‹ Le MoisChapitre 35 sur 75 · LU PEUPLE · texte numérisé non relu

LU PEUPLE

A la nouvelle que Louis Napoléon est admis, tous les rassemblements se dispersent; chaque individu se fait messager de cette décision. Les groupes s'évanouissent.

Le soir, les rues et les boulevards demeurent parfaitement libres.

On annonce que M. Ledru-RoIHn a donné sa démission de membre de la Commission executive.

Nous n'en croyons pas un mot.

On annonce que le banquet à vingt-cinq centimes est remis au l-'i juillet.

MERCREDI ik JUIN.

Le grand secret de M. Duclerc est révélé. Aujourd'hui il a exposé son plan financier à l'Assemblée nationale.

Nous devons l'avouer, ce plan répond

parfaiicmeiil au vœu exprimé par M. Lamartine flans SCS rapports particuliers, d'un ministre des finances romaitesqite, dans le genre de Law et d'Ouvrard.

Créer 6^0 millions de ressources extraordinaires apiilicubles aux dix-huiimuis de 1868 et 186'J, en sus des ressources ordinaires.

Emprunter 150 millions à la Banque en lui remettant 75 millions de roules de la caisse d'amorlissemeni, et 75 millions de forêts nationales.

Vendre pour 125 millions de coupes et de superficie des bois de l'Eial.

Prendre l'encaisse des chemins de fer, el porter en recelie les revenus.

Appliquer aux dépenses ordinaires cl extraordinaires 83 millions de la reserve de ramorlissement, qui devraient l'être au support du crédit el au rachat de la rente. Tel est \e plan de M. Duclerc, qui est wui ce qu'il >• a de plus commuu comme conception, de plus ruineux comme opéralion financière.

Ajoutons pour 100 millions d'émission de renies pour les ressources dcpartemenlalcs en 1868 el 1869, cB qui doit avoir pour effet d'avilir encore plus celle valeur. Voilà ce qu'on peut appeler manger à la Ibis le capital et le revenu, dévorer sou bicu en herbe, et compléter la ruine de la France connneucéc par dix-sept ans de monopole , de corruptions et de dilapidations.

L'emprunt fait à la banque détourne cet éiablissçmeni de sa destination. Il a clé créé pour venir en aide au commerce et h l'industrie, ei tout ce que 1 Etat lui prend affaiblit el tarit ces deux sources de la prospérité publique.

Aliéner les bois de l'Etat, qui ne pourront être vendus qu'à vil prix, c'est faire disparaître du budget un des revenus ordinaires lés plus iniporiants et les plus certains. Ce revenu, il faudra bien lo remplacer quand les ressources extraordinaire» seront mangées. El à quoi s'adrcsseral-ou alors? A la propriété déjà obérée.

Créer des masses de nouvelles rentes sans faire agir énergiquemenl l'amoriissenicnt sur la dette publique, c'est perdre le crédit el faire de ce gage de la confiance publique la planche aux assignats.

Mais clKique émission de renies, chaque consolidation de la dcue Doitanie devient

un accroissement du chapitre de la dette publique.

El cependant, on aliène, on gaspille une partie des ressources ordinaires, de telle sorte que, tandis que la dépense croît d'une roanièi'c démesurée, la lecetie ordinaire diminue par la perte d'un revenu certain. Quand la dette publique absorbera la moitié de tout ce qu'on peut tirer du pays en impôis directs et indirects, avec(iuoi subviendra-t-on aux autres services? Il est évident qu'alors il faudra réduire la dette, ce qji sera la banqueroute, ou générale ou partielle.

Le plan de M. Duclerc est insensé , c'est la ruine de la France. C'est l'acte désespéré de gens qui u'onl point d'avenir, qui ne voient rien devant eux, et sont satisfaits s'ils s'assurent quelques jours d'existence'. Ils disent comme les fous qui se ruinent : après nous le déluge.

Il est temps, cependant, d'arrêter les déîvasialiuns et les déprédations de la fortune publique par des gens qui ne doutent de rien, no laisseraient après eux que des décombres, el livreraient la France épuisée, apauviie, ruinée à ses ennemis exlqg rieurs.

Cinq cent soixante millions devraient être le budget d'une République économe, sage Cl modérée. Celui de l'empire, pendant plusieurs années, n'a pas été plus élevé, mais Us républicains de la veille ne coiisidèient cette somnie de cinq cent soixante millions que comme un crédit extraordinaire destiné à payer les frais d'une révolution.

Maintenant la République val-tlle se faire industrielle, commerçante, agricole? Va-i-elie envahir tout le domaine de l'acliviié Cl du travail, afin d'accumuler des trésors et de les employer à Icntrelien des légions d'ouvriers ? C'est ce qu'ont tenté certains desposlcs de l'Orient à idées libérales el organisatrices. Ils ont fait de grandes choses eu rendant leurs peuples les plus misérables du monde. Sont-ce là des exemples à imiter?

Celte tendance s'est déjà révélée par le décret qui confisquetous les chemins de fer pour les remettre dans les mains qui tiennL'iitlcs rênes de l'Etal. Indépendamment de la spuliation injuste de compagnies indus'rielles, il y aura la spoliation de toulle monde, car il n'existera plus de concurrence, et la locomotion, le parcours des chc-

minsde fer et dts rouies ordinaires, deviendra lin iuipôl. Il faudra confisquer aussi les messageries générales cl loeal' s, en veiiu du niênie piincipe. Ce sera l'égalilé sous le despotisme d'un grand monopolo.

On attribue au gouvernement le même projet en ce qui concerne les as.Mirances contre l'incendie, soit mutuelles, soit à primes fixes.

Supprimer, empêcher les assurancesmutuclles, ce seru'l porter atieiiite au droit d'associaiion. Ce droit n'existe pas moins dans les compagnies à pi imcs fixes, qui sont des sociéiés suus une autre forme. Mais on dit que la liépuMique vcui aller plus loin en ne pcrnietiaMl pas aux cito\ens de s'assurer eux-mêmes par une réserve snrlenrs revenus. L'assuraui'o ne serait plus facultative ; elle se réduirait à un supplément d'impôt assis sur toutes les .valeurs assurabl'S.

