LA CAMPAGNE DE LA LOIRE
Et elle-même se jeta au fort de la mêlée.
Tous rimitèrent si bien que, la nuit même, on put s'établir dans les faubourgs de Jargeau.
Le lendemain, Jeanne somma les Anglais de se retirer : « Sortez et vous aurez la vie sauve! » Ils refusèrent. Aussitôt canons et bombardes de tirer sur la ville. Dès la première brèche faite au mur, Jeanne fit sonner les trompettes et cria : « En avant, gentil duc, à Tassaut! »
Le duc hésitait, les autres capitaines hésitaient aussi, à cause du grand nombre des défenseurs de Jargeau.
— Ne craignez aucune multitude, dit Jeanne, et assaillez ces Anglais. Dieu conduit notre œuvre. Si je n'en étais sûre, croyez-le bien, je préférerais garder mes brebis que de m'exposer à tant de contradictions et de périls.
— Mais, dit le duc, c'est trop tôt commencer Tassant.
— Ne doutez point. C'est Fheure. Il faut
besogner quand Dieu veut. Travaillez, et
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Dieu travaillera. {Operate et Deus operabitur.)
Et toujours gaie, elle ajouta : « Ah! gentil
duc, as-tu peur? {Times tuf) Tu sais bien
que j'ai promis à ta femme de te ramener. »
L'assaut commença, terrible. De tous côtés, les Français arrachaient les palissades, comblaient les fossés, escaladaient les murs. De tous côtés, les Anglais faisaient pleuvoir des boulets, renversaient les échelles, massacraient les assaillants.
A un certain moment, Jeanne dit à d'Alençon : « Gentil duc, retire-toi d'où tu es; sinon, il y a là-bas une bouche à feu qui va t' envoyer la mort. ».
Le duc Técouta. Peu après, le seigneur de Lude était tué par un boulet à cette même place.
On luttait depuis quatre heures, lorsque Jeanne monta elle-même sur une échelle, rétendard à la main, au point où la défense était la plus âpre. Mais voici qu'une grosse
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pierre, roulée du haut de la muraille, vient frapper son casque et la renverse dans le fossé. .
On la croyait morte, quand elle se releva en criant :
— Sus! sus, amis! Notre sire a condamné les Anglais; ils sont nôtres à cette heure.
Et tous de redoubler d'ardeur. Devant Timpétuosité des Français, rien ne tient. La ville est prise et Suffolk prisonnier.
Il entrait dans Tinstinct de Jeanne, comme dans le génie des grands capitaines, d'incliner toujours aux prompts mouvements, oii Tagilité supplée au nombre et l'emporte de haute lutte.
Jargeau pris, elle dit :
— Maintenant, allons voir les Anglais de Meung.
On y alla et, après une vigoureuse attaque, on prit d'assaut le pont de Meung, que les Anglais s'étaient plu à fortifier.
Maîtresse de ce point important, l'armée
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alla sur Beaugency. La garnison évacua la ville et se retrancha dans le château. Mais, au bout de vingt-quatre heures, le château assiégé dut se rendre.
Il était évident qu'une grande bataille allait s'engager.
Pourtant les Français répugnaient à affronter les Anglais en rase campagne. Ils se souvenaient de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt; ils redoutaient Thabileté stratégique des Anglais.
— « Jeanne, combattrons-nous? demanda le duc d'Alençon. — Àvez-vous de bons éperons? répondit Jeanne. — Qu'est-ce à dire?
Nous tournerons donc le dos? — Non, repritelle, ce sont les Anglais qui fuiront, et il faudra de bons éperons pour les poursuivre. »
Quelques gens du roi hésitaient encore.
« En nom Dieu, s'écria Jeanne, chevauchez hardiment contre les Anglais. Quand ils seraient pendus aux nues nous les aurons. »
On les eut en effet. Le fier Falstaff se ré-
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signa à fuir. Le grand Talbot chercha en vain la mort et fut pris.
A la vue des milliers de cadavres qui jonchaient la plaine, Jeanne pleurait.
Dunois va maintenant nous dire ce qui suivit cette brillante campagne, commencée le il juin et finie le 18 :
A la suite des victoires remportées au bord de la Loire, le conseil voulait que le roi allât en Normandie, et non à Reims. Mais la Pucelle fut toujours d'avis qu'il fallait aller à Reims pour le sacre. Comme raison de son opinion, elle disait qu'une fois le roi sacré et couronné, la puissance de ses adversaires irait toujours en diminuant et que finalement ils ne pourraient nuire au royaume ni à lui. Tout le monde finit par se ranger à Tavis de Jeanne.
Le premier arrêt eut lieu devant la ville de Troyes. Charles délibéra avec les seigneurs du sang royal et les autres chefs de guerre, pour aviser si on resterait devant la ville et
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Tassiégerait, ou s*il serait expédient de passer outre. Le conseil était divisé lorsque la Pucelle survint et dit : « Gentil dauphin, ordonnez à vos gens d'assiéger la ville de Troyes, et ne perdez pas le temps à délibérer; car, en nom Dieu, avant trois jours, je vous introduirai dans la place, de gré ou de force; et grande sera la stupéfaction de la fausse Bourgogne. » {Et erit falsa Burgundia multum stupefacia.)
Cela dit, Jeanne s'en vint dans le camp, dressa ses tentes près du fossé, et fit de si merveilleux préparatifs que tant n'en auraient pu faire deux ou trois hommes de guerre des plus expérimentés et renommés. Tel fut son bon labeur pendant cette nuit, que, le lendemain, l'évêque et les bourgeois de Troyes donnèrent leur obéissance au roi, tout frémissants et tout tremblants...
La ville de Troyes ayant fait sa soumission, le roi alla à Reims. Il y trouva complète obéissance; et là, eurent lieu son couronnement et son sacre.