HARDI 20 JUIN
Pari». — La séance de la Chambre a été consacrée à la question des ateliers nationaux. Il ne s'est pas trouvé un seul représentant pour prendre la défense de cette institution, que les plus indulgents regacdent comme une inicessité de circonstance, mais que tout Ifl monde rejeilo au point de vue de création durable.
M. Victor Ilugii, que lo dernier vote du
dépnrlempiu de la Seine vient d'amener à la (;ii;inibre, a faîl son début aiijoind'liui.
La qiiesiion des ateliers nationaux a éié trniiét! par le grand poète de manière à faire ressortir tous les vices de cet expédient, qui n'a donné à la France qu'une nouvelle classe de désœuvrés, les désœuvrés (le la misère. M.Victor Hugo a obtenu l'assentiment général, quand il a dit :
« Le résuliai n'est pas senlensent nul, il est fâcheux. Il est fàclieux an point de vue des finances et au point de vue politique.
« Jo ne viendrai pas vous dire que c'est par vous que l'ouviier a perdu le goût du labeur ; je ne dirai pas que vous avez abattu sa fierté, cette sanié de la conscience, que vous lui avez appi is la honteuse puissance delà nuiin tendue. Aulrefuisy nous avions je désœuvré de l'opulence; aujourd'hui, nous avons le désœuvré de la misère. La nion:uchie avait des oisifs; la République aurait-elle des fainéants?
« Non, le glorieux peuple de Juilkl et de Février n'est pas un peuple qu'on peut abâtardir. Jamais, le voulût-on, on ne fera des ouvriers de Pari^, de ces ouvriers inlelligeuts par excellence, des lazzaroni en temps de paix, et des janissaires en temps de guerre.
« Non, je ne puis croire que jamais personne ait pu avoir cette monstrueuse pensée de convertir, dans une ville aussi inielligfnteque Paris, l'ouvrier eu condolliere, et de faire de ces glorieux ouvriers des prétoriens de l'émeute au service de la dictature.
M- Caussidière, cet orateur à part, chez lequel la nature a tout fait, et qui sait d'instinct cette question des travailleurs, que M. Trélal veut aujourd'hui mettre à l'élude, M. Causbidière a dit au gouveruc- Bioiii du haut de la liibune : qu'il pataugeait dans un hourhier, et que, malgré toute sa police et ses deux cent mille hommes de troupes, il le défiait hien d'empêcher qu'un heau matin tout cela ne crevûl comme une vessie trop gotiflde.
Euûn,la chambre a accordé le crédit de trois millions, en attendant que la vessie créée.
M. Clément Thomas a donné sa démission de commandaul supérieur de la garde nationale. Procédera-t-on cette fois par clcciion ou le gouvernemoiit se réserve-lil encore la nomina'ion du commandanleu chef des gardes nationaux de Paris?
Hier, dans la soirée, des rassemblements assez nombreux se sont formés sur la place de l'Hôtel de ville, et sont devenus peu à peu assez agressifs. Après avoir proféré, à plusieurs reprises, les cris de ' Vive Louis-N apolèon ! ils ont voulu forcer des citoyens qui passaient à pousser te même cri ; l'un de ceux-ci ayant répondu par le cri de : Five la République ! a été aussitôt assailli par ces individus, qui l'ont violemir.ent maltraité, en criant : // bait et : y4 l'eau le réactionnaire !
En ce moment les gardiens de ville sont arrivés, ont délivré le citoyen attaqué el ont cherché à disperser les rassemble-* menis; mais ils n'ont pas lardé à être assaillis à leur tour.
De fortes patrouilles de la force armëeétant venues alors en aide aux gardiens de la ville, on a pu disperser les rassemblements et rétablir le calme un instant troublé. Parmi les individus arrêtés, sept ou huit étaient porteurs d'armes cachées.
L'Organisation du travail, ce journal dont la Réforme se fait l'écho cha(jue jour et qui donne la liste des riches de Paris, adresse à l'Assemblée les ligues suivantes :
• Songez y bien, le peuple dépasse toujours les limites, quand il obtient par l,n force.
« En 89, il demandait l'abaiition des privilèges ; il arriva à la République.
« En 1830, la liberté de la presse \ il renversa le iiôue de Charles X.
«En IS/iS, la réforme^ il aboutit à t» République.
« A présent, que demande-t-il7 du painj qu'obtiendra- l-il?... l'avenir bientôt répondra. »
Si VOrgaîtisatian du travail \€»l laisser à l'avenir le soin de repondre, elle aurait dû nous dire, au moins, d'où pourrait venir aujourd'hui la résistance aux demandes du peuple.
DÉPARTEMEKTS.
Calvados. — Lisieux. — Dans la nuit de mercredi, le placard suivant, écrit à la main, a été apposé si.r divers points de Lisieux :
« Vive Napoléon II!
« Lui seul.peul faire le bonheur delà France et lui rendre l'honneur.
« Vive iNapoléoH II ! •
Ces affiches ont été lues par querques p(>rsonnes et arrachées aussitôt-
Seine-et-Oise. — Une afliche, placardée dans tomes les communes du dépnrlenienl de Seine-et-Oise cl portant !a signature de M. Hippclyte Durand, enjoint aux maires et percepteurs de demander aux contribuables iiu nouvel impôt de8ceniiniesl/2.
En vertu de quel droif
Creuse. — Guéret. — Plusreurs blessés ont succombé; une grande partie de la population doit les conduire au champ du repos.
Les paysans sont toujours dans une grande irritation : on renonce, quant à présent à leur demander le funeste impôt de 45 centimes, qui a mis déjà le désordre et l'anarchie dans tant de déparlemeiits.
L'«uioriié de Guéret a passé en revne la garde nationale et les troupes arrivées de Moulins et de Limoges.
UERCREDI 21 JUIN.
Paris. — A l'époque oà le citoyen Flocon était un des principaux rédacteurs de la liefonne, et l'un des plus assidus consommaieurs de l'estaminet Sainte-Agnès, on l'eût bien étonné en lui disant qu'il serait un jour l'homme le plus gouvernemental de France. Le fait est pointant consiaiit aujourd liui ù la Chambre. M. Léon Faudier inierpelle M. Flocon , le mùme citoyen Flucon de la Reforme, sur certains arrêtés modiflant le système de douanes, modifications qui sont du ressort du pouvoir exccuiif. M. Flocon se défend d'avoir usurpé un droit qu'il n'avait pas, en disant qu'il présente un décret sur ses arrêtés, et revendique l'autorité du pouvoir exécutif.
M. Goudclianx, qui a prononcé un discours sincère et courageux sur les ateliers nationaux, a eu Ihoniieur d'une attaque personnelle et publique. Aujourd'hui, on voyait de longs placards apposés sur les murs de Paris dans lesquels on remarquait le passage s^uivant :
« Le citoyen Goudcliaux veut évidemment étouffer les idées socialistes qui germent dans toutes les tôles, et c'est sans doute pour arriver à ce but qu'il propose de commencer par la désorganisation des ateliers nationaux. Mais qu'importe! Quoi qu'il fasse, il n^ parviendra pas plus à nous désunir qu'à déraciner dc nos esprits et de nos cœurs l'idée dominante dont le triomphe est assuré, w
Après s'être occupée de l'impôt sur les boissons, la Chambre a vu. a la (lu de la
séance, M. Lagrange, un des nouveaux représentants du département de la Seine, annoncer qu'il interpellerait demain la commission executive, au nom des cfiihs et des hommes du pet:ple qui en font partie, pour lui demander conipie dis mesures qu'elle avait dû prendre contre les menées organisées sous le nom de Louis- Bonaparte, et contre celles des autres conspirateurs de l'intérieur cl de l'étranger. L'Assemblée nationale a autorisé les inter^ pellaiions pour demain. Jlais les mut mures qui se soni élevés de toutes parts ont dû apprendre à l'orateur qu'on n'entendait pas obéir aux injonctions (les clubs, et leur reconnaîiie le droit de parler au nom du peuple que l'Assemblée seile npn sente.
M. Thiers avait à se prononcer entre les cinq départements qui lui onl fait l'honneur de l'élire. Il a consiUté ses amis et a opté pour la Seine-Inrôrieure, après la déclaration que nous joignons ici :
« M. Tliiers, élu dans les départements de la Seine, de la Seine-Liférieure, de la Gironde, de l'Orne et de la Ahiyenne, a bien voulu consulter les représentants du peuple soussignés, ses amis, sur l'option qu'il est appelé à faire, entre les cinq départemenis qui l'ont nommé.