Nous pouvons croire à'totiles les folies , à tous les abus de pouvoir, après ce que nous avons vu en fait d'aibitiaire et de (x>nceptions exceiiiriques, tilles quo l'impôt des 45 centimes ei le prélèvement sur les prêts hypoihécaires. Les assurances qui T)ortentsur tant u'objets difféienis, sont des entreprises commerciales, de même que les compagnies pour les ilieniins de fer. Si le gouv( riienienl se met à vouloir exploitei' tout ce qui , au moyen du monopole et de la centralisation, lui paraît devoir offrir un bénéfice ci rtain, il tue du même coup le génie comiiierciai et indiis:ritl. Qui voudra désormais funiJer de grandes entreprises qui ont besoin d'avenir, y verser ei y appeler des capitaux, avec la perspcciive d'une confiscation par l'Etat ?

Si l'Eiai se lût borné à faire concurrence aux compagnies existantes en offrant l'assurance à meilleur marché, nous n'aurions pas grand' chose à objecter. Mais en se faisant seul assureur, et en obligeant tous les possesseurs de valeurs mobilières et immobilières à se faire assurer, il chau-. gérait toutes les conditions qui oi:l lié jusqu'ici les coniracianis.

C'est un bien grand seigneur que l'Eiat. lia pour plaider beaucoup d'argmi; il a les juges dans sa manch:' ; les plus habiles avocats sont prêts à le défi ndi'e. Quel sera l'assuié qui aura assez d'assurance pour réclamer, en cas de contestation, contre un pareil adversaire? Avecles compagnies, on est à deux et de pair, et la jusiice, qui

n'a nul intérêt dans le débat que celui de la vérité et de l'ordre. Mais avec l'Etat, on prrdra quatre procès sur cinq, et on sera peut-être ruiné, même en le gagnant.

Qu(! l'Etat fasse donc une coneurreiicoi libie aux compagnies et aux associations; s'il fait baisser les primes, s'il dunne plus de confiance, decerlilude et de moralité à ce genre d'opérations, il rendra un véritable service à la société, surtout s'il se montre aussi exact, aussi piompi à payer qu'à recevoir. Il ne manquera pas de gens qui, pour lui faire, la cour, se feiont assurer par ses agents. D'autres, peut-être, auront confiance "en lui plus qu'aux compagnies. Mais ce qiii lui est défendu de par le droit natuiel, c'est de toucher à la liberté individuelle qui veut qu'on puisse être son piopie assureur, à la Lberté générale qui veut qu'on puisse s'associer pour se porter muuieilement secours, à la liberté commei'ci.ale et industrielle que l'Eiat doit protéger, soutenir, fortifier, développer, et non opprimer, gêner, absorber tt confisquer.

Nous doutons que le projet de M. Ducierc soit sérieux.

Des interpellations ont été faites par M. Falluux à .M. ïrélat, et sur lesati liers nationaux et sur l'arrestation de M. Emile Thomas. La réponse nous a paru singulière. La voici tcxluellenient reproduite :

« En apptireiice, depuis quii)ze jours, a dit le ministre des travaux publics, nous n'avons pas beaucoup fait, mais je puis vous ceitifier qu'on a beaucoup préparé; et, si vous continuez, nous allons obtenir des résultats.

« J'ab jrdc à présent, en peu de mots, la question personnelle. J'ai fait, dans ma vie, dernièrement, une chose (lué je n'avais jamais faite : une chose qui avait l'apparence d'une violence, une violence peutêtre... ,

« C'est un devoir, un devoir pénible que j'ai accompli avec une grande souffi'ance... — J'ai été sous le poids démon inexpérience; j'ai été trop médecin encore et pas assez homme du poiivoir...

ÉTRArtGER.

Italie. — Radeizki, depuis la prise de Peschiera et l'affaire de Go'ilo, rallie ses forces à Vérone et à Manloue.

La faiblesse de la fcrénissime Répithli-

que de Saint-Marc, l'inerlie du président Âîuniii ei ilu gramniaiiit'n Tomma^eo, oui laiseï' le général Nugenl se joindce à Radeizki.

La nation lombarde a prononcé sur son sort en piriti ei libre exercice de la souveraineté. 561,002 voix contre 681 ont volé la réunion immédiate du pays aux Etals sardes, el out décidé que sous le régime du suffrage universel ou convoquerait une asstmbU^e consiiiuaute, qui serait apptb'e à difculer et: à établir les bases et la forme d'une nouvelle monarcliie constitution nelle, sous la dynastie de la maison de Savoie.

JUema(pic. — Toute la diplomatie étrangère est eu ce moment réunie à lusprutk, où se sont rendus les arcliiducs Jean et GuiMaunie qui ont quitté r'armée de Radelzki.

Birliii. — Aujourd'hui, il y a encore eu des aiironpemenis devant TArsenal. Un baril de i)oudre venait de sorJir de l'Arsenal, lorsqu'un gaiçoii boidanger le signala à la foide, qui l'arrêta à l'instant. Jusqu'à midi, les groupes conlinuèreul à grossir. A une lifiiie, une foide de personnes, réunies d(,'v:iiit 1 hôtel de M. E. Arago, ambassadeur de la Répu'olique française, out fait ri'teniir l'air d^; vivats en son honneur. M. Aia^o se piésenia, et fit des lemercînienls en langue française, eu s'excusaut de ne pas pouvoir s'exinimcr eu allemand. Il a déclaré qu'd considérait celle nianifestaiioii comme s'adrcssaul à la France et non à lui.

yjiirjlelerre. — Les précautions prises Inu !i par la police de Londres, oui produit reflet qu'on en attendait. Les chariistes n'ont pas inéine essayé de se réunir, et une pluie torrentielle, qui est survenue dans la soiiuea achevé de balayer les rues.

Les tmuvelles reçues de l'Irlande sont plus rassutaiiK s : sir John O'CoiiiieU a refusé d(! consentir à la fusion de la vieille et de la jeune Irlande.

JEUDI, 15 iv\y.

Parii. — L'Assemblée nationale a ouvert aujourd'hui sa séance à une heure. H refînait au dedans et au dehors une singulière agiiaiion. Les noms de Louis Bonapaite, de .M. Pascal Dupral, de M. Duclerc se < roisaienl dans toutes les directions. On p: riait de l'arrivée et de la démission du cuveau reprcseolaDt, oa s'entrclenaii des

interpellations que le second devait adresser au pouvoir exécutif et du dissentiment qui s'était éli vé enire les comités de J'Assemblée, à propos de la loi projetée sur les chemins <le fer.

