‹ Le mois de Jeanne d'ArcChapitre 29 sur 79 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

23 mai 1430. — Jeanne se porte au secours de Compiègne, fait une sortie le jour même et est prise.

La Pucelle était campée à Crépy avec une troupe de trois cents hommes, quand, sur le soir, un messager annonça que les Anglo- Bourguignons venaient d'investir Compiègne.

— Allons à Compiègne ! s'écria Jeanne.

— Y pensez-vous? Voyez combien peu nous sommes.

— Notre place est là-bas, puisque nos bons amis y sont en péril. Par mon martin-bâton, je les verrai tout à l'heure.

On partit dans la nuit, cheminant par des

sentiers difficiles, sans bruit, en silence, avec perpétuel danger d'être surpris et enveloppés. Au petit jour, Jeanne frappait h la porte Pierrefonds.

— Qui vive?

— C'est moi, la Pucelle. Je viens défendre votre cité, si bonne française.

Compiëgne était dans la joie.

Le jour même, 23 mai, Jeanne fît une sortie vers cinq heures du soir.

D'abord, l'avant-garde des Boui^uignons ne put se maintenir. Elle lâcha pied; et les Français de pousser leur avantage de Mai^y à Clairoix.

Mais l'alarme est donnée; les assiégeants accourent en masse de leurs divers quartiers. Débordés, les Français reculent,

Jeanne ne supportait pas l'idée de fuir. Par deux fois elle ramena son monde sur les Bourguignons. Vainement leur multitude grossissait :

— Il ne tiendra qu'à nous qu'ils ne soient déconfits, s'écriait-elle. Ne songez qu'à frapper!

On ne l'écouta point. On ne sut pas compter sur le concours de l'artillerie, qui s'apprêtait à décimer les renforts ennemis. On avait peur d'être coupés.

— Regagnons Compiëgne, ou nous sommes perdus ! s'écriaient des voix confuses.

Et les hommes d'armes fuyaient, sourds à rappel de Jeanne. Ceux qui étaient près d'elle prirent la bride de son cheval. Force lui fut de les suivre.

Elle marchait la dernière, commandant qu'on fit la retraite en bon ordre et soutenant le choc des Bourguignons. Mais elle eut beau faire, la retraite était devenue une débandade. On avait fui par crainte d'être coupés, et cette crainte fît qu'on le fût en efîet. Vainement le gouverneur Flavy avait-il pris des dispositions pour foudroyer les Anglais, qui accouraient de leur poste de Venette aider les Bourguignons. L'arrivée des fuyards l'empêcha d'uti-

liser son artillerie. Amis et ennemis auraient été criblés indistinctement.

Bientôt il y eat, près da pont, à Fentrée du boulevard, un effroyable pèle-mèle.Les ennemis poussaient le flot des fugitifs, Fépée dans les reins. Déjà ils allaient pénétrer à leur suite. Le sire de Flavy fit lever le pont et baisser la herse.

Mais Jeanne n'était pas rentrée. Elle animtiit Feffort d*un petit groupe de vaillants chevaliers qui reculaient en combattant et bientôt furent acculés au bord du fossé.

Sa bannière haut dressée et le manteau de drap d'or vermeil flottant sur son armure désignaient la Pucelle aux assaillants. Us se mirent à la presser de tous côtés.

Gomment leur échapper? Le pont était levé, et elle ne pouvait gagner les bateaux de sauvetage.

D'un geste désespéré elle se mit à agiter sa bannière. Mais déjà ses compagnons, parmi lesquels son frère Jacques d'Arc, Poton de

Xaintrailleset Jean d'Aulon, étaient pris. Ellemême était entourée. Cinq ou six hommes d'armes disputaient à qui Taurait.

— Rendez-vous ! Donnez votre foi ! lui criait-on.

— J'ai juré ma foi à un autre que vous et je lui tiendrai mon serment, répondit-elle.

Elle se défendait. Mais un archer picard, très rude homme, la prit de côté et la tira à bas de son cheval.

Alors tous de s'écrier : « Nous l'avons!

Nous l'avons! » Et leurs regards joyeux dévisageaient la prisonnière.

En ce moment, les cloches de la ville sonnèrent à toute volée pour appeler au secours de la Pucelle, que le peuple n'avait pas vue rentrer.

Trop tard.

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