« Les soussignés ont reconnu, dès le premier examen, que le département de la Seine ayant une élection à faire; par suite de la démission d'un des derniers élus, doit être mis hors de question.
« Ils peiisini qu'entre les quatre autres départemeuis, il est désirable que M. Thicrs opte pour le dcpartemcal de la Seiuc-Ia» férieme.
« Paris, 19 juin 1848.
« (Ddii.on Baurot, Dcvkrcier de
HaUBANSE, Lki^y DE Malleville,
Vivien, Cu. Kémusat. »
Le prince Napoléon Bonaparte (lils de .lérôme) vient d'adresser la ciiculaiie suivante aux gardes nationaux de la 2° h'gion : « Citoyens,
« J'apprends, avec un vif sentiment de reconnaissance, que je suis porté comme candidat au grade de colonel dans la 2" légion.
• Je prie les citoyens qui onl bien voidu créer ma candidature, de recevoir l'expression de mes plus sincères renicrcliiienis ; mais je ne puis l'accepter.
« Dévoilé loin oniHr .": mes fuiiciions de repre'seiilij/i.' tlii peuple, h'. IIR poiirriiis, coiiim(!Jek Vi)ii(ir;iis, reniplii-lcs iioiiveniix devoirs •|ui me senienl imposés; j'ajouie que, datis nia pensée, ■teprc'sciilaiil du peuple Ci coinmandant d'irne force armde dons Paris me semblent des foiiclioiis iiicompuiibles.
• Mu rcsuhilion de ne pas accepter cetie haute marque d'estime est prise après les plus mùrts réflexions; je supplie donc mes coiiciioyeiis de ne pas donner d'antre suite à une eandiJaiure dont le succès, s'il était possible, ne me laisserait que le regret d'im relus.
• Salut el fraternité,
« Napoi.éon Bonaparte.
• Paris, ce 21 juin 18ti8. •
La lettre suivante de M. Ledru-Rolliii a ëlé adiessée au rédacteur de la Patrie :
• I\I,Misieur le ré lacleur,
• Je lis dans un i^e vos derniers numéros un article où vous annoncez, sur des renseignements, puisés, dites vous, à bonne source, qu'il existe un nouveau club portant ce nonf : Club de la démocratie militante.
■ Vous ajoutez que « M. de Lamartine et moi ions en faisons partie, que celte rénnioT) tit'iii ses séances la nuit, qu'elle est composée (4'anci(.'ns coniinissaires renvoyés avec la réprobation des déparlemeii'S, et qtie c'est dans ce petit centre d'hommes que se préparent, en fauiille, toutes les comédies que le pouvoir exi'ciitif jnue depuis quelque temps devant l'Assemblée, corné lies mêlées de coups de l'eu comme au Cirque-Olympique. •
« Je ne relèverai pas ce qu'd y a à la fois de puéril ci d'odiiux dans ces assertions; je me conienteiai de dire que je n'appartiens pas à ce club, ni a aucun autre, et que j'igiiiiriiiiu'me s'il <'xi»te.
• Recevez mes salutations.
• Ledru-Rolun. •
Le fameux air des Lampions, loin de perdre sa vogue, semble au contraire puiser d(! nouvelles cjudilioiis d'exislence dans chacun des événements qui viennent à sur};ir à l'hoi izon politique.
Sur ces quatre notes, on a crié tour à tour : Viv' haibès! Viv' Bianqui! Viv' To-
léoii : Aujoiiid'Jmi les ouvriers des ateliers naiionaux y ont trouvé un rythme tout à fait approprié à la circoiisiaiic(% car ils ont fait retentir les abords du Luxenibuui g de ce refrain significatif : Nous rentrons !!!
JEIDI 22 jvjy.
Le 22 juin au malin, on lit dans le Moniteur ;
« La commission du pouvoir exécutif a donné des oi dr( s pour qu(! les enrôlements commencent dès deui;iin dans les ateliers nationaux : on se rappelle qu'iiiK! décision récente a prescrit que les ouvriers d ; dixsept à vingt-cinq jiis dovaienl contracter des engagcmenls dans l'aiinéuou (lue.sur leur relus, ils ne seraient plus rcçiisalans les ateliers qui les cnlrctieiinccit aujourd'hui. On a différé l'exéoiiiion de cette mesure, afin de laisser à tons les jeunes ouvriers le temps de faire leur choix avec la matiiriîé nécessaire; mais le public el les ouviiers eux-mêmes verront avec plaisir que par celte mesure on commence enfin la solution de cette grande question. »
Le Monileur n'a pas le temps d'être distribué que celte nouvelle est réi»andue parmi b s ouvriers. D'ailleurs, dès !a vedie, ils avaient connaissance que celle espèce d'ordonnance devait être enregislrée le lendemain.
Aussi, les ouvriers se sonl-ils réunis ce matin place Sainl-Vicior, [our proipsier coinre cette espè(;e de proscription, dont ils rendent .M. Trélai parlirulieremenl responsable. Ils étaient douz<^ou quinze cents.
Après avoir décidé qu'ils n'accepteraient, sous aucun prétexte, la décision du iMoniteur, ils se mirent en marche vers le Pantbéen ; mais, à moitié roule, ils trouvèrent sur leur chemin un homme qui leur lit signe de s'arrêter.
Cet homme éiait connu de la plupart, d'entre eux ; pour ceux dont il n'était pas connu, il se nomma : cet homme s'appelait Louis Pujol.
C'était l'homme qui, cinq ou six joure ani»ai avant, avait jeté dans Paris cette publiiraiion intitulée : Prophétie des jours sangliinig.
— Oit allez-vous? leur demnnda-t-il; ce n'esi |ia> an Panlhéon que vous avez à faire, mais au Luxembourg.
Des cris de joie accueibirenl celle pro-" position de se rendre près du pouvoir exéti.iii, Piijol fut mis aussitOi >i lu téie de
la co'onne, et l'on se flirigoa vers le palais.
Il va sans dire (nic Pnjol avait ëic chargé •de porter la parole.
Soii que M. Marie fût seul au Luxembourg en ce nioiiienl, soil qu'il eût été chargé par ses (;t»llpgiics ilc (aire face à l'otage, il coiiseniil à recevoir Piijol ; mais <'oltii-ci (Jécl;ira qiiil ueniriiait qu'avec quatre délégués.
Sa demande lui fui accordée.
Pujol M les (piaire délégués entrèrent.
M. Marie lit signe aux ambassadeurs •<jn'ils poiivaieni parler.
Nous croyons po;ivoir répondre de rexaciiiiide du dialogue que nous allons rapporter, pui.'-qii'il nous a été dicté par une des pirsonnes prc'senles, qui, sachant la lâche hisioriqiie tjtie nous avoris entreprise, a voulu que cette lâche lïil remplie fulèlenieut.
— Citoyen, dit Pnjol, avant la révolulion de février...
— Pardon, interrompit M. Marie; mais il me sciiible que vous remontez un peu 4taut.
— Citoyen, reprit Pujol, respectez dans les délégués du petq)le la liberlé de discussion. Je pailcrai comme je crois devoir le faire, nu je ne parlerai pas.
— Parlez donc ; mais~souvenez-vous que je n'ai pas de temps à peidre.
— Votre ipuip.i n'est pas à vous, citoyen, il est au peuple, dont vous êtes le reprcscniani.
— Citoyen Pujol, dit M. Marie avec un geste de menace, nous vous ccinnaissons depuis longtemps; nous avons l'œil sur vous. Ce n'est point la première fois que nous nous renconiroris : vous avez parlementé avec moi, apiès avoir franchi un des premiers la grille de l'Assemblée nationale, le 15 mai.
— Soit. Mais sachez que du jour où je me suis voilé à la défense drs libertés du peuple, j'ai jiris vis-à-vis de moi-même l'engagi mcMii de ne reculer devant aucune iw<'iiace ; vous me menacez donc inulilenx m.
M. Marie se tourna vrrs un des qualre délégués qui acconipagnaienl Pnjol.
— Je ne puis, dit-il, reconnaître un organe du peuple dans un honinie qHi a fait par.ie de r(nsnire(-lioii du 15 mai. Parlez, VOUS; eNp(pS(z vis giiefs; je vous écoule.
Pujol en étendant le bras entre M. Marie el les délégués.
— Non! non! s'écrièrent ettèenible les délégués, c'est à lui de parler et non à nous.