M. Pascal Dupral. auquel le président accorde la parole, renonce ù interpeller le pouvoir. Il prévient que les raisons graves et sérieuses qui l'engageaient à parler hier, n'existent plus aujourd'hui, il s'abstient donc. Des rumeurs de nature diverse s'clèvenl ti cette déclarai ion, el l'on entame la question de l'Algérie. JIM. Cavaiguac, Lamai tiue, Pierre Leroux et de Rancé ont pris la parole. M. Goudchaux a saisi l'occasion qui lui él;iit donnée par M. Pierre Leroux, pour dire de sévères el utiles vérités à propos des ateliers nationaux, et a entraîné l'Assemblée dans une discussion nouvelle.

Au moment où M. Duclerc descend de la iiibune, le piésidi ni réclame le silence ef annonce à l'Assemblée qu'une lettre datée d(.- Londres, 14 juin, et signée Louis Bonaparte, vient de lui être transmise.

Il en donne lecture sur la demande générale :

• Monsieur le président,

• Je parlai» pour me rendre à mon poste, quand j'apprends que mon élection sert de piélexte à des troubles déplorables et à des erreurs funestes. Je n'ai pas ch.rché rhonnenr d'être représentant du peuple, parce que je savais les soupçons injurieux dont j'étais l'objet. Je rtchetcherais encore moins le pouvoir. Si le peuple m'imposait des devoirs, je saurais les remplir. (Bruyante agiiaiioii.)

• iMais ji- désavoue tous ceux qui me prêtent dos iiilentions ainbiiienses que je n'ai pas. Mon nom est un symbole d'ojdre, de riaiionalité, de gloire, et ce seiait avec la plus vive douleur que je le verrais servir à augmenter Us tioiibles et les déchirements de la piirie. Pour éviter un tel malheur, je resterais plutôt eu exil. Je suis prôi à tous les sacrifices pour le boidieur de la France.

• Ayez la bonté, monsieur le président, de donner cominunicaiion de ma leltie à l'Assemblée. Je vous envoie une copie de mes remeriîmenls aux élecleifrs.

• Recevez l'expression de mes sentiments distingués.

• N.\POLÉox-Lovis Bonaparte. •

A cette leclnre, la plus vive agilaiion iv'^nc dans la salle.

Le fjêiu'ial Cavaignac, MM. Banne el Anloiiy Tlioiirel jollenl un cri de réprobalion conlre celle leilre, où le nom de !-a République n'est pas même prononcé.

— A celle lettre, ajoute le président, est annexé un rcmeicîment aux élecieurs.

Voulez-vous, citoyens, en entendre la lecture?

.Le tumulte recommence.

— Citoyens! s'écrie le président, un moment de calme ; je viens de recevoir une menace; on m'écrit ceci :

• Si vous ne lisez pas les remercîments de Louis Napoléon aux élecieurs, je vous déclare traître à la patrie. •

Et on si^ue : « Auguste filum, ancien élève de l'École polytechnique. »

Plusieurs voix : — Il est Ion.

— Ce billet, reprit le président, qui émane évidemmenl d'un insensé, m'avait été annoncé comme écrit par un homme qui aurait un eiiiploi public. Mais j'apprends qu'en effet c'est un insensé qui s'est introduit dans une Iribune, el qui a jeté ce billet à un des huissiers.

MM. Cavaignac, Jules Favre, David (d'Angers) protestent de nouveau conlre' celte lettre de Louis iJonaparle.

M. Clément Thomas prend la parole. — Citoyens, dit-il, on vous propose de remettre à demain une discussion qui, à mon sens, devrait être immédiatement poursuivie. Si les renseignements qui me sont jtarvenus sont vrais, peut-être c'est une bataille que vous aurez demain. (Exclamation.

Rumeurs prolongées.) Eus-vous prêts pour une discussion ou pour une bataille? Déclarez au moins que tout citoyen qui oserait prendre les armes pour soutenir la cause d'un despote serait traître à la patrie.

M. Duclerc répond : — Citoyens, renvoyez à demain sans craindre la bataille. Soyez siïrs qu'elle ne s'engagera pas.

il est sept hcui es. L'assemblée se sépare au milieu du plus vio^ent tumulte.

Demain, séance à une heure. Suite du débat concernant Louis-Napoléon ; suite de ia discussion incidente commencée aiijourd'hui, sur la question du travail el sur le socialisme ; suite de la discussion sur la proposition d'assimiler l'Algérie à la France.

Nous donnons ici la lettre de Louis Bo-

naparte aux électeurs ; lettre qui, au reste, a été afïicliée dans tout Paris :

« Chirs concitoyens,

• Vos suffrages me pénètrent de reconnaissance. Celle marque de sympathie, d'autant plus flatteuse que je ne l'avais pas sollicitée, vieul me trouver aîi moment où je regrf liais de rester inaciif, alors (jue ia patrie a besoin du concours de tous ses enfants pour sortir des circonstances difficiles où elle se trouve placée. Votre confiance m'impose des devoirs que je saurai remplir; nos intérêts, nos seiilimenis, nos vœux sont les mêmes. Enfant de Paris, aujourd'hui représentant du peuple, je joindrai mes efforts à ceux de mes collègues pour rétablir l'ordre, le crédit et le travail, pour ass.'Tcr la paix extérieure, pour consolider les institutions démoccitiques, ei pour concilier entre eux les intérêts qui semblent hostiles aujourd'hui, parce qu'ils se soupçonnent et se heurtent au lieu de marcher ensemble vers lin but unique, la prospérité et la grandeur du pays.

« Le peuple est libre depuis le 2/i février. Il peut tout obtenir sans avoir recours à la force brutale. Rallions-nous donc tous autour de l'auiel de la patrie, sous le drapeau de la République, et donnons au monde ce grand spectacle d'un peuple qui se régénèi'o sans violence, sans guerre civile, sans anarchie.

« Recevez, mes chers concitoyens, l'assurance de mon dévouement et de mes sympathies.

« Londres, 11 juin I8Î18.

• Lglis-Napoléon' Bonatarte. •

Historien fidèle, nous rapportons ces faits et ces documents. Le gouvernement donnera sans doute à l'Assemblée nationale des dé:ai!s qui justifiironl le vote demandé pour demain.

