sir son présilenl. Pourquoi al )rs LttnisNapoléan, parce qu'il est le neveu de l'empereur, n'auraii-il pas les mêmes ch inces que le dernier représenljui (le (a Chambre, à qui le bonheur de porter un nom inconnu a ouvert sans contiste les deux battants de l'Assemblée nalionjle?
El que craiut-on, d'ailleurs, un dix-huit brumaire? On oublie qu'il a fallu à Bona-
parle: Rivoli, Arcole, les Pyramides, la gloire d'Aiiniba!, la fortmie de César, ponr faire ce 18 brumaire, qui encore a failli échouer? Le ciloyen Louis se préscnie-l-il à nous avec ce coricge imposiiii de fulgurantes vicloires? Xoii, il sepiésenie comme simple ciloyen, qui n'a encore rendu aucun service à la pa4rie, qui 'sollicite seulement l'honneur de lui eu rendre. Nous sommes donc bien petits, qu'il nous semble si çrand ; nous sommes donc bien faibles, qu'il nous semble si fort; nous sommes donc de bien iiiiséiables pygmées , puisqne nous avons peur que le neveu d'Hercule noiis-emporle dans sa peau de lion?
Passons à la troisième quesiion :
, Le peuple fraitfm'g a-t-il le droit (Télire nn homme qui prétend, nous la Rcpuhtiqtie, à la couronne impériale ?
D'abord, qui vous dit que Louis Bonaparte prétende, sous la liépubliquc, à la couronne impériale? Qui vous dit qu'il prétende à autre chose qu'à celle à laquelle, je l'ai dit, nous prétendons tons, à la présisidencc?
Sa teiita live de Straihourg ,fon èchuuffoure'e de Boulogne, rèpondez-vous.
]\Iais sa leniative do Slraî-bourg, son échinffourée de Boulogne avai<nl lic;i sous une monarchie, à une époque où quelques espri.'s clairvoyants apei'cevaieni seuls la république <lans un lointain douteux cl presque imaginaire, dans un temps où le nom seul de république était un épouvantai! , à une époque où les républicains étaient prosciiis, emprisonnés, mis à mort. Venir proclamer la ri'publiqne en ce moment eût été eho^e presipje aussi fo'le que de venir proclamer l'empire aujourd'hui.
Oui, ii celle époque il prétendait à la coiirooniie impériale; aujourd'hui, il vient tète nue et mains désarmées nous demander la couronne civique. C'est à vous d'examiner SCS droits, d'apprécier sa valeur, de mesurer sou mérite; c'est à vous de iliie oui, c'est à vous de dire non. Lo jour où il voudra corrompre une conscience, forrerun voie, briser un principe, oh ! alors, irailezle comme un prétendant à la couronne impériale, faites lui son procès. Sa chambre est encore toute meublée au fort de Ham, el si, pour la troisième fois, il parvient encore à soriir sain el sauf de France, celle fois, je vous en réponds, ce sera pour n'y plus rtiiirer.
Quant à celle question, le peuple a-til le droit d'élire?... Nous n'achevons pas la phrase, car nous ne comprenons pas qu'une plume républicaine l'ait achevée. Vous faites une révolution pour une question de réforme; la révolution faiie, vous proclamez la souveraineté du peuple; la souveraineté du peuple proc'amée, vous décrétez le vole nnivcrscl, et vous venez nous dire aujourd'hui: le peupl-e souverain a-t-il le droit d'élire?
Vous venez contester au peuple son premier, son plus grand, son plus précieux privilège, celui qu'il tenait de Dieu el que les rois lui avaient enlevé, et qu'il a reconquis sur les roi»; vous venez contester la chose incontestable : au lion, sa force; à l'aigle,. sa vue; à la gazelle, ion agilité.
Oli! prenez garde, une pareille conieslaiion est injuste, une pareille coniestation esl dangereuse, une pareille contestation csl mortelle !
Si vous avez l'imprudence d'invalider la nomination de Louis Napoléon à Paris, dans la Sarihe el dans l'Yonne, prenez garde, toute la France la consolidera.
Et lui ôtant la tribune, prenez gafde, vonslui faites un piédestal.
En lui déniant ses droits de citoyens, prenez garde, vous reconnaissez ses droits au trône.
Et vo'dà pourquoi je vous disai ; : Ne faites pas de loi xi'exil; pas plus de loi d'exil pour la famille de Napoléon que pour les Boni bons do la branche aînée, que pour les Bombons de la brauclK; cadette.
Car, vous disais-je encore : Ce ne sont par les goavGrncmenis qui proscrivent, c'est Dieu.
Les gouvernements ont beau fi-'rger une loi d'exil, tordre ensemble le bronze, le fer et l'acier pour enchaîner nn prétendant, si ces deux grandes puissances qui agissent toiijours du même accord, Dieu et le peuple, veulent à la fois le retour de l'exilé, l'exilé brisera sa chaîne avec autant de facilité que fait un enfant d'un de ces fils de soie qui flottant dans les airs lorsque vient l'aMtomne, et que sa nicro lui dit être tombés de la quenouille de la Vierge." Au nom de la République, ne repoussez pas Louis Napoléon.
Voilà ce que bous écrivons ce soir :