‹ Le mois de Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

2 mai 1429. — Jeanoe, à cheval, explore les positions des Anglais autour d*Orléans, et le peuple admire son allure guerrière.

Le deuxième jour de mai 1429, la Pucelie sortit d'Orléans pour faire une reconnaissance autour de la ville. Quand elle eut regardé à son plaisir les fortifications de Tennemi, elleretourna en paix dans la cité.

Les Anglais n'osaient bouger.

Le peuple en foule suivait la jeune guerrière, et ne pouvait se rassasier de la voir, tant elle avait bonne grâce sur son blanc destrier.

Jeanne , tout enfant , avait dû souvent monter à poil les chevaux dont elle avait la garde ainsi qu'en témoigne Bertrand de Pouleng}\ Aussi, avant même sa venue à Orléans, dès son arrivée auprès du roi, s'était-clle révélée bonne écuyère. Le duc d'Alençon raconte comme quoi, à Chinon, elle fit devant lui une course, la lance au poing. « J'admirai, dit-il, sa bonne mine à courir et à porter la lance; et je lui fis cadeau d*un cheval. »

Les gentilshommes qui guidèrent Jeanne de Vaucouleurs à Chinon furent les premiers à constater combien elle était curieuse des choses de la guerre, allègre, ardente à l'action, infatigable.

A leur tour, ses compagnons d'armes, rudes hommes sur qui elle prit empire à force d'élan, de gr&ce et de sagesse, nous la montreront, dans leurs dépositions, bonne enfant avec tous et les tutoyant volontiers sans cesser de leur imposer respect; puis, ils signaleront, outre ses beaux dits et ses beaus:

faits, son souci de la bonne discipline, ses saillies contre les pillards et les coureuses , sa sollicitude à vouloir que ses gens soient bien restaurés avant d'aller à Tennemi, sa sûreté de coup d'œil, son impétuosité d'initiative, son habileté à ordonner les combats, son aptitude géniale au maniement des pièces dartillerie, et son grand sens stratégique, dont s'émerveillait naguère Rossel, l'homme de la commune.

Les téinoins les plus divers, tels que l'avocat Aignan Viole, le président Simon Charles, dame Marguerite La Touroulde, le chevalier Thibaut d'Armagnac , le sire de Gaucourt, s'accorderont avec les deux grands hommes de guerre du temps , Dunois et d'Alençon, pour dire que Jeanne émerveillait tous les capitaines par ses grandes qualités de chef militaire et ses dons de tacticienne.

Ajoutez qu'aussi fine que vaillante, elle s'entendra aux ruses de guerre. De son propre aveu, il lui arrivera de mettre une

croix dans ses lettres pour marquer aux siens qu*il ne faut pas faire ce qu'elle leur écrira de faire et pour engager ainsi sur une fausse piste les ennemis qui seraient mis au courant de ses communications.

8 mai 1429. — Jeanne, répondant au très sage docteur Jean de Mâcon, témoigne sa confiance en la levée du siège d'Orléans et donne bon espoir à tous.

Le 3 mai, jour de l'Invention de la sainte croix, qui était la fêle de la cathédrale, on fit à Orléans une grande procession où Jeanne assista. Comme la procession rentrait à Téglise Sainte-Croix, Jeanne fut abordée par Jean de Hàcon, docteur ayant grand renom de sagesse, lequel lui dit : « Ma fille, croyez-vous vraiment à la levée du siège? — En nom Dieu, oui, répondit Jeanne. — Ma fille, ils sont bien fortifiés; et ce sera grande affaire de les mettre hors de leurs bastilles. — Messire, il n'est rien d'impossible à Dieu. »

Tous ceux qui l'écoutaient, la voyant si confiante, ne pouvaient s empêcher d'avoir bonne

espérance. Hommes, femmes et petits enfants Tentouraient. Chacun était fier d'avoir pu toucher ses vêtements. « Jeanne, lui disait-on, vous pensez donc que Dieu aura pitié de nous? — Oui, bons Français, répondait-^lie. C'est bien assez que les Anglais aient la personne du duc d'Orléans; ils n'auront pas sa ville. »

Les bourgeois qui déposèrent plus tard sur les faits arrivés alors, témoignent qu'ils étaient émerveillés par l'air et les propos de Jeanne donnant foi à tous : « Les Anglais nous avaient mis en telle extrémité que nous ne savions plus à qui recourir pour avoir remède. Mais, elle venue, nous sentîmes que nous allions enfin échapper à nos ennemis. On eût dit qu'elle était un ange de Dieu. »

La Pucelle avait h&te qu'on en vînt aux mains avec les Anglais. « Allons assiéger les assiégeants, disait-elle. — Ce n'est pas chose à entreprendre de sitôt, répondaient les principaux capitaines. D'ailleurs, nous attendons encore des renforts. » Et, en* effet, ce jour

même, arrivèrent les hommes d'armes de Gien, de Château-Renard, de Montargis, qui venaient prêter main-forte à leurs frères d*0rléans. Hai^ le principal renfort, qu'on attendait de Blois» n'arriva que le lendemain 4 mai.

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