M. Marie recula d'un pas.
— Vous n'êtes cependant pas les esclaves de cet homme! ilii-il.
— Pienez garde! citoyen, dit Pujol, vous insultez les délégués du peuple!
— Faites venir le général prépo«^é à la garde du Liixembuui-g, ordonna M. Marie.
P(ds !>ai.dssaut Pujol par le bras.
— Savcz-vous, lui dil-il, qtio vous pailez à nu membre du pouvoir exécutif?
— Soit, répondit Pujol, en dégageant son bras, mais tout niembie du pouvoir exécutif que vous êtes, vous me devez le respect .
— A vous ?
— Oui ; si vous êtes membre du pouvoir exécutif, je suis dijlégué du peuple, moi.
En ce moment plusieurs olfuiers entrèrent dans la salle el devinant à l'atiilude de ceux qui s'y trouvaient à quel d.gré devait en èire la coaveisaiion, ils enloiiièreut les délégués.
— Citoyen, dit Pujol, si vouJ ne voulez pas nous entendre, nous nous relirons.
— Non, puisque vous voilà, parlez.
— Citoyen repré.senlani, commença Pujol, avant la révolniion du 2^ février, le peuple des travailleurs subis'^ait la fnnesie innuence du capital ; pour se soustraire à l'exploitation de ses maîtres, il ^ltde^ barricades cl ne déposa les armes qu'après avoir pioclamé la République déniucialique et sociale qui dt vail pour toujours ks soustraire à la servitude. Aujourd hiii, les travailleurs s'aperçoivent qu'ils ont été indignement trompés, c'est vous direciu'ils sont prêts à faire ions les sacrifices, même celui de leur vie, pour le maintien de leurs libertés.
— Je vous comprends; eh bien, écoutez ceci : si les ouvriers ne veulent pa* partir pour la province, nous les y contraindrons, par force; enendez-vons? par force.
— C'est bien ; nous savions ce que nous voulions savoir.
— El que vouliez-vous savoir?
— Que la commission exécniive n'avait jamais voulu sérieusement l'organisation du travail ; adicu, ciioycn ; la i-rcsse nous
— Nul i(;i ne parlera avant moi, dit ' (era justice de votre mauvaise lecepiion
Piijol, à ces mois, sorlil, suivi des quatre déli'^iiés (1).
Ou se rcu lit à la place Sainl-Sulpice, où l'on pouvait facilemfnt se grouper autour d(! Pujol ; cijacuu était iiupaticut de savoir ce qui s'éiait passé.
Pujol moula sur la fontaine et rendit compte à loiiie l'assistance de sa conversation avec maître Marie. A mesure qu'il parlail, les quatre délégués, qui avaient assisté à l'cuiretieu, aileslaieul la vérité des détails.
Mais si haut qu'il parlât, une voix dominaii la sienne, c'élaii celle des cloches.
Pejsonne n'avait pensé à une chose , c'est qu'aujourd'hui, 22 juin, c'est le jour de la Fèie-Dicu.
Auirelois, quand on fêlait Dieu encore, ce jour éiail aussi un jour de fêle pour les hoianies. Autrefois, à pareil jour, les maisons étaient tend lies de tapisseries, les rues joncliëes de fouilli s de roses. Aujourd'hui, Jes portes se ferment avec tiureur, ei, au lieu du chant des prêtres, ce sont les iiupiécaiions d'une troupe rebelle qui reteiilis^enl dans les rues.
Voilà ce que c'est : nous oublions Dieu, et Dieu nous oublie.
Ci'pendani, quelques fidèles se souvien- Beni encore. Ou dit la messe à Sainl-Sulpice, et de temps en lenips les cloches, celte grande voix de bronze, avec laquelle la (erre parle au ciel, retenlissenl à toute volée.
Ce bruit gêne l'orateur, dont il éteint la parole, d'ailleurs ces deux voix ne peuvent parler ensemble, disant des choses si opposée, demandant celle ci la guerre, cellelà la paix; l'une la vengeance, l'autre le pardon.
Des hommes se détachent de la colonne, mon (en i dans le clocher et font taire la sonnerie.
Les cloches s'éteignent.
Pujol achève alors sa communication el couvoipie ses hommes pour six heures du soir à ApL-R-e du Panihéon. Ils s'éloignent en criant: A hm Mcn ie l à bax Lnmartine! à ha» la commituion executive ! Fice Pajul .' vive Burhèsl
La foule alors quille la place, traverse la rue du Four el des Saints-Pères, passe le pont des Tuileries, gagne le Carrousel
(i) Co« rrrueigiiemenl», que nous reccTon» le IS juillet seulement, nous l'ont remanier plus de 50 pages el noiu retardent de près de deux jours.
et se dirige, par les quais, vers l'Hôtel de ville et le faubourg Saint-Antoine.
Des cris tumultueux, mais point d'actes hostiles; des menaces contre le Gouvernement, des menaces contre l'Assembiée nationale, quelques menaces aussi contre les riches, mais plus rares et plus timides, tel est l'aspect de cette niasse mouvante, qui traverse et effraye Paris.
A trois heures elle semble disparaîire.
Mais à six, lidèle au rendez-vous, donné pav Pujol, elle est réunie au Panthéon.
Pujol arrive.
Il monte sur la grille et s'écrie :
— Citoyens, êlcs-vous fidèles au saint drapeau d) la République.
— Oui! oui! répondent cinq ou six mille voix.
— Eh bien , gloire à vous! enfants de Paris, vous allez donner à la France un excniple de votre patriotisme et de votre courage. Unissons-nous et que ce cri relentisse aux oreilles de nos persécuteurs : Du travail et du pain ; s'ils sont sourdsà la voix du peuple, malheur à eux! Vous avez promis trois mois de misère à la République, mais vous saurez vous venger de trois mois de trahison. Eu avant!
Ces paroles qui reproduisaient une accusation déjà formulée par bon nombre de journaux contre la Commission executive, achevèrent d'enlever ces malheuieux. Pujol se mit à leur tête, descendit la rue Siint- Jacques, traversa la Seine, el, après avoir parcouru le faubourg Saint-Antoine, où.
l'on se recruta de trois ou quatre mille homme, redescendit par les quais, passa devant l'Hôtel de ville et revint à huit heures sur la place du Panthéon.
Alors Pujol remonta sur la grille et, eu face de dix mille ouvriers, s'écria :
— Mes amis, je déclare, au nom des vrais républicains, que vous avez bien mérité de la patrie; vous avez, en 1830 et en 1848, versé votre sang pour la couquôle de vos droits, vous devez les faire respecter.
— Oui ! oui ! oui ! crièrent dix millevoix.
— Aux promesses, continue Pujol, vous avez accordé la confiance, aux erreurs le pardon, mais aujourd'hui l'on nous trahit et il faut que la trahison s'éteigne dans le sang de nos ennemis, et elle s'y éteindra, je le jure.
Dix mille voix répètent après Pujol :
— Nous !c jurons.
— Eli bien ! à demain six heures, à la même place.
— A demain.
Et celle foule se disperse pour se réunir de nouveau.
Voilà où nous en sommes.
Nous ne jugeons pas la commission exé- ■cuiive. Nous ne jugeons pas le citoyen Pnjol ; ces quesiions-là soni des qiiesiions d'avenir. Nous inscrivons seulement, lieitre par heure, ce qni s'est passé, el nous répétons les paroles au moyen desquelles on exalte ei on égare le peuple ;
te pcu|)le, avec lequel nons nous sommes trouvés laiii de fois en contact et qu'il nous semble qu ou petit si facilement diriger vers un autre but.
Une chose surtout nous effraye.
Parmi ces hommes que l'on a vus flgtircr ■dans la lugubre procession qui a sillonné Paris aujoiiiTl'hui à deux reprises différentes, il n'y a que des blouses, c'est vrai; mais tous les visages ne sont pas également noircis par le soleil, louios les mains ne »ont pas cgaltmenl endurcies ù la fatigue.
C'est que les uns ont l'habit du travail, tandis que les autres n'en portent que la •livrée.
De nombreuses patrouilles de la garde nationale parcourcui les rues.
Dm côté du Luxembourg, la colonne, à ce qu'on dit, aurait rencontré aussi un fort dctacliement de troupes, qui l'aurait eniliéché de passer.
Ou nous promet poiir demain «ne collision sanglante.
