‹ Le MoisChapitre 34 sur 75 · PENDANT ET APRÈS LA SÉAN£E · texte numérisé non relu

PENDANT ET APRÈS LA SÉAN£E

Ce que nous avions prévu csl arrivé.

Rien qu'au seul doute émis sur la validiië de IVlcction, une cnieule a eu lieu.

Vditi ce qui s'est passé à l'Asscmb'éc naiioiiale. Vojci ce qui s'est passé hors de l'Asseniblée naiiuiiale.

Avant même que la sonnette du président ne retentît pour annoneer qu'on étyit en séance, Napoléon Bonaparte atiemlaii au pied de la tribune. Aussitôt que la sonnette eut retenti et que les huissiers eurent crié : à vos pinces, le jeune représentant l'avait escaladée.

Le silence s'est établi rapidement. On a compris qu'il s'a.:^issail d'une question qnragitaii non-seuicineni l'Assemblée nationale, mais la rue.

Napoléon Bonaparte a commencé par protester éncrgiqnement contre les projets liberiicides que l'on prêtait à son cousin. Il a déclaré qu'il répondait de lui comme de lui-même, que Louis Napoléon n'avait d'autre ambition q e d'être rc(;u à l'Assemblée comme simple citoyen, et qu'il désavouait d'avance toute tentative antirépublicaine faite en son nom.

Il s'est élevé avec force contre une calomnie qui aurait circulé dans Paris, c'est <iue ce serait avec l'or de l'éiiaiiger que Louis Napol('on aiuait payé sa triple élection. Enfin il a annoncé que dans une visiie laite hier soii' à MiNL Recurt eiTrouvé- C'.'.auvel, le minisire'de l'intérieur et !(? préfet de police lui aurai; ni engagé leur parole qu'il ne serait rii ii fait, pour invalider l'élection de Louis .Xapoléoo.

Pendi:nt tout ce discours, la Chambre a gardé un profond silence, et il éiaii impossible devoir, à la physionomie générale de ses membres, quel parti elle prendrait dans le cas où elle serait consultée sur cette sravo question.

Ajirès le citoyen Bonaparte, le citoyen Flocon est monté à la tribune, il a dit que ce ih'élaiipas à un Napoléon à défendre un autre Napoléon, h. celle étrange hérésie, un giand miirniure s'est élevé; eu consé-queiice, le citoyen Flocon a touiiié la (pjestion, et, abandonnant la question politiqne, il a passé à la (question financière.

M. Dncleic est venu alors lire un long mémoire sur la situation iirospère des finances

Après M. Diiclerc est venu M. Diiprai ; peui-êtie éciivous-nous mal le nom, mais qu'on nous pai donne, il nous faut bien le temps de f;.ire connaissance avec tous nos

hommes d'Kiat. Au lieu d'un long mémoire le citoyen Duprat avait une foule de petits papiers; c'est tout simple, au lieu de parler millions comme le citoyen Duclerc, il parlait tout bonnement mille francs; il veiiatt demander 1,200,000 francs pour les frais de la Cotnniission executive.

La discussion s'est alors entamée sur ce voie de confiance.

M. de Lamartine est monté à la tiibun;\

Nous avons vu avec peine, nous l'avouons , l'anteur des Médilatious et de J'jcelijn venir discuter une question d'argent. 0 poëte! pocte! toi qui parlais de si liant à Barthélémy, poutquoi parles-tu de SI bis à AI. Sevaisire ?

Au reste, avouous-le, c'est malgré lui et presqu'à contre cœur*que Lamariine s'avance pour prendre place à la tribune. Il marche lentement et cependant il chancelle. Il est pâle et son visage est marbré de teintes violacées.

.\vant de parler et tandis que le silence s'établit, loiateur repousse le verre d'eau, et réclame un autre rafraîchissement.

Vers le commencement do son discours, l'huissier apporte un verre de bière.

Nous avons déjà remarqué, au reste, que la bière esi, à la tribune, la boisson ordinaire de .M. de Lauiariine.