— Nos ministres n'ont rien de sacré; art, poésie, courage, tout ce qui est beau, tout ce qui est noble et grand, leur porte ombrage. Ils viciinenl de destituer Alfred de Musset.

Mu« il y a des choses que nous ne laisserons jamais passer dans l'ombre sans aller à elles et sans les traîner au grand jour de la place publique.

Il y a huit jours, c'étaient les fils de Louis-Philippe que nous ne voulions pas voir proscrire; hier, c'était Louis-Napoléon que nous ne voulions pas voir rcpoiis-

gg.ï —

ser de la Chambre ; aujotml'IiHi, c'est un prince de la pensée, prime bien auiremoni élernel que ceux qui doivent leur titre à l'hérédité, que nous ne voulons pas voir dépouiller de sa place.'

Alfred de Musset , l'auteur des Romances espagnoles, du Spectacle dans un fauteuil, de cinq ou six romans, do dix iiotivellos adorables qui sont dans toutes les mémoires, de vingt proverbes charmants qui sont sur (ouïes les tables, Alfred de Musset vient d'être révoqué de ses fonctions de bibliothécaire au ministère de l'iniéiieur.

Qui a permis cet inqualifiable renvoi?

Est-ce vous, M. Recuit?

Oui ; mais qui êies-vous donc pour toucher à un nom contnic celui que nous venons de prononcer. D'où venez-vous, si vous ne lie connaissez pas? Qu'avez-vous fait, si vous le connaissez? De quel droit, vous qui êtes obligé, pour ajouter un titre à votre nom, de vous appeler républicain de la veille, de quel droit venez- vous, fort de la position que vous avez escamotée, reprendre à un homme de génie la position qu'il a conquise?

Oh! nous l'avons dit, nous sommes là pour ciier alarme, non pas toutes les fois qu'on touchera à noire argent (que nous importe l'argent, à nous), mais toutes les fois qu'on touchera à l'une de nos gloires. Nous ne voulons donc pas, même au milieu des grandes préoccupations du jour, no,us ne voulons pas, disons-nous, laisser tomber dans le silence un fait de cette nature. Comment! voilà un écrivain qui a doté notre langue d'une admirable poésie ; voilà un poêle qui est le frère de Lamartine, de Hugo et de Byron ; voil.T un romancier (jni est le rival de l'abbo Piévosi, de Balzac, de George Sand ; voilà un auteur dramatique qui, avec un seul acic, a fait gagner à la Comédie française plus d'argent que vous ne lui en donnez, vous , en six mois ; voilà, enfin, un de ces penseurs qui n'a pas une seule fois sacrifie la dignité de lari aux ambitions de fortune et de position, voilà un génie qui n'a demandé à Dieu et aux hommes que la liberté de vivre et de penser à son aise, qui n'a jamais été ni d'un club politique, ni d'une coterie littéraire ; et il se trouve un ministre qui pa^se, et qui, en passant, lui prend, pour y mettre qui dune? la place qui lui assurait cette li-

berté qu'il demandait, et qui n'ôlait pas même \Aurea mediocrilas d'Horace.

Oh! c'est pitié qu'il y ait tant depl;^s en France que nos républicains en ont tous; qu'ils en OHt pour eux, pour leurs fières, pour leurs (ils, pour leurs neveux, pour kurs coiffeurs, pour leurs valets de chambre, pour leurs usuriers; et qu'il se trouve un poète, Alfred de Musset, à qui la République vienne prendre sa place.

Oh! la messagère divine s'est donc faite conpeuse de bourse, la vierge pure est donc changée en courtisane éboulée, qui n'a de faveur que pour ceux qu'elle paie et qui la balleut.

Ils ne savent donc pas, les hommes qui font de pareilles choses, qu'ils n'av;i:ent qu'un moyen de transmettre leurs noms à l'avenir, c'était de faire juste le contraire de ce qii'ils font. Ils ne savent donc pas qu'il y a une royauté que ni émeute, ni barricade, ni révolution, ni République ne changeront, c'est lu royauté de la pensée, du génie. Ils ne pressentent donc pas, les égoïsies parricides de la mère-patrie, qu'il viendra un jour où la France aura besoin de toutes ses grandes intelligences et de tous ses bons esprits pour faire oublier au monde le triste et douloureux spectacle qu'ils lui donnent, et pour endormir sou? leurs chants consolateurs la malade, que tous ces médecins , inconnus jusqu'au 24 février, auront épuisée au lieu de la guérir.

Maintenant, ce n'est plus à vous que nous nous adressons, M. Recurt. Vous avez fait le mal; c'est votre affaire. Nous nous adressons au seul homme qui puisse nous entendre, et que nous sommons de le réparer.

Nous nous adressons à Lamartine.

Heureusement pour lui, Lamartine est poète, et quoique l'auteur des Méditations poétiques, de la Chute d'un Ange et de Jocelyn, ait paru mépriser parfois la poésie, il viendra une époque où il retournera à elle, comme l'enfant égaré rett)urne à sa mère. Ce sera lorsqu'il auia perdu une à une, depuis la première jusqu'à la dernière, toutes les illusions politiques qu'il est en train de perdre en ce moment. Ce sera lorsque, brisé par les orages pour lesquels il n'est pas fait, il sera repoussé de l'Océan à la rive, et qu'il lui faudra recommencer vers l'immortalité son chemin interrompu ; car, qu'il y songe bien, qu'il en

demeure profondcineni convaincu, le signe auquel l'avenir le i-econnaîira, ce sera celle (laltline allumée à son fronl par la divine poésie, el non celle lanierne sans éclat qu'un hasard ratai lui mot aujourd'hui à la main.

Nous nous adressons à Lamartine et nous lui disons : ,

Poèie el législateur, tu es solidaire de toute al'icinte poriée à un représentant de la pensée, comme de toute atteinte portée à un fepréseniani du peuple. Si tu donnes une main à M. Lediu-Rullin et l'autre à M. Caussidière, tîiche au moins de garder ton cœur pour ceux qui ont combaitu avec toi, la pli.me à la main, à celte heure, où une révolution littéraire faisait plus d'hommes au pays que ne lui en ont faits ses deux révolutions politiques; il faut donc que lu dises à ceux de tes collègues qui osent porter leur main envieuse sur le poète : — Halte-là, ne louchez point à cet homme, car cet homme est d'un monde que vous ne connaissez pas el que vous devez respecter.