Elle ne nous étonnera pas. Depuis le 15 mai nous ta pi-é-Jisons, soit dans la Liberté, soft dans la France nouvelle.
Depuis un mois nous écrivons près de nos fusils chargés.
Enfin, noffs voici à l'heure prédite, k demain. Dieu décidera.
Les événements qni ont occupé Paris aujourd'hui et qui se préparent pour demain, nous font laisser de côté les nouvelles de l'éiraiigcr.
VLM>B£I>I, 23 JUI5.
A six bcures du matin la place du Pan- 'Hiëon est envahie.
A sept hetnes, le citoyen Pujol est arrivé couvert d'une blouse.
Un capitaine d'éial-ntajor l'interpelle,
et lui demande le but de ce rassemblement; il refuse de lui répondre. Le capitaine est forcé de se retirer.
Il remonle sur la grille qui lui sert de tribune :
• Citoyens, s'écrie-l-il, vous avez été ftdèlesà ma voix ; je vous en remercie. Vous êtes aujourd'hui les hommes d'hier. En avant. •
A une heure, la colonne se met de nouveau en mouvement, bannières en tète.
Cette bannière guide 4000 ouvriers qui, à la voix d'un seul homme, vont donner le signal d'une des plus lioriihies calas-* troplies qui aient fait frissonner Paris depuis que Pat is existe ; car cette fois-ci, ne nous y trompons pas, ce n'est pins une collision, c'est une lutte; ce n'est plus une escarmouche, c'est une bataille.
D'aillt'urs, rUoiiinic qui les conduit, sait comment on prend toutes ces imaginations ardentes. Arrivé sur la place de la IJahiilIc, Pujol monte sur le piédestal de la colonne:
« Tète nue, cria-t-il. •
Puis, lorsque toutes les têtes furerit découvertes:
• Citoyens, vous êtes sur la tombe des premiers martyrs de la liberté. A genoux! •
La foule obéissait d'une manière effrayante à cet liotiime. Elle s'agenouilla.
La foule n'est jamais plus terrible que lorsqu'elle est décilée à ce point.
Alors on entendit la voix de cet homme, planant au-desous de ces sept ou huit mille hommes silencieux :
« Héros de la Bastille, dit cette voix, les héros des barricades viennent se prostci lier au pied de la colonne de votre im-» mortalité; comme vous ils ont fait une révolution au prix do leur sang, mois jusqu'aujourd'hui leur sang a été stérile, c'est donc une révolution à refaire. Amis! notre cause est celle de nos pères, ih portaient, écrits sur leurs bannières, ce* mots : Ltherle ou la mort ! Amis, Liberté OH la mort!
Toute celte foule se leva alors aux cris de : • Vive la i!épublii|uc déinocraiiiiue, vive Puj d ! vive Barbes ! A bas la commission executive ! à bas l'assemblée nationale! »
\]i\(\ jeune fdie fendit la fuule et donna à Pujol un njngniflque bouquet qui fut attaché à une bannière.
Etrange peuple, qni mêle éternellement les choses les plus opposées, lesHeurset les
armes, q;ii iik t de la poésie dans I enieiKc, de l'id(i;il dans le iiiass icie.
Alors la coloiiiie s'acJK'mina du côlé du raiibomgSaiiii-Aiioinc, où clli- se recniia (le deux ou In.is mille liomriies, puis elle desccndil par le pelii poui convexe du canal, el se dirigea vers ie boiilevard du Temple. De dix pas en dix pas, des agenis venaient, dpniandani s'il ne lallaii pas marcher sur l'assemblée nalionale, mais Piijol se «•oiiieniaii de repondre :
— Allez dire à nos fières qu'ils vonl recevoir mes ordres, ci les agents s'ëioigMaieni.
Ai^^i cet liommc conduit tout.
N'est-ce pas eirray.ini que, du jour au lendrmain, se révèlent des hommes qui prennent nn pareil empire sur les masses?
Aux environs de la porie Saiil Denis la colonne s'arrc^ia.
Ce qui a eu lieu hier el ce qui va avoir lieu aujourd'hui élail proHiis, assurc-lon, pour le jour du banquet à 25 centimes, c'est-à-dire pour le 16 juillet. Mais la dissolution des aulii is nationaux a foreé la république roui^e d'avancer le jour de sa manifestation.
Jl est dix heures du matin, le rappel bal.
Nous écrivons ces lignes au bruit de la fu.sillade.
Voici comment la fusillade s'est engagée.
Nous avons laissé Pujol et sa colonne aux environs de la porte Saint-Denis.
Il y a eu dans toute cette foule un moment do calnif, pareil à criui qui précède l'orage, puis le ci i : Les barricades ! le* barriciidot ! s'e^l fait < ulendre.
On a renversé un omnibus, arrêté une voilure de pavés, el la première barricade s'i'Sl organisée, in an icre de la porte Saint- Denis, demeurée conitne un ouvrage avancé: cette premièie barricade CîI à la hauteur de la fontaine des porteurs d'eau.
C'est donc à la porte Saint-Denis que l'émeute comnienee, mais non pas l'émeule indécise, tremblante, qui renverse une voilure et se cache, enlève un pavé et s'enfuit a la vue de la première baïouneilf; «on, l'énieule foile, terribli', bien dirigée, sûre de sou fait, qui surgit elexécute en niènie temps.
Les hommes qui la dirigent sont tous armés ; leur vêtement esl uiiifoi me : c't'sl «ne blouse; nu mouchoir lié autour des reius leur sert à la fois de ceinture et de
çarlotiehière. Ils seii.bleut n'avoir li n à craindre des maisons qui les enlo;irenl, car ils ne s'en oei'i'.pcni pas. lisse meitcnt à l'œuvre avec la tiaïuniillitéct l'assiiianee d'hommes qui font une besogne ordinaire, et bientôt les omnibus qui passent, les voitures el les tonneaux de porteurs d'eau qui stationnent, sont renversés eu travers du boulevard.
Un drapeau tricolore notle bientôt sur celte première barricade; il a, comme toul le reste, été prépaie d'avance. Ou y lilces mots: i4telierg nalionaur, 12' ariondissement.
Le poste du boulevard Bonne-Nouvelle, qui renferme une quinzaine d'hommes, n'a pu s'opposer à celle première (lémonsiration de l'émeute, qui jelie son défi en plein jour.
Ce posle esl occupé par la garde mobile, mais la garde mobile le quitte par ordre supérieur; elle est remplacée par la garde nationale.
Il païaîi qu'au même instant des barricades se sont élevéesau pont Siiiit-Michel, dans la Cilé, dans la rue Saint-Jacques, au Panthéon, au pont de l'IIôtel-Dieu, à la place Maiiberi, au faubourg Poissaunicre, au faubourg Saint-Mai tin, au faubourg du Temple, au Chàteau-d Eau, sur la place de la Bastille, el dans toute la rue et le faubourg Saint-Aiiioiue.
La moitié de Paiis serait aux infligés; leurs points les plus avancés sont, sur la rive gauche, l'exiiémité de la rue de la Harpe; sur la rive droite, le faubourg Poissonnière.
Les barricades de la porte Saint-Denis achevées, et elles le sont eu un instant, jes insurgés s'emparent des maisons pour faire • des recherches d'armes ; ils s'avancenl sur le boulevard Bonne-Nouvelle jusqu'aux numéros 10 et 12, qu'ils visiienl; ils en font autant dans les rues ad^centes; ils entrent aux unméros 98 l'1 100 de i:i ru(; de Cléry, et sortent, dix ininntcs après, armés jusqu'aux dents : était ce un dépôt prépaie à l'avauee? sonl-i:e seulemeul les fusils des gardes nationaux de la maison ?
Parmi tous ces visiteurs, on reconnaît les brigadiers des ateliers nationai:x à leurs casquettes à galons d'or; on apeiçoil aussi de temps eu temps, parmi les insurgés, un uniforme de la garde républicaine.
De temps en temps, les lattes de la jalousie d'une maison foraiani le coin de la
me S;iint-Dcnis et du boulevard Boiine- Noiivt-lie se soiilèvonl, t'I dt'S bignaux soiil échangés eiilre les humilies qui occiipeiil la niabon el les chefs d' s ban ieadcs.
Un lair.bour de la 7* compagnie, 2' balaillon, 'A' légion passe ballant le rappel, les insnijjés se jclleiil sur lui, crèveni sa caisse, cl veuleni le fusiller ; quelques personnes, ptini.i lesquelles, on reniar(|ue Giiyoïi, du Théàtic-Fraiiçais, iViilraîneiii au resiaurani de l'Otil-de-Bœuf, el.lui sauvent la vie.