Du premier coup, l'orateur aborde une question exirèine. Le pouvoir exécutif, ditil, a été accusé d'avoir caché à la Chambre les graves dissetiliments qui se seraient élevés dans son sein. Il n'y a pas eu do dissentiments, et ceux qui l'ont cru se trompent.

Ainsi, MM. de Lamartine et Ledru- Rollin ont toujours marché d'accord ; ainsi, AI. Lamartine prend pour lui et déverse sur ses collègues, MM. Arago, Marie et Garnier-Pagès, la responsabilité de la circulaire aux commissaires, de la circulaire de M. Carnoi, et des bulletins de la R'publique.

Nous le croyons, M. de Lamartine, parce que vous nous le dites.

Tout le discours de l'orateur est, au reste, une apologie qui a pour but de prouver qu'en acconlant 10(i mille francs par mois à la commission executive, on ne lui accorde que ce qu'elle mérite.

Pourquoi donc la voix de M. Lamartine, toujours si puissante sur l'Assemblée, se perd-elle cette fois au milieu de la Iroideur générale? L'orateur s'aperçoit de cette es-

pèce de ville dans lequel s'engouffrent ses paroles; il senl qu'il a besoin de repreiidie le dessus sui' celle aïoiiie dans laquelle il se dcbai; il se refuurne de nouveau vers Tl)uis>iei', auquel il donne, un ordre, c! qui, ccUe fois, lui apporte, non plus de l'eau, non pins de la bière, mais un verre de vin de Bordeaux.

L'orateur boit, et reprend son discours.

Alors il croit ressaisir l'aileniion générale en prenant corps à corps la polili(pie extérieure; il parle de cette révoiuiion accomplie sans incendie et sans pillagCidfi celle république fondée sans combats liviés, sans sang répandu; il parle de la France, plus grande, plus liaiile, plus prépondérante en face de l'élrangi'r qu'elle ne l'a jamais été Mais tout ce vain bruit de paroles passe, se répand et tombe sans offel Cl sans puissance. L'orateur, on le volt, commence à s'éiourdij- lui même; il n'entend plus que le bruit de ses mois, le sens de sa phrase lui échappe; il presse son front de sa niaiii, comme pour y fixi.'r la pf usée qui s'en échappe malgré lui. La sueur lui tombe du front, il s'appuie à la iribune, il avoue sa lassitude cl denianJe un instant de repos.

Au bout de quehp-es minutes, le tambour se l'ait entendre, et comme ce qui se passe en dehors de l'Assemblée nationale nous paraît |)lus intéressant que ce qui se passe dedans, nous soi tons cl uoui abordons la place de la Cjucorde.

Là, en effet, tout est en rumeur. Le brnii court qu'un coup de pistolet vient d'eue lire sur un ollicier de la gai de nationale et que cet officier a c:é blesï^é à la main. Quant à l'assassin, non-seulement il n'a point été arrêté, mais on ne l'a pas vu comnietire son crime, mais on ne la pas vu fuir.

C'est étrange ! mais les jours d'émeute on n'est pas diflieile sur les détails, on n'est pas exigeant sur les explications. Un événement est arrivé, un fait esi accompli, voilà tout.

On a vu l'officier monter dans nu cabriolet, la main enveloppée d'un mouchoir ensanglunlc, cela sufTiC; on n'a pus be^oin d'enSdemander davantage.

Au milieu de la place de la Concorde est im grand espace vide.

Le général Clément Thomas passe eu oiénic temps que nous au milieu de cet espace.

La g-nrdc nationale le rer.onnaii, et ciic : Fii'e la Legiun-d' Honneur ! Le général C'éiucni Thomas répond par le cri de : Fine In Jîc'ptibtqiie !

La g irde nationale riposte par le cri de : Ftre f Assemblée nalionalel

Nous nous mêlons aux rangs de In garde naiiona'e. Le mécontentement conire le pouvoir exéeuiif est univi rsel.

Le scniinienl di; sjmpaihie que l'on porte à la Réiuil)li(|ue eu soulTicNnuellemenl; leshomnies loni tort à la chose.