Donc, Lamariine, vous ferez faire une grande rcpnraiion à M. Alfied deM^isseï, nous vous en adjurons, au nom des souvenirs de vore cœtir, au nom de la grandeur de vo'ie esprit. —

— Les reproches adressés au ministre par toute la pi'esse, ont louché nos gouvernanis; après avoir commis la faute ils ont voulu la nier. Selon eux, M. de Musset n'a point été destitué. On pouvait se demander aujourd'hui qui donc a menii, de M.lîecurt (I" du poète? Voici la solution de cette question dans le journal la Patrie.

• Nous recevons la lettre suivanle de M. Alfred de Musset :

« Monsieur,

• Je lis daiis voire journal qu'on avait annoncé par eireur qne.j'éiais desiiiué de la place de bibliotliécaiic et que le ministre a fait démentir ce bruit. Voici, à ce sujet , la lettre que j'ai reçue un mois après' sa date : • Paris, le 8 mai I8/18.

■■ Ciioyen, j'ai le regi-oi de vous annoncer ciue, par un ancié du 5 mai courant, le ministre vous a admis à faire valoir vos droits ù la letraile.

• S;dui et fraiernlté,

« Le !-ecrcia,iie général, Cauterit. »

• Cette lettre , vous ic voyez , esl aussi claire que laconiqw. Quant aux droits à la retrailc, pour en aroir, ii faudrait que

j'eusse été nommé bibliothécaire à l'âge où j'apprenais à lire.

« Veuillez cjoire , du reste, monsieur, que je n'aurais jamais songé à entretenir le public d'une chose de si peu d'importance, si je n'étais profondement touché des marques d'intérêt el de bienveillance que j'ai reçues de la presse à celle occasion.

« Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.

• Alfued de Musset. •

• La jettre de M. Alfred de Musset est précise et renferme la preuve à l'appui du fait.

• Mais alors comment expliquer le démenti que nous a fait donner le niéd^cin de l'intérieur par son secrétaire du cabinet, M. Dieudonné?

• Seraii-ce que le médecin de l'intérieur aurait voulu jouer sur les mois, en ce sens qu'une mise à la retraite n'est pas une destitution? Mais l'auteur des Co///<?* dEspagne el d'Ilalie n'a pu , comnio il le dit lui-même, être nomme bibliothécaire • à • lâse où il apprenait à lire. »

« il n'y a que les rédacteurs au biberon du Naliunal i^w'oti investit de foi;etions avant qu'ils aient fuit leurs classes.

« La mise à la retraite de M. de Musset est donc une dcsiiiulion, et nous maintenons notre peu de bic.nveillunce contre une mesure si ininiellig-nte, malgré l'amer reproche que nous en fait le secrétaire du médecin de rintérienr.

• On a sans doute destitué ou mis à la retraite M. Alfred de Alussel, pour le punir d'avoir adressé à la France, en 1838, les vers suivants, qui s'appliquent si bien à nos hommes d'aujourd'hui :

« Laisse-les s'agilcr, ces genr, "a passion,

l)e nos vieux liarangueins iiioderues parodies;

Laisse-les ilaléi' leurs froides coniéuics,

1 t, les deux bias croisés, le prècliir l'action;

Leur seule vérité, c'est leur ambitio'. »

I.'ini|iorlaiire «les ^vfncinrnts par lesquclii !e mois Ile jaln fiont it'iUrc i empli, — nouii a fuit arrêter le tirage du mois de mut — Kotis rioniions sncccs!tli'FiHenl les àemi numéros que i)ou» avons consacrés au\ journées de juin, — nous proposant de publier le mois de mai conjoiuieineut avec celai de JuUlet.

HEICiaiER, Btrccleur-Cérant.

PARIS.— TYPOGRAPHIE DR E.ET V. PEN .UD FRÈRES, )0, RVK DU FACBOUBG-UOKTIiâRTRB.

^» H.-^St Juillet 194».

■{■: LE MOIS" t

AN

fr.

RÉSUMÉ MENSUEL, HISTORIâUE ET POLITIQUE DE TOUS LES ÉVÉNEMENTS

EXTIÈRKHKHT &ED1GIÂ

Par AJLEXAMDBE DUjIIAIi*

Eia France et M'Kurope, avant, pentlant et aprèf le 91 février.

VtJIDllEDI, 16 JUIS.

Pari*. — Encore une Icllrc de Louis Bonapario ; elle est enlourëe (U; loiiKs les preuves d'aiiiliciiticitp. CVsl iM. FréJoric Hi iff ml (|tii l'îi jipporlée de Londres. RI . Séiiafd a faii consiater le départ de Londres < l laiTivée à Paris du m ssnger de Louis Napoléon.

Voici celle lellre, après la lecture de hiquelle le ministre de l'inlêrienr a été charge; de convo(|uer de nouveau les élcciiiirs pour la uouiination d'un reprësenlaiil.

• Londres, 15 juin 1868.

• Monsieurle président,

" J'étais fier d'avoir été élu rcprésentnnt du p{ uple d<' Paris et dans trois autres dépai leinents. C'était à mes >( ux, une an>p!e réparation pour ircnle années d'exil et six ans de captivité: mais les soiipç.ins injulicux qu'a fait naîire mon éleciion, mais ies tioubles dont elle a été le piétexte, ni;iis riioslilité du pouvoir exécuiif, m'inijîoscnt le devoir de refuser un honneur Hiion croit avoir été obtenu par l'iiitrigue. Je désire l'ordre et le niainiifn d'une Républicjue sage, grande, intelligente; et, puiKiue involonlaifiii eut je fivorise le dé;;ordre, je dépose, non sans de vils re-

Srels, ma démission entre vos oiains. (Sensation.)

« Bieiitôi, j'espère, le calme renaîtra, et nie pcrmt tira de renirt-r en France, comme le plus .'^iiiiple des citoyens, mais aussi comme \.n des plus dévoués au repos et à la piospnité de sou pays.

• Riitvez, monsieur le président, l'assurance de mes sentiments distingués.