Tous ces mouviîmeuis se sont opérés de la pai t des insnifrés, sans que la force ar- D)ée ail apporté la moindre résistance.
Maintenant, voici dit-on, comment les prcoiiers coups de feu ont été tirés.
Trente hommes de la ganle nationale acconipagiiaieni quatre tambours; en apercevant la barricade, ils font signe de ne pas tirer, el s'avancent l'arme au bras, indiquant par cette position (ju'etix non plus ne feront pas feu. Mais lorsqu'ils sont à cinquante pas de la barricade, la barricade s'eiinaniiiie, en même temps qu'une liisillade, panant d'une des maisons, les prend en éfliarpe. TJ.ie Oizaiiie d'hommes tombent au milieu du boulevard qui se couvre de san«;.
Le cadran du boulevard Bonne Nouvelle m.nrquaii juste midi et demi, quand ce premier sang est répandu.
C<;qui reste de gardes nationaux debout se retire.
Mais aux coups de feu, une centaine de gardes nationaux accouient prêter mainforte à leurs frères, ils je répandent aux deux côtés du bon'eva:d, et une vive fusillade s'engage ; seulement, ils tirent sur des boniiiiis par faiiemenl abrités et restent, eux, à découvert.
Ou entend en même temps le feu qui s'engage dans la rue Saint-Denis, dans la rue Sainte- Apolline et dans la me Saint- Martin.
Au milieu de toute celle fusillade, on remarque un (>pisode :
M. lloger (lu Nord) chef de bataillon se rendait en uniforme et à cheval à l'Eiat- Major ; il est forcé de passer au milieu des insurgés, qui veulent l'arrêter ; l'un d'eux le menace avec son pistolet, une lutte d'un insiaiil s'engage, l'insurgé tombe la poitrine traversée dun coup de sabre.
Monté sur un vigoureux cheval, M. Ro-
ger se dégage, et disparaît sans qu'un seul coup de feu l'ail alleiiit.
Il va porter la nouvelle de ce qui se passe et demander du renfort. *
l.a garde nationale alors aborde l'ranclieinent la barricade ; elle marche au pas da charge à travers uiie grêle de balles, elle atteint les premiers pavés, l'escalade commence ; on va se joindre corps à corps, el là un homme vaudra un homme, quand toul-à-çonp, un feu terrible part des maisons, chaque fenêtre ciache la mort, la garde naiioiiale est prise entre deux feux, force lui est de baitre eu retraite. Alors les insurgés franchissent la barricade, alors les insurgés sortent des maisons, les gardes nationaux sont enveloppés ; quelques-uns se tirent de la mêlée avec leurs armes, d'autres, sanglants, les habits déchirés, sans fusils ; dix ou douze, morts ou grièvement blessés, rcsteul sur le pavé du boulevard.
A celte nouvelle, qui semble un cri de victoire pour l'énieuic, nous quittons la plume, el nous allons voir ce qui se passe.
31iiiiiil.
Au moment où nous arrivions sur le boulevard, on emportait les gardes nationaux tués ou blessés, au nombre de trente ou quarante. Nous entendons dire pai loul que l'on manque du munitions. Ou se plaint en même temps de n'être en rien soutenu par la ligne.
Vers une heure et demie arrive un bataillon de la 2° légion ; il s'avance en bon ordre et se déploie sur le bculevcrd.
Le tambour bal derrière lui : c'est un furt détachement d'infanterie, sous le cornmandciueni du général Lamoricière en personne. Le général s'avance presque seul, veut faire entendre des paroles de conciliation ; on répond à ses ouvertures par des coups de feu.
On voit apparaître du côié do la Madeleine une forte colonne de troupes, audessus de laquelle (louent des flammes rouges : c'est un bataillon du 14' de ligne, un bataillon de la garde mobile, un escadron de lanciers. ,
Mais la garde nationale n'attend pascc^ renfoi t, elle marche droit sur la barricade, qui l'accueille avec un feu effroyable.
Un homme, un drapeau à la main, debout sur une voiture, commande le feu. La garde nationale riposte : l'homme et. le drapeau tonibeul.
Alors, à la même place, apparaît une
femnie; elle csi grande, elle pnraîi jeune et belle, ses bins sont nus, sa léie est coiffée d'une fanchon de denielles, elle porte une rôhe de barége rayé; elle escalade la barricade, ramasse le drapeau, s'avance en l'agiiaiil jusqu'à l'entrée de la rue de Cléry ; l:i, elle provoque du geste, elle provoqne de la voix la garde naiionale qui s'avance. Derrière elle, les fusils s'abaissent, le l'eu édaie. Les gardes naiionau;; iui crient de se retirer, qu'ils vont faire feu à leur »our. Elle répond par des injures el continue d'agiter son drapeau, lùifin, la garde nationale, décimée pai.les.b;illes des insurgés, fait l'eu à son tour : la nouvelle Tliéroigne de I\léricourt roule, blessée môvtdieincnt.
Aussitôt, une autre jeune 'femme s'élan(;e, relève le drapeau qu'elle agiie à son lô«r, s'assied près de sa compagne, dont elle soutient la tête pâle et sanglante sur sies genoux, et lance à la fois des pierres et des insidies à la garde nationale. Une double décharge part de la bat ricade et des pi emiers rangs de la gai de naiionale : la seconde femme tombe près de la première.
I Quelques instant de silence se succèdent pendant lesquels la fuméi; monte lenie- Bieiii, el laisse à découvert le cliamp de bataille.
Alors on s'aperçoit que les barricades sont dégfirnies, la nioiiié de ceux qui les ^ défendaient sont tués ou en fuite. On lente un dernier elToit, le cri : en «?•«/(/ retentit, on mai'clie à la baïonnette, on emporte les trois bariic;idcs, les insurgés fuient par le faubourg SainiDeiiis.
C'est dans cette attaque qu'arrive un de ces épisodes, qui peuvent faire envie à ce qne ranti(|uité nous a légué de plus beau. M. Leclercq, garde national de la S' légion, combat, ayant son fils piès de lui. Son fils tombe blessé d'iMie balle; il le prend dans s«?s bras el l'emporte. Une seconde b..' atteint le blessé dans les bras de son père, et le tue,
M. Leclercq s'assure que son fils est mort, le dépose aux mains des hommes qui transportent les cadavres, et donne l'adrosse de sa maison.
— Mais vous, demandent les hommes, où allez-vous?
— Chercher son frère, répond M. Leclerq.
M. Lrclercq se rend chez-lui, y trouve
son second lits, lui donne le fusil du premier.
— Ton frère a été tué, lui dil-il, prends son fusil, el viens le venger. ,
Et tons deux reviennent prendre leurs places au premier rang delà garde naiionale.
La lutte était terminée sur ce poiM, mais on apprenait de fatales nouvelles; deux pelotons de gardes nationaux, l'un descendant la rne Buuibon-Villencuve, l'autre, débouchant par le boulevard Saiut- Deiris, ont tiré l'un sur I autre et se sont enlrc-tués.
La garde nationale est morne, mais non découragée. Le général Lainoiicière n'a point caché cpie c'était non pas uire escarmouche, mais une bataille. Les insurgés sonl quarante à f|uaianle-ciiiq mille; ils oui un plan arrêté, des chefs, des généraux ; sur quelques drapeaux ou a lu ces mois menaçants :
Vainqueurs, le pillage! vaincus, l'incendie!
Voici ce (^l'ou a pu apprendre ou deviner de ce plan.
Les insurgés ont trois quartiers-généraux qui se relient les uns aux autivs. Les trois points principaux sont : à rextrème gauche, sur l'autre rive de la Seine, le Paniliéon ; à l'exuèuie droite, le <-.los Saint- Lazare ; au centre, la place de la I)a»iilie. L'insurrection est ainsi maîtresse d'un inimenst demi-cercle, qui embrasse juste la moitié de la capitale. Eu cas de succès, elle s'avancera par les ailes cl imlJiassera Paris lonton'ier; en cas de défaite, elle se rotirfira de barric.tdes en barricades jusqu'aux extréniiiés des faubourgs, où elle s'évanouira dans les plaines couvertes de ntoissons.
Les deux points où elle lend sonl l'Hôtel de ville el la Préfecture de police. Une fois maîtresse de ces deux points, elle proclamera son gouvernement el marchira sur l'Assemblée na!ion:ile.