Nous gagnons la rue Kojale, et nous cuirons dans le café de la Porte Saiut-Honoré. S'il y a luue, la place de la Madeleine sera le théàire de celle lulle.

En effei, le peuple s'atiroupc dans la rue; il l'orme connue une de ces croix de Guise à deux traverses •. la première traverse est la lue et le faubourg Saint-Honoré, la seconde est le boulevard ei la rue de Sui esru'S.

Peu à peu la foule s'épaissit, des cris de : Fine Luitit JVapo'éoii ! se l'ont entendre; quelques cris de : Fine l'empereur ! iva\&seni, éclaicnt et nieui'eni çàci \\\ sans écho.

Le géuéial (élément Thomus, le général Négrier et quelques officiers d'éiat-major se niellent à la lèle d'nn [jcloton de dragons qui pari au galop le sabre au poing.

Dcriière lui la charge bat; une compagnie de la garde iialicuude el cieux ou trois cenis Iiomnu'S de la garde nudjile suivent ce niouviîiuent agressil qui n'éprouve aucune résistance.

Les curieux se dissipent pir la rue cl par le faubourg S:iiiii-Honoré, par le boulevard el par la rue Tronehei.

Un oiriticr lonibe de cheval au coin de la place de la fthideleine, mais par accident, car aiicr.n coup de feu n'a élé lire.

Au reste, on voit à l'aspect des a?sisiaTils que rien de sérieux ne se piépare.

Ccpendan!, si l'émeuie gst resiée sans résiiliat hors de la ClicimlMe, il n'en a pas élé de même an dedans.

L'ora:eiir, qui a lepris la parole au bruii du ra|)pil, a hubilemeni profilé de l'événcnient.

Trompé par de faux rapports, sans doute, il aiinonee que trois coups de feu vienuenl d'être tirés sui' la garde nationale.

On est donc en face de renncmi; il ne s';!gii plus de niaichander avec le voie de confiance el avec la loi d'expulsion de Louis

Napoléon. Toiilc celle éaieiiie, à ce quii dit l'oriueur, esl failc par un picientlani, et ce prétendant est Louis Napoléon Tll demande donc qu'on vole les deux lois par acclamaiion.

Mais ime voix s'écrie :

— Pas de vole par acclamaiion ! , . C'est, au reste, un appel non pas à une

loi nouvelle, mais aune loi, existante que fait M. do Laniarline.

— Voici, dil-il, la déclaration dont je dois donner connaissance à l'Assemblée :

« La commission du pouvoir exécutif,

« Vu rariiclo IV de la loi du 12 janvier 1816, et les articles 12 el 6 de la loi du 16 avril 18S2;

« Considérant que Charles-Louis Napoléon Bonaparie est conipiis dans la loi de 1832, qui exile du leri'iloire français les membres delà faiiiille Bonaparie;

« Considérant que s'il a été déros^é de ('ail à relie loi par le vole de l'Assemblée, qui a admis trois membres de ceiie famille à faire partie de l'Assemblée, celte. dérogation, loni individuelle, ne s'étend i-.i de droii ni de fait aux antres membres de la famille ;

« Considérant que la France veut fonder en jiaix cl eu ordie le gouveruemeul républicain populaire, sans être troubli'C daus celle œuvre par les préieniions ou par les anibiliojis dynastiques de nature à former des partis ou des factions dans l'iîtai, el par suite à fomenter ifième involontnirement des guerres civiles ;

« Considérant que Charles-Louis-Napoléon Bonaparie a (mi deux fois acic de prétendant en revendiquant une république avec un empereur, c'esl-à dire une république dérisoiri', au nom du senalus-cousulle de l'an XIII ;

•« Considérant que des agitations allcntaioires à la République populaire que nous voulons fonder, compromeiiantes pour la sûreté des insiiiutions ei poor la paix publique, se sont d(>jà révélées au nom de Charles-Lnuis-Napoléon Bonaparte ;

• Considérant que ces agitations, symptômes de manœuvres coupables , pourraient acquérir une iniporlanec diingereusr. à l'élablibsemeni de la Pi'publique, si elKs éuient autorisées par l'indulgence, par la négligence ou par la faiblesse du gouvernement;

« Considérant que le gouvernement ne peut accepter la res[:onsabilité du danger

que courraient la forme républicaine des institutions, el la paix publique, s'il manquait au premier de ses devoirs, en n'exécutant pas une loi exisianle, jusiifiéc plus que jamais, pendant un lemps indéierminë, par la raisou d'Eial et par le salut publii , déclare :

" Qu'il fera exécnier, en ce qui concerne Charles-Louis-Napoléon Bonaparie, la lois de 1832, jusqu'au jour où l'Assemblée nationale en aurait aulremeni déc dé. •

Une grande rumeur s'élève à la suite de celle lecture. Les deux Bonaparte se lévenl, s'élancent l'un après l'autre à la iribnne, el protestent contre celle loi improvisée, et au secours de laquelle on appelle les émotions d"une journée d'émeute.

A leur voix, la Chambre comprend que voler, séance tenante, l'exil de Louis Napoléon, ce serait paraître votei' sous l'impression de la craînie.

Elle accorde les, 1,200,000 francs; mais elle remet au lendemain la discussion sur la loi du bannissement.

Le pouvoir exéculif n'a gagné qu'à moitié sa cause.

Pendant touie la soirée, des rumeurs coureiit par la ville; des groupes se formeni, des ailroupemenls iuterronipcni la circulation.

Cependant minuit arrive sans collision sanglante; loul au contraire, on a acipiis la certitude que ifon-seuleieent les tiois coups de feu que M. de Lamartine a appelés à son aide pour lui fournir la péroraison de son discours, n'ont jamais existé; mais encore que le fam^^ux coup de pistolet qui a blessé un officier esl parti daxs la poche même de rolTicier, esl parii par niégarde, et que c'est grâce à sa propre maladresse que l'officier a éié blessé.

A une heure du malin tout est calme; mais chacun s'esi couché dans l'alteute anxieuse du lendemain.

C'est le lendemain, en effiiiiquedoilèire jugée celte grave question de souveraineté nationale :

La Chambre peut-elle repousser de son sein un homme élu par quatre départen;cnls?

HARDI, IS JUIK.

La souveraineté du peuple a reijiporlé aujourdhui la première grande victoire parlementaire.

Louis Napoléon a été admis comme leprdsenianl à l'Assemblée naiioiiate.

Slainiciiani essayons de faire assisternos Iccleurs à celle longue séani^e , dans laquelle le pouvoir agonisant a élé battu, après avoir employé tour à lour la parole et l'aclion, la force et la ruse, la menace ei la prière.

Oui, la prière !

A une heure, les abords de la Chambre sont gardés par un déploii^nienl de forces considérables. Deux pelotons, l'un de dia-, gous, Tauiie de lanciers, évoluiionnent dans les carrés du vaste échiquier quc forment autour de la Chambre la garde nationale, la garde mobile', la troupe do ligne.

Un pelolou de dragons se titiit en réserve sur le quai, à cinquanie pas de la grille de fer qui donne entrée au Palais-Bourbon.

li est évident que loule cette troupe est dans l'alienie d'une chose qu'elle regarde comme un grand événenienl.

La Chambre elle-même présente ce caractère d'agitation que4)rend sa physionomie dans l'alienie des questions vitales. Chacun seul que la li;;inquilliié ou le trouble des jours ([ui vont suivre est dans la discussion qu'on attend. Ce soir, à six heures, selon ce qu'au rc/nl décidé les représentants de la nation, le calme va se rétablir dans la ville ou l'émeule s'envoler vers les faubourgs.

LesNapoléon sont au pied de la tribune : pour eux , surtoui , la question est une question vilale. Si la loi de 1816 et de 1832 n'est pas abrogée pour Lo-uis-Napoléon, elle ne l'est pas davantage pour Napoléon et pour Pierre lionaparte.

A une heure et deiiiie la sonnette du président se fait entendre : chacun se rend à sa place.

L'aspect de l'.Assimblée est hostile au candidat. Toute l'cxiiôme gauche surtout s'agite cl parle vivement.

Le silence s'éiablii.

Un représentant, que nous ne connaissons pas, monte à la tribune. Il interpelle Lamartine sur celle phrase de Ja veille : « Oui, j'ai conspiré avec Blanqui, oui, j'ai censpiréavec liaspaii ; mais comme le paratonnerre conspii e avec le image pour désarmer la foiidic. »

La phrase est belle, mais notrs sommes comme le représentant, nous avouons ne pas l'avoir comprise, ou plutôt ne pas vouloir la compren rc. En efTei, Lamartine ne

peut avoir eu l'intention de dire qu'il avait joué le rôle de mouchard. Or qu'esi le paratonnerre?Le mouchard de la foudre; tout en jouant avec elle il la désarme, il lui cèJe une électricité qui lui est sympathique, et lui soutire une électricité qui serait uiorlelle si elle n'était si habilement solliciiéc. M. Lamartine, au contraire, a voulu dire qu'il avait tenté d'aiiirér le tonnerre sur lui seul ; il ne fallait pas alors , au moment où l'oiaga grondait si leirible, disparaître, quitter ta Chambre, s'enfermer dans la bibliothèqiîc, où la foudre, en conscience, ignorant qu'il était là, ne pouvait aller le chercher.

iM. Lamartine est monté à la tribune, et a coupé court en disant que celte phrase était un moyen oratoire, une figure de rhétorique appelée ironie.

La Chambre s'est contentée de cette explication ; elle était pressée d'arriver à la véritable question du jour. Nous ferons comme elle. Nous accepterons donc l'explication de M. de Lamartine. Cependant nous lui dirons: Prenez g.vde ; l'image, pour être grande , n'est pas toujours jusie ; pour être éblouissante, n'est pas loujouis vraie.

A Lamartine succède M. Duclerc ; il den)ande an nom de l'Etal la permission d'accaparer les assurances sur les incendies el sur la grêle, endésiniéi-essant bien entendu les compagnies existantes.

Celle ouvei ture inattendue sème de longues rumeurs par tous les bancs. Ce n'est poinl encore cela que veut la Chambre ; ce n'est point la (luesiion qu'elle est appelée à juger. Aussi la question est-elle renvoyée à mardi.

M. Digousée succède ii M. Duclerc.

Au premier mol qu'il prononce, Icsileuce s'établit i)rofjnd, religieux, sslennel.

Ildemande le maintien à l'égard de Louis Napoléon de la loi de 183î.

C'est-à-diie le bannissement du député élu à Paris, dans l'Yonne et dans ki ]\Liyenne.

L-i long frémissemenl court dans l'Assemblée , .e moment de la lutte est arrivé, le combat va s'cii.Ljagcr sur une des plus hautes (lueslions qn'auia peiil-ètre à débattre l'Assemblée nationale dans tout le cou'sde la session.

M. Jules Favre monte à la tribune.

Il dit f|u'il faul à son avis, avant lente chose, entendre le rapport des buroiiux sur

I elcriion de Louis-Napoléon , et que tout naïuiellemenl sur ce rîipporl la discussion sVngogera.

Il lit le rapport :

La commission a décidé à la majorité moins irois voix que Louis- Napoléon serait admis.

En conséquence, il propose l'admission provisoire en attendant que Louis-Napoléon ait fait ses jusiificaiions d'âge et de nationalité.

Au milieu delà discussion, le moljirlnce lui échappe; une vingtaine de républicains se lèvent et prolesieni.

M. Jules Favre se reprend, et dit que ce n'est pas dans sa bouche que ce iiioi échappé à une longue habitude, peut avoir un caractère blessant pour la 'snaveraineté nationale.

Oh! messieurs les épilogueurs de mois, que- vous êtes petits ly.i lace de nos grands évéucnicnis !