• Signé L{>»\% Napoléon Bonaparte. •

Cet incident et le compte-rendu di s élections de l'Hérault ont occupé la séance. M. Laissac, procureur-général à Monipelli( r, voit son éleciion coiilcsléc par des milliers d'électeurs. Le préfet auraii, diton, mis en pratique d'une manière trop évidenie les prescriptions de M. Ledru- Kullin et du Bitlleliii de la république.

Lu question de l'Algérie n'a pas reçu de

solution.

Hier cl aujourd'hui Paris a offert dans tous les quartiers l'aspect le plus iranqiiille. Depuis deux ou trois jours aucun rassemlilLMiieni n'a eu lieu aux boulevards Saint -Denis et Saiul-Marlin.

Le Monileur publie aujourd'hui le décret suivant :

(*) M. Alexandre Dumas, ayant tobïu faire un journal a la portée do tous, a mis le prix J? m i3urii;<t k <2i'ATsii riiAMCs par au. — S'adresser, franc» rigoiireiimneni, à 31. Rbiosirr, 26, rue îieuve-Vi lOncî.

AU NOM Df l'i:iPLE FRAiSÇ MS.

• La c«mniis6ion d« p<M»voir txévulil a proposé,

« L'Aiteeniblce naiionaie a adopU', « La coniinissioii d» pouvoir cxénilif promulgue le tlécrcl doiU la teneur suii :

« Le icri iloiie de la France ei de ses colonies, interdii à peipétnité à la branche aînée des Bonrbons par la loi du 10 avril 1832, esl inienlii également à Louis-Pliilijjpe et à sa famille.

. Délibéré. en séaace iMibliqtie, à Paris, le 2G mai 1848.

« Les président cl secrétaires dv i\^ffsemblée iialioiiale, Sénakd, Peuimn, Robert (des Ardennes), Emile Pkan, Edmond

LAFAYtTTE, LaNDKIS, BÉRAUB.

" Les membres de la commission du pouvoir exécutif,

Arago , Garnieh Pages , Marie , Lamartim;, Ledru-Kollin,

Pagxerre, secrétaire.

Voici le texte de la dépêche que la commission du pouvoir exécniif avait envoyée dans lesdéparicmenls pour l'arrestation de M. Louis Bonaparte, avant que l'Assemblée nationale ne se fùi occupée de son élection :

« Pai is, 12 juin iSfiS, à une heure ' "tfusoiT.

« Le tnirtistre de i'in/érieitr aux préfets et ton s- préfets.

a Par orir« de la conniiissiou du pouvoir exéaiiif, faites arrêter Oiarles-Lonis- NapoLon Bunaparie s'il esl signalé dans voire département.

• Traosnieilcz partout les ordres nécessaires.

Signalement :

«Agé de qitarante ans, taille d'un mèlre soixante-six cenlimcires, cheveux et sourcils châtains, yeux petits et gris, nez grand, bouche moyenne, lèvres épaisses, barbe bnine, moustaches blondes, menton pointu, visage ovale, teint pâle. Marques pariiculicres,lêle enfoncée dans les épaules, épaules larges, dos voûté. »

SAMEDI, 17 IVttf.

Paris. — La chambre des représentants reçoit chaque jour un nombre illimité de pétitions. Il existe bi en peu de personnes en France qui ne puissent être appelées àrégu-

lariscr les finances, .'i relever la mariiie ou à modifier l'armée. L'ordre du jour fait orëiaai renient jnsiicc bonne et prompte de tomes les ni >piessouniis(!S de bonne foi à l'Assemblée. Mais aujdord but il y avait une pétition importante. Cotait celle des uITiciers généraux mis d'oATice à la retraite, mesure prise avec irréflexion, abrogation violente de loiiles les règles de l'organisation militaire, injustice manifeste au déJrimcut de serviteurs utiles et honorés du pays.

Les géiiéraux Lebrcton et Baraguayd'Hilliers ont bravement combattu pour les droits de leurs collègues. Hors d'état de répondre à «ctle argnnacniaJiôB, les orateurs du gouvci nemenl ont invoqué la théorie des faiis accompli-', et l'Assemblée a passé à l'ordre d« jonr.

Pendant que l'on condamne injustement au repos des olTiciers pleins d'espérance, de talents et de patriotisme, on eu nomme de nouveaux, et la commission cxé iitive, tout Cil cvnsernant la ferme espérance du maintien de la pni.v, deman le la mobilisation de 500,000 gardes nationaux.

La sous-commission nommée pour l'examen du projet de décret sur la poste a entendu MM. Etienne Arago, directeur, et Piton, sous directeur des postes. Il n'y a pas d'opposition sérieuse à l'adoption de la taxe unique.

M. Pasquier, cx-cliirurgien de la famille d'Orléans, vient de partir pour Londres; il est appelé auprès de M. le prince de Juinville, dont l'état de santé donne d'assez vives inquiétudes.

La commission, nommée pari' Assemblée nationale, propose, dit-on, l'ajournement, pour c;utse d'inopportunité, du projet de loi relatif au divorce. Il fallait s'attendre à ce résultat. Celle question si iniporianle, qui touche aux intérêts les plus essentiels de l'E at, de la famille, de la morale publique, aurait été sans doute l'objet d'un examen approfondi, si elle s'était présentée à une époque de calme. En ce momeut, elle devait être ccarlée.

La commission de constitution, après une séance de six heures, de une heure à sept heures, a terminé aiyourd'hui son travail. Le nombre des articles s'élève à

159. Le projet va être imprimé, il sera distribué lundi daus loiis les bureaux de la chambre.

Des iroiibles oni cii lieu à Perpignan, q«»i a éié mis eu éial de, siég"? ; à rouloiisc, à l'occasion des processions; à Tarascou, où l'on dévasiail nue Corel apparieiiaiii à des parlicu'icrs, elà Guérci, où une quinzaine de I cbelles ont élé lues à la suile du signai ddiiué par u» coup do fusil paru de leurs raugs.

DiMANcni:, 18 Ji'iN.

Paris. — La grande nouvelle de la journée esi celle du banquet de la fralernisiilioiidex travailleurs. On sail que lel est le nom donné par les sociétaires du banqu'l àSâceuiimes. Apres avoir lougien)ps bésité dans le choix du jour de celle réunion, ks commissaires l'oul fixé au l/i juillei, ciuquanie-neuvième auuiversaire de la prise de la Uiislilie.

On cit(! à propos de celle réunion un mol du général Cavaiguac, miaisti« de la guerre.