Voici les mesures piises pour faire face à l'attaque :
Le général Cavaignac a le commaud*menl généra! de la force armée, en sa qualilé de ministre de la guerre;
Le général Lamoricière marchera sur ce centre ; les généraux Bedeau el Dauiesme aliaqueronl les deux ailes.
Vers quatre heures, on apprend qu'on se bal avec non moins d'acharnement dans le
quariier Sailli Jacques et dans la rue de la Haip>', au faubourg Puissoiiuière ei à la rue Lafiiyeiic, qu'à la porte Saint-Denis et sur le boulevard.
Quant au faubourg PuijssoDuière , où nuus nous trouvions, voici ce qui s'y est passé :
Vers deux heures et demie, une barricade a été élevée au bout de la rue Richer, mais enlevée aussiiôi.
Toutes les forces de l'émeute sont concentrées deri ièrc une autre barricade élevée eu travers de la rue du faubourg Poissonnière , vers la fîibritjue de gaz. Les insurgi's occupent les maisons du coin de la rue Lafayetie et de la rue BtUcfond qui comnianik-nl celte barricade.
La position psi terrible, et défendue selon toutes les lois de la stratégie.
En face de cette barricade sont arrivées successivement, et se sont groupées la ligne, la garde mobile et la garde nationale.
Un chef de bataillon coniniande la ligne, deux ofliciers du mène grade, à ce quil nous semble du moins, commandent la garde mobile et la garde nationale.
Des somuiaiions sont faites, mais inutilement j les sommations faites, le feu commence.
Le feu dure vingt minutes ; au boni de vingt minutes, la ihaige bal, on marche sur la barricade, la biiiounelte en avant. Une vingtaine de bons tireurs font feu des fenêtres, et protègent celle charge.
Après une lutte corps à coi ps, celle première barricade, et les maisons de la rue BellefonJ et de la rue Poissouuièie, sont prises.
Une vingtaine d'hommes sonl lombes, dont peu se relèvent. Au nombre de ceux qu'on emporte expirants, est le cummandanlLtfèvre : il a deux balles dans lecôié, conserve la force de nous dire: Adieu!
et de .«allier de la main bs femmes ()ui, sur son passage, agiti m leurs moucboiis aux fenêtres ; il nous sen.ble qu'il a été blessé dans la rue Lafayelie.
l.e combat, on effei, s'est prolongé dans la rue Lafjyeiie : l'église Sainl-Vincenl-de- Paule a éié convertie en cUaJelle. Nous y avons aperça le capitaine Lechcne, à la tète de sa compagnie; renversé au moment d'une décharge, il s'e&i relevé. A'ous ignorons s'il est blessé ou »i le pied lui a manqué seulement.
La caserne du faubourg Poissonnière est devenue une ambulance.
Quelques insurgés ont été pris et conduits à la même caséine. Parmi les prisonniers, est un homme vêtu de funiforrae d'olTiciLT de la garde nationale.
On annonce qu'une partie de la 12° légion, dont Barbes avait été nomme colonel, s'est ralliée aux insurgés.
De trois à quatre heures, la foudre a grondé, les éclairs ont brillé, la pluie est tombée par torrents.
Piesquc tous les fusils à pierre deviennent inutiles.
A six heures, nous rentrons chez nous ; la journée est à peu près finie. Les insurgés sont barriradés à la barrière Poissonnière, à la barrière Rochechouarl, dans la rue des Pelils-Hôtels et dans les rues adjacentes.
Nous trouvons, en rentrant, les personnesque nous avous envoyées dans les autres quarlieis de Paris : l'une arrive de la Cile, l'autre du l'Assemblée nationale.
Du côlé du Palais-de-Juslice, l'émotion a été non moins vive que sur les points déjà signalés par nous. Des hommes «n blouse se sont emparés silencieusement de tous les angles de rues ; ils y oni élevé des barricades, sans prononcer un mol, sans pousser un cri. Que veulent donc ces républicains qui font une guerre si terrible à la République?
Le Palais-de-Justice s'est fermé à une heure : depuis trois-qiiarls d'heure déjà le rappel battait.
Du haut de l'escalier d'honneur, on voit deux énormes barricades s'élever me Neuve- Cousiantine : un délachemenlde la garde mobile, attaché par sa consigne à la cour du palais, les voit grandir saus pouvoir s'y opposer.
Enfiu, dies ofliciers d'ordonnance arrivcnl au galop, porteurs d'ordres, les gardes mobiles chargent leurs armes. Un ^ ; ''- Ion de garde nationale se joint à eux. ua place du Palais est évacuée, la barricade enlevée.
On se bat en même temps sur les quais et dans la Cité.
£n ce moment, ou entend retentir le canon du çôié de Noire-Dame.
C'est le général Bedeau avec un bataillon du 68°, et un peloton d'artillerie, qui enlève la barricade de la rue de La Harpe, «a scinaui sur sa roule £<»ixanlc bu:uiae$
— aio
lu(5s ou blessés : dix de ratlillerie, cin- I ca^cs <1c Juillcl. Un qtian-d'hi ure avant quanle de la ligne. sa bîossiire, il me faisait laiie ses compli-
En ccliange, quarante prisonniers sont faits chez le niareliaiil de vin et aux Deux- Pieirois ; quelques-uns ont encore la
blouse et la ceinture rouge de l'ancienne garde montagnarde.
En s'avançani dans la rue Saint- Jacques, le général Bedeau reçoit une balle dans les chairs de la cuisse. Il veut continuer de sa personne le mouvement agressif ; maiïi, au bout d'un instant, il est forcé de se retirer. On le raii:ènc sur la place Koirc- Danie.
L'éiat-major est établi à l'Hôtel devilie: c'est de là que parlent tous les ordres. Par la rue Saint-Anioiiie, les insurgés n'en ont été un instant qu'à cinquante ou soixante pas.
Le combat se continue avec acharnement autour du P.inihéon, dans la rue .Saini-Jacques, dans la rue de La Harpe et dans la rue Sjiiffloi, dont toutes les maisons en construction sont occupées par les insurgés. Au-dessus de la fusillade qui pétille et du canon qui gronde, on entend le tintement du tocsin dans les églises Sainl- Sévcrin et Sainl-Éiienne-du-ftîont.
Les nouvelles f iiales se succèdent.
Après la blessure du général Bedeau, b'essure graTO, mais sans danger, on apprend la mort de M. Francis Masson, chef de bataillon dr la 11° légion.
Il a été tué à uih^ barricade des enviions de l'église Saint-Séverin.
M. Arago, ex-membre de la commission executive, s'est présenté sans armes à' la barricade élevée au coin de la rue Neuve- Souftlot et de la rue Saint-Jacques : devant les paioles de conciliation qu'il a prononcées, la barricade a éié abandonnée.
Il a été moins heureux à la barricade de la place Cambrai, où l'on n'a répondu à ses paroles qt.e par des coups de fusil.
Le représentant du peuple Bixio, qui guidait sans animes une colonne de la garde mobile, avec un sang-froid que peuvent seuls comprendre ceux qui connaissent son incroyable couiage; le rcpréseniaiii du peuple Bixio, à l'angle de la rue Saint- Jacques et de la rue des Noyers, a reçu iHie balle'en pleine poitrine. Ou ne saii^as encore >i la blessuie est mortelle. Il a été s:iigné à l'instant même par M. Recnrt.
Bixio est notre ami depuis dix-huit ans, nous Rous sommes connus sur les bairi-
ments à l'autre bout de Paris, c'est-à-dire à la barrière Iloeheehouari.
Le quartier de l'Assemblée nationale, formidablement gardé, est tranquille.
Au faubourg Saint-Antoine, en a combattu une partie de la journée, sans obtenir aucun avantage sur l'insurreciion.
On dit que M. Clément Thomas, qui a repris le. commandement de la garde nationale, est blessé.
Le général Fiançois a été blessé.
A liiiii Ui-ures, la fusillade a cessé.
Voici les nouvelles apportées par le général Cavaignac, eu personne à l'Assemblée, déclarée en permanence:
Les insurgés, refoulés sur toutes leurs télés de colonne, ont cependant conservé partout leurs principales pusiiious.
Le quartier du général Lamoricière est à la porte Saint- Denis, prêt à marcher sur le clos Saint-Lazare.
Le (juanier du gtinéral Duvivier est i l'Hôtel de ville, piét à remonter la rn« Saint-Antoine.
Le quartier du général Damesme est à la place Sorbonne, prêt à attaquer le Panthéon.
Des patrouilles de doux cents hommes sillonnent tous les points qui avoisineni ceux occupés par les insurgés.
L'aspect de Paris est sinistre : on arrête tous ceux qui n'ont pas le mot de passe. La communication est coupée entre les deux rives de la Seine. On évalue à 1,000 les hommes tués ou blessés daus la journée.
SAMEDI, ik JUIN.
A une heure du matin, le feu a recommencé du côté de la Bastille.
Pendant la nuit, l'Assemblée, qui s'est déclarée en permanence, propose un décret conçu en ces termes :
« La République adopte les enfants et les veuves des ciioyens qui ont succombé dans la journée du 2o juin, et de ceux qui pourraient p(''rir encore pour la défense de lonire, de la liberté et des institutions républicaines. »
Tous les membres de l'Assemblée se sont levés pour l'adoption.
Garde nationale, garde mobile, garde républicaine et troupe de ligne, eut bivouaqué toute la nuit.
A trois heures du niaiin, le feu, qui n'avaii jamais coiupièienieiii cessé à pariir de uiiniiil, reprend avec une nouvelle aciivité sur la place Sorboinic, dans h rue d<s Grès, dans la rue des Mailiui ius et sur la place Cambrai.
La sé:iuce de l'Assemblée s'est ouverte, en même lemps que le feu s'est i avivé.
Eu face des graves circousiaiices où l'on se trouve, le décret suivant est adopté :
• L'AsseniDiéc geiiéraîe se maiuiiinl en pcrni.uif iiCe ;
• Paris est mis eu étal de sii'gc ;
• Tous les pouvoirs exécuiils sont délégués au général t'.avaiguac. •
A dix heures, la commission exéctilive donne sa iléniission eu niasse, par un mi'ssage conçu en ces termes, et adiessé à .M. Séiiard :
« ('itoyeii président,
« La comniis>sion du pouvoir exécutif auinii niauipié à la l'ois à son devoir et à son honneur, en se retirant devant une S(;diiioo et devant un péril public : elle se relire seulemcni devant un vole de l'Assemblée; en lui remettant les pouvoirs dont vous l'aviez iiivesiie elle rentre dans les rangs àv l'Asseuiblée nationale pour se dév(uu'r, avec tous, au danger conunun et au salut de la République.
« Les membres de la commission, « Akago, LkdruUoi.i.iji, Garmiou-Pagks, Lamartike, ALarik. »
Nous avons annoncé que les rues de Paris éiaicnl transformées en un vaste camp. Eu (ffei, quand le jour vient, ei qu'on peut se reconnaître, ou voit que le régiment de cuirassiers, arrivé hier soir de Saint-Quentin ou de Versailles, a pris ses quartiers sur le boulevard Bunne-Nouvelle; que le boulevard Sainl-Denis cM occupé par la garde nationale et par la garde mobile, et qu'enfin plusieurs escadrons de lanciers siaiionnenCà la porte Saiui-M.iMin.
Ou aiiuonce l'arrivée des gardes nationales des environs de Paris, (|iii viennerU se nniire à la dispo^iiion de l'Asseinblée.
Aux premières reconnaissances poussées le malin, on s'aperçoit ipic les insurgés oui profité de la nuit pour leU'Ver leurs barricades entamées et pour en reconstruire de nouvelles.
Kecouiiaissnnces faites sui- tous b-s points, il est établi que 1rs insurgés oceiipeut la (>it(>, Je Paulhéon, le Ihubourg
1 Saint Antoine, le faubourg du Temple, les barrières Rothcchoiiari, Poissonnière ei de la Viileile; ils se sont foriifirs au clos Sailli-Lazare, à l'ancien hôpital Louis- Philippe, et dans l'église Saint- Gervais.
A neiil heures, on a or.ionné de suspendre le feu sur tons les points : deux heures de réflexion sont accordées aux insurgés.
A onze heures, le feu recommence; les insurgés n'ont voulu entendre a rien : sans doute, ont-ils pris pour de la faiblesse ce qui était de l'Iiuinanité.
A deux heures, on apprend que la place Royaliî est tombée au pouvoir des insurgés. Trois cfuis hommes de troupes de ligne, enveloppi'S par eux, ont été désarmes.
Ou dit que la mairie du 8" arrondissement esi en feu.
Par la Place- Royale, une troupe de quinze à dix-liuii cenis insurges s'avance au secours de cefix qui aiiaqneni IHôlel de ville : cette troupe s'empare de l'église Saini Gervais, et charg." avec tant d'acharnement, que le général Duvivier, qui vient d'être blessé, fait connaître que sans secours il ne pourra tenir plus longtemps.
C'est celle communicaiion qui amène l'étal de siège.
Des nouvelles partielles et particulières croisenl les nouvelles politiques. Voici les dilTérenls biuiis(|ui arrivenl à nous :
f.cs insurgés ont lelusii toute capitulation, parce qu'on e.si venu leur annoncer que les ouvriers de Rouen et du Havre accouraimi à leur secours.
La maison de Victor Hugo, siliK'e à l'un des angles de la Pi.ico Royale, a éié envahie une des premières. Pas un meuble n'a clé dérangé, les insurgés savaient chez qui ils se trouvaient : U-uv but ('-lail de prendre comme otage madairc IL.igo et ses trois enfants. Mais lesdeux fils île madame Hugo se baiiaient avec l;i ligne et la garde nationale, ei madame Hugo s'était léfiigiée avec sa lille dans une maison voisine.
Oiiant au poète, quani au repiéseniani, quant an citoyen, il faisait son (envre de coiicilialeur, inar- haut sur les barricades pour essayer de la puissance de sa parole. f)eux fois, il a passé au milieu d'une grêle de balles sans (|u'nue seule I ail aticinl.
Vers midi, la fusillade s'engage simiillanénienl sur tous les points. On a,-pr(iid qtie la garde nationale de la Cliapelle-Saini- Diuiis esl parlagiie en doux camps. Une
parlio fail cause coinnmno avtc les insurgés. Ce renfort les rncon rage, ils dosccndeni jusqu'à lu place Cadet. Le cri aux armes se fait entendre. Nous. prenons nos fusils et nous descendons dans la rue.
Pendant que je descends, on me remet une leliro. Ce sont des vers qu'on m'envoie de Rouen.
Pauvre vers égarés dans une pareille tempèicl
Les insurgés abandonnent la bai'ricade de la rue Cadet. On. les repousse jusqu'au haut du faubourg Poissonnière. Là ils se barricadeui dans l'octroi, dans les maisons qui doniincut la barrière et derrière uu mur.
A d. ux heures, la fusillade s'engage assez vigoureuse. Ou u'apeiçoii pas les insurgés qui se ca'chent deriière les banicadcs, derrière le mur, aux angles des fenêtres. La barricade est formidable, la garde nationale seule fail face au feu. Ou a demandé inutilement de la garde mobile et de la ligne.
Vers trois heures, uu renfort de di iix cenis hommes de garde républicaine arrive.
Derrière elle, paraît le général Lebrcton, avec quatre cuir.issiers, il vient examiner la position.
On lui lait observer que la bai i icade ne petit être prise qu'avec du canon, il répond qu'il sait ce qu'il a à faire, et n'a besoin des conseils de personne. Il demande quelques honin;es pour faire une reconnaissance; vingt-cinq ou Ircnie gardes nationaux s'avancent avec lui. Deux sont tués, trois sont blessés, au nombie desquels Desmaresi l'avocat, qui s'était présenté conune candidat aux éleciions.
Le général Lebrctou, la position reconnue, part au galop en promettant de , nous renvoyer du renfort.
Une heure après, en effet, cinq ou six cents hommes de gtirde nationale arrivent, tambour baitant. Deriière eux s'avance une pièce de huit, accompagnée d'une vingtaine de cuirassiers. Le représentant du peuple ïréveneue est à cheval derrière celte iroupe. Ou se pliinl de manquer de cartouches, il met son cheval au galop, et deux fois va chercher au Conservatoire des cartouches qu'il rapporte dans son mouchoir et qu'il disiiib;ie avec beaucoup de tranquillité au milieu du feu.
Quelques instants après, Perréc, le ré-
dacteur en chef du Siècle, arrive à cheval et se mêle aux coiiibaitants.
Les sommations sdiii faites par un oiTieieretpai' nu trompette. Les insurgés répondent par cinq ou six coups de feu qni blessent uu homme ( t un cheval.
Les sommaiions faites, le combat s'eii-
Vers six lienres, la garde nationale de Rouen an ive, marche sur la barrièie Poissonnière et sur la place Lafayette ; ces deux points sont déblayés. Les insurgés s» réfugient dans le clos Saint-Lazare <!t dans l'hôpital Louis-Philipp/.
Eu iiiênie temps, on enlève les barricades de la rue de la Cité, du pont Saint-Michef et de l'angle de la rue de la Hucheite. Oa chasse les insurgés de la maison des Deux- Pieri-ols, dont ils se sont emparés une seconde fois. Mais ces premièi-es barricades enlevées en laissent voir d'autres, el l'aj)proche de ces aunes barricades est défendue par l'occupation des maisons qui les doniineiil.
L'artillerie seule parvient à dt'busquer l'énieiile qui se replie sur la place Maubert.
Le géncial Danusine envoyé alors son aide-de-cainp, le caj)it.iiMe d'émi- major Loverdo, pour reconnaître une barricade rue des iMaiIuirins-SaintJ^cques. Le capitaine Loverdo, pris par les insurgés el menacé d'ê:re fusillé par ci!x, s'il ne se met pas à leur lète, répond que sa vie éiait entre leurs mains, qu'ils peuvent faire de sa vie ce qu'ils voudront, mais qu'il ne marchera pas contre son général el ses amis.
Alors, on a voulu effeclivemeiu le fusiller : un vieux soldai s'esl nais devant lui, et a déclaré que tant qu'il vivrait, il ne laisserait pas fusiller un hom ne désarmé. Il a fail plus: il l'a ramené, de peur qu'il ne lui arrivât malheur, jusqu'à l'éial-major du général Daniesme, el là, comme on essayait de le retenir :
— Faites votre besogne, a l-il dit, je retourne à la mienne. »
El il a rejoint ses compagnons.
Dix minutes après, le général Djinesnie est grièvement blessé par une balle qui lui casse la cuisse.
Le colont 1 Thomas, du 1G° léger, s'empare du comniandemeni, en ailendanlque le général Damesme soit remplacé.
La place Maubert iH la place du Panilu'Oii sont conquises fiied à pied. La fusil-
lade éclnie sans iniorriipiion; eltiis ou trois fois la garde mobile et la garde nationale se prennent coips à corps avec les insurgés.
Los insurgés se réfugient dans le Panthéon et s'y fortifient, mais, par le mouvement rétrograde qu'ils sont obligés défaire, les insurgés sont séparés du faubourg Saint-Aniuine et isolés dans le faubouig Saint-Marcel. ,
Ou biaque du canon devant les portes du P.iiuliéon, qui sont enfoncées; mille ou douze cents insurgés se rcndeni, dauties se réfugient dans le collège Henri IV.
Cette nouvelle nous est apportée à la barricade Poissonnière, par M. de Larochejacquelein, «pii chciche son collègue M. Lagrange, lequel deineuie rueRiboutté; le cocher, (|ui ne connaissait pas la rue, s'éiail trompé, et avait mené M. de Larochejacquelein du côté de la barrière Rocheclionan .
Dans la soirée, on apprend que le général liréa et son aide-cle-cjmp, M. Mangin, oui été fusillés.
Le général Rréa avait succédé au général Damesme. l'ar un mouvement rapide, il s'était porté sur la barrière Fontainebleau j là, il s'était avancé vers la barricade pour parlementer. Sur la parole des insurgés, il franchit la barricade avec M. Mau'jin et un autre olTicier; mais à peine de l'aulie côté de la haie de pavés, les insurgés se jettent sur e»ix, les poussent dans le bâtiment de l'octroi, et là, les fusillent à bout portant. L'olTicier échappa à la mort, en se jetant sous unees|)ècedelit de camp.
C'est de celle cachette, qu'il vil fusiller le général et son aidc-de-canip.
Deux lois, le colonel Thomas rint réclamer 1rs prisonniers, deux fois, on répondit à sa réclamation par des coups do fusils.
Trois heures après, tontes les barricades (k la rue Mouffeiard étaient enlevées jusqu'au Jardin-des- Plantes.
A IHôtel-dc-Ville, l'atlaqne n'a pas été moins achanuie. Les insurgés, reti-anehés à Saint Gervais, ont été attaqués avec du CTHion,ei forcés de se replier sur le faubourg Sninl-Anloine, leur quurtier- général.
Partout, la garde mobile a fait des ir.ervoilles: celte guerre, qui éiotine le soldat, qui inquiète les pins braves généraux, est la véritable guerre des enfatiis de Paris. -^Les barricades, ça nous connaît, disent-
ils, — et ils s'élancent sur les barricades.
Dans la rue Boiicherat , la 6° légion a donné avec eux; mais ([uelqnc courage qu'aient déployé les deux troupes réunies, il a fallu recourir au canon. Les insurgés tenaient les maisons et tirant à l'abri , tiraient à coup sûr. Une centaine de gardes mobiles ont jeté leuis fusils sur leurs épaiiles, ont mis le sabre à la main, et ont enlevé les maisons d'assaat.
Enfin, sur tous les points, les insurgés, sans être vaincus, ont cependant été forcés de reculer. Leurs trois points principaux sont iso'és mainienani ; inipossible de se relier entr'eux. On attaquera demain les quartiers généi aux, qui sont le clos Saint- Lazare, le faubourg Saint-Marceau et le faubourg Saint-Aiiloit;e.
Le faubourg Saint-Antoine est le centre de l'émeute. Les insurgés déclarent qu'ils s'enseveliront sons ses ruines; ils menacent d'y mettre le feu et de le faii e sauter.
Us ont affiché une proclamation pleine de menaces, dont ils ont jeté des exemplaires par dessus les barricades. La voici : « Aux armes!
• Nous voulons la Républifjue démocra-
• tique et sociale.
• Nous voulons la souveraineté du peu- « pie.
« Depuis deux jours, de nombreux dé-
• mocrales sont descendus dans la rue.
• En défendant la République, nous dé-
• fendons la propiiété.
• Si nous sommes vaincifs, jurons tous
• de mourir sous les décumhret ineettdié*
• du faubourg Saint-Anioine.
• Songe z à vos femmes et à vos enfants,
• et vous viendrez tous. •
An reste, Paris a la physionomie de ses jours terribles : loules les poi'tes sont fermées; de temps e» t«mps une porte s'en- Ir'ouvre, et une femme se hasarde dans la rne; de temps en temps une fenêtre s'entrebûille, et Ufie tête passe. Alors, les ga.'des naifonaux, qui veillent sur leurs quartiers, client : Fermez les portes!
frr/nex tes fenêtres !
On s'étonne que les insurgés prodiguent les munitions comme ils foui ; mais on apprend (|u'ds font faire de la poudre-coton par les pharmaciens des quartiers qu'ils occupent, et qu'ils fondent, pour conler des balles, le plomb qui couvre les comptoirs de marchands de vin.
Dans le courant de la soirée, on entend
le locsiii cl la fusillade. Le soleil semble s'éire couché dans une mare de sang.
Aniinuil, iioiissommesasseziran(iiiillrs; tout le quartier est illutniiié, de crainte des surprises.
Jii suis inierrompu dans ce que j'écris pnr le bruit des gardes nalion:iux qui l'rappciii à toulos les [lOrles.
On appelle du renfort.
Le biiiil cornait vers trois heures que M. Emile de Girardiu venuit d'èire arrêté.
Au corps-'li;-jiarde, mous apprenons des nouvelles de l'Asseiiiblée nationale.
Uu instant ou a cru la victoiie doutiuse. M. Lamartine, à un certain moment et suides renseigurm^nis qu'il venait de rece- Tuir, aurait dit à M. Hugo :
— Dans uiu; demihciiie, les insurgés seront ici.
Onze journaux sont suspendus, sans compter la Presse sur laquelle on a mis les scellés.
Ces journaux sont la RècoUition , la Fraie Ilèpulilique , ÏOrgaiii.salioii du trarail, 'i Anscmh'ée natiuiiale, la liépubli(iue, [cNapolc'oit rêpnbHcaiii, \ii Journul de la CaTtiiille, le Lampion, la Liherlc, le Père Duchciie et le Pilori.
Le sel vice des crieiirs est iiiti;rroini)n.
J'oubliais de dire qu'à cinq heures nous avons airêK'uiie civière dout le niatelats était bourré de cartuuches.