M. L''OiU Rollin s'agite violemment sur ion baiic; M. Flocon gesiicule; M. Marie écoute; iM. Arago lit un journal; M. Lamartine mange une plume.

Enfin, M. Ledrn-Rollin éclate et inlc-rpelle M. Jules Favie.

Alors la discll^sion tourne, devient personnelle, et par cousé(]uenl s'amoindrit.

On seul le fiel des haines pai ticulières se mêler à la discussion publique. Ce doivent ctie d'irréconciliables ennemis que MM.

Jules Favre et Ledrji-Rollin.

La parole de M. Jules Favre est ferme et incisive; elle niantiue de coidrnr, mais est pleine de claité, tout ce qu'il a voulu dire, a été bien Uit.

Il cède la place à M. Bûchez.

M. Buthezcsi le soldat de la commission exéeuiive, il a pi is le mot d'ordre an banc dos ministres; c'est lui qui va engager sérienseincnt l'aciion.

M. Bûchez parle bas, M. Bûchez parle mal, on sent qu'il csi embarrassé de ce qu'il a. à dire. On lui crie de loiiie part: plus haut, et glace à cette iiijonciion, nous parvenons à entendre son discours dont le premier tiers est perdu pour nous.

Il établit une distinction entre les représenianls nommés à la première élection et bs représentants nonmiés à la seeonde. Si Louis-Napoléon était de la première élection, il ne s'opposerait pas à son admission.

Nous ne comprenons pas la distinction.

à moins qu'elle n'ait pour but de valider l'élection de Pierre et de Napoléon Bouapane, et d'invalider celle de Louis-Napoléon.

Pendant le discours de M. Bâchez, de vives iiiierpellaiions lui sont adressées par le citoyen Napoléon Bonaparte. Le cœur du jeune représentant est plein da nom et de la famille ; la gloire impériale bout ea lui et se répand au dehors.

M. Binhez attaque Louis-Napoléon à propos de ce qui se passe dans la rue. M. Bnchez a tort; il sait bien que Lonis- Napo'é..n n'est point en France, il sait bien que Louis-Napoléon est à Londres, il sait biiïii que de Londres il n'a pu entendre le coup de pistolet tiré hier, et le rappel qiie l'on bat au moment même oii M. Bûchez l'accuse de fom( nier la guerre civile.

D'ailleurs, M. Bûchez, croyez-vous qu'il soit digne de vous d'arguer d'un coup de pistolet et de deux ou trois rappels battus, pour demandera l'Assemblée nationale la prosciipiion de celui que vous craignez? Qtielle influence peuvent avoir le son du tambour et l'odeur de la poudre brîilée sur la question ? Croyez-vons que l'Assemblée nationale partagera lescraintcs qui vous agitent? L'Assemblée nationale sera d'autant plus impartiale que vous ferez plus d'efforts pour lui faire croire qu'elle est menacée.

Vous voulez que l'Assemblée naiionale se fasse juge, non pas de la valiilité de l'éhciion, mais de la valeur de l'élu; vous voulez qu'elle revoie et corrige le vote universel, qu'elle consacre ou détruise le principe de l'Assemblée populaire. Prenez garde, M. Bûchez, vous demandez tout simplement qu'on fasse aujourd'hui pour Louis-Napoleon ce que l'on a fait sous la Restauration pour Grégoire et pour Manuel.

Ces âeux mesures n'ont point porté bonheur à la Restauration ; souvenez-vous de cela, M. Bûchez.

Et si l'un ciJt nommé le prince de Joinville, voi»s écriez-vous, l'eussiez-vous reçu, l'eussiiz-vons admis?

M. Bûchez, vons vous fourvoyez encore; le prince de Joinville est prusciit, taudis (|ue la loi de 183 2 esi abrogée en réalité, quoique vous veuilliez la faire ievivre,ella preuve qu'elle est abrogée, je vais vous la donner.

Des affiches ont été posées, appelant le voie des citoyens sur le prince de Joinville.

Des affiches ont été posées, appelant le vote des ckoyens sur le priuce Louis-Napoléon.

Vous avez fait dér hirer les affiches du prince de Joinville ei fait poursuivre leur auieiir.

Vous avez iranqiiiliemenl laissé sulisislpr les affiches du priuce Loiiis-Napoloon, et vous n'avez pas même eu l'idée de réci iminer contre ceuxqui les avaient apposées.

Prenez garde , M. Bûchez , vous tuez Yuire malade.

• Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez en reievani Lous-Napoléon en celte enceinte, s'écrie M. Bûchez, vous vous exposez à ce qu'il y enli'e accompagné des accfarnalio/m populaires !.. •

Eu vérité, M. Bûchez, nous n'y comprenons plus rien. L'Assemblée naiiuualc s'expose à ce qu'un de ses futurs collègues entre dans son sein accompagne' des acclamudons populaire». *

V.h bien, mais quel plus beau corlége voulez-vous donc faire à un représentant du peuple que les acclamations populaires?

Oh ! M. Bûchez, que les ministres qui vous ont dépéi hé à la tiibune doivent souffrir eu entendant ce que vous dites; en vérité, kur plus mortel eaueiui ne dirait pas mieux.

De temps en temps des cris partent des bancs appibis la Montagne ; ces cris répètent inccssamineiii deux mots qui, pour Cfux qui les profèrent, réponrlent sans doute à loni rBuuiogne, Strasbourg; Strasbourg, Boulogne.

M. Bûchez se trouble, il appelle à son secourîles souvenirs de la veille, il répète que le premier sang qui a coulé, a coulé aux cris de vive l'Empereur.

Malheureuseiit les paroles de M. Laniailiiic ont perdu leur prestige en passant par la bouche de M. Bûchez. La Chambre iiiui'mure.

En effet, cette allégation nous a paru hasardée. Et le sang de Rout-n cl le sang de Limoges cl le sang de Lyon, n'est-ce pas du sang fiançais? N'y a-i-il donc de sang fiançais que celui qui tache le pavé dé Paris? Alors, M. Bûchez, rappelez-vous les morts du pissage Molière, pour lesquels, au reste, le gouveniemeni a montré si peu de sympathie, qu'on aurait pu croire, qu'il a Lou-seulemoul ses vivants, mais ses Biorisrfcprédilcctio:).

Un jeune représentant s'élance à la tribune. J'ignore son nom. C'est une parole chaude, une voix h.irdie. Oa a entendu cette voix au 15 mai; elle a protesté contre l'envahissement de la tribune, au moment où R;ispail en a touché le premier degré. Il demande l'admission de Louis Boiiapai'te.

Pendant ce discours et pendant ceux qui l'ont précédé, JL Louis Blanc s'est constamment promené dans l'espace ménagé derrière la tribune. Il est évi lent qu'il prépare une allocution de circonstance.

Trois fois M. Dirpin s'approche de la tribune; trois fois, malgré la curiosité générale, il se retire devant les orateurs plus pressés ou plus insistants que lui.

Eu ce moment, le rappel bat pour la seconde fois : si c'est un moyeu employé par le pouvoir exécutif, il manque complètement son effet.

M. Bunjean, avocat à la cour de cassation, lit une lettre de Louis Napoléon.

Par cette lettre, il se soumet enlière» meut à la décision de l'Assemblée nationale.

Un représentant lui succède et combat de nouveau l'admission.

Tout le monde se lève, tont le monde cause. L'Assemblée semble compr'errdrc que le discours de ce monsieur est un moment de repos donné aux représentants fatigués.

Vers la fin du discours de l'orateur, 31. Louis Blanc paraît avoir' achevé le sien. Sou pas se lalerrtil, son geste s'apaise; il s'arrêic et attend.

L'orateur , descendu de la tribune , M. Louis Blanc s'y présente. Son discoirrs, en faveur de Louis Napdéon ou plutôt en faveur de la soi.veraiiielé populaire, rentre dans la catégor'ie de ces discour's pompeux, que la Chambre ne semble plus disposée ù tolérer qrre dans la bnuelie de M. Lamartine. Cependant la parole de M. Louis Blanc ne manque pas d'un certain éclat. Les Images sont a lioitement miscseiilumière,lesreliefseu sont saillants, mais l'ensemble est hkiI lié; les conséquences ne découlent pas rigoureusement ks une» des autres. M. Louis JJ'anc fera quelquefois de beaux, mais raremi'iit de bons discotii's.

Après M. Louis Blanc, M. Jules Favre se représente à la tribune. Le pouvoir exé

cuiif, qui voudrait fermer sur le discours de M. Louis Blanc, demeuré sans effet, demande la clôiuie. Une vive opposition se manifeste contre elle. On voie ; la clôture est repoussée i'i une grande majorité.

La Chambre veut entendre M. Jules Favre, donc la Chambre se dessine. Il y a probabilité qne Louis Napoléon sera admis.

Cet échec de la clôture reponssée agile loul le banc de la Commission executive et le double banc des ministres, qui y est soudé.

Cette fois, M. Jules Favre vient non sealement attaquer la séance d'aujourd'hui, mais il attaque celle d'hier ; il accuse M. Lamartine d'avoir triplé les coups de feu tirés, et d'avoir usé du premier moment d€ stupeur jeté dans la Chambre par l'annonce d'une collision qui heureusement n'existait point, pour tâcher d'obtenir un vote de trouble qu'il n'a pas obtenu.

Ces paroles sont repoussées, mais par une faible minorité. Les ais « à l'ordre • se font entendre, mais peu nombreux, sans coHsistance et sans énergie.

Le pouvoir est ébranlé jusque dans ses fondements.

M. Ledru Rollin s'élance à la tribune.

La commission executive en appelle à la grosse anilleiie.

C'est toujours le même orateur que vous savez, à la parole creuse plutôt que sonot e, au geste qui croit êire dominateur et qui n'est qu'insolent. Si la cause du pouvoir exécutif n'était déjà perdue, M. Ledru- EoUin la lui ferait perdre.

Il présente Louis-Napoléoa comme un prétendant qui veut se soustraire au niveau généra! des représentants, et qui entre à la chambre, non pas pour consolider la République, mais pour rebâtir l'empire.

Louis- Napoléon n'a point fait de profession de foi ! dit-il.

M. Vuiriard lit de sa place une lettre de Louis- Napoléon, dans laquelle il proleste de son dévouement à la République.

A partir de ce moment, la cause du pouvoir executif est perdue.

Il le comprend, et va essayer d'obtenir une demi-vicioire, ou tout au moins de n'essuyer qu'une demi-délaite.

M. Bûchez remonte à la tribune. Il demande qu'on exifè au moins provisoil'ement Louis-Napoléon, si on ne veut pas l'exiler loutàfait.

La chambre murmure.

M. Degousée remonte à la tribtme. Il demande qu'on ajourne l'entrée de Louis- Napoléon jusqu'à l'entiei- achèvement de la constitution.

La chambre murmure.

Il n'y a plus moyen de reculer : il faut aborder le vole.

Néanmoins deux questions préliminaires sont posées.

Leur solution indique le vote suprême; le pouvoir exécutif et le ministère soijt écrasés. Enfin le président pose la question définitive :

• Que ceux qui sont d'avis que le citoyen Louis-Napoléon soit admis comuie représentant à l'Assemblée nationale veulent bien se lever. •

Les deux tiers à peu près de l'Assemblée se lèvent.

Un tiers proteste.

• Louis-Napoléon est admis comme représentant delà nation.

Nous sortons aussitôt après le vote. Toute i!ne population encomhre les rues qui aboutissent à la place de la Concorda. Oa dirait qite celte cause de Louis-Napoléon est la cause de tous.

En effet, c'est l'arche sainte, sur laquelle on a voulu porter la main. La cause qui vient de triompher n'est pas celle de Louis- Napoléon, c'est la cause de la souveraim té populaire.

A partir d'aujourd'hui, il n'y a plus d'exil; désormais ce ne seront plus les rois, ce ne seront plus les chefs du gouv ment qui rappelleront les exilés : ce sera

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