— Que pensez vous, géuér&l, luidi&aii UD de ses collègues, du bauqnel à 1b ceu- (iiues?

— Mais les ciioyeus qui veulent dhur sur l'herbe aux environs de Vimennes tl le long des foriilications, oni le même d^il de se réunir que moi, minisuc de la gucire, j'ai le droii de passer, à la même iieure cl sur ly uiùmc lerrain, une revue de ciuqnante mille lionimcs, que je lussemblerai lolijuillel.

La Uiaaibre des représenlauts ne s'esl paj I éuuie aujourd'hui diiuauclic. M. Trélat, miiiisue drs irasanx publics profile de celle vacance pour faire un appel aux fubricauls, aux chefs d'aielierseï aux patrons àc louie» indusii ies. C'est toujours la quesliou des ateliers nationaux qui le préoccupe. M . LïlaQuc u'esl pas plus habile que M. l'mile Thomas, qui demaiide à grands cris et inutiknieut des juges el uue euquélc. M. Trélal voudiaii bien rendre à lindusirie privée, les bras auxquels M.M. Louis Liane, Albert el compagnie ont promis le repos el une soldeconveuable comme travail organisé.

Voici un ducumenlqui semble avoir été rédigé le 15 mai, a l'Hoiel-de-VilIe, ou sur la tribune de l'Assemblée uiilionale envahie. C'esi une pétition qu'où fait signer dans

quelques clubs, ei qu'on prétend adresser aux membres de la coniuiission executive:

« Aux citoyens membres de la commission pxe'culice:

Citoyens, nos frères, les représentants des délégués des ateliers uaiioiiaux ont exprimé au eiioyen Lamartine, ,daus une entrevue qu'ils oui eue avec lui il y a quelques jours, les scntimenis qui nous aiiimenl tous et notre ferme dévuuemeni à la République démocratique el sociale que nous avons conquise sur les barricades de février, IVous avons accepté avec recon naissance les iiaioles émanées du cœur du citoyen Lamartine, qui sont venues jeter sur notre position si malheureuse un rayon d'espérance; nous les avons acceptées, ces paroles chaleureuses, parce que la réalisation de ces promesses est le plus ardent de nos vœux.

« Ainsi, la fondation d'un ministère des insliiulionsfraicrnelli'S; la demande d'tm ensemble de crédit de (iOO millions rie fr. pour la fondaiion d'insliiuiioiis agrioales et industrielles; des salles où le peuple irait faire son éducation poliii(|He; eufiii de faire passer dans les laits le principe d'association. Alors, citoyens, nous avons tous oublié la misère qui nous accable, la faim qui nous lue ; nous avons tout oublié, car nous avons foi dans ces promesses.

Nous avons confiance dans le patriotisme républicain dont vous davcz être la vivante im:ige. Réalisez enfin, citoyens; et si jamais la République était en danger, et si jamais quelques vains el audacieux prétendants osaieiii tenter de lui poiler attiinle, vous pounier. en tout temps, en toute sécurité, compter sur notre pair iolisme et noue dévouement pour !a défendre avec vous.

H /"jpg laRdpnhligue démocratique et sociale. »

Tonte la presse se préoccupe de la question du cautionnement auquel on veni astreindre les journaux, en conservani la législation de septenibre.

Les troubles de Guérei sont loin d'être apaisés. Au son du tocsin, toutes les communes rurales se sont réunies à deux heiu'es du malin. Tous les paysans armés de faux, de piques, de volants el de dards sont venus menacer de mort quiconque payerait l'impùt de 45 centimes.

A Nîmes, les querelles religieuses rccom-

mencrnt. L'iiilervenlion active ei le dévouement de la garde nationale sonl presque paralysés par l'iniiaiiou des deux partis.

LUNDI, 19 JCIN.

L'Assemblée nationale, réunie anjonrd'iiui à midi et demi, a entendu lire par M. Armand Marrasl, le projet de constitution ; ce projet , suivant la décision de l'Assemblée, va être Imprimé cl distribué aux représentants pour être examiné dans les bureaux.

Paris et les déparlenicnls conlinuenl à être troublés pat- les manœuvres des partisans de Louis Bonaparte.

Aujourd'hui, un groupe de huit cents pci sonnes réunies aux Tuileries, voulaient le proclamer consul. A l'issue de la séance, une foule assez considérable accucillaii les rei)résentanis aux cris de Five JSaiwldoH 1 A bas les ciiigt-cinq francs !

Ce soir, en rentrant cbez nous, un homme nous a remis ce papier, qu'il distribuait giiilis aux passants.

Nos lecteurs jugeront, avec les bruits qui courent, quelle importance ils doivent attacher à cette distribution.

rnorHÉTiE des jours sanglants,

Pur le citoyen Loui» Piijul (de St-Girons).

Je suis le prophète des malheurs.

« Peuple,

u En vérité, je te le dis: je suis le prophète des malheurs.

• Que ceux qui ont des oreilles entendent le récit des maux qui menactni la pairie. Que ceux qui ont une langue de véiiié, s'en aillent répétant dans les cités et les campagnes la prophétie des discordes qui doivent bieniôi tremper dans le sang le drapeau delà guerre civile.

« Dieu a dit au vent de sa colère :Va ! il a mis le comble à son iniquité. Et le venl de la colère de Dieu a balayé une couronne!

« Et le peuple qui gémissait sous la griffe du Tarquin, s'est levé eu brandissant le glaive de la justice.

« El ceux qui i'avaienl flagellé sous le règne de l'oppression, se ionl inclinés devant lui comme des courtisans, et l'ont salué roi!

<i El il a dit aux complices du tyran, qui pemblai' ni à ses piech : • Ecvez-^o'.is !

N'êles-vous pas mes frères? Venez! le sang d'Abel ne ternira pas m;i gloire. •

« El ceux qui rampaieui dans li poussière ont entendu la voix de sa miséricorde.

« El ils se sonl levés pour eii:br.'isser le peuple; mais le peuple a compris que c'eiait le baiser de Judas!

« El le soutire du mépris a passé sur sa lèvre brûlante.

« El sa face s'est crispée avec douleur, comme celle d'un homme qui lient un poignard dans ses mains, mais qui a horreur de la mort !

« El sa voix stridente a laissé tomber quelques paroles de pitié, qui ont glacé le cœur des hommes qui ven lient le li ahir.

« El ceux-ci s'éiaiil souvenus de leur défaite, ont eu un iressaillemeni de terreur.

« El ils ont appelé à leur secours des hommes aimés de lances, de salirs, de mousquets, cl habiles dans Us combats.

« El sur le ihéàire de la clémence du peuple, ces hommes armés oui fait eiilcndre des cris de proscription el de guerre cou ire lui !

« El voilà que ceux qui avaient longtemps souffert dans les sombres cachots cl les cavernes mystérieuses île la loyaulé, poHi' le triomphe de la Rcpiibrnpm, ont parlé au peuple de ceux qui voulaient en- CBic renchaîiier.

« El ceux là (lui insiruisaienl le peuple oui été garrottés comnie des criminels, traqués dans leurs réduits comme des bôies fauves, el jelés sans piiié dans les prisons!

« Et ils sonl là, niainienani, conehés sur les dalles humides, ces braves niai lyrs, en aliend-.inl Theuie de leur nouvelle délivrance.

»( El voilà poui^iiioi je vous prédis que l'avenir cache de sanglants mystères.

« Malheur à vous (pii niarehez le bandeau devant les yeux) vous n'apercevez pas l'abîiue qui va vous engloniir !

« Eu vérité, je vous le d's : tous les crimes reçoivent leurchàlinieni.

« Ils sont venus à vous avec coiifiance, el vous les avez repousses avec mépris.

« Ils se sont levés devani vous en montrant la plaie de leur misère, et au lieu de Li guérir, vous l'avez envenimée avec l'arme eiiipiiisonnée de la caUnnnie !

« Ils ont l'ail entendre la voix sinistre de la faim, el vous avez fermé l'oieilie à leurs p';iint< s liigubros.

<( Ils vous ont (lil : nous avons le droii da vivre eu ir.ivaillani, cl vous leur avez lépoiiilu : nous avons le di'uil <lc vous laisser mourir, ou voi'S irava lierez eoiiinie nous le voU'irons.

« Ils ont ajouté: nous avons conquis la libi-r'é au prix de notre sang ; nous voulons rester libres! Et vous leur avez dit: vous rcdiviendr> z esclaves 1

« Ils vous oui alors parlé de justice, cl vous leiu- avez mouiré des baïounilles iiisoli ni<-s !

« Alors, ils sont allés çà fit \h coniuic des exib's eu faisant le récit de leur niaUieur.

« Et les hoiimies armes oui poiirsinvi leurs viciiines l&jour, la nuit, el les untdisperséns avec le fer.

« El ces hommes pourchassés comme des mallaileurs parce qu'ils dcniandaienl juslice, se snul dit entre eux : nous voilà ilonc encore proseï ils comme d^s parias siigma- '\h(-s pai' la lui de Caïn! Esl-ce là ce qu'on nous avait promis au jour do la vicioire? D'autres av:iietit foneié leur lèguc de tyrannie sur la division du peuple ^ et quand le pi iiple s'est levé comme un seul homme, jts II unes ont éié brisés, les couronnes disper.'érs par le souille de ta colère.

« El voilj poinquo: ceux qui nous oppriuienl encore ont continué le règne du sabre cl du despoli>nie.))

« El voilà pourquoi nous avons change un ni ilrecontie p!u>ienrs maiires.

« Et voilà pourquoi iiscspèrcnl réserver les joins d'ungoi.-ses aux eiil'ants ilu peupli', et à eux It s fêtes et l'ivressi; de l'or!

'< El vi'iià pourquoi au>si nous nous unirons, de nouveau pour pi'ociainer les droits du riioiiime, violés par nos indignes mat- Ires, et broyer, sous nolie massue, le pouvoir des hommes de sang et d'exploitation.

« L'berié! liberté! tu sortiras radieuse du sein de la teuipéic révolutionnaire, connue le soleil <|ui rjmène la sérénité el la fécondité. Les martyrs ipii se couvrironl de .gloire, en mour:iui pour le sauvei', seront eeli bies aux pieds de tes autels par des elianls de tiioinplie, et leurs noms victorieux sei oui gravés en leliriîs d'or sur le fi ouiispice du lemple de l'iiumortalilé ! « I cuis PuiOL. »

A Nimcs, pendant la lutte enlrc les protPSiaiis et les catiioliques, on criait Fice i'etiipertur .'cl !e préfet é;ail oLIigi'; du Jé-

menlir la prétendue nomination de Louis Napoléon comme (inpereur des Fiançais.

A Sainirs, à Fecaeip, à Cfrirties, à Romans, les habitants en se rév'eillnnt ont vu •leurs muiai'lcs couvcrics iie gram'es a(Tîclies poiiaiil lc> mots de Five fempereur! A bus la Re'pub/iqiie!

Nous trouvons dans le Courrier de ta Gironde de nouveaux renseignements sur Riancoui t. Les voici :

« Avanl d'être commissaire el assassin au Havre, sous le nom de Riancoiul, le coiifideiit de I honor:d)le M. Ledrii-Kollin avait été maire de pension el escroc à Bordeaux, sous le nom de .Martin.

« Martin était entré en qualité de professeur dans une pension de la rue Rolland. Le chef de cet éLiblissen^eni étant mort, sa veuve, sollicitée par quelques personnes, dont le citoyen Martin av.iit su capter la confiance, laissa à ce dernier la direction de l'éiablisscmeni. Martin avait en main le maniemenl des fonds.

« A le suite des leulrées d'un trimestre, Martin leva le pied, comme ou dil vnlgaireni' m, euemjjoitaut la caisse. La ruunur publique, que nous avons lieu de croire coiifoime à la vérité, ajoute qu'il prii la fniie en cem xigiie d'une vierge folle, avec la()uelle il entretenait depuisquelque temps de coupables relaiions.

« Depuis celle épo pie, on n'a plus entendu parler de cette malheureuse. La police, qui a été appelée à faire d'activés recherches, n'a pu, assure- l-on, retrouver ses traces nulle part. On suppose que, pour se débarrasser, ou de ses obsessions ou de sa jalousie, Martin l'aura assassinée, el que ce picmier assassinat, dont Fouqué aurait eu connaissance, aura déterminé le second assassinat dont Fouqué a été la victime.

« C'est ce que la suite ne peut manquer de nous apprendre